‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 86 sur 293 · AUDITEURS. ET FONDRIÈRES · texte numérisé non relu

AUDITEURS. ET FONDRIÈRES

quatre de nos chirurgiens; ils avaient pansé les blessés du combat qui avait eu lieu dans le village, dans la soirée même, combat dans lequel un mameluck a eu le nez Coupé, Ÿ mais tenant encore un peu; on le lui a réappliqué ; plu- … sicurs chasseurs de la garde ont été hachés ; M. Bocken- $ heimer est resté pour en prendre soin. On m'a heureuse- … ment trouvé deux verres de: bouillon et une bonne botte de foin, sur laquelle j'ai passablement dormi. J'étais arrivé “ à onze heures et demie. Mon pauvre ami Le Vert a voulu È coucher dans la voiture, où ila eu bien froid. Nos chevaux, … tout mouillés de sueur, l'ont été pendant la nuit d’une … pluie glaciale. Quel métier! Les Cosaques nous avaient … laissé un quartier de bœuf chez le maréchal; cette aubaine “ nous a bien servi! Jai désiré qu'on fit la soupe, croyant que Sa Majesté ne partirait que tard; mais à peine le pot a-t-il été au feu qu’on a sonné le départ, et il a fallu retirer « la viande et s’en aller.

…. j'y trouvai M. Ribes, de la maison impériale, ainsi que

26. — II fait froid et beaucoup de vent. Nous voilà dans … la carriole : nous cheminons ; mais, après avoir fait une … demi-lieue, nous trouvons le régiment de grosse cavalerie

Ne

qu'il faut voir défiler lentement et souvent homme par

— homme, à cause des mauvais pas. Nous tentons de nous “ échapper par les terres : plusieurs voitures y restent; Ja nôtre s’en lire à peine et toujours le chemin devient plus “hnauvais. Alors je prends le parti de monter à cheval et de … renvoyer le pauvre équipage au village d’où nous sortons, “me proposant de venir le retrouver le lendemain avec une . permission du major général de retourner à Varsovie. Je chemine à cheval par un vent mêlé de grêle, de neige, à “ne pas y résister; nous voyons de toutes parts des débris (le voitures, des chevaux enterrés dans la boue et ne pouvant en sortir, des bœufs périssant enfoncés dans la terre Jusqu'au ventre. ei, est un champ de bataille de la veille :

il ne s’y trouve par bonheur que quelques cadavres. Là, brûlent des maisons, par derrière lesquelles nous passons pour n'être pas étouffés par la fumée. On n’entend que des cris pour exciter les bêtes et les hommes à redoubler d'efforts dans ces malheureux terrains où ce qu’on appelle la route a disparu sous les eaux et dans la boue. Les carrosses à six chevaux de Sa Majesté ont le sort commun; les roues tombent dans d’épouvantables fondrières et l’attelage blanc et superbe venant à s’abattre et à se rouler dans la boue n’est bientôt plus reconnaissable. Le train d'artillerie laisse plusieurs caissons. Des auditeurs sortent de leur belle dormeuse pour pousser à la roue et mêler leurs cris à ceux des cochers et postillons; mais, au moment où la voiture allait sortir d’embarras, la flèche casse, et voilà mes pauvres voyageurs condamnés à passer la nuit au bivouac. Hélas! chacun a ses peines; les miennes sont de tousser avec douleur, d’être horriblement fatigué el dégoûté.

Nous arrivons à Ciechanow, petite ville ayant une abbaye assez pauvre et que déjà les Cosaques avaient instrumentée

en se retirant hier. À cinq heures du matin, ils étaient

encore avec leurs chevaux dans la chambre que nous avons eu le bonheur de nous procurer; nous en avons ôté le

fumier ; nous y avons fait grand feu pour sécher nos habits «

et faire cuire les poules et les oies que M. d’Albavie, mon compagnon, avait su se procurer. Il a fallu laisser entrer soixante soldats du 4 corps; ces pauvres gens étaient trempés et morfondus; ils souhaitaient périr et se battre

plutôt que de mener plus de deux jours encore une pareille

vie. Le général Kirgener, du génie, avec ses deux aides de camp, nous à demandé un gîte que nous nous sommes empressés de lui donner.

27. — Le foin ne nous a pas manqué : j'ai couché sur quatre bonnes bottes étendues et, à quelques quintes de

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loux près, j'ai assez dormi; mais ce malin je souffrais de Ja tête et de la poitrine. J'ai mangé du miel en rayons qu'un de nos chirurgiens m’avait découvert hier dans une forêt : on sait que ce sont les Polonais et Russes qui nous ont appris à cultiver les abeilles.

Ayant réfléchi que le major général m'avait dit hier que les Russes étaient en fuite et qu’il n’y aurait plus que des affaires partielles, je me suis décidé à rétrograder et à lui écrire que je me rendais sur les derrières pour recueillir les malades en grand nombre qui languissaient sans secours dans les hameaux et huttes abandonnés et les réunir dans un hôpital que j’établirais comme je pourrais à Sochoczyn ou à Nowemiasto. Ma lettre a été portée par M. le chirurgien-major Godefroy au quartier général et, sans en attendre la réponse, je vais partir pour retrouver mes équipages et retourner à Varsovie, bien sûr que si je

« persiste sottement à marcher avec le quartier général, je

mourrai d’un efluxion de poitrine. Mon grand chagrin, c’est de savoir que l'ami Le Vert est parti hier à cheval pour me rejoindre; que nous ne nous sommes pas aperçus sur

- la route; qu’il a poussé jusqu’au quartier général, trois

lieues plus loin que Ciechanow, où nous avions compté le trouver, el que le pauvre enfant va souffrir mort et passion pour moi.

Je monte à cheval à neuf heures et marche pour Socho- €zyn, suivant le même chemin que j'avais pris hier. J’ai rencontré le maréchal Lefebvre, qui faisait la mine et qui m'a dit qu'il parlerait à Sa Majesté de tout ceci. La garde venait après lui, bien fatiguée, bien crottée, ayant fait jus-

. qu'à dix-huit et vingt lieues dans des boues dont on ne se

fait pas d'idée, murmurant lout bas et n'ayant pas unc

» once de pain. Voilà où en est l’armée : elle vit de viande,

quand elle a le temps d’en faire cuire ; de pommes de terre,

… catoufiles, quand elle peut en accrocher, car les paysans … les enterrent dans les champs et souvent on ne peut savoir

où. Je passerai la nuit à Sochoczyn, au risque d’être obligé de faire le coup de fusil avec les Russes, qui infestent les derrières et volent ou tuent tout ce qu’ils trouvent : les paysans m'en ont amené un de cinq qui pillaient ce que les Français ont laissé; ils l’avaient désarmé et attaché avec des cordes; je les ai renvoyés au bourgmestre.

Mon ami Le Vert arrive à linstant, bien gelé et bien affamé. Je suis enchanté de revoir ce jeune ami, qui vient

encore de me prouver si sensiblement son tendre altache- .

ment. Nous sommes dans une mauvaise chambre; le vent souffle de toutes parts. Demain nous partirons pour Nowemiaslo.

28. — J'ai toussé toute la nuit et ai le corps brisé, tant mon lit de paille, ou plutôt ma litière a été exiguë. Me voilà en voiture comine un pauvre moribond. Mon cocher a trouvé deux bons chevaux sur le champ de bataille; il les a attelés à notre carrosse et ils vontbien. Nous ne reconnaissons plus les chemins par lesquels nous sommes passés il y a quelques jours; ils sont anéantis par l'effet des transports qui vont rejoindre, et, à chaque pas, on risque de verser ou de périr. Plusieurs caissons et chariots passeront l'hiver dans les trous où ils sont tombés. Les charretiers reculent épouvantés à la vue de ces fondrières sans fond; les souliers, habits, effets de régiment restent en arriere, crainte d'accident, et cependant le soldat a bien besoin de ces secours. |

Nous sommes arrivés à Nowemiaslo, qui veut dire ville neuve, à cinq heures du soir. Chemin faisant, j'ai aperçu le commandant Simonin se rendant au grand quartier général. Je Pai prié de remettre à M. Larrey une lettre

dans laquelle je l’avertis que j'ai formé tant bien que mal . des giles à Giechanow, à Sochoczyn, à Nowemiasto, à

Nasielsk, elc.; que j'y laisse des chirurgiens, mais qu'il 3 e e ° .

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