‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 7 sur 293 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

Ce fut à cette époque que, s'étant adressé directement au ministre de la guerre pour que celui-ci confirmät la nomination provisoire des chirurgiens qu'il avait rassemblés à l'ouverture des hostilités, il recut de Paris une lettre dans laquelle on le rappelait à l'exercice de ses devoirs, et notamment à la cor- respondance active qu'iln’aurait pas dû interrompre avec le service de santé; le ministre déclarait que, sans le compte avantageux que les inspecteurs généraux lui avaient rendu de ses talents, une mesure sévère eût été prise, attendu qu'il avait - commis une grande faute en affectant de méconnaitre la hiérarchie. Fidèle au système de faire l'opinion juge de ses différends avec ses supérieurs, Percy n’hésita pas à donner la plus grande publicité à cette lettre; il la fit imprimer en même temps que sa réponse, où il invoquait avec une légitime fierté Les témoignages de satisfaction que lui prodiguaient les généraux. « Je n'ai reçu que ce matin, avait-il écrit de Bâle le 26 prairial an VII (3 juin 1799), la lettre que vous m'avez écrite le 21. Vous > l’avouerai-je? elle ne m'a ni surpris ni affecté. Je ne suis point habitué, je n’aspire même pas aux louanges de Paris. Paris est trop loin de l’armée. C'est ici, c’est sur les champs de bataille et dans les hôpitaux que j'obtiens quelques suffrages dignes de meflatter; et, si vous avez fait une seule campagne de guerre, | vous devez savoir que, dans mon état, on n’a point de temps à 4 donner à ces écritures oiseuses dont on se montre si avide et * qui font le mérite de tant de gens à Paris. » « Je vous crois juste, disait-il encore au ministre, on vous dit sage, mais vous avez été circonvenu. » Puis il ajoutait : « Le dépit, ainsi qu'on “ s'en est lâchement flatté, ne me fera pas donner ma démission. Je resterai ferme et impassible à mon poste; je veux y braver les nouveaux dégoûts, les nouvelles indécences, dont l'envieuse et superbe médiocrité continuera sans doute encore à me poursuivre. On me révoquera peut-être; je my attends, sans le — désirer ni le craindre. Mais alors ce ne sera pas moi qui aurai

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Quelques semaines plus tard, Percy encourut de nouveau le blâme des membres du conseil de santé au sujet d’un chirurgien indigne qu'il avait chassé; mais le démêlé le plus grave fut celui qui surgit à l'occasion des officiers de santé dont il s'était entouré au début de la campagne. Dans toutes ses lettres, il n'avait cessé de protester contre l'envoi aux armées de jeunes gens sans vocation ni expérience, qui ne voyaient dans le service des hôpitaux qu'un moyen de se mettre à l'abri de la conscription; il demandait qu'on s’adressât de préférence aux officiers de santé licenciés au moment où l'on croyait la paix définitive, et, comme le fait observer son historien, il ne devait pas s'attendre à ce qu'on

l'accusât de favoriser l'abus au’il dénoncait avec autant d’ardeur ] (

que de persévérance (1). Lorsqu'il apprit que ses ennemis l'accusaient de n'employer en qualité de chirurgiens que des conscrits et des réquisitionnaires, il ne put contenir son indignation et, dans une leltre écrite de Bâle, le 19 thermidor an VI (6 août 1799) au chef de la cinquième division de guerre, il flétrit avec la dernière violence ces propos calomnieux.

« Il me serait, dit-il, facile de démontrer que les reproches que l’on me fait gratuitement sont mérités par ceux-là mêmes qui ont l'effronterie de me les adresser... Demandez, je vous prie, les noms des individus que je suis accusé d’avoir employés, quoiqu'ils soient de l’âge de la conscription. On vous les donnera sans difficulté, et ce seront ceux qui composent

l'état ci-inclus. Cette épreuve bien simple vous mettra à portée

de démêler l'imposture et la loyauté; celle-ci est de mon côté. » En terminant, il s'élevait une fois de plus contre les ignorants dont on avait rempli les hôpitaux. « Leur nombre, disait-il, est si grand, et l’impéritie de quelques-uns si connue, que les troupes se récrient hautement contre cet abus meurtrier et que l'on a appelé infection générale du service de santé certaine corporalion qui prétend détourner sur nous l’odieux de cette qualification. »

(1) G. Laurent, Histoire de la vie et des ouvrages de P.-F. Percy,

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