‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 92 sur 293 · WITTENBERG · texte numérisé non relu

WITTENBERG

Wiltenberg est une jolie ville, offrant beaucoup de ressources. (C’est la première ville de la Vieille-Prusse, où nous sommes enfin arrivés. Plus de Pologne, plus de Polonais : on parle allemand dans le pays. La gelée est forte, et le ciel bien étoilé nous en promet une plus forte encore; il n'y à pas beaucoup de neige. Le major général ne cesse de consulter son thermomètre, qui a la forme d’une montre et dont l’effet, très exact, dépend de la dilatation et de la condensation d’une tige de métal. Chacun demande la gelée, car si, par malheur, le dégel survenait, nous serions très embarrassés; cependant la terre resterait encore assez ferme pendant huit jours pour nous mettre à portée d'arriver à notre destination, qui dépend des événements. Il y a à Wittenberg de superbes moulins et une maison un peu propre, qu’on appelle le château : Sa Ma- jesté y logeait.

2. — Nous avons été assez bien hier. Aujourd’hui, à hüit heures, par un temps extrêmement froid et un vent de nord-est, nous sommes partis pour Passenheim, petite villette à huit grandes lieues de Wittenberg. Le chemin est détestable; c’est la traverse, et le pays est très mon-

. lueux. Ayant élé devancés par le parc de la garde, il a + fallu cheminer lentement à sa suite et à travers les sillons élevés de la campagne, ce qui a tellement secoué la voiture que ce malin, 3, nous nous sommes aperçus qu’elle était hors d’état d’aller plus loin. Après avoir fait la moitié du chemin, nous avons laissé aller le pare et sommes entrés dans un malheureux village abandonné et pillé; nous y avons eu un peu de foin et trouvé une chambre bien chaude qu’à notre vue quinze ou vingt soldats ont évacuée; ils en enlevaient le reste des pois, fèves et pommes deterre. Nous nous croyions seuls dans ce taudis lorsque les soupirs d’une vieille femme, couchée dans un lit retiré, nous … ont frappés et contristés. Elle a quatre-vingts ans. Cette

inforlunée, n'ayant pu suivre ses enfants dans les forêts où ils se sont retirés, a élé délaissée par eux. Des haillons dégoûtants la recouvraient; ses regards annonçaient une faim mortelle; je lui ai donné du pain blanc et un morceau de bœuf cuit, qu’elle a bien mangé, quoique n'ayant plus une seule dent. Elle a fort bien bu un verre de vin blanc que je lui ai présenté ; mais, quand elle m’a vu lui donner un morceau de sucre trempé dans le vin, elle a hésité et mont: é de la crainte. Cependant l'ayant porté sur ses lèvres, le goût lui en a plu et tout cela l'avait bien rélocillée. Nous l'avons quittée en la recommandant à la Providence et bien satisfaits de notre bonne action. | A six heures, nous sommes arrivés à Passenheim, où nos chirurgiens chargés de notre logement nous avaient trouvé un coin avec treize officiers de la garde. Les chevaux ont été mieux que nous; ils n’ont manqué de rien. Nos officiers étaient tous occupés de leur souper, sur lequel ils prenaient un à-comple, quand je suis entré dans la chambre que je devais partager avec eux ; ils m'ont comblé d'égards et de prévenances. Chacun a bien soupé. On a rempli de paille fraiche la chambre; j'ai étendu dans un coin mes draps, mes couvertures el mon vitchoura, et à dix heures chacun ronflait. À trois heures du matin, on est venu donner le signal du départ aux officiers, puis il y a eu contre-ordre et on n’est parli qu’à huit heures. Sa Majesté nous à commandé d’être prêts à toute heure et de rester jusqu’à ce qu’il nous ait été expédié une ordonnance pour nous rendre vite où l’on nous conduira. Ainsi notre personnel et notre matériel attendent et d’un moment à l’autre nous comptons marcher. L'Empereur et tout le quartier général, équipages gros et petits, sont partis pour Allenstein. On dit que quinze mille Russes sont cernés; on s’attend à un grand coup; Sa Majesté l’a annoncé. | Notre voiture est cassée sans remède. Nous en avons découvert une autre, mais mauvaise aussi. Nous aurons un

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