‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 8 sur 293 · PET L · texte numérisé non relu

PET L

de hit où, dé da à Du Li dis)

INTRODUCTION xx

Ainsi s’exprimait, sans se soucier des ennemis que pouvait

Jui attirer l'indépendance de son langage, celui qui s'intitulait

lui-même le vétéran irréprochable de la chirurgie supérieure des armées. Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que l’auteur des Morts qui parlent trouverait ici une nouvelle confirmation dé sa thèse : la Franche-Comté a droit de revendiquer l'honneur d’avoir forgé un caractère semblable; on ne descend pas en vain d'hommes qui ont fait passer leur obstination en proverbe, et c'est bien l’origine de Percy qui, pour une bonne part, explique l'âpre franchise dont il ne se départit jamais.

La campagne de l'an VII mit en relief les talents de l'habile chirurgien comme organisateur, en même temps qu'elle lui fournit l’occasion d'acquérir de nouveaux droits à la reconnaissance du soldat. Toutefois, avant qu'elle s’ouvrit, il eut encore à prendre en main la défense de ses collaborateurs. Toutes les commissions délivrées aux officiers de santé depuis la reprise des hostilités furent, en effet, retirées à leurs titulaires au commence-

ment de l’année, sous prétexte de les remplacer par d’autres

plus régulières et plus uniformes. Peu de temps après, un arrêté ministériel déclara dans le cas d’être licenciés les officiers de santé non pourvus de commissions nouvelles, en sorte que-bon nombre de chirurgiens ayant déjà servi se trouvèrent sans solde, tandis que de tout jeunes gens exhibaient aux armées leurs habits brodés.

Ce fut pour faire cesser cet état de choses que Percy s’adressa au ministre de la guerre Alexandre Berthier, le conjurant de rendre justice à ceux qu'il avait vus à l'œuvre. « Je ne vous parle pas de moi, lui dit-il. Habitué et préparé à tous les sacrifices, rien ne peut plus me surprendre ni m'affecter, si ce n’est la profonde indifférence et la dureté révoltante avec laquelle on

traite tour à tour une classe d'hommes dont l’habileté ou ligno- …. rance, la moralité ou les vices peuvent influer d’une manière si —… différente sur le sort des armées... Mais quand je verrai avilir =. mon art, quand j'entendrai les gémissements de quatre cents

jeunes gens intéressants condamnés à mourir de faim ou à se déshonorer par des bassesses, quand autour de moi des collaborateurs zéiés, dociles, patients, mes amis, mes enfants, seront indignement persécutés en votre nom, je ne pourrai plus me retenir et de toutes parts je ferai retentir mes pressantes récla- mations. J'espère, citoyen ministre, que vous aurez égard à celle que j'ai l'honneur de vous adresser. Qui mieux que vous peut et doit apprécier les officiers de santé? Vous les avez longtemps vus aux armées, et plusieurs de leurs chefs, parmi lesquels j'ose me compter, y ont joui de voire estime particulière et de votre affection. Veuillez donc mettre un terme aux maux et à la perplexité de ces infortunés et soyez sûr de leur reconnaissance ainsi que de la mienne (1). »

Cet énergique appel à l'équité du futur prince de Neuchâtel fut couronné d'un plein succès et, libre de soucis de ce côté, Percy put se consacrer tout entier à l’organisation des ambulances mobiles, dont, l’année précédente, le mauvais vouloir de l'administration avait contrarié l'établissement. À chaque division d'ambulance de l’armée du Rhin fut affecté un wurst attelé de six chevaux, sur lequel étaient montés huit chirurgiens de toute classe; avec ces derniers marchaient huit servants, dont quatre étaient assis sur des coffres placés devant et derrière la voiture et quatre montaient les chevaux en sous-verge. Le wurst et les coffres renfermaient des secours pour douze cents blessés et sous le chevalet se trouvaient des brancards destinés à relever sur le champ de bataille les hommes incapables de se rendre seuls à l'ambulance (2). On concçoit les services que ces voitures devaient rendre en mettant fin à la situation qui avait inspiré au brave général Lefebvre cette boutade : « Je voudrais être comme le diable qui transporta Jésus-Christ sur la montagne, j'irais chercher tout le conseil de santé et lui dirais : « Vois, malheureux,

(4) Zurich, 26 nivôse an VIIT (25 janvier 1800).

(2) Cf. Dictionnaire des sciences médicales, v° Chirurgien militaire, t. V, p. 107. Un tableau de Duplessis-Bertaux représente Percy galopant à côté d’une de ces voitures,

pe 185.

Page 1