‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 65 sur 293 · ROUTE ET FORÊT DE WITTEMBERG · texte numérisé non relu

ROUTE ET FORÊT DE WITTEMBERG

; la prussienne : mon bon hôte, grand complimenteur, en a - une de quarante-deux pouces de long surmontée d’une large cocarde.

- En entrant dans la ville on voit un hospice d’orphelins - qui sert aussi de maison de correclion; au-dessus de la porte est cetle inscriplion : Pro miseris et malis. Plus loin - et dans la même rue est le lazaret, où j'ai laissé quarante Français avec un chirurgien aide-major.

22. — Parti de Dessau le 22, à huit heures du matin. . La sortie de celte ville est assez belle: aussi plusieurs moulins bien placés annoncent l’industrie et l’aisance ; on - relrouve encore le goût des bocages anglais et on fait une . lieue dans une magnifique allée de gros peupliers. Mais . bientôt la belle route disparaît: celle qui mène à Wittenberg est affreuse en certains endroits; presque partout . c’est un sable où l’on enfonce de dix pouces et de temps en temps il ya des ravins à périr. On marche au milieu - des bois, sans chaussée ; nous avons vu lièvres, chevreuils, . biches et cerfs sans nombre; la forêt a retenti de coups - de fusil tirés par nos gens et aucune bête n’a peut-être été -luée, quoiqu’elles passassent en se sauvant à côté de nous. . Après avoir cheminé pendant quatre heures, nous nous sommes arrêtés dans un village, où nos chevaux ont bu et -mangé, et nous aussi. J'ai bien donné à déjeuner aux enfants du paysan ; ils riaient et folâtraient, ces pauvres enfants, pendant que leurs parents, dont ils ne sentaient pas les malheurs, étaient abimés dans la douleur; on a voulu voler leurs oies, pendant que nous étions là; j'ai fait cher prise aux grenadiers de la garde, qui en emporfaïent trois, et j’ai indiqué au paysan une cachette pour les -dérober à l’avidité du soldat.

Ë Nous sommes arrivés à cinq heures du soir à Wittenberg, déjà pleine et regorgeant de Français. Nous avons vu l'Elbe et avons passé cette belle rivière, où ce beau

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fleuve, sur un pont auquel les Prussiens, en se retirant, avaient mis le feu; mais les habitants, heureusement pour nous, l'avaient éteint à force de pompes et de soin, de sorte qu'il est resté praticable. On travaille à établir près de ce pont des batteries : cinq cents paysans y étaient occupés. On va metire en état de défense la ville de Wittenberg, qui est assez belle, où il y a une grande université que j'ai prise pour former un hôpital. Cette ville a contenu et nourri, pendant la journée du 22 au 25, soixante mille Français : notre pauvre hôte est resté sans pain et nous a tristement traités, quoique avec la bonne volonté de faire mieux.

23. — Je laisse à Wittenberg une division de chirurgiens. Nous partons ce malin, 23, et prenons la route de Potsdam. À trois lieues je rencontre les chirurgiens qui étaient partis en avant pour faire le logement; ils me di- sent que le quartier général reste là et qu'il faut que tout le monde bivouaque. Il pleuvait et faisait très froid; chacun se disposait à passer le reste du jour et la nuit dans la prairie, près dix ou douze huttes déjà remplies de chasseurs de la garde; nos jeunes gens avaient tué un cochon et s'étaient abondamment pourvus de paille et de foin. Sa Majesté logeait dans un mauvais château à un quart de lieue de là; on lui préparait à diner au bivouac. Je ne voulus pas de ce mauvais gîte et je poussai plus loin pour découvrir un asile; au bout d’une demi-heure je vis une

maison isolée, où l’on serait mieux que dans la prairie È

dont je m'étais éloigné; je fis partir un de mes compa-

gnons pour annoncer à nos bivouaqueurs celte nouvelle, .

ce

et ils vinrent s’établir tant bien que mal dans cette maison

et dans le moulin à vent voisin; j'ai su d’eux qu'ils n'y

avaient pas été mal. Pour moi, je gagnai un village, puis

un autre, puis un troisième : tout était plein; on tuait de” tous côtés volailles, cochons, veaux; pas un petit coin qui

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