‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 97 sur 293 · UNE ALERTE · texte numérisé non relu

UNE ALERTE

nels Lemarrois, Lacuée et autres que j'atfectionnais beaucoup aussi. Le brave et aimable Corbineau, général aide de camp de Sa Majesté, venait d’expirer, ayant eu une cuisse emportée par le boulet. Le général d'Allemagne (1), colonel des chasseurs à cheval de l'Empereur, avait été criblé de coups de lance par les Cosaques et se trouvait dans un état d’anxiété et de spasme qui m'inquiétait vivement pour ses jours. Une multitude de chefs de corps et d'officiers de marque avait péri. Le massacre était affreux, etnos chirurgiens ne pouvaient suffire à l’affluence des blessés. Le feu avait pris à plusieurs maisons de Ja petite ville d'Eylau, au-dessous de laquelle nous étions. Le bruit

de l'artillerie, la fumée de l'incendie, l’odeur de Ja poudre,

les cris des blessés qu’on opérait, tout ce que j'ai vu et entendu ne sortira jamais de ma mémoire. Nos gens

. avaient passé la nuit dans la ville ; M. Poussielgque y avait

pansé des blessés jusqu’à dix heures du matin ; mais l’enneni y jetait tant d’obus et de boulets qu’il avait fallu abandonner ce poste. Cependant nos soldats continuaient à y aller marauder, ou plutôt chercher leur vie.

Vers une heure, le maréchal Augereau ayant traversé la

ville, suivi et précédé d’une grande escorte qui allait bon

train, à cause des boulets, on prit cette petite troupe pour un corps russe, et chacun se sauva à toutes jambes Jusque devant nos hangars et plus loin encore, ce qui donna lieu

à une alerte générale et pensa causer une véritable déroute. C'était à qui irait plus vite : officiers, soldats, cava-

liers, domestiques, tous se sauvaient. Mon cocher Paul,

très poltron de sa nature, namena vite mon cheval, sur

lequel je montai par précaution, ignorant ce que pourrail devenir ce mouvement; il avait dételé de la voiture le meilleur de mes chevaux, sur lequel il avait déjà com- Imencé sa retraite, lorsque je lui coupai le chemin et le

(1) Le général que Percy appelle d'Allemagne est le général Dahlmann,

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renvoyai à mes équipages en me moquant de lui. J'avoue toutefois que, n'ayant pu encore trouver d'assez larges. éperons pour les chausser avec mes énormes bottes, je m’estimai heureux, en pareille occurrence, d’en apercevoir. par terre un fort gros et très ouvert, que je me dépêchai d'ajuster à mon talon droit, en cas de besoin, montant un cheval qui n’allait pas bien sans être piqué. J'ai laissé courir les fuyards; enfin mon neveu et moi, à force de crier que ce n’était qu'une terreur panique, qu’une fausse. alarme, nous sommes parvenus à rallier un régiment d’infanterie et à retenir la plupart de ceux qui suivaient le mauvais exemple. Ün ordonnateur et son secrétaire ont laissé leurs chevaux et ont filé à pied; un autre a pris le temps de monter à cheval ets’en est allé bien loin ; un seul de nos chirurgiens (Charpentier, aide-major) s’est laissé entraîner et a fait près de deux lieues en moins de trois quarts d'heure; tous les autres sont restés fermes à leur poste. Cependant, par excès de précaution, j'ai voulu éloigner ma voiture et mes chevaux et les mettre à portée de filer avant les autres, si le cas échéait. En conséquence, nous les avons menés près l’ambulance de M. Chappe et contre le pignon d’une mauvaise petite maison, déjà à. moitié découverte, et dans laquelle le colonel Henriot, du 14° de ligne, blessé à la main, s’était retiré avec son chirurgien-major Courtois et sept ou huit officiers du même corps ; on avait pansé dans cette maison plus de trois cents. blessés du même régiment. Courtois et le colonel m'ayant promis une portion de soupe et un petit coin dans ce mi-sérable gîte, j'ai fait établir un bon feu pour nos domesti- « ques, couvrir et garder les équipages, à cause de la neige: qui ne cesse de tomber à gros flocons, et réserver place à ce bivouac à quelques-uns de nos chirurgiens. Ensuite je « suis retourné à nos hangars, où M. Laurenchet, chirur-.… gien-major, et sa division pansaient à force. Nous n’avions pu nous rendre utiles plus lôt, parce que les voitures.»

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