‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 96 sur 293 · BATAILLE D’EYLAU · texte numérisé non relu

BATAILLE D’EYLAU

élait plein de voitures; les parcs d'artillerie s'y succé-

daient; nous avons eu bien du mal à y entrer avec le traineau et notre petite carriole. J’y ai trouvé le chirurgien principal Poussielque avec sa division et les chirurgiens de l'avant-garde de la réserve de cavalerie ; il venait de faire sa dernière amputation et il partait à l'instant. J'y ai laissé M. Pla, aide-major, ainsi que quatre sous-aides. À dix heures, nous nous sommes remis en route : il faisait froid, et une forte gelée avec neige et givre. À onze heures, nous avons rencontré des soldats blessés, les uns pansés, les autres ne l’étant pas, et tous se dirigeant sur Landsberg en formant une colonne qui grossissait de plus en plus à mesure que nous avancions. Le canon se faisait entendre d’une manière effroyable; les bombes et les obus éclataient de tous côtés ; la mousqueterie ne cessait point. Sa Majesté avait couché à un quart d'heure d'Eylau, dont nous nous élions emparé la veille, et dès le grand matin l'affaire s’était engagée dans la plaine qui est au delà de celle petite ville auparavant si jolie et si riche. Arrivés à une demi-lieue et même moins du champ de bataille, nous avons vu tous les équipages du quartier général de l'Empereur arrêlés sur une hauteur. Ayant fait encore un quart de lieue, j'ai été averti que, dans une grande maison, près

- de la route, il y avait une multitude de blessés et qu'il y en afiluait sans cesse; j’y suis entré et ai été bien rassuré

en y trouvant M. le principal Chappe, entouré de douze

- bons chirurgiens rivalisant de zèle et d’efforts pour secon-

der cet estimable chef et faire tête à un service si difficile ; les opérations se pratiquaient à force; on ne gardait que les fractures et les amputations ; tous les autres blessés élaient envoyés à Landsberg. Autour de cet asile de mi-

. sere et de douleur étaient des voitures sans nombre, plu- . sieurs régiments attendant le signal du départ et une foule

de pauvres blessés qui ne pouvaient entrer ni trouver place pour être pansés. J’oublie de dire qu’à moitié chemin

j'avais vu mon ami le général Levasseur, se rendant dans un bon traîneau couvert à Landsberg, avec une fracture au tiers supérieur du bras gauche.

Plus loin que la maison d’ambulance, j'ai vu plusieurs grenadiers de la garde, tant à pied qu’à cheval, revenant du champ de bataille ensanglantés et plus ou moins grièvement blessés. Ceci m’a fort affecté, car la garde est un corps de réserve que Sa Majesté n’expose qu'à la dernière extrémité, et la voir revenir couverte de blessures et se retirant est d’un mauvais présage. Les chasseurs à cheval avaient été hachés. L’infanterie de la garde n'avait pas donné; la mitraille et l'artillerie trop bien servie des Russes l’avaient abîimée en position. Les grenadiers à cheval avaient très malheureusement chargé. Les canonniers de la garde avaient beaucoup souffert, de sorte que M. Larrey, M. Bockenheimer, M. Thérin et autres chirurgiens en chefet en sous-ordre étaient très occupés et n’avaient pour hôpital ambulant que de misérables hangars, qu’il m'a fallu partager avec eux pour soigner, panser et opérer les blessés de la ligne, dont le nombre allait toujours croissant.

Le sénateur et général d’'Hautpoul est arrivé dans un traîneau, ayant une fracture comminutive à quelques travers de doigt au-dessus du genou. M. Larrey achevait

de le panser lorsque j'ai appris ce cruel accident. Le gé-

néral voulait, en me serrant la main, qu’on défit l’appareil pour que je visse sa blessure; M. Larrey se préparait à cet acte de complaisance, mais je n’y consentis point et répétai plusieurs fois au blessé que mon collèque était digne de toute sa confiance. Le maréchal Augereau était déjà passé avec un coup de feu à la jambe, le général Leval avec une

balle dans le bras, le général Ricard ayant je ne sais plus quelle blessure. Le général Heudelet avait reçu un coup de «

feu dans le bas-ventre avec partie de la balle. Mon pauvre bon ami le général Gudin avait été tué, ainsi que les colo-

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