INTRODUCTION LXIX
les pinsons et les fauvettes lui rappellent ses jeunes années, et
il confesse quelque part que leur harmonieux ramage à fait de
tout temps le bonheur de sa vie. Quel n’est pas son plaisir en apercevant au bord d’une route des anémones? Leur corolle lui paraît le premier sourire du printemps et l’on songe involontairement à la pervenche de Rousseau. Pendant le siège de Dantzig, il ne se lasse pas de célébrer la beauté des cerisiers en fleur qui entourent son habitation. Un jour, il met pied à terre pour recueillir dans les champs quelques graines d'une plante inconnue. On chercheraït en vain un artifice littéraire dans la peinture de riants vallons alternant avec la description de blessures affreuses : il faut plutôt y voir l'influence de l'éducation première, et c'est bien l'enfant de la Franche-Comté, le garçon de Montagney, que trahit son attention constante aux productions du sol, ainsi qu'aux procédés de culture ; qui sait si ce n'est pas à son petit domaine rural qu'il songeait en prenant, assez gauchement du reste, le croquis d’un rucher sur la couverture d’un de ses cahiers?
Aucun trait de caractère ne fait, à vrai dire, plus honneur à Percy que l'aversion qu'il professe pour le pillage : lorsqu'il servait sous Jourdan, il ne comprenait pas qu'on tolérât à la suite de l’armée un vil ramassis de femmes dont l'unique préoccupation était de faire main basse sur tout ce qui était à leur convenance ; quant à lui, il donna toujours l'exemple du respect des propriétés particulières. Loger le grand chirurgien était une vraie bonne fortune, tant il se montrait scrupuleux : une seule fois il se laissa aller à prendre quelques aunes de mousseline pour s'en faire des cravates ; mais il avoue plaisamment quil en fut aussitôt puni par la perte de ses lunettes. Son journal est plein de détails curieux sur ses différents gîtes. Où qu’il descende, il ne tarde pas à faire la conquête de ses hôtes ; souvent il convie ceux-ci à partager son souper; il caresse les enfants, il leur
donne quelques menues pièces de monnaie; non coutents
d'écarter les maraudeurs, ses compagnons et lui enseignent une cachette à de pauvres paysans inquiets pour leur basse-cour ;
ailleurs, il fait rendre à une communauté juive les tables de la Loi en or qu'un dragon emportait, et c'est plaisir de l'entendre raconter comment il a restauré une vieille femme de quatrevingts ans abandonnée de tout le monde.
L'illustre savant savait d’ailleurs s’accommoder de tout, et, malgré quelques accès de découragement passagers, il suppor- | tait gaiement les fatigues de la guerre. « Quel contraste! écrit-il | dans son journal. Hier, logé magnifiquement, nourri délicatement, couché à merveille, et aujourd'hui sous le chaume, au pain bis, et sur la paille! Voilà la vie des gens de guerre. Je ne sais pas pourquoi j'ai du plaisir à m'arranger dans le plus mince des logements. La plus petite commodité me semble délicieuse; ’ de la paille fraiche m'enchante; une soupe à la farine est pour M moi une bonne chère; si, au lieu d’une lampe, je trouve une | chandelle, c’est à mes yeux une bonne fortune, et, pour peu que je sois bien, je me trouve à ravir. J'ai tellement l'habitude de cette vie que je sais tirer parti de tout. Je me loge partout, dans une grange, dans un grenier, dans la sacristie d'une église. Oh! c’est une recherche et je suis alors presque honteux d’être aussi ; bien. À genoux dans la paille, je me rase ou je me peigne; je 3 me lave au ruisseau, à la pompe: il faut beaucoup de propreté en campagne; si on s'y néglige, on est bien plus sujet à tomber
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malade. » 3 = Quoique Percy se montre quelquefois affecté de la perte d'objets insignifiants, tels que le petit couteau qu'il avait promis de rapporter à sa femme, il est ordinairement le premier à plaisanter des mésaventures qui lui arrivent. Gest ainsi que, sa voiture ayant versé sur une route de Pologne, il se relève en riant aux éclats de ses habits inondés du vinaigre échappé de bouteilles cassées : « C'était, dit-il, pis qu'un cornichon. » Il raille agréablement la frayeur que lui ont causée les ronflements d'un chien endormi sous une table, et on l'entend, au bivouac d'Eylau, demander à son confrère Boyer pourquoi il n'a pas … apporté sa robe de professeur, qui lui aurait tenu chaud. La bonne humeur du grand chirurgien ne reculait mème pas devant
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Ho se consolait d'en avoir fait; au-dessus de toute envie, au-dessus L [4 À ; —. de tout amour-propre, et toutefois se ressouvenant dans l’occa-