‹ Journal des campagnes du chevalier de Lévis en Canada de 1756 à 1760 [microforme]Chapitre 44 sur 46 · TES · texte numérisé non relu

TES

rable à Choagen et avoient des bâtiments prêts pour favoriser le passage du lac à leurs bateaux.

On reçut ce jour de nouvelles lettres du sieur Murray, qui expliquoient 3es procédés sur de fausses allégations et sur ce que M. de Vaudreuil avoit violé le droit des gens en relevant les habitants du gouvernement de Québec du serment de fidélité qu’ils avoient prêté au Roi d'Angleterre pour nous aider à reprendre Québec.

Dans la nuit, on reçut des nouvelles de France par un courrier de dépêche de Ristigouche en Acadie, où avoient relâché nos bâtiments destinés pour Québec, qui étoient partis du 15 avril, temps auquel ils devoient arriver.

Les bâtiments anglois qui étoient à l’entrée du lac Champlain tirèrent beaucoup de canon.

Un parti des ennemis d’environ trois cents hommes fut à Sainte-Thérèse à deux lieues au-dessous de Saint-Jean, où ils brûlèrent un hangar où l’on déposoit les effets qu’on transportoit de Chambly à Saint- Jean et quelques maisons qui étoient aux environs, et

Au lac

emmenèrent une vingtaine d'habitants, dont plusieurs charettes.

Le reste du mois de juin sé passa paisiblement. On espéroit que la paix viendroit à notre secours, n’y ayant pas autre chose à espérer.

Vers la fin de juin, le sieur de Bougainville, qui commandoit à l’Ile-aux-Noix, ayant eu connoissance que les navires anglois avoient paru sur le lac Champlain, on jugea qu'il étoit indispensable de renforcer ce poste où il n’y avoit que quatre cent cinquante hommes. On y envoya le second bataillon de Berry avec deux cent cinquante miliciens; M. le chevalier

de Lévis s’y transporta pour visiter ce poste et cette frontière.

JUILLET

Au commencement de juillet, on apprit que les Anglois étoient à la fin de leurs préparatifs à Québec.

Le 14

Comme on craignoit que les ennemis ne cherchassent à se joindre au lac Champlain à cette flotte en traversant les bois, M. dela Pause fut envoyé pour reconnoître l’espace du pays qui sépare le lac Champlain depuis la baie de Mississicouy jusqu’à la Rivière Chambly au fleuve Saint-Laurent et au lac Saint- Pierre, en suivant les Rivières de Maska et Saint-

François. On se disposa à faire des préparatifs pour tâcher de boucher les chenaux au-dessus du lac Saint- Pierre. M. de Bourlamaque fut envoyé pour ordonner des travaux à faire dans cette partie sur les instructions qu’il avoit reçues.

M. le chevalier de Lévis, pressant toujours pour avoir des vivres, proposa différents moyens à MM. de Vaudreuil et Bigot, offrant de s’engager pour le paiement vis-à-vis des habitants, et d'envoyer des officiers de son corps entendus pour faire ce travail, ce qui fut accepté et exécuté avec tout le succès qui fut possible.

Les ennemis ayant armé une flotte de trois frégates de vingt, trente et quarante canons, de plusieurs brigantins et senaus armés, de douze chaloupes carcassières portant du 24 et 18 et 12, et d’autres transports faisant en tout trente-cinq voiles sans compter les bateaux de débarquement. Cette flotte étoit propre à remonter le fleuve et embarquer un corps d’environ deux mille cinq cents à trois mille hommes de troupes de débarquement non compris les matelots avec une prodigieuse quantité de vivres, artillerie et munitions se mirent en mouvement, ils devoient être renforcés, après l’arrivée de quelques troupes qu'ils attendoient d’une autre flotte avec mille à douze cents hommes de débarquement qui devoient arriver de Louisbourg aux ordres du lord Rollo. Ils parurent au bas du courant

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DU CHEVALIER DE LÉVIS 293 nissan prise me Va de Dechambeau le 16. Comme le fleuve est extrêmement rapide à cet endroit, l’on espéroit qu’ils ne franchiroient pas aisément ce passage, quoique nous n’ayions pas à beaucoup près l'artillerie nécessaire ; mais le vent devint si fort et fit remonter leur flotte avec tant de rapidité qu’ils se trouvèrent tous au-dessus du passage appelé le Richelieu sans avoir essuyé

plus de cinquante coups de canon avec perte de dix à douze hommes seulement,

LE 1+ AoUT

M. le chevalier de Lévis envoya M. de la Pause reconnoître l'Ile à la barque pour voir si ce poste fortifié pourroit arrêter l’escadre.

M. de Bourlamaque retourna à Sorrel pour faire continuer les travaux; le régiment de la Sarre y fut envoyé.

Le 2

Au soir, on apprit par un prisonnier fait à Saint- Frédéric que M. Amherst étoit à Orange, qu’il y avoit trois bataillons de troupes à Carillon et sept de milices, et qu’ils étoient prêts à se mettre en mouvement.

Il arriva un prisonnier fait au-dessous des Trois-

Riviéres, qui dit qu'il y avoit trois mille cinq cents hommes de débarquemant sur les deux flottes et que, depuis, il étoit arrivé encore quatre cents hommes à Québec. On apprit que deux barques qui étoient sur le lac Ontario avoient été chassées par un brigantin anglois.

M. de Bourlamaque revint de Sorrel. M. le chevalier de Lévis s’y transporta le 7, donna de nouveaux ordres, fit faire des préparatifs pour boucher le chenal de Grâce et revint le 8 au soir.

Le régiment de Guyenne se mit en mouvement par eau pour se porter à l’Ile-aux-Noix avec les habitants de ses quartiers, excepté ceux de Sorrel qui restèrent aux ordres du sieur Bellot pour les travaux de cette partie.

Ce jour-là, partie de la flotte angloise, qui étoit à l'avant-garde, passa sous les Trois-Rivières et mouilla à une lieue et demie au-dessus des Trois-Rivières. Elle étoit composée de vingt-six voiles, le reste étoit au nombre de vingt-deux à Champlain.

Comme la ville des Trois-Rivières étoit ouverte et sans dt'ense, le sieur Dumas, en côtoyant la flotte avec tout son détachement, qu’il avoit rassemblé en se repliant, excepté un détachement qu’il avoit laissé au fort de Jacques Cartier, se pressa d'y arriver pour y construire quelques retranchements pour la défense ;

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DU CHEVALIER DE LÉVIS 295 om à à mais la flotte angloise ayant passé outre, il fut forcé

de la suivre après avoir laissé un détachement dans cette ville.

À quatre heures du matin, on entendit trois coups de canon à Chambly. Trois bâtiments ayant paru à la portée de l’Ile-aux-Noix, on rassembla les habitants.

M. le chevalier de Lévis faisoit continuer les travaux commencés à l'Ile Sainte-Hélène, sous Montréal, depuis le 7, par des batteries et retranchements de

même qu'à la rive du Nord du fleuve pour défendre le courunt de Sainte-Marie.

Le 10 M. de Bourlamaque se porta à Sorrel.

Le 11 La flotte angloise avança dans le lac. M. de Bourlamaque, voyant que les travaux ne pourroient être finis À temps, et que les troupes qui étoient dans les

îles pouvoient étre coupées les replia à Sorrel où il travailla à se fortifier.

Le 12

Ils sortirent du lac, passèrent les chenaux et devant

Sorrel où ils tirèrent quelques coups de canon sur les travailleurs, et mouillèrent à la tête des îles, vis-à-vis le bas de la paroisse de Noray.

Ils avancèrent jusqu’au bas des Iles Plates. Le bataillon de la Marine qui étoit dans l’Ile de Montréal eut ordre, le lendemain, d’aller camper à l’Ile Sainte-Hélène.

LE MÊME JOUR

Ils redescendirent avec la flotte jusqu’au vis-à-vis de Sorrel, ce qui fit prendre le parti à M. de Bourlamaque, qui les avoit suivis, n’ayant laissé qu’un poste à Sorrel, d’y remarcher à la hâte; il travailla à s’y fortifier de nouveau. Les ennemis parurent se mettre en disposition d’y tenter une descente.

M. le chevalier de Lévis se porta à Berthier, où le corps de M. Dumas étoit déjà arrivé. Le général Murray fut joint le 18 par la division de lord Rollo. Il y resta jusqu’au 17, où, ayant vu remonter la flotte jusqu’à trois lieues au-d:ssus, il reçut un courrier de Montréal, d’où on lui mandoit que les ennemis paroissoient du côté du lac Champlain, que les

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DU CHEVALIER DE LÉVIS 297 barques que nous avions au lac Ontario s’étoient retirées et avoient été prises et que les ennemis marchoient en force à la tête des Rapides. M. de Lévis avoit formé le projet, en se rapprochant de Montréal, de rassembler ses forces et d’aller attaquer le corps des ennemis qui arriveroit le premier; mais il ne put exécuter ce projet, le général avançant toujours par eau sur Montréal, dont il se seroit aisément emparé, cette ville n’étant pas à l'abri d’un coup de main. L'armée angloise du lac Champlain fit sa descente au Sud de la rivière, demi-lieue au-dessus de l’Ileaux-Noix, et travailla à s’ouvrir un chemin pour communiquer à la Rivière du Sud, et par ce portage se trouver au-dessous de l’Ile. On mouilla les bâtiments pour défendre le débouché de cette rivière; on renforça le corps qui devoit défendre l’île, qui avoit été mise dans le meilleur état de défense qu'il fut possible, ayant fait passer au sieur de Bougainville tous les secours nécessaires. Le régiment de la Reine et Royal-Roussillon furent envoyés à Saint-Jean aux ordres de M. de Roquemaure ; il fut renforcé dans la suite de tous les miliciens du gouvernement de Montréal. Le chevalier de la Corne fut destiné avec quatre cents hommes à aller jusqu’au fort Lévis, que l’on avoit attaqué, avec ordre de faire mine de vouloir défendre les Rapides. On comptoit que le fort Lévis se défendroit longtemps, vu la bonté de sa position ; mais il fut pris dans trois jours, ayant été renversé par la nombreuse artillerie des ennemis. Le chevalier

de la Corne, en se retirant aux Cèdres, comme il avoit ordre, fut abandonné par son détachement, qui étoit tout d'habitants de l’Ile Pérault ou de Montréal.

Le 19

Le chevalier de la Pause fut envoyé par M. le chevalier de Lévis pour voir les dispositions de défense qui y avoient été faites et pour lui en rendre compte. Il en repartit le 20, dans la nuit. Les ennemis travailloient depuis deux jours aux batteries. Ils avoient débarqué le 14. Cette armée étoit composée de quatre bataillons de troupes réglées, de quelques régiments provinciaux, huit cents coureurs de bois, faisant en tout huit à neuf mille hommes accompagnés de cinq bâtiments armés de canon de dix-huit à vingt pièces chacun, deux batteries flottantes portant du 24 et nombre de carcassières.

Le 23

Ils commencèrent à tirer dans les retranchements de l’Ile-aux-Noix.

Le 25

Au matin, les ennemis, ayant dans la nuit mené des pièces de campagne vis-à-vis de nos bâtiments qui étoient mouillés trop près de terre à l'embouchure

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de la rivière du Sud, les canonnèrent de si près de terre et avec tant de vivacité que, le capitaine ayant été tué et partie de l'équipage tué ou blessé, le reste se jeta à l’eau pour se sauver. Comme l’on avoit coupé le câble, le vent jeta ce bâtiment sur la côte. Les ennemis furent s’en rendre maîtres et le mirent à flot, et, ayant attaqué les autres bâtiments, ils s’en rendirent maîtres. Ce contretemps nous ayant fait perdre notre petite marine, les ennemis se disposèrent à faire passer des berges dans la rivière du Sud. Après cet accident, il fut mandé au sieur de Bougainville de soutenir ce poste le plus qu'il seroit possible, et, lorsqu'il se verroit hors d'état de le soutenir, de se retirer, s’il le pouvoit encore, ce qu’il exécuta le 27, se voyant totalement tourné et coupé, de l’avis du conseil de guerre qu’il tint à ce sujet, en ne laissant que les écloppés avec une cinquantaine d'hommes qui avoient ordre de capituler le lendemain. M. de Bougainville se retira avec le reste de son détachement par la rive gauche de la Rivière Saint-Jean, marchant à travers les bois; et ce ne fut qu’avec beaucoup de peine qu’il put se rendre auprès de Saint-Jean dans la journée du 28.

Le 28

Le corps qui étoit à Saint-Jean ayant vu paroître le matin avant le jour quelques berges, se porta à une grande portée de canon en arrière dudit fort, où l’on

resta le 28 et le 29 en disposition de se retirer derrière la Rivière de Montréal à l'approche des ennemis; on avoit envoyé garnison au fort Chambly et à Sainte- Thérèse, avec ordre à ce dernier poste de le brûler et de se retirer à Chambly.

Les Canadiens revenus de l’Ile-aux-Noix se retirèrent dans leurs paroisses, et, ayant jeté l’épouvante parmi ceux qui étoient à Saint-Jean, ils s’en allèrent de même; il y eut aussi de la désertion parmi les troupes.

Dans la nuit du 29, les ennemis venant en force sur Saint-Jean avec grand nombre de berges, M. de Roquemaure y fit mettre le feu et se replia derrière le ravin de Montréal, entre Saint-Jean et la Prairie.

M. Murray, dès le 25, avoit mis à la voile et, étant monté jusqu’à quatre lieues au-dessous de Montréal, le détachement de M. de Bourlamaque qui les suivoit par le Sud, et celui de Dumas par le Nord, montèrent l’un jusqu’à Longueil et Boucherville et l’autre passa dans l’Ile de Montréal.

Le 30 Er LE 31

Les ennemis restèrent à Saint-Jean sans faire de mouvements.

SEPTEMBRE

Le 1, M. le chevalier de Lévis, voyant le corpsaux ordres de M. de Bourlamaque à même de 8e joindre

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DU CHEVALIER DE LÉVIS 801 et voulant tenter une action contre l’armée qui étoit à Saint-Jean, fut reconnoître la position de M. de Roquemaure et revint pour conférer avec M. de Bourlamaque. Il avoit appris que le sieur Murray avoit fait descendre un corps à Varennes. 11 donna ordre à M. de Roquemaure de se replier le soir à la Prairie, après avoir laissé un poste à la jonction du chemin de Saint-Jean et Chambly à la Prairie. Il avoit appris aussi que les ennemis paroissoient se porter de Saint- Jean vers Chambly ; après avoir pris avec M. de Bourlamaque tous les arrangements pour se joindre et combattre le corps de Saint-Jean, il se rendit à Montréal.

On n’avoit aucune nouvelle des Rapides. Le chevatier de la Corne étoit encore aux Cèdres.

M. le chevalier de Lévis ayant convoqué tous les sauvages à la Prairie pour les porter à le seconder dans son dessein, pendant qu’il les haranguoït, il vint un député de leur village leur annoncer que la paix étoit faite entre eux et les Anglois, lesquels étoient aux Cèdres. Dans ce moment, ils se dispersèrent et laissèrent M. le chevalier de Lévis tout seul, avec les officiers, lequel ayant eu avis aussitôt par le chevalier de la Corne que le fort Lévis avoit été pris, que M. Ambherst descendoit avec une armée de quinze mille hommes, qu'il arrivoit aux Cèdres et que, s’il faisoit

diligence, il pouvoit être le lendemain à Montréal, prit sur cela la résolution de faire replier sur l'Ile de Montréal tous les corps qui étoient au sud, ce qui fut exécuté avec beaucoup d'ordre le lendemain matin, malgré le manque de bateaux qui obligea à faire plus d'ouvrage. Le corps de M. de Bourlamaque 8e porta au-dessous de la ville et celui de M. Roquemaure audessus, et celui du sieur Dumas continua d’occuper le bas de l’île.

Le sieur Murray s’étendit le long de la côte du sud. Il est à observer qu’il n’avoit mis à terre dans la descente qu’il avoit faite qu’un détachement qui se tenoit toujours prêt à se rembarquer dans le moment qu’on auroit pu marcher à lui, ce qui fut cause que nous ne pôûmes jamais le combattre. Et on ne pouvoit s’écarter de la ville de Montréal où le sieur Murray se tenoit à portée de pouvoir entrer dans quatre heures. M. le chevalier de Lévis fut reconnoître le haut de l’île. Nos forces et l'éloignement de la ville ne nous permirent pas de tenter de le défendre.

L'armée du général Amherst, qui avoit séjourné à l'Île Pérault, se mit en mouvement. Nos volontaires à cheval, qui étoient au bout de l’île, ayant voulu trop attendre, les berges allant plus vite que leurs chevaux, elles arrivèrent à la Chine en même temps qu'eux. Ils furent poursuivis, mais ils se sauvèrent à deux ou trois

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près. Il étoit environ onze heures du matin, et toute leur armée se mit en mouvement, après avoir débarqué, pour se porter vers la ville. Les volontaires se retirèrent pied à pied. On avoit mandé au sieur Dumas de se serrer vers la ville, et sur le champ on prit la résolution de se retirer dans la ville, M. Ambherst étant venu camper à un quart de lieue. Il ne restoit plus alors que les troupes, tous les habitants s'étant sauvés chez eux ; nombre de soldats mariés furent joindre leurs femmes, de sorte que tout ce qui restoit de combattants ne passoit pas deux mille. On avoit à peine des munitions pour une affaire de mousqueterie et des vivres pour environ quinze à vingt jours. L'armée du général Amherst étoit composée de quinze mille hommes ; celle de M. Murray, de quatre mille hommes, et celle du lac Champlain, de neuf à dix mille, pouvoient se joindre dans une heure avec plus de cent cinquante bouches à feu.

Pendant la nuit, il fut tenu une assemblée chez M. le marquis de Vaudreuil, composée des principaux officiers des troupes de terre et de la Marine. M. Bigot, intendant, lut un mémoire sur la capitulation de a colonie et l’état actuel de ses affaires, et un projet de capitulation.

Comme la désertion totale des Canadiens et celle d’un grand nombre de soldats avoit réduit les troupes au nombre d'environ deux mille quatre cents, tout au plus, que les sauvages domiciliés avoient fait leur paix avec les Anglois,et même leur avoient offert de prendre

les armes pour achever de nous réduire, que la ville de Montréal étoit tout au plus à l’abri d’un coup de main, qu’on ne doutoit pas que le brigadier Murray ne débarquât dans l’Ile de Montréal le lendemain matin, que le corps qui avoit pris l’Ile-aux-Noix pouvoit aisément se joindre au brigadier et entourer l’Ile Sainte-Hélène, dans laquelle on n’avoit pu jeter que cinq cents hommes, et comme il étoit impossible de combattre l’armée qui étoit à la vue de Montréal avec plus de douze cents hommes, ne pouvant laisser moins de la moitié des troupes à la garde de la ville et de l’Ile Sainte-Hélène, les munitions d’ailleurs étant réduites à six milliers de poudre, tout le monde pensa, comme le marquis de Vaudreuil, que l'intérêt général de la colonie exigeoit que les choses ne fussent pas poussées à la dernière extrémité, et qu’il cor.venoit de préférer une capitulation avantageuse aux peuples et honorable aux troupes, qu’elle conservoit au Roi, à une défense opiniâtre qui ne différeroit que de deux jours la perte du pays. En conséquence le sieur de Bougainville fut envoyé pour proposer une suspension d’armes pour un mois, laquelle ayant été refusée, n'ayant accordé que six heures pour se déterminer, on y renvoya à dix heures pour la capitulation dont on avoit minuté les articles et fait lecture dans la susdite assemblée,

Les habitants de la ville refusèrent de prendre les armes. On avait laissé un bataillon de la colonie dans l'Ile Sainte-Hélène. La Marie, qui étoit armée avec le plus d'artillerie qu’on avoit pu y mettre, les deux

galères et les batteries qu’on avoit sur l’Ile Sainte- Hélène et à l’Ile de Montréal défendoient le passage du courant Sainte-Marie contre la flotte du général Murray, le reste des troupes étoit posté le long des murailles de la ville, ayant laissé quelques détachements dans les faubourgs.

L'armée du sieur Murray fit sa descente à dix heures du matin à la Pointe-aux-Trembles et se mit en marche jusqu’à la Longue-Pointe, où elle s'arrêta sur ce qu’on lui fit dire que l’on étoit en pourparlers pour capituler ; mais il avança le soir jusqu'aux faubourgs de la ville.

Le général Amherst minuta à la marge ce qu’il voulut accorder à chaque article. Il accorda presque tout excepté les honneurs demandés pour les troupes, voulant qu’elles missent bas les armes et qu’elles ne servissent pas de la présente guerre.

Cet article parut trop humiliant pour s’y soumettre. On renvoya M. de Bougainville pour faire des représentations sur cet article ; mais le général ne voulut point l'entendre. On y renvoya dans la nuit M. de la Pause pour lui proposerde mettre seulementau Canada ou en Amérique en entreligne ; mais il ne voulut rien changer. M. le chevalier de Lévis, et les principaux officiers des troupes de terre firent sur cela vocalement les plus vives représentations à M. de Vaudreuil pour le porter à prendre un des partis qu’on lui proposait. A la fin, M. le chevalier de Lévis lui présenta le mémoire ci-après au nom des troupes qu’il commandoit.

Mémoire à M. le marquis de Vaudreuil.

Aujourd’ui, 8 septembre 1760.

M. le marquis de Vaudreuil, gouverneur général de la Nouvelle-France, nous ayant communiqué les articles de la capitulation qu’il a proposés au général anglois pour la reddition du Canada et les réponses à ses articles, et ayant lu dans lesdites réponses que ce général exige pour dernière résolution que les troupes mettent bas les armes et ne serviront point pendant tout le cours de la présente guerre, nous avons cru devoir lui représenter, en notre nom et en celui des officiers principaux et autres des troupes de terre que cet article de la capitulation ne peut être plus contraire au service du Roi et à l'honneur de ses armes, puisqu’il prive l'Etat du service que pourroient lui rendre pendant tout le cours de la présente guerre huit bataillons de troupes de terre et deux de celles de la marine, lesquelles ont servi avec courage et distinction, service dont l'Etat ne seroit pas privé si les troupes étoient prisonnières de guerre et même prises à discrétion.

En conséquence, nous demandons à M. de Vaudreuil de rompre présentement tout pourparlers avec le général anglois et de se déterminer à la plus vigoureuse défense dont notre position actuelle puisse être susceptible.

Nous occupons la ville de Montréal qui, quoique très mauvaise et hors d’état de soutenir un siège, est à

l’abri d’un coup de main et ne peut être prise sans canon. Il seroit inoui de se soumettre à des conditions si dures et si humiliantes pour ies troupes, sans être canonnés.

D'ailleurs, il reste encore assez de munitions pour soutenir un combat, si l'ennemi vouloit nous attaquer l'épée à la main, et pour en livrer un, si M. de Vaudreuil veut tenter la fortune, quoique avec des forces extrêmement disproportionnées et peu d’espoir de réussir.

Si M. le marquis de Vaudreuil, par des vues politiques, se croit obligé de rendre présentement la colonie aux Anglois, nous lui demandons la liberté de nous retirer avec les troupes dans l’Ile Sainte-Hélène, pour y soutenir en notre nom l’honneur des armes du Roi, résolus de nous exposer à toutes sortes d’extrémités plutôt que de subir des conditions qni nous y parois- | gent si contraires. |

Je prie M. le marquis de Vaudreuil de mettre sa | réponse par écrit au bas du présent mémoire.

Signé : LE CHEVALIER DE Lévis.

Réponse de M. le marquis de Vaudreuil.

Attendu que l'intérêt de la colonie ne nous permet pas de refuser les conditions proposées par le général anglois, lesquelles sont avantageuses au pays dont le

808 JOURNAL DES CAMPAGNES sort m'est confié, j’ordonne à M. le chevalier de Lévis de se conformer à la présente capitulation, et faire mettre bas les armes aux troupes.

A Montréal, le 8 septembre 1760,

Signé: VAUDREUIL.

M. le chevalier de Lévis voyant avec douleur que rien ne pouvoit faire change” la détermination de M. le marquis de Vaudreuil, voulant épargner aux troupes une partie de l’humiliation qu’elles alloient subir, leur ordonna de brûler leurs drapeaux pour se soustraire à la dure condition de les remettre aux ennemis.

Le général Anglois avoit donné jusqu'à six heures du matin, mais il en étoit huit quand on fut leur porter l'acceptation. Il fut convenu qu'ils viendroient le soir même occuper le faubourg des Récollets.

Ils envoyèrent un détachement sur la Place d’armes avec de l'artillerie, où nos bataillons se rendirent pour y mettre bas les armes, l’un après l’autre, et retourner ensuite au camp qu’ils occupoient sur le rampart. M. le chevalier de Lévis fut ensuite en faire la revue. Les

ennemis s’emparèrent des postes et de toute la garde de la ville.

Le 10

On envoya des détachements pour aller chercher les équipages que chaque bataillon avoit dans ses quartiers.

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Le 11, 12 Er 13

Les Anglois renvoyèrent leurs milices, firent leurs arrangements pour les gsrnisons et disposèrent les bâtiments pour nous embarquer.

Le 14 On fit embarquer Languedoc, Berry et la Marine ;

Royal-Roussillon, la Sarre et Guyenne;

Le 16

La Reine et Béarn.

Avant leur départ, M. le chevalier de Lévis remit à chaque commandant de corps l'instruction ci-après leur prescrivant d'en donner copie à tous ceux qui commanderoient des bâtiments. Le 17 il partit pour Québec avec M. de Bourlamaque: M. de Vaudreuil et Bigot ne partirent que le 20 et 21.

Instructions à Messieurs les commandants de bataillon. ARTICLE 1‘

Messieurs les commandants de bataillon, avant de s’embarquer, feront la revue du linge et habillements de leur bataillon, dont ils tiendront les états. A leur arrivée en France, ils en feront une autre et tiendront la main à ce que les soldats ne vendeni ni ne dissipent mal à propos leurs équipements.

Les compagnies seront embarquées en entier et toutes du même bataillon ; le commandant s’embarquera sur le navire où sera le plus grand nombre, et les officiers avec leurs corapagnies ; et, dans tel endroit où ils aillent, ils ne les quitteront point sans une permission de la cour ; et le commandant ne pourra leur donner de congés, de même qu’aux soldats.

Les commandants tiendront la main à ce que les soldats soient pay és, en lettres de change, de leur solde du ler juillet au 1er septembre 1760, et, en remboursement en billets de monnoie, la solde qu'ils ont reçue du 1er janvier au ler mai et à ce que les sommes pro-

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les de jurque pro-

oO D RAT EU ER DU CHEVALIER DE LÉVIS 811 me venantes des successions des soldats morts, qui sont encore entre les mains de l’officier chargé du détail ou des capitaines, soient envoyées à leurs héritiers, ainsi qu'il a été décidé par le ministre.

Ils feront rendre compte aux familles des successions des officiers qui ont été tués ou qui sont morts en Canada.

Dans la traversée, ils feront faire la garde du quart à leurs troupes de façon qu'il y en ait toujours la moitié ou le tiers sur le pont, pour éviter les maladies et l'infection qui ne manqueroit pas de s’y mettre s'ils ne prenoient l’air chacun à leur tour.

On nommera un nombre d'officiers pour faire le quart, contenir les soldats et faire relever aux heures réglées et les représentations convenables pour leur soulagement.

On désignera à chaque compagnie l'endroit où elle devra se placer dans l’entrepont ; les sergents seront placés avec elles ou à portée et rendront compte aux officiers de quart ou de visite de tout ce qu'il y aura d’intéressant.

Il ÿ aura un officier major qui assistera aux distri.

butions qu’on fera, ainsi qu’un sergent par compagnie, et plus grand nombre d'officiers s'il est nécessaire.

On nommera tous les jours des officiers et sergents pour visiter les compagnies lesquels seront chargés de la propreté, feront mettre branle-bas et nettoyer l’entrepont ou la cale tous les jours que le temps le permettra, assisteront aux repas des troupes et rendront compte des malades.

Dans le premier port de France où ils arriveront, ils feront lire les détails militaires à la troupe, tiendront la main à la plus exacte discipline, établiront une garde de police, nommeront des officiers pour faire la visite, l'inspection, les appels, et veiller à ce que les soldats fassent ordinaire et à leur propreté. Les officiers visiteront leurs compagnies le plus souvent qu'il leur sera possible,

Dans le premier port de Franc où ils débarqueront, ils demanderont au commandant pour le Roi de leur faire fournir le logement et la subsistance et rendront compte au ministre de la guerre de leur arrivée pour

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DU CHEVALIER DE LÉVIS 813 a NE te nr recevoir ses ordres, si je ne suis arrivé dans le port, ou M. de Bourlamaque.

Ils ne donneront point aux Anglois d’autres états que ceux qui ont été donnés ici par moi, et ni eux ni leurs officiers ne signeront aucune obligation.

S'ils étoient transportés ailleurs qu’en France, ils feront les plus vives représentations et ne permettront qu’à un officier de passer en France pour donner de leurs nouvelles à la cour, et persisteront à demander de suivre le sort de leurs troupes dans telle circonstance que ce soit.

Ils recommanderont aux officiers d’être très réservés et retenus dans leurs propos vis-à-vis des Anglois et de contenir leurs soldats.

Arrivés à Québec ou dans la rivière, ils auront attention de ne permettre d’aller à terre, s’ils sont à bord qu'aux soldats dont ils seront sûrs et en très petit nombre ou point, s'il se peut.

Susposé qu’on ne puisse embarquer tout un bataillon sur un bâtiment, il sera remis copie de la présente instruction à celui qui commandera les compagnies détachées de l’état major.

J'ai l’honneur de prévenir Messieurs les commandants de bataillon que j’enverrai ou remettrai moimême copie de la présente instruction au ministre vis-à-vis duquel ils seront responsables de tout ce qui n'aura pas été exactement exécuté.

Tout ce qui compose le corps des troupes de terre qui sont au Canada me doit la justice de croire que j'ai fait jusqu’à ce jour tout ce qui a dépendu de moi pour leur avantage. Arrivé à la cour, je ferai valoir la façon distinguée avec laquelle elles ont servi, et mon possible pour leur procurer toutes les grâces dont ils peuvent être susceptibles. Je solliciterai vivement le paiement de leurs lettres de change et ordonnances. Dans les occasions, je serai leur avocat et serai très charmé de leur donner de nouvelles preuves de l’attachement et amitié queje leur ai toujours témoigné ; et je me flatte qu’ils m’accorderont la continuation de la leur.

Tous les bâtiments restèrent dans la rivière sans pouvoir avoir le vent favorable jusqu’au 10 et 11 qu’ils arrivèrent à Québec. Les Anglois avoient embarqué déjà un détachement de la Marine et de Béarn, qui étoit descendu en bateau. Les bâtiments partirent de Québec en détail pendant tout le reste du mois. M. le chevalier de Lévis partit le 18 octobre et n’arriva à La Rochelle que le 26 novembre. Les autres bâtiments arrivèrent dans différents ports dans le mois de décembre. M. le chevalier de Lévis arriva à Paris le 6 décembre.

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