‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 60 sur 293 · AMBULANCES ET CHAMP DE BATAILLE · texte numérisé non relu

AMBULANCES ET CHAMP DE BATAILLE

que le service soit en bon lrain, ce qui sera fort lons et peut-être impossible, tant la ville a été maltraitée et {ant est grand le nombre des blessés. Ce malin, tous ces infortunés étaient encore dans l'ordure, au milieu des excréments de ceux qui ne peuvent se lever, des jambes et bras qui ont élé coupés, des cadavres ensanglantés, du fumier qu'a produit le peu de paille sur laquelle ils se sont jetés : . On leur a donné dans quelques endroits un peu de bouillon et de pain; on ne conçoit pas comment ils ont pu se sou-

- tenir jusqu'à présent. Mes amputés vont assez bien. Pendant que mes domestiques préparaient mes chevaux, j'ai vu l’église : c’est tout ce qu'on peut voir de plus affreux. Nous sommes partis à sept heures du matin. Les environs d'Iéna sont pittoresques, mais à demi-lieue ©’est une sécheresse et une aridité qui fatiguent l'œil et attristent l'âme. Au milieu d’un chemin très rapide et en spirale s'élève une antique redoute bâtie en pierre de taille; elle commande toutes les montagnes voisines et de ce poste on peut arrêter tout ce qui se présente. Les Prussiens y avaient

. voulu tenir : avec de la fermeté, du courage et de l’intelli- gence, vingl-cinq mille hommes nous eussent écrasés, ct, quoiqu'ils en eussent cent mille, ils ont été forcés d’aban-

. donner les positions les plus inexpugnables etde fuir à toutes

. jambes, laissant beaucoup de morts et de blessés et de . bagages. Ils ont eu autant de blessés que nous. Nous avons … parcouru les divers champs de bataille ; dans un de leurs … camps j'ai {rouvé de beaux bâts, en ai pris un pour faire … porter mes porte-manteaux, mais je l’ai payé cher, car, “ tandis que je le faisais placer sur le cheval, Pun de mes … domestiques oubliait mon sac de chasse rempli d'effets et … de vivres et le perdait sans retour.

è Il n’y a que quatre lieues d’éna à Weimar; il n’y a de «mauvais que la première, à cause de la montée presque à … pic où est située la redoute; le reste est bon. Aux approches de Weimar, nous avons trouvé des camps avec des milliers

de tentes encore dressées; les chemins et les champs étaient jonchés de morts, de fusils cassés, de chevaux tués, ete. Le prince de Brunswick a été tué et Mollendorf blessé. Weimar es! une belle ville; la résidence est neuve. Nous avons trouvé cent blessés prussiens, dont la plupart périront. Il sera établi un hôpital dans la jolie maison du tir ou de la redoute, à un quart de lieue de la ville; on y placera près de trois cents malades; dans une autre maison on en placera autant et plus, ce qui suflira, à ce que je pense, pour les besoins actuels. Je ne laisse à Weimar qu'un chirurgien-major et un sous-aide parlant allemand ; la ville fournira cinq chirurgiens du pays pour soigner les Prussiens.

Le roi de Prusse a risqué de périr avant-hier d’une chute de cheval et peu s’en est fallu qu’il ne fût pris. Il demande la paix et ce matin il est arrivé ici des parlementaires, que M l'Empereur a entendus. |

J'ai vu le frère de M. Huffeland, célèbre professeur à léna, d’où il a été appelé à Berlin. Ce frère est Hofmedicus de la cour de Weimar. Jai oublié de dire que l'Université d'{éna avait perdu depuis quelques années huit de ses plus , savants professeurs en tous genres et qu'en médecine et chirurgie Loder, Ackermann et Huffeland, mal payés par le duc, Pavaient quitiée pour aller à Friedeberg, Halle el" Berlin, de sorte que de leur temps il y avait habituellement mille étudiants à Iéna et qu'aujourd'hui il y en a à peinem trois cents. x

Entre Weimar et Léna est une plaine superbe, vaste, bien cultivée : c’est là que les troupes prussiennes élaient » campées; nos gens ont pu les attaquer à leur gré et il les : ont vaincues, quoique l'ennemi eût affecté de dire qu'en

plaine, s’il pouvait nous y attirer, il nous détruirait. %

PR VTT

17. — Aujourd'hui 17 je vais voir les hôpilaux, qui ne. sont pas grand’chose. Je loge chez M. Muller, conseiller”

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