‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 95 sur 293 · COMBAT DE HOFF · texte numérisé non relu

COMBAT DE HOFF

garde et tout le grand quartier général, avait couché dans -ce village, dont la désolation ne peut se peindre. La chambre de l'Empereur était occupée par le colonel du » 79° régiment d'infanterie, blessé au bras et ayant avec lui son chirurgien-major Lejan et quatre officiers ; sans quoi j'y aurais logé.

- J'avais, fout en arrivant, mis vingl de mes chirurgiens -à l'œuvre dans tout le village, où il y avait encore cent blessés qui n'avaient pas été pansés; les chirurgiens de corps et de la garde en avaient pansé autant la veille ct dans la matinée. On s’était battu avec un acharnement sans exemple à une lieue du village. L'Empereur qui, le 0, croyait aller coucher tranquillement à Preuss-Eylau, à -sept lieues de là, fut arrêté par une ligne russe très consi- - dérable, qui parut tout à coup, prit de bonnes positions “et se disposa au combat. La cavalrrie, et surtout les cui- “rassiers, chargea avec fureur; le 75° régiment d'infanterie -avec d’autres régiments combatlit vaillamment; de part et d'autre on attaqua et on se défendit avec une opiniâtreté presque barbare, et de cette rencontre inopinée il résulta “environ trois cents blessés, qui furent amenés à Gross- Claudow. Sa Majesté me demanda plusieurs fois : c’était la - faute de l'état-major et de ses adjoints envoyés au-devant de moi, si je ne me trouvais pas sur les lieux. M. Boyer, pre- “nier chirurgien del’Empereur, vitquelques blessés ; M. Larrey en vit quelques autres ; enfin le service chirurgical s’était -passablement fait. Je me couchai sur un. grabat, que je fis bien nettoyer et où j’établis mon plumon et mes draps et couvertures. Jamais je nai mieux dormi. En arrivant de ant cetle maison alors toute pleine de soldats et cher- Chant les restes de ceux qui les y avaient précédés, je vis le maître et quatre femmes ayant chacune un enfant à la mamelle, qui n’osaient pas y rentrer et qui, sans moi, eussent passé la nuit à la porte. Je les fis entrer et leur donnai quelques bribes de pain et de viande. Nos chirur-

giens se sont mis dans un réduit que j'ai eu beaucoup de peine à leur procurer, étant encombré de soldats qui ne voulaient pas le quitter; ils ont tué un mouton, dont ils ont fait cuire un gigot qu'ils ont à peine pu déchirer ; la plupart ont bivouaqué.

8. — Dès la pointe du jour, nous recevons l’ordre de. nous rendre en toute diligence à Eylau. Bientôt chacun est à cheval. Je laisse MM. d’Albavie et Fizelbrand au village pour continuer pendant quelques jours leurs soins » aux blessés et les évacuer. Je monte dans mon traîneau et file lestement. La nuit a été excessivement froide; il a neigé et il neige encore. Le chemin est montucux ; le pays est sauvage et boisé; on ne cesse de monter et de descendre. «

Après avoir fait trois quarts de lieue au plas, nous avons. trouvé le champ de bataille de lavant-veille. O effet de la fureur de se détruire! Jamais tant de cadavres n’avaient couvert un si petit espace. La neige était partout teinte de « sang ; celle qui était tombée et qui tombait encore commençait à dérober les corps aux regards affligés des passants. Les cadavres étaient amoncelés partout où il y avait quelques bouquets de sapins, derrière lesquels les Russes ataient combattu. Des milliers de fusils, de bonnets, de“ cuirasses étaient répandus sur la route ou dans les champs.« Au déclin d’une montagne, dont l'ennemi avait sans doute“ choisi le revers pour mieux se défendre, il y avait des groupes de cent corps ensanglantés; des Mate eslro=. piés, mais vivants, attendaient que la faim vint les faire” tomber à leur tour sur ces monceaux de morts. Nous avions” à peine traversé un champ de bataille que nous en rencon-M lrions un autre, et tous étaient jonchés de cadavres, parti lesquels il y avait aussi des Francais.

Nous sommes arrivés à neuf heures à Landsberg, petite. ville où les Russes en se retirant et nos gens en les pour“ suivant ont exercé tous les ravages imaginables; tout y.

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