LE PRINCE DE LICHTENSTEIN
tint mal; la section de l’os fut difficile; toujours beaucoup de sang. ÆEnfinls ligature fut faite ; le Messe tomba en syncope; je le crus mort, caril avait dE trois livres de sang artériel; je le fis emporter comme un cadavre, mais le lendemain il était bien. J’ai peu vu d’amputés de la cuisse aussi bien que létait celui-là le lendemain de son opération : le croyant mort, je le pansai fort à la hâte et dis au pharmacien, dans le cas où il serait encore en vie dans un quart d'heure, de lui faire prendre vingt-quatre gouttes de laudanum ; il le fit. 1] guérira et il aura un beau moignon. Cet hôpital contient, tant dans une assez belle salle au - rez-de-chaussée que dans de bonnes remises et granges, trois cent cinquante malades. Nous en avons fait préparer un autre dans une maison de receveur non habitée dont on avait fait une caserne : le local est superbe; on y place trois cents blessés très bien; il y a une fontaine dans la cour.
Ce jour, ordre au citoyen Réveilhas, mon adjoint, de se rendre au corps du Bas-Rhin aux ordres du général Sainte-Suzanne ; jy avais déjà dirigé les citoyens Cols, Dumoustier, Danvers, de 1" classe ; Magnin et Vinay, de 2°, . avec dix chirurgiens de 3° classe.
Le prince de Lichtenstein ayant eu la cuisse fracturée à son liers supérieur lors du passage de.….…., le citoyen Lucas, chirurgien-major du 11° dragons, lui appliqua le premier - appareil et le citoyen Henry, du corps mobile n° 5, resta - près de lui; il préféra des chirurgiens français ; le général “en chef lui proposa d’en faire venir de l’armée impériale.
24. — Parti de Memmingen avec les citoyens Simonet “et Malapert, chargés par le général en chef de terminer l'objet de leur précédente mission, la levée de deux mille «couvertes de laine, de quatre mille aunes de linge à pan- Dcment, etc. On ne voulait pas nous laisser partir, croyant
la route peu sûre. Arrivés à Mindesheim, le commandant . nous offrit une escorte de quatre cuirassiers jusqu'au delà
du bois qui est en sortant de celte ville et qui a plus d’une lieue de longueur : nous le remerciämes et ne rencontrâmes rien en route, quoique l’avant-veille des partisans eussent arrêté et pris un caisson d'artillerie; on prétend que c’étaient deux escadrons du régiment de Latour qui, s'étant trouvés entre deux de nos divisions, cherchaient à s'évader et pillaient en chemin.
25. — Hier, je suis allé à l’hôpital; j'y ai trouvé les. mêmes chirurgiens que j'y avais laissés, il y a dix jours; : ils avaient perdu douze de leurs blessés. Un Valaque avait le bras gauche mortifié et couvert de phlyctènes à la suite: d’une plaie du poignet ; on eût dù lPamputer; il en serait revenu ; le chirurgien s’excusa sur ce que les Autrichiens ne lui avaient point laissé de caisse. Jai trouvé vingt-deux Français, dont douze blessés : un coup de sabre ouvrant l'articulation du bras avec l'épaule, un coup de feu dans le bas-ventre, un mollet emporté par le boulet.
26. — Le 27, le général Lecourbe est parti avec ses aides de camp Gauthier .et Wadeleux pour Burgau. Le général Gudin a ordre de s'emparer du pont de Donauwerth. Presque toute aile droite est de ce côté. On dit que. le général de Kray fait filer des troupes sur ce point et qu'il descend lui-même le Danube, dont tous les ponts sont coupés. |
La nouvelle vraie ou fausse de la reddition de Gênes. prend faveur à Augsbourg. Ce matin, des prêtres émigrés publiaient que nous avions été battus à la gauche.
Ce matin, le général Lecourbe a expédié au ministre l’état. des services de Wadeleux certifié conforme aux pièces, avec une lettre dans laquelle il fait de ce jeune guerrier Péloge le » plus honorable; il demande pour lui le brevet de capitaines
Il fait très froid : le thermomètre était à zéro ce matin à quatre heures; il a neigé à sept, plu une partie de la
LE GÉNÉRAL MONTROUX 59
- journée, et il a fallu recourir au gilet. Les fiévreux, les
rhumatisants, les maux de gorge se mulliplient. Al séque “ve la tête de pont de Donauwerth, le capitaine:
Cuenot s’est jeté à la nage, son sabre entre a dents, est.
allé détacher une barque et l’a ramenée sous le as de l’ennemi. Le chef de bataillon d'artillerie Saint-Michel a été gravement blessé à la main, qu'un biscaïen lui a percée dans son plus grand diamètre. Un boulet tombé.
- entre Wadeleux et le général les a éclaboussés.
28. — Je pars pour voir le général Montroux blessé. gravement d'un coup de feu au genou. Le général m’emmène à Burgau, d’où je me rendrai à Waldstetten, où est le. blessé.
On publie la nouvelle de la reddition de Gênes.
. À mon passage à Burgau, j’ai trouvé le général en chef avec les généraux Dessolle, Decaen, Lahorie, Debilly, rassemblés pour conférer sur le plan d’attaque que leur a pré-: senté le général Lecourbe.
Le général Montroux est un jeune homme d’une belle figure, fort bien élevé. Le 26, il a eu son cheval tué sous lui, et le même boulet, après avoir traversé le ventre de l'animal, a rencontré le genou droit du général, a chassé
- de côté la rotule en la déplaçant sensiblement, l’a écornée
… à son bord interne et dilacéré les capsules, téguments, etc.
Déjà il y avait un gonflement considérable à la cuisse et. au genou blessé; le général souffrait beaucoup ; à peine était-il rétabli d’un coup de fusil reçu à Engen, un mois. auparavant, et dont la balle avait coulé le long d’une côte.
- La plaie du genou présentait un aspect peu rassurant;
elle avait l’étendue de la paume de la main, et il semblait,
on avait même cru que la rotule avait ch emportée; le
gonflement excessif du genou favorisait cette erreur, que: je ne pus partager, ayant reconnu la présence de cet os.
déjeté et luxé.
Un tel cas est un des plus embarrassants de la chirurgie et il faut avoir acquis une grande expérience pour maïitriser la perplexité où il jette. Faut-il amputer ? Peut-on conserver le membre ? On ne peut se résoudre, on peut encore moins déterminer un blessé à l’amputation d’une jambe saine et bien vivante, et, d'un autre côté, en tentant de la conserver, on risque de voir périr le blessé. Quel parti prendre? Il arrive que l’engorgement de Ja cuisse ne laisse bientôt plus que la cruelle ressource de Pamputation et, si on ose y recourir, on est accusé de lavoir fait trop tard. Si la rotule est brisée, il faut en emporter tous les fragments et ne pas ménager les parties tendineuses, aponévroliques, surtout recourir de bonne heure aux bandages adductifs pour empêcher la rétraction des muscles, d’où naît souvent le tétanos.
Dans le cas du général, j'ai cru devoir prononcer l'inutilité de l’amputation et la possibilité d’une guérison en conservant le membre. Ayant porté le doigt dans la plaie, je l'ai trouvée caverneuse, sans brides ni bandes tendues ; je les aurais détruites; les téguments de la face interne du genou étaient décollés, et j’annonçai que là se formerait un dépôt qu’il faudrait ouvrir de bonne heure. Je conseillai l'huile tiède, beaucoup de fomentations, de cataplasmes, etc. Le 29, le bulletin fut bon; le 30, le 2 du mois suivant, bonnes nouvelles. J’allai à Dillingen le 1* messidor communiquer aux généraux Moreau et Dessolle cette bonne nouvelle. Le citoyen Renauldin, de 2° classe, est chargé de suivre le blessé, qu’on évacuera à bras, sur un grand brancard, dans quelques jours à Memmingen.
Après avoir vu le général, je repassai à l’abbaye de Wetienhausen, où je trouvai le général en chef et le général Dessolle, qui ne purent entendre sans attendrisse-
ment le rapport que je leur fis sur l’état douteux, périlleux .
d’un jeune brave qu’ils aiment beaucoup.
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