PASSAGE DU DANUBE
* 29 prairial. — Je revins à Burgau, où le citoyen Desbureaux, chef d’un wurst, me donna à coucher. Jen partis à cinq heures du matin sans escorte pour Zusmarshausen et j'eus lieu de m'en repentir, car, au milieu d’un bois de trois lieues d’étendue que j’eus à traverser, je trouvai les corps de deux de nos gens encore chauds et un cheval de carabiniers également tué par les brigands armés qui infestent nos derrières. À Zusmarshausen je pris quatre dragons - jusqu’à Augsbourg, d’où je m’acheminai pour Wertingen, où le général Lecourbe s'était rendu : il faisait si froid qu'en voiture à peine on pouvait y résister ; la route est superbe.
Je logeai au château qui appartient à l'électeur. Le général était sur les bords du Danube, canonnant Hochstett et essayant de passer, ce qui fut impossible, l'ennemi ayant
coupé les ponts, enlevé les poutrelles, les madriers, et . coupé jusqu'aux têtes des pilotis. On se canonna de part et d'autre plus de huit heures sans succès; il plut à verse vers les six heures et à -neuf heures le général était de retour au château avec ses aides de camp bien mouillés. À onze heures, on amena deux de nos canonniers qui en écouvillonnant, la lumière étant mal bouchée, avaient perdu, Pun l’avant-bras gauche et l'autre le droit; la main était restée sur le terrain avec une partie du cubitus et tout le radius ; les plaies étaient sèches et ne répandaient pas une goutte de sang; c’est ce qui arrive dans les arrachements. Je leur amputai à tous deux le bras à la lueur d’une lampe, sans charpie ni linge, n'ayant que des étoupes: lun d'eux avait la face brûlée. J'ai appris depuis qu'ils allaient très bien. |
30. — Le lendemain 30, à cinq heures, nous parlimes tous pour les bords du Danube, que le général craignait encore de ne pouvoir passer; chemin faisant, nous vimes toute l’armée en mouvement; nous tombâmes dans un
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marais, où nous faillimes perdre les quatre chevaux de la voiture. Là, le capitaine Cuenot apprit au général qu'à . quatre heures l'infanterie avait passé vis-à-vis Blindheim. Nous nous y rendimes à cheval. À trois heures du matin, quatre-vingt-dix nageurs organisés pour ces expéditions avaient traversé nus le fleuve, ayant à côté d’eux une petite nacelle portant leurs habits et armes. Arrivés sur Vautre rive, ils avaient endossé la giberne, pris le fusil, et avaient mis en fuite le poste qui gardait la tête du pont. Pendant qu’ils contenaient l'ennemi, les sapeurs raccommodaient à la hâte le pont avec des arbres et des fascines, si bien que nos volontaires purent en une demiheure passer, non sans quelques risques; on prit trois pièces de canon, avec lesquelles on arrêta pendant plus d’une heure une colonne assez considérable; le pont se rétablit, de manière à pouvoir y passer, tenant le cheval par la bride; ainsi défilèrent les hussards, cavaliers du 6° et un régiment de carabiniers.
Cependant on travaillait à force au pont placé un quart de lieue plus haut et sur lequel on put au bout de deux heures passer l'artillerie. Il était temps : nos gens avaient épuisé les munitions des trois pièces prises à l'ennemi, qui avec huit nous abimait. Le général Lecourbe, que je ne quiltai pas un moment, fit des efforts incroyables pour tenir ct donner le temps aux pontonniers de terminer le grand pont, car l’autre était trop tremblant, trop faible pour porter la plus légère voiture. L’ennemi nous serrait ; les cavaliers du 6° avaient été maltraités ; Pinfanterie mitraillée sans cesse se décourageait. Le général, voyant avancer une colonne d'infanterie soutenue par une cavalerie assez nombreuse, fit charger les carabiniers, qui arrêtèrent cette troupe et firent beaucoup de prisonniers.
J'avais trouvé devant le pont les wurst de Gouvion et de Multon tout disposés à passer, mais ne le pouvant jusqu’au rétablissement de ce poat. Je pris le citoyen Gouvion (il
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était sept heures du matin) avec trois chirurgiens pour passer sur l’autre pont, qui tremblait à faire frémir. Heureusement que j'eus cette bonxe idée, car les blessés arrivérent à force au village de..., que les paysans avaient abandonné. Seize cavaliers du 6° vinrent avec de terribles - coups de sabre. Un maréchal des logis chef du 8° de hussards fut amputé de la cuisse. Plusieurs volontaires avaient les jambes fracturées. Tous furent pansés, rafraîchis avec de la bonne bière trouvée chez l'habitant et chargés de suite sur des voitures qui passèrent le Danube à onze heures pour se rendre à Werlingen, où j'avais laissé cinq - chirurgiens. Ce fut vers cette heure que Wadeleux, l’aide de camp de Lecourbe, à la tête de quelques RES . chargea sur tout un bataillon ennemi, désarma le com- - mandant et fit mettre bas les armes. L’artillerie fut prise, quatre drapeaux et des prisonniers amenés au nombre de plus de deux mille. Le peu d’ennemis qui échappèrent se - relira à Donauwerth. Ceci se passait entre cette ville et Hochstett.
… Le général m’emmena à la gauche, où l’ennemi avait - aussi perdu beaucoup de terrain. Nous passämes à côté de « Dillingen, que l’ennemi nous disputa longtemps; nous … traversàmes Lawingen, par où il avait fait sa retraite avec … précipitation et, arrivés dans la vaste plaine, nous le vimes » rallié et présentant une cavalerie imposante. On lui avait fait quatorze cent soixante-dix prisonniers et il ne s'agissait - plus que de battre sa cavalerie. Klinglin était parti avec douze cents chevaux des environs d’Ulm. On se tirailla - Jongtemps ; à quatre heures, l’ennemi n’avait plus une pièce de canon en avant et tout semblait présager qu’il ne songeait plus qu’à se retirer; mais, à six heures, il manœuvra . habilement avec sa cavalerie. fl présenta F charge. Les “généraux de notre cavalerie hésitèrent; Lecourbe parla … haut ; on se chargea avec une égale ardeur de part et d'autre # se mêla, on se rallia, et chacun reprit son terrain; nos
gens allaient succomber sans le 9° de cavalerie qui vint les soutenir. Quels cris! Quel tumulte ! Je voulais voir de très près celte glorieuse et savante boucherie. Vingt-quatre carabiniers furent très maltraités. On ramena des prisonniers et des chevaux.
L’ennemi, sur les huit heures, fit venir du canon. Cependant nos gens tenaient ferme. Etant partis pour Hochstelt, nous rencontrâmes près Dillingen le général Moreau et toute sa suite : il nous fit retourner, nous ayant annoncé qu’il amenait du renfort en cavalerie et qu’il fallait faire une seconde charge pour écraser la cavalerie ennemie. On se rendit au galop sur le terrain, à une grande demilieue en avant de Lawingen. L’ennemi faisait feu de toutes parts : quand il vit le groupe doré au milieu duquel je me trouvais, il tira à force dessus et un boulet de 13, en ricochant, renversa le panache de Lecourbe; ils tombaient près de nous et, à force de représenter qu’il y avait de la témérité à rester ainsi groupés, on se sépara. La cavalerie arriva; notre infanterie revint; le wurst, qui était déjà au repos à Lawingen, revint aussi. On marche, on vole; l'ennemi nous attend ; mais, au premier choc, il précipite sa fuite et le champ de bataille est à nous à dix heures du soir. Nous entrâmes alors à Gundelfingen. Nous n’eûmes pas un seul blessé.
age PR Don rime Le
1® messidor. — Le 1° messidor sera remarquable par « la prise d’un convoi de cent cinquante voitures et de plus « de cinq cents chevaux; c’est le 6° de chasseurs qui a fait cetle belle capture; pit de quinze cents sacs d'avoine, etc. « On est entré ce matin à six heures à Donauwerth, où l’on à trouvé de grands magasins de blé. #