STOKACH
accompagnait un convoi de quelques autres malades, je
lai fait retourner pour les déposer dans la dernière des-
dites villes et les remettre au magistrat, qui lui en a donné un recu en bonne forme. À Geisingen, où l’on est arrivé le
23 au soir, à cinq lieues de Villingen et deux de Donaues-
chingen, les malades qui s’y étaient rendus dans l’espoir
d’y rencontrer un hôpital ont été de même remis sur récé-
pissé aux magistrats, et c'est ainsi que l’on nous réduit à servir. C'était ainsi que nos pères se comportaient dans leurs querres, faute d’hôpilaux ambulants; les anciens,
Romains et Grecs, en faisaient autant; mais alors on ne
tenait pas de registre d'entrée et le gouvernement ne payait
point des agents généraux d’'hôpitaux.
__ La vignette à la tête des lettres de l'agence en question est composée de deux cornes d’abondance (pour elle seulement), vis-à-vis lesquelles sont, d’un côté la tête de Minerve, avec linscription : Minerve, et, de l’autre, une tête antique, avec l'inscription : Æsculape. Un mauvais plaisant voulait qu'au lieu de ces têtes on y eùt mis celles de Mercure et de... et que l’on eût pratiqué au fond des cornes plusieurs trous d’arrosoir pour imiter le panier percé ou le tonneau des Danaïdes.
Nos wurst ont été enfin amenés par la diligence du citoyen Willaume, attelés chacun de quatre chevaux ; j'ai eu la satisfaction de les voir tous trois bien garnis de chirurgiens et de jouir de l’étonnement des colonnes qui passaient à côté.
Le 26, je suis arrivé à Stokach, à quatre lieues d’Engen. La journée a été superbe, le soleil assez ardent. La route, bordée de forêts, offre des sites charmants et l’on rencontre plusieurs villages riches et bien bâtis. Le long du chemin, j'ai vu beaucoup de fleurs de coquelourde, - anémone pulsatile; son calice d’un beau violet et la nouveauté de celte première production du printemps font - plaisir. Le pays est plein de montagnes et la route s'en
ressent; ce sont des côtes continuelles ; aussi, de distance en distance, rencontre-t-on un poteau sur lequel est cloué un lableau en fer blanc représentant une roue sous laquelle un enfant place un sabot de fer; c’est qu'il faut enrayer, « sous peine d'amende.
En sortant d'Engen, la vue plonge à gauche sur un vallon plein et assez étendu pour y ranger en bataille vingt mille chevaux ; le général d'Hautpoul y avait arrêté sa réserve, toute composée de cavalerie et, depuis près de quatre heures, elle était là à attendre ses cantonnements ; ces haltes trop fréquentes nuisent également aux chevaux et aux hommes. Enfin la colonne s’émut et nous marchâmes avec elle jusqu'aux premiers villages.
J’ai séjourné le 27 et le 28 à Stokach.
J'ai eu la satisfaction de rencontrer à Stokach mes collaborateurs de la 2° division, ceux de la 1"° et ceux de la réserve; le citoyen Bottin, chef de ces derniers, s’est retiré chez lui, à Phalsbourg, le 28. Les chirurgiens du nouveau Corps de flanqueurs sont venus m’y trouver, Spach, Jaëgre, Vitrac et Verrier; ils ont été détachés du corps d’ambulance de l'avant-garde, qui était le 26 à Krumbach, et ont joint les flanqueurs plus loin que « Môsskirch. Ils n’avaient pour tous objets de service qu'une … pelite caisse d'instruments, une demi-livre de pommade agglutinative et plein une poche de mauvais linge, et cependant ils pouvaient avoir d’un jour à l’autre deux mille blessés. Et voilà comment la grande agence sert! Le commissaire Varion, qui est à l’avant-garde, sachant qu’il n'y avait que très peu de chose pour secourir les blessés, n’a voulu donner ni caisson, ni demi-fournitures, ni partager la charpie avec le corps des flanqueurs; mais le général Vandamme, qui le commande, saura bien se faire donner ce dont il manque.
La ligne d'évacuation passera par Tuttlingen, Stokach, Geisingen, Stühlingen, Waldshut, Sackingen, Rheinfelden.
Le LR AUS Gé
Pi
UEBERLINGEN 15
I y a à Stokach un très joli local, où nous avons trouvé soixante beaux bois de lit et où la ville nous à envoyé presque autant de fournitures; il y avait ce matin 28 trente malades, mais ils seront évacués aujourd'hui même, exceplé trois qui sont intransportables, afin que, le cas échéant, on puisse y placer cent blessés; j’en ai confié le service aux citoyens Gouvion, Gardeur et Drapier.
La nuit du 26 au 27 a été excessivement froide ; le vent était au nord-ouest; le ciel était brumeux; il n’avait que peu gelé. Les bivouacs ont beaucoup souffert, et toute la
- troupe, qui était ce jour-là en mouvement depuis quatre heures du matin, a été fort incommodée. Sur le soir, le vent devint sud-ouest; la nuit suivante a été plus douce ;
il à plu un peu. Les malades ne sont pas nombreux.
Le 26, depuis cinq heures du matin jusqu’à cinq heures du soir, nos généraux furent tous en reconnaissance ; ils rencontrèrent à Pfullendorf, et plus loin à Ueberlingen et
-environs des postes autrichiens, commandés par des offi- “ciers supérieurs avec lesquels ils s’entretinrent. Ceux-ci leur assurèrent qu’on répugnait infiniment à se battre, que le vœu de toute l’armée impériale était pour la paix; un d'eux ne voulait se retirer qu'après avoir reçu par écrit du “général Jourdan les motifs pour lesquels on lui proposait de le faire; on rit de sa condition et il partit avec cela, -Ueberlingen était plein d’émigrés, que la ville fut sommée «de congédier, sous peine d'exécution militaire s’il s'y en trouvait un seul, ainsi qu'un seul déporté, lors de la prochaine arrivée de l’armée. Un des premiers osa se présenter “chez le général en chef et lui demander ce qu'on allait faire de lui : « Qui êtes-vous? lui dit Jourdan. — Je suis émigré, lui répondit avec une sorte de fierté cet imprudent. — Un émigré! dirent aussitôt et le général et ceux qui l’envi- Yonnaient, tu viens donc te faire fusiller?» Et on le chassa par les épaules.
Cependant on n'avait pas d'ordres pour recommencer
les hostilités ; on avançait bien, mais c'était parce que l’ennemi se retirait spontanément; Masséna se battait dans le pays des Grisons et Jourdan ne recevait aucunes nouvelles depuis celles du 10 du Directoire. À son retour de sa reconnaissance arriva un courrier de Paris. Le général s’empresse d'ouvrir les paquets; chacun est attentif; on n’ose respirer. J’étais là et comme les autres je brülais d’impatience de savoir si les ordres élaient pour la paix ou pour la querre. Le général annonça aux chefs des divisions présents que l’on ne se séparerait pas sans avoir arrêlé le travail des positions, qu’elles étaient devenues plus importantes que jamais et qu'on pouvait dès demain enlever tous les Impériaux qu’on trouverait devant soi.
Le lendemain matin on partit pour Pfullendorf. Pendant la nuit je m’occupai de notre hôpital de Stokach afin que, si on se battait, on püt y placer des blessés. Tandis qu'on » manque de fournitures, d’ustensiles, de tout enfin à l’armée. active, ces objets en grand nombre pourrissent ou s’ava- 1 rient dans le local des hôpitaux supprimés depuis quatre, M trois et deux ans, à Pont-à-Mousson, où il y a encore en ce | moment un gardien appelé Ghalon; à Bergzabern, où nous avons retrouvé une caisse d'instruments, il y a un mois, elc.w Quelle administration! À voir l'indifférence, le sommeil léthargique de tous les gens à la tête des affaires, lorsqu'on“ leur parle des hôpitaux, on croirait qu’un malade, qu'un. blessé cesse d’être un homme quand il ne peut plus être un soldat. Toutes-les administrations sont appuyées, sous tenues; celle-là est délaissée; on ne trouve que des cœurs* froids lorsque l’on cherche à éveiller l'humanité et à exciter la sollicitude des chefs. Nous-mêmes nous ressem: blons à ces prêtres que l’usage et l'édification accordaient aux moribonds ou aux patients : on se souciait fort peu qu’ils les missent sur la voie du salut, ou qu'ils leur pro= curassent quelques consolations, qu’ils les aidassent à sup= porter la mort avec moins d’amertume; peut-être même
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