BATAILLE D'IÉNA
la grande église. Ce local a été bientôt rempli; on y a fait plus de trente amputations; pendant que je me sacrifiais, on m'a volé le meilleur de mes chevaux, que montait un chirurgien nommé Pissot. Bientôt ce local a été insuffisant : on a envoyé les malades à lhôpital des aliénés, qui en à contenu deux cent cinquante; il a fallu en remplir le vaste vestibule de la municipalité, et ensuite toute la maison du collège; l'auberge de P'Ours noir a été consacrée à quarante-cinq officiers; j'en ai mis autant dans une autre maison sur la grande place. J’ai amputé la jambe à l’aide de camp du maréchal Ney et fait diverses autres amputa-
tions ou opéralions; chacun de mes collaborateurs s’est
dévoué avec le même zèle; on à pansé plus de deux mille blessés dans le reste de la journée et plus de douze cents dans Ja nuit et la matinée du 15. Ces infortunés ont été couchés presque sans paille, n’ont eu la plupart ni eau, ni vivres; à peine a--on pu trouver assez de linge. MA. Beauquet, du 7° corps, et Gallée, du 5°, nous ont bien aidés avec leurs instruments et leurs chirurgiens. Il y a eu des blessures terribles. Les Saxons et les Prussiens ont montré une vigueur étonnante : ils ont eu plus de huit cents blessés, beaucoup de morts et plusieurs mille
«prisonniers; parmi ceux-ci étaient neuf chirurgiens, que
j'ai retenus. La ville est encombrée de Prussiens et de Saxons qui défilent. Sa Majesté y couchera pour se rendre
. demain à Weimar.
Il est resté le long d’un bois, sur le champ de bataille, quatre-vingt-dix blessés auxquels on a fait du feu et donné
- des soins; les chirurgiens de la garde y ont contribué.
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. Cent cinquante sont encore dans le village brülé à trois
quarts de lieue d’ici ; on les amènera ce soir dans nos hôpitaux pour les opérer et traiter.
Le colonel du 9° hussards a été tué. Celui du 8° a recu une balle à la cuisse; le chirurgien-major Charroy restera près de lui et sera chargé de soigner douze ou vingt autres
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officiers, dont sept de ce régiment. On compte plus de quatre cents officiers blessés; j’en ai amputé un grand nombre. On s’agite pour donner des soins aux hôpitaux et pour qu’ils ne manquent pas des choses les plus nécessaires. On évacuera tous les individus susceptibles de marcher; ils iront par Lobenstein et Schleitz. J'avais proposé de former avec ces blessés encore valides une garnison pour Léna, où le désordre est à son comble. Partout où l’on passe, et ici en particulier, les maisons en feu, les habitants en fuite. O spectacle déchirant, suis-je encore condamné à te voir TES
Aujourd’hui 15, j'ai visité tous les hôpitaux avec M. Blin, colonel du génie, envoyé pour celte mission par S. À. le prince Alexandre : nous avons trouvé assez de chirurgiens, mais les blessés avaient passé la nuit sans avoir rien pris, au moins dans quelques établissements. On nous en a amené deux cents de plus, tous dans l’état le plus ficheux ; il y aura soixante amputations à faire. Je loge chez le pharmacien de la place, à qui on a fait le plus grand tort et pour qui j'ai déjà tiré le sabre cinq ou six fois.
J'ai fait changer l’ordre sur les évacuations : cinq cents blessés pouvant marcher iront à Gera, au lieu de Lobenstein ; demain nos hôpitaux d’Iéna seront bien dégagés; jy laisse deux chirurgiens-majors, deux aides-majors, dix chirurgiens saxons, quatre étudiants de lUniversité et quatre Krancçais.
16. — Deux cent soixante-dix blessés français et autres avaient été laissés à deux lieues d’Iéna, dans un village brülé, près le premier champ de bataille : on est allé les
chercher et c’est un chirurgien sous-aide du 32° régiment «
d'infanterie qui a dirigé celte évacuation; les chirurgiens
de la garde les ont pansés le jour de la bataille. MM. Lombard et Mouron sont tenus de rester à Iéna, jusqu’à ce «