OTERO DE HERREROS. SES HABITANTS
nos. Il y a des troupeaux de cette race dans les environs et ce sont ceux-là qui fournissent le plus de laine au commerce; ensuite viennent les mérinos ambulants, qui passent l’hiver dans l’Andalousie et PEstrémadure et l’été dans les montagnes du reste de PEspagne ; la laine bien dégraissée vaut trois piéceltes (trois livres cinq sols) dans ce pays. Nous sommes logés à la Casa grande, qui est une fabrique de draps des plus considérables ; elle occupe habituellement trois mille ouvriers, tant à la ville que dans la campagne.
20. — Nous avions bien bonne envie, hier, d’aller voir Saint-Ildefonse qui, dit-on, est un petit Versailles, mais le temps nous a manqué et nos chevaux étaient trop fatigués : ce palais n’est qu'à une poste de Séqovie. Nous sommes partis ce malin par un temps doux et brameux ; après avoir traversé un pays aride et des montagnes sans culture, par une traverse difficile, nous sommes arrivés de bonne heure dans un village appelé Otero de Herreros ; à ce que je crois, cela doit dire en français Hauteur des Jorgerons, parce que, du temps des Maures, il y avait dans cet endroit une grande usine et de vastes fourneaux pour le fer ; aussi voit-on encore tout près une montagne appelée Sierra de las Scorias, laquelle, en effet, est formée de scories de fer. Ce village est bon. Nous sommes logés chez de bons paysans, dont la maison est très propre; il y a trois alcôves dans notre chambre et le pavé, qui est de terre battue, est couvert de belles nattes ; tout autour de
Ja chambre sont suspendus des bouteilles et des pots de verre blanc comme ornements; des crochets en bois pla- cés çà et là soutiennent des verres à boire pour le décor; il y à des miroirs dorés et de mauvaises peintures avec une dorure grossière; tout cela est bizarre et cependant la propreté règne. Nous avons de bons lits. Le costume de ces bonnes gens est très singulier. Les hommes ont le
bonnet qu’on porte dans toute l'Espagne. Les femmes en ont un à peu près pareil, à chaque côté duquel est attachée une bande de drap roux ou noir portant une, deux ou trois rangées de gros boutons de fil de soie, d'argent ou d’or, ressemblant à des grelots, de sorte que ce bonnet est imité de celui de Momus; leur veste est fendue au pli du bras ou à la saignée et près l’aisselle, laissant voir la chemise en ces endroits; leur jupe est baroque; elles ont d'assez bons souliers avec d'énormes boucles d’argent ou de cuivre ; à leur col pend un collier de grains à plusieurs rangs, qu'on prendrait pour autant de chapelets et qui porle une croix très grande avec beaucoup de verroteries de couleur ; leurs boucles d’oreille sont ou de fer, ou de cuivre, ou d'argent, en poires et tombant sur les épaules. Les hommes ont tous la vesie sans manches, de brun de boue, bien passée, comme autrefois les bulles de la cavalerie, avec une large ceinture à la Crispin; ils portent celte soubreveste qui se croise par-devant sur leur gilet ouvert de drap brun; sur leurs culottes ils ont un calecon de peau de mouton, dont la laine est en dehors, et, lorsque les femmes ct filles ont de véritables souliers, ils ne se chaussent qu'avec cette espèce de cothurne rustique qui est
composé ici, comme parmi les Dalmates, les habitants des -
bords du Don, d’une semelle de peau de cochon ou de je ne sais quel animal, qu’ils lacent sur leurs pieds avec une corde dont ils entourent encore le bas de la jambe pour soutenir les lambeaux de drap qui leur servent de bas. Du reste, ces habitants ont de bonnes denrées, de bonnes bêtes de somme, des bœufs superbes et beaucoup de volailles. J'ai acheté deux poules très grasses pour trois piécettes et nous avons fait une soupe el un fricot excellentissimes; on nous a même procuré du vin, quoiqu'il n’en croisse pas ici.
J'ai esquissé l’article suivant pour être envoyé à l'un des journalistes de Paris : |
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