‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 50 sur 293 · CONDUITE D'UN COMMISSAIRE DES GUERRES · texte numérisé non relu

CONDUITE D'UN COMMISSAIRE DES GUERRES

un souper pour vingt maîtres. Les deux fils de M. le bailli parlent français : quand ils apprir ent que le général Dessolle devait se rendre le soir même au château, y souper et coucher, ils firent tout leur possible pour les apprêts, et à huit ae le souper fut disposé; mais on reçut une ordonnance qui aunonça que le général ne viendrait pas et. qu’il fallait aller le joindre. Le souper n’en fut pas moins mangé et nous y invitâmes les premiers militaires affamés que nous rencontrâmes.

- Depuis les deux heures jusqu’à sept heures du soir, la canonnade la plus vive se fit entendre par delà les montaques, à gauche de la ville.

Hors de la ville, je trouvai une ambulance bivouaquée sous des tilleuls : je la fis partir, étant à plus de cinq lieues de la division du général Leclerc, à laquelle elle appartenait. Je fus bien plus surpris encore de trouver un peu plus loin les chirurgiens de cette division, ayant à leur tête le citoyen Duplessy : ils s’excusèrent sur la mauvaise: volonté du commissaire des guerres, qui leur avait relusé tous moyens de voyager, et, ce commissaire étant venu à passer, je lui reprochai avec force une conduite qui tendait

- à compromettre le service. Tout marcha à la fois. Heureu-

sement que cette division n’avait encore eu que de faibles

affaires.

J’ai proposé ce matin au général Moreau de former avec. le général en chef de l’armée autrichienne la même con-

vention qui eut lieu pendant la campagne de 1745 entre le général Stair, Anglais, et Maurice de Noailles, Français,

pour que les hôpitaux fussent inviolables, ainsi que les bles-

sés, malades et hospitaliers.

| I m'a promis de s’ ocuper sans délai de cet important objet, si propre à ajouter à sa réputation de grand général

celle d’un héros humain et philanthrope. J'attends avec

impatience le résultat de cette démarche.

92 prairial (1). — Ce jour furent remis au commissaire général : 1° l'état des chirurgiens conservés malgré leur licenciement; 2° celui des chirurgiens non mentionnés sur les états du ministre du 22 ventôse; et 3° celui des chirurgiens auxiliaires tirés des bataillons et corps d'armée par ordre du général en chef en date du 17 floréal publié à l’ordre de l’armée. J’y avais joint une lettre assez longue qui a dû être textuellement envoyée au ministre.

923. — Parmi les blessés au nombre de deux cent cinquante que je visitai à l'hôpital du Saint-Esprit à Memmingen, je remarquai plusieurs amputés de la jambe qui allaient bien; un canonnier à cheval seulement avait des éblouissements et beaucoup de faiblesse, suite du sang qu’il avait perdu; sa femme, heureusement pour lui, l'avait suivi à l’armée; elle le soigne avec beaucoup d’affection; je le fis vomir légèrement: il s’en trouva bien. Deux amputés du bras (de cinq jours) se promenaient dans la cour. Un sergent avait eu deux orteils emportés par un boulet ou un biscaïen et les os du métatarse écartés et fort maltraités : on allait désarticuler ce pied; je m’y opposai; je suis sûr qu’il guérira; je fis retrancher les lambeaux pendants, enlever les esquilles et couvrir le pied de cataplasmes. On me montra un homme dont toute la jambe était sphacelée, froide et dure comme le marbre : il avait encore l'œil bon et des forces, était d’un caractère tranquille, apathique; il sentait le besoin de l’amputation. J'envoyai chercher un rétracteur pour opérer moi-même en présence de quatre chirurgiens venant du Val-de-Grâce, un de 1"° et les autres de 2° classe. Le blessé placé sur une chaise, j’avertis de faire la compression, rangeai près de moi les instruments et incisai. L’artère donnait ; je fis com-

primer; elle donna encore; je plaçai le rétracteur, qu'on .

(1) 11 juin 1800.

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