‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 57 sur 293 · HOPITAL JULES A WURZBOURG TE · texte numérisé non relu

HOPITAL JULES A WURZBOURG TE

Autriche, prince de Saltzbourg, ayant été grand-duc de Toscane, où il est né, cette troupe de quatre ou cinq cents hommes seulement a un pelit hôpital qu’elle a partagé avec

. nous ; hier nous y avions soixante-sept hommes. L'hôpital Jules a reçu ou recevra cent de nos malades; ce sera en attendant l’achèvement de nos hôpitaux. |

9 octobre. — Hier 4, le gros roi de Wurtemberg est “arrivé ici à huit heures du soir; l'Empereur est allé le voir; sa lille unique doit épouser le prince Jérôme, qui a . accompagné son frère. | Nos effets d’ambulance arrivent peu à peu, portés sur - de misérables chariots de paysans, où ils sont mouillés et presque toujours avariés. J'en ai vu ce matin passer un à “travers les échelles duquel on voyait des béquilles et jambes de bois, ce qui a fait rire et murmurer les troupes : ce spectacle devrait leur être épargné, et pourquoi d’ailleurs commencer une Campagne par faire venir ces instruments effrayants, qui ne peuvent guère servir qu’à la fin?

…. 6. — Le 30 septembre, à sept heures du soir, il a fait un orage des plus terribles ; la pluie tombait par seaux et la plupart de nos troupes étaient ou en route ou bivoua-

. quées. Depuis cet orage le temps a été assez beau. Ce pays “est superbe; la ville est entourée de beaux coteaux, où

on fait du bon vin; celui qu’on récolte à la partie septentrionale de la citadelle est très estimé.

Ordre de partir pour Bamberg et d’y être le 7.

6. — Nous avons couché à Closter-Oberbach, à moitié “chemin, chez une dame logée à l’ancien pavillon de M: l’abbé de la belle abbaye de ce lieu, abbaye où il avait

été arrêté qu’on formerait un hôpital, ce qui est inutile, puisque le Mein peut servir à évacuer les malades de Bamberg sur Wurzhbourg. Cette manière d’évacuer rend inutiles la plupart des établissements projetés; Schweinfurt:

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seul doit être conservé pour y recevoir comme gîte les malades évacués par le Mein.

7. — Arrivé le 7, à onze heures du matin, à Bamberg, j'y ai trouvé au couvent des dominicains un bel hôpital commencé sous les auspices et par les soins de M. le docteur Marcus, médecin-administrateur, excellent hospitalier. Le même soir, l'Empereur y a envoyé M. le maréchal Duroc pour savoir si les malades étaient bien; il y a trouvé les chirurgiens qui fui ont fait un bon rapport, et il est allé faire le sien en conséquence. L’hospice civil, qui est superbe, a recu cent cinquante de nos malades. Demain il y aura deux cents places aux dominicains et bientôt trois cent cinquante ou quatre cents. On formeraun second établissement : il est à désirer que les Français ne s’en mêlent pas et que l’administration bavaroise en soit seule chargée, comme à Munich.

Rien n’est encore arrivé, ni linge, ni charpie, ni caisses d'instruments; faute de moyens de transport, tout reste en arrière; l’ordonnateur Lombard cherchait, ce soir, à emprunter deux mille francs pour acheter de la toile à pansements; les femmes de la ville font de la charpie : quelle misère!

Bamberg est encombré de troupes. Je suis logé à lPancienne abbaye, dite l’hôpital Sainte-Catherine. Demain - Sa Majesté part pour Kronach. On a distribué aux régi-

ments beaucoup de caisses; il est à craindre que nous en manquions.

8. — Il n’y a point de fourrage à Bamberg; les chevaux y meurent de faim; il y a vingt-quatre heures que les. miens n’ont eu du foin. Ce sera encore pis à Kronach, où il faut se rendre. |

L'ordre de partir pour cette forteresse m’a été apporté à trois heures du matin du 8; il y est dit que Sa Majesté”

| LE MÉDECIN-ADMINISTRATEUR MARCUS 79 # veut qu'on soit dans le même Jour à Lichtenfeld et le lendemain 9, à six heures du matin, à Kronach, prenant (à ses frais) des vivres pour huit jours. … Je n'ai pu partir qu’à trois heures après-midi ; toute la matinée a été employée à arranger voilure et vache, qu’il m'a fallu laisser à Bamberg au logement du chirurgienmajor Philippe. J'ai longtemps délibéré si Je ferais la . campagne en carrosse ou à cheval; enfin, pour être plus expéditif, j'ai préféré ce dernier parti, le plus pénible sans - doute, mais aussi le plus leste et le plus conforme à la …célérité qu’exige mon service ; j’ai six chevaux et trois do- mestiques. Avant de partir de Bamberg, j'ai visité le local dit des dominicains, où j'ai trouvé soixante malades franais déjà couchés et une foule d'ouvriers bien dirigés, qui «préparaient et meublaient des salles pour trois cents autres. À ia tête de cet établissement est M. Marcus, docteur en médecine et directeur général des hospices de Bamberg : C’est le meilleur hospitalier de l’Allemagne. C’est d’après ses avis et sur ses plans qu’on a bâti le grand hospice civil de cette place, lequel est beau, imposant, bien distribué, salubre et d’une propreté admirable; il y est maître et il y commande à tout le monde. M. Marcus a rendu de grands services aux malades français dans les campagnes précédentes, et surtout dans celles de l’armée de Sambre-ct- Meuse. Je lui ai proposé de se charger seul d’administrer “es hôpitaux militaires de Bamberg et il y a consenti, pourvu qu’on lui donnât un ou deux commis aux entrées ; Al n'aura pas d’autres employés français. Je Jui ai donné, au nom de M. l’intendant général, une espèce de diplôme, dont exhibition éloignera les commis et directeurs affamés qui viendront flairer les hôpitaux que va gouverner ce brave homme au compte du roi de Bavière. De Bamberg on évacuera sur Wurzbourg par le Mein, en s’arréant et couchant à Schweinfurt, où j'ai laissé Philippe et deux chirurgiens sous-aides. Les hôpitaux de Forcheim,

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Anspach et Nuremberg sont devenus inutiles. En allant voir le local des dominicains, je trouvai M. l’ordonnateur . Lombard et le régisseur Mouron achetant de la toile neuve pour faire des bandes et des compresses en attendant l’arrivée du linge à pansement venant de France. Nous n'avons. pas une caisse d'instruments.

Je partis enfin et il était déjà tard. En moins de cinq heures nous sommes arrivés, par une roule généralement bonne et belle et à travers un pays pittoresque, montueux, | boisé et bien cultivé, à Lichtenfeld, petite ville à moitié chemin, c’est-à-dire à sept lieues de Bamberg et de Kro- . nach. Je désespérais d’y trouver un gile pour mes chevaux, mon monde et moi; mais le quartier général en était parti x midi et il m'a été donné un logement chez une bonne femme, où nous avons couché sur la paille.

9. Ce matin, à trois heures, nous sommes partis. par une nuit douce, mais obscure, pour Kronach, où je. cuis arrivé à neuf heures. J'ai été logé chez le médecin Berner, homme grossier, à qui j’ai fait sentir sa malhonnêteté. De suite je suis monté au fort Rosenberg; j'y ai ® trouvé un petit hôpital de cinquante places, où déjà étaient » douze Français : hôpital mauvais, adossé à un mur de la « forteresse qui le met à l'abri du canon. Il y aura moyen … d'en avoir un autre plus vaste, plus salubre, et il n’y aura que des croisées à mettre où il en manque. J'ai donné un» ordre de service à M. Charles-Guillaume Paul, médecin du. fort, homme de cinquante-cinq ans, père de quatre enfants, et n’ayant que trente florins d'appointements du roi de Ba-vière. L'aspect des environs de Kronach, considéré du haut. de la citadelle, ressemble à celui de quelques cantons” suisses. La garnison du fort ne sera que de six cents. hommes : les vétérans bavarois et quelques recrues quittent” aujourd’hui le poste, Il y a beaucoup à balayer et nettoyer” pour établir la propreté là-haut; une mare d’eau ouh

KRONACH. ET LOBENSTEIN 81

sante et infecte baigne au-dedans un des remparts; la buanderie est une horreur, Je verrai s’il y a moyen de trouver un local dans la ville pour gîte seulement, car c’est un pauvre endroit.

Je me suis raccommodé avec mon hôte le docteur Berner, qui m'a prouvé que, ne me connaissant pas et me voyant venir loger chez lui avec une grande suite, il avait cru que j'allais m'emparer d’un quartier qui m'était destiné et qu'il ne défendait que pour moi. Je lui ai donné l'invitalion écrite de faire le service médical de l'hôpital de Kronach, sauf rémunération convenable.

10. — Je suis parti à six heures du matin. Le temps est superbe et chaud; nous avons fait halte audit bourg, où j'ai donné à rafraîchir à M. l’intendant général, avec lequel j’ai fait route ensuite. Le canon s’est fait entendre à notre gauche toute la soirée. La division de dragons marchait en toute diligence et nous avons trouvé les trois caissons d’ambulance du 6° corps : j'aurais bien voulu y prendre du linge, de la charpie et des instruments dont je suis totalement dépourvu, mais on est difficile dans ce corps, et je me suis retourné d’une autre manière.

Enfin nous sommes arrivés à Lobenstein, assez jolie petite ville de Saxe, bâtie dans un fonds et entourée de collines arides et d’un mauvais aspect : à une lieue de là est le village d’Ebersdorf, dans le magnifique château duquel a logé Sa Majesté, qui est partie ce matin pour Schleitz, à quatre lieues de là, en avant.

J'ai demandé du linge et de la charpie au magistrat de la ville : on en aura besoin ces jours-ci, et M. Mouron, qui en à beaucoup, ainsi que des instruments, est en arrière, ainsi que M. Lombard.

J'ai reconnu pour un hôpital de deux cent vingt-cinq places l’hôtel de Reuss, au bout de la ville : bel édifice, où nos soldats ont tout brisé. Je recois l’ordre de départ

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pour Schleitz, où il faut que je sois demain à huit heures ; il y à d'ici cinq bonnes lieues.

11. — Quel spectacle! Tout est pillé, dévasté; les habitants sont en fuite ; les maisons sont abandonnées : dans plusieurs villages le feu en a consumé plusieurs. Le chemin est étroit, affreux; le pays est aride et sauvage ; il ressemble au Tyrol. À Saalburg, bourg silué au haut d’une colline où il est difficile d'arriver, j'ai trouvé dans une assez bonne maison douze blessés de l’affaire du 8 au pont couvert sur lequel on traverse une petite rivière qui coule au pied de cette bourgade; un chirurgien appelé Zoeller était chargé de les soigner et se plaignait beaucoup de cette commission, ne pouvant avoir ni linge ni aliments, et ayant été obligé d'enlever des maisons abandonnées des lits sur lesquels ses malades étaient couchés. Le reste du chemin est encore plus mauvais que ce que nous en avons fait : les voitures cassent ou versent ; elles marchent lentement dans des chemins creux, à bords escarpés, et toujours montants ou descendants. Arrivés à demi-lieue de Schleitz et dans un gros village entièrement désert, dont on consommait le pillage, j'ai songé à piller aussi et me suis mis à la (êle de mes trois domestiques pour aller recueillir dans les maisons le linge et la toile que nous pourrions trouver encore; en une heure nous en avons chargé un pelit chariot de paysan; demain nous le découperons en bandes et compresses.

Schleitz est une assez jolie ville, ayant un château fort bien bâti. J’y ai trouvé cent cinquante blessés de l'affaire du 9 sur les hauteurs, à une lieue, par la porte de Leipzig; la plupart de ces blessés élaient logés en ville;

soixante Saxons élaient rassemblés dans un hôpital établi à

l’école publique, tous hachés de coups de sabre; trois de nos chirurgiens et deux du pays en avaient soin. M. l’intendant et moi avons reconnu un local spacieux et propre

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