‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 254 sur 293 · COUVENT DE MARIA DEL PRATO · texte numérisé non relu

COUVENT DE MARIA DEL PRATO

Je suis allé me promener pour dissiper un mal d'estomac très poignant et qui me tourmente depuis trois jours. Chez moi, je prendrais du thé de fleurs d'oranger, de tilleul, de violeltes, avec quelques gouttes d’éther, mais à la guerre comme à la guerre ! Ma promenade m’a conduit au grand couvent de Maria del Prato, à un quart d'heure de la ville. J'y suis entré et à tout hasard j'ai demandé à un de nos soldats, qui y était de garde’ s’il y avait des malades : il m'a répondu qu'il en restait vingt-sept ce malin, mais qu’il en était mort un à onze heures. J'ai descendu de cheval et ai vu que ces malades étaient des malheureux prisonniers, que les trois ou quatre colonnes d'Espagnols ou d’Anglais pris par nos gens, et qui ont couché dans ce beau couvent, y ont laissés comme incapables de les suivre. Ces infortunés élaient gisants sur le pavé autour d’un mauvais brasero ; cinq ou six sont bien souffrants et presque tous ont la fièvre et toussent horriblement. J'ai fait venir le Supérieur de la maison, homme honnête et bien élevé : je lui ai dit en latin qu’il fallait que ces hommes-là fussent couchés dans des lits, bien soignés, bien traités ; que j’enverrais un chirurgien français pour les visiter deux fois le Jour et que probablement je ferais diriger sur la maison cent cinquante ou deux cents de nos propres malades, qui y Seraient nourris et médicamentés aux frais du couvent, à condition que désormais on n’y enverrait plus ni prison- niers de guerre, ni troupes, et surtout ni soldats du train. Le bon Père a consenti à cela ; il m’a fait voir l’église et la sacristie, qui sont superbes.

Ce soir, un incendie causé par l’incurie et la brutale iguorance «es soldats du train a réduit en cendres le couvent de Saint-François et quelques maisons adjacentes. À l'instant on me remet l'ordre de S. A. le prince major général de partir demain à neuf heures du matin. Je ne puis le communiquer à nos chirurgiens : il est huit heures et demie et je ne sais pas leur logement. C’est un grand

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tort qu'ils ont, en arrivant dans un quartier général ou autre lieu quelconque, de ne pas me faire connaitre aussitôt leur logement.

15.— Il a plu toute la nuit et tout le jour. Il n’en a pas moins fallu partir : l’ordre porte de se mettre en route à neuf heures avec une colonne commandée par M. le général Lariboisière et invitation de ne pas s’écarter de la route, que l’on dit n’être pag sûre. J'ai laissé pour le service trois aides-majors et trois sous-aides. À neuf heures et demie, j'étais sur la place, mais la colonne était déjà partie ; je l'ai rejointe. En sortant de la porte dite de Madrid, nous avons vu, accroché à un poteau de douze pieds, le corps

d’un des quatre pendus ; il paraît que ceux des trois autres

figurent de même à chacune des autres portes. Gelui-là n'a rien de repoussant; à peine la face est-elle altérée et il serait très facile de le reconnaître. C'est aujourd’hui dimanche : les cloches tintent de tous côtés, car on ne les sonne pas dans ce pays et elles ne sont pas dans les clochers ; on les voit toutes suspendues aux ouvertures de ces tours, qui souvent ne sont qu'un gros mur surmonté d’un toit et d’une croix en girouette. On agite donc les campanas de manière à ce qu’elles tintent, et on croirait qu’on sonne au feu, lorsqu'on sonne la messe ou les vêpres. C’est un tapage d'enfer, lorqu’on tinte dans toutes les églises à la fois : par exemple, aujourd'hui chaque couvent, chaque paroisse depuis la pointe du jour fait aller ses cloches dont aucune, dans aucune contrée d'Espagne, n’est très considérable et ne se meut sans sortir du clocher; ces cloches ont toutes l’air de dire, comme les moines et les prêtres : « Venez chez nons, venez ici, Missa, missa.»

La route a été des plus mauvaises; il a plu toute la :

journée ; nous avons rencontré un village où nos soldats ont mis le feu il y a quelques jours, et nous sommes arrivés à celui du logement à cinq heures. Ce village a été pillé, saccagé; on n’y a pas trouvé un habitant. Chemin

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