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CHAPITRE HUITIÈME

BÉLA, OU LE CHEVAL DU CAUCASE, HISTOIRE RACONTÉE PAR UN OFFICIER RUSSE.

E tenais garnison, il y a cinq ans environ, dans un fort situé au delà du Terek. Un jour d'automne, un détachement qui nous apportait de nouvelles provisions, arriva sous le commandement d'un jeune officier, qui me dit avoir l'ordre de passer quelque temps auprès de moi au service de la place. Il ne me fut pas difficile de juger à l'air de son visage ainsi qu'à la fraîcheur de son uniforme, qu'il n'était dans le Caucase que depuis peu. Je voulus lui faire un de ces accueils qui consolent de ce qu'on a quitté, et rassurent tout de suite sur ce qu'on vient trouver. Je lui tendis la main dès notre première

(I) Traduit de l'anglais.

entrevue. « Je suis enchanté de votre venue, lui dis-je. Oc séjour vous paraîtra tant soit peu monotone, mais nous tâcherons, par nos bons procédés, de nous le rendre mutuellement aussi agréable que possible. A partir de ce moment, veuillez m'appclcr simplement par mon nom ; point de cérémonie entre nous ; je ne suis pour vous que Maxim Maximitch. » Lui, s'appelait Grégoire-Alexandrowilch Petchorin. C'était un beau jeune homme, fier et hardi, mais passablement excentrique. Ainsi, il était chasseur, et parfois il se livrait à sa passion,, quelque temps qu'il fil; ni pluie, ni neige, ne le retenaient Quand ses camarades, abattus et à moitié engourdis par le froid, n'osaient mettre un pied dehors, lui parlait galment à la poursuite du gibier. Une autre fois, il se renfermait dans sa chambre, et si le moindre souffle d'air pénétrait jusqu'à lui, il se plaignait sans motif d'être perclus. Les volets de sa chambre venaient-ils à se fermer brusquement, il bondissait hors de son siège et devenait pâle comme un homme qui a peur. Et cependant je l'ai vu souvent s'attaquer corps à corps a un ours, et le vaincre. En un mot, c'était un original dans toute la force du terme. J'ai mille raisons de croire qu'il était aussi homme de belle fortune, car on aurait peine a se figurer la quantité de petites superfluités Coûteuses qu'il avait avec lui. Nous sommes restés ensemble une année entière', et je ne manque pas de bonnes raisons pour me rappeler cette année, car elle a été pour moi une cause de beaucoup d'ennuis et de contrariétés.

Il y avait à six verstes environ de notre station, un prince allié des Russes dont le fils, très jeune homme, avait coutume à peu près chaque jour, de venir nous visiter, et cela, sous les premiers prétextes venus. Petchorin et moi nous le primes en très grande affection. C'était un garçon vif, agile, intelligent, et à peu près apte à toute chose. Monté sur un cheval impétueux et rapide, il relevait de terre un objet si petit qu'il fût, chargeait son fusil, puis le déchargeait avec une grande précision de mire. Mais à côté de toutes ces qualités, il y avait une tache qui en ternissait un peu l'éclat : il aimait l'argent avec l: ardeur d'un vieil Arabe. Grégoire Alexandrowitch, un jour en plaisantant, lui promit un ducat de récompense s'il parvenait à voler et à lui amener le meilleur bélier des troupeaux de son père ; dès le lendemain, le petit vaurien, ayant pris la chose an sérieux, venait à nous conduisant le bélier par les cornes. Il ne fallait jamais le contrarier, ni faire mine de le prendre pour plastron, la moindre velléité à cet égard excitait sa colère, ses yeux s'animaient aussitôt d'une expression farouche et sa main se portait involontairement sur son poignard. « O Asamat, mon pauvre ami, lui disais-je souvent, tu ne verras jamais blanchir tes cheveux. Ton mauvais caractère te perdra. »

Un jour, le vieux prince son père vint en personne nous faire part du mariage de sa fille aînée, et nous prier d'assister à cette solennité de famille. Il nous eût été difficile, de refuser. Mous partîmes au jour désigné. Au moment où nous entrions dans la bourgade habitée par le prince, une harde de chiens salua noire bienvenue par des aboicmens violens et prolongés ; les femmes à notre approche se cachèrent: le petit nombre de celles que nous aperçûmes n'étaient rien moins que jolies. «J'avais une toute autre idée des femmes de laCircassie.dit Petchorin. —Patience, patience, lui répondis-je, » et je souriais, car je savais que cctle première impression ne serait pas durable.

Beaucoup de monde était déjà réuni chez le prince, a notre arrivée. La cou-

— Diurne dans ces sortes de circonstances, parmi les Asiatiques, est de tenir maison mverte à tout venant L'accueil que l'on nous fit fut très chaud, plein d'égards et le cordiale amitié. On nous introduisit dans la salle des invités intimes; mais ivant que d'y entrer, j'avais eu la précaution d'aller mettre nos chevaux en sûreté, car on ne sait jamais avec de pareils hôtes ce qui, peut arriver. La cérémonie du mariage parmi eux, n'a rien de compliqué. Le mollah lit quelques versets du Roran. Chacun présente un cadeau aux époux ; parfois cette libéralité s'étend jusqu'à leurs parens. Ils mangent, boivent et s'enivrent de busa, puis commence la zhighitofka. Il y a toujours dans ces réunions un loustic qui, monté sur quelque vieux cheval boiteux, borgne ou aveugle, amuse la compagnie par ses exercices grotesques et ses lazzis. Vers la nuit, commence ce que nous appellerons le baL Un pauvre et vieux musicien joue d'un instrument à trois cordes, qui a beaucoup d'analogie avec la ballalka des Moscovites. Les filles et les garçons se tiennent sur deux rangs. Un cavalier et sa dame se mettent au milieu et chantent tout ce qui leur passe par la tête, et les autres les accompagnent en chœur. Petchorin et moi nous occupions les places d'honneur : tout-à-coup, la Mie de notre hôte, âgée d'environ seize ans, s'avance vers mon jeune ami, et se met à lui débiter une sorte de compliment ou plutôt une déclaration en règle. Voici, du reste, à peu près les paroles de cette galante apostrophe : « Nos » jeunes danseurs du pays sont beaux, et leurs caftans sont ornés d'argent, » mais plus beau est le jeune officier russe que voici, dont les insignes et les » passementeries sont d'or. Il s'élève au milieu des autres comme le peuplier, a mais hélas! pourquoi sa destinée n'est-elle pas de croître et de fleurir dans nos » jardins. > Petchorin à ces gracieuses paroles, se leva et salua, après avoir posé l'une de ses mains sur son cœur et l'autre sur son front ; il me pria, mol qui savais la langue du pays , de traduire sa réponse qu'il me dicta sur-lechamp.

La jeune fille s'étant éloignée, «eh bien! dis-je à Petchorin, que pensez-vous maintenant des femmes de Circassie ? que pensez-vous de celte jeune fille ? — Ravissante! s'écria-ML.. Quel est son nom ? — Son nom est Béla. » Béla était, en effet, une séduisante créature ; elle avait une taille haute et élancée, ses yeux noirs comme ceux de la gazelle, dardaient ses rayons jusqu'au fond de l'âme. Petchorin, complètement subjugué par l'éclat de sa beauté, s'absorba pour ainsi dire dans l'impression qu'elle avait faite sur lut II suivait des yeux tous ses mouvemens, et elle-même lui lançait souvent des regards à la dérobée et à moitié voilés par les longues hachures de ses cils soyeux ; mais Petchorin n'était pas le seul dont le regard allait s'attacher sur la séduisante jeune princesse. Il y avait dans un angle de la salle deux prunelles ardentes, dont les rayons étaient constamment dirigés de son côté. Par hasard, j'avais regardé dans cette direction, et je reconnus mon ancienne connaissance, Rasbitch. Il est essentiel de dire que les rapports dans lesquels le parti russe se trouvait avec ce personnage étaient tels, qu'on ne pouvait le considérer ni comme ennemi , ni comme ami. 11 y avait une foule de petites choses agressives dans sa conduite qui impliquaient une certaine tendance hostile à notre égard ; mais rien cependant de net, de péremptoire, de caractéristique, dont on pût s'emparer contre lui. Il venait assez fréquemment au fort, conduisant des troupeaux de moutons qu'il offrait à des conditions modérées; mais il ne rabattait jamais un kopeck

sur son premier prix ; il aurait mieux aimé, je crois, perdre la téle que de conclure un marché à des termes autres que ceux qu'il avait posés d'abord. On disait tout bas qu'il avait assez de goût pour des expéditions clandestines au delà des Abrekst et pour dire la vérité, il y avait en lui pas mal des façons et des allures d'un détrousseur émérite: plutôt petitque grand, il avait une musculature symétrique, et le galbe d'une magnifique ampleur. Kasbitch était fin et rusé comme un chat sauvage. Sa robe de Tarlare, — son beshmet, selon le nom du pays, — n'était pas toujours d'une propreté irréprochable. Sa tenue était négligée, mais il portait des armes brillantes, rehaussées d'argent Quant à son cheval, c'était la merveille de toute la contrée. Il eût été difficile, en effet, de rien imaginer de meilleur. Ce n'était donc pas sans raison que tous les maraudeurs, à vingt lieues à la ronde, convoitaient la possession d'un pareil animal, et plus d'une fois on avait tenté de le lui voler. Je me rappelle ce cheval comme si je l'avais encore sous mes yeux. 11 était d'un noir de corbeau, ses membres étaient déliés et forts comme de l'acier. Ses yeux étaient les véritables pendans de ceux de Béla. Quant au fond, jamais cheval n'en eut davantage. Il aurait fourni au besoin, cinquante à soixante verstes au galop. Il était si bien apprivoisé* qu'il suivait sou maître avec la docilité d'un chien. 11 comprenait tout ce que celui-ci lui disait, souvent même un geste lui suffisait. En un mot, ce cheval dans son ensemble était le prototype d'un cheval de bandit : c'était un cheval de proie.

Kasbitch, ce soir, était plus sombre que de coutume, et je m'aperçus qu'il portait une cotte de maille sous son beshmet Ce n'est pas pour rien, pensaisjc, qu'il a pris une pareille précaution, je parierais qu'il a quelque projet eu tête.

Il faisait trop chaud dans la salle de réception, et j'en sortis pour aller respirer plus à l'aise. La nuit enveloppait la montagne et la brume fumait au dessus des herbes de la plaine. J'eus la pensée d'aller donner un coup d'œil à nos montures. J'avais moi-même un excellent cheval, et je connaissais bon nombre de Kabardans qui l'avaient souvent admiré tout haut et convoité tout bas. La prudence me conseillait donc un acte de surveillance. J'avançais le long d'une palissade, quand j'entendis soudainement parler. Je reconnus la voix de l'un des interlocuteurs. C'était celle d'Asainat, le fils de notre hôte. L'autre personne parlait peu et à voix basse. Que diable font-ils là, pensai-je, serait-ce quelque complot contre mon cheval ? Saisi par ce soupçon, je m'approchai doucement, désireux de perdre le moins possible de ce conciliabule ; mais le bruit des chants et des danses à l'intérieur de la maison, venait couvrir par intervalle des parties de cet entrelien qui m'intéressait au plus haut point

— Tu possèdes un fameux cheval, disait Asamat, et sur ma parole, si j'étais le maître de céans et que j'eusse en ma possession trois cents jumens, j'en donnerais volontiers la belle moitié pour ton coursier, Kasbitch.

Ah ah! il s'agit de Kasbitch, me dis-je, et involontairement je me rappelai la cotte de maille. — C'est vrai, répondit Kasbitch après un moment de silence, que mon cheval n'a pas son pareil dans tout le pays. I n jour,— ceci se passait au delà du Terek,— je partis en compagnie d'une bande d'Abreks pour aller capturer une harde de chevaux russes. Notre entreprise tourna mal. Nous fûmes forcés de battre en retraite et de nous éparpiller poursuivis par les Cosaques. J'en eus quatre après moi, j'entendais, à quelques pas derrière, les cris de ces

misérables, et devant moi se trouvait une vaste forêt. Je me courbai sur ma selle en recommandant mon âme à Allah, et pour la première fois je touchai mon cheval du bout de mon fouet. 11 s'élança comme un oiseau à travers les arbres. Mes habits furent mis en lambeaux et les branches me fouettaient le visage. Mon cheval sautait par dessus tous les obstacles, les troncs inclinés, les racines et les blocs de pierre, il fendait de son poitrail les épais fourrés qui barraient le chemin. S'il n'avait été question que de mon propre salut, j'aurais eu plus court d'abandonner mon cheval à lui-même dans les taillis et de gagner les grands bois à pied où il m'eût été facile de me cacher ; mais je ne me sentis pas le courage de me séparer de mon compagnon, et le prophète m'en a récompensé. J'entendais siffler les balles au dessus de ma tête, et mes ennemis étaient sur mes talons. Soudain, un gouffre profond vient me fermer le passage. Il est béant devant moi. Mon cheval se ramasse, et saute. Malheureusement ses pieds de derrière, après avoir touché l'autre bord du précipice, glissent à reculons, et il se trouve comme suspendu par ses pieds de devant Je lâchai ma bride et me laissai rouler dans l'abime. Cette circonstance sauva mon cheval ; débarrassé de son poids, il reprit aussitôt pied. Los Cosaques virent distinctement tout ce qui s'était passé, mais' pas un d'eux n'eut l'idée de descendre dans le précipice pour venir m'y chercher. Ils crurent sans le moindre doute que je m'étais cassé le cou, et je les entendis s'élancer à la poursuite de n\on cheval dans le but de s'en rendre maîtres. Tout mon sang se figea. Le fond de l'abîme où j'étais tombé, était un étroit et long ravin. L'herbe y poussait haute, et il aboutissait à la plaine. Je rampai à travers ces herbes jusqu'à l'endroit où finissait le bois, et de là, j'aperçus mon cheval galopant en rase campagne, et une troupe de Cosaques qui lui donnaient la chasse. 11 allait vite et faisait des randonnées comme un lièvre. On le suivait de près, et l'un des meilleurs cavaliers, armé d'un lasso, fut à deux reprises sur le point de le lui passer au cou, et par conséquent de le capturer. Quand ce danger me parut imminent, je me sentis trembler de la tête aux pieds, je fermai les yeux et me mis à prier Dieu. Quelques Instans après, je rouvris mes yeux, et quelle ne fut pas ma joie en voyant mon fidèle Karagos qui, ventre à terre, filait comme le vent et la queue déployée. Les Cosaques n'étaient plus qu'à une grande distance de lui. Bientôt ils s'arrêtèrent, se rallièrent, et faisant volte-face, je les vis prendre lentement le chemin qui les reconduit aux steppes. Par Allah, mon ami, chaque mot de ce récit est véridique.Je restai dans le précipice une grande partie de la nuit... Tout-à-coup, juge de ma surprise, Asamat , j'entends, tu ne vas pas le croire, j'entends résonner le bruit mat du galop d'un cheval qui courait sur la lisière du bols. Le cheval s'arrête, il piaffe, Il hennit, et je reconnais la voix de mon Karagos. C'était lui, en effet ; il me revenait, ce fidèle compagnon, poussé par un de ces instincts qui confondent la raison etl'intelligenc, humaines. Depuis ce jour, nous avons été inséparables.

Kasbitch, tout en parlant ainsi, caressait son cheval, dont il lustrait le poil du cou, et il l'appelait par tous les petits noms d'amitié qu'il trouvait.

— Si je possédais une harde de mille jumens, s'écria l'enthousiaste Asamat, je te les donnerais toutes pour ton Karagos.

— Je le conçois, répondit Kasbitch avec nonchalance ; mais moi je n'accepterais pas l'échange.

— Ecoute, Kasbitch, reprit le jeune homme d'une voix émue et suppliante. Tu

es un homme brave et généreux... ei je te parlerai sans détour. Mon père, voistu, a peur des Russes, el pour rien au monde il ne me laisserait aller aux montagnes. Moi j'ai soif de l'existence aventureuse qu'on y mène : donne-moi ton cheval et je ferai tout ce que tu exigeras de moi. Je volerai à ton profit les meilleures armes de mon père, ses damas les mieux trempés: il y en a un parmi les autres dont la lame est si bonne que nulle tête d'homme ne résisterait à son contact; puis» mon père possède encore une cotte de maille dont le travail est supérieur de beaucoup à la tienne !

Kasbitch ne répondit pas.

— La première fois que je vis ton cheval, continua Asainat, tu le montais; il tournait, se pliait et se repliait sous toi, puis il s'élançait à ton commandement rapide comme la balle, ses naseaux ouverts et sanglans, et sous ses durs sabots qui rasaient à peine le sol, jaillissaient des gerbes de feu. Je ne sais pas ce qui se passa en moi, mais depuis lors le souvenir de ce cheval m'est toujours resté dans l'esprit et je dédaigne de regarder les autres chevaux. Je méprise les meilleurs coursiers de mon père, et j'aurais honte de les monter. J'ai passé des journées entières dans le chagrin, je me suis souvent assis solitaire sur nos rochers, rêvant à ton cheval; je l'avais sans cesse devant moi ; je le voyais avec sa robe noire, son pas assuré, son épine droite comme la tlèche, ses vertèbres moelleuses et flexibles et ses yeux qui me regardaient, comme s'il voulait me parler... Tiens, tiens, Kasbitch, j'en mourrai si tu ne veux pas me faire le sacrifice de ton cheval.

La voix d' Asainat tremblait d'émotion, je crus même l'entendre pleurer, et cependant c'était une nature de jeune homme passablement endurcie. Jamais une larme n'avait mouillé ses paupières.

Un rire sardonique et bruyant fut la seule réponse que lui fit Kasbitch.

— Ecoute, écoute! dit Asamat d'une voix ferme, je suis prêt à tout., à tout ! Veux-tu que je m'empare de ma sœur pour toi , que je l'enlève, que je la vole ? Tu sais comme elle danse, tu sais comme elle chante ! Elle brode l'or et la soie que c'est merveilleux de la voir. Tout le pays des croyans ne possède pas une pareille fille. —Eh bien! dis un mot., un seul... Puis demain soir attends-moi là bas au delà de la plaine, au pied de la chute d'eau. . . Je la dirigerai vers cet endroit sous le prétexte de la mener au hameau voisin, et elle est à toi... Que dis-tu, Kasbitch, serait-ce donc que Béla ma sœur ne vaudrait pas ton coursier?

Kasbitch resta silencieux pendant long-temps. Puis, au lieu de répondre directement, il se mit à chanter à demi-voix un vieux et poétique couplet « Dans » nos hameaux, on compte de nombreuses vierges, jeunes et belles, on voitétin- » celer des étoiles dans la sombre orbite de leurs yeux. Heureux qui possède » leur amour, c'est un bien digne d'envie ; mais plus heureux encore est celui » qui jouit d'une altière liberté. L'or achète la beauté et donne tous les plaisirs; » mais un coursier pur-sang est un trésor sans prix. Rapide comme le vent, il • vole à travers les steppes, et jamais l'inconstance, le caprice ou le mensonge > ne raccompagnent »

Asamat insista de nouveau ; mais ce fut sans succès qu'U renouvela ses offres, qu'il pleura encore, qu'il supplia et qu'il s'emporta tour à tour.

A la fin, Kasbitch perdit patience.

— Allons donc, mon garçon, lui dit-il ! Est-ce que tout cela est sérieux? Y ' penses-tu 1 monter mon cheval.... Mais en trois bonds il te jetterait par terre et

te casserait le cou sur quelque pierre de la route.

— Me jeter par terre, s'écria Asamat avec rage... moi!... Et le poignard du jeune homme, rapidement tiré de sa gaine, allait frapper sur la cotte de maille; mais une main vigoureuse détourna le coup, puis elle se saisit d'Asamat et le lança contre la cloison de l'écurie avec une telle violence, que les planches faillirent céder sous le choc. «Voilà une jolie affaire,» pensai-je, et immédiatement je me hâtai d'aller à nos chevaux, je les bridai et les conduisis vers une porte de sortie. En moins de deux minutes le feu était aux poudres, un horrible tumulte éclata dans la maison. Asamat était accouru avec sa robe déchirée et avait annoncé que Kasbilch avait voulu l'assassiner. Tous ceux qui étaient présens prirent leurs armes et se précipitèrent dehors en poussant de grands cris. Mais Kasbilch n'avait pas attendu que le débat pût s'expliquer, il avait monté son cheval en toute hâte, et, comme un démon incarné, le sabre à la main, il se faisait jour à travers la foule. Petchorin avait fa plus grande envie de voir comment tout cela finirait ; mais il écouta mon conseil et nous primes sur-le champ le chemin du retour. Kasbitch se tira d'affaire avec le bonheur qu'ont toujours les bandits de son espèce. Fut-il blessé, ne le fut-il pas, personne ne le sut; mais ces voleurs ont l'âme chevillée dans le corps, et comme les chats, on dirait qu'ils ont plusieurs existences de rechange.

Le vieux commandant fit une pause. Un air soucieux couvrit son visage ; il frappa la terre de son pied à petits coups redoublés, puis il reprit son récit. « Une chose que je ne me pardonnerai jamais, dit il, c'est d'avoir raconté à Petchorin la conversation que le hasard m'avait fait entendre entre Kasbilch et Asamat. «Petchorin sourit en m'écoutant ; il avait ses raisons pour cela, comme on verra.

Asamat, quatre jours après le mariage, vint nous rendre sa visite accoutumée. Petchorin se mit sur-le-champ à parler de chevaux et dit que celui de Kasbitch était si magnifique, qu'il n'en existait pas un second dans le monde. A ces mots, les yeux du petit Tartare commencèrent à briller, mais Petchorin fit semblant de ne pas s'en apercevoir. Je fis de mon mieux pour changer le terrain de la conversation, mais Petchorin revenait toujours au cheval de Kasbitch. A chaque nouvelle visite d'Asamat, cette scène se répétait immanquablement. Au bout de trois semaines, il me fut facile de voir que ce jeune homme tombait en langueur, il devenait pâle, triste, absorbé, exactement comme on devient quand on est amoureux, au dire traditionnel des romanciers.

Bien des pourparlers eurent lieu entre eux à mon insu. Petchorin mit un acharnement diabolique à monter la tête d'Asamat, ainsi que je ne l'ai su que longtemps après. Enfin, un jour il lui dit : « Je vois bien, Asamat, que vous convoitez ce beau cheval; mais il n'y faut plus penser parce qu'il vous serait tout aussi difficile de le posséder que de baiser le derrière de votre tête.... et cependant, voyons... que donneriez-vous bien a celui qui vous rendrait maître de ce cheval?

— Tout ce qu'il voudrait, répliqua Asamat.

— Dans ce cas, je suis votre homme... Vous aurez ce cheval, mais à une condition... Jurez que vous la remplirez.

— Je le jure... A votre tour jurez aussi...

— 9fi —

— Je ne demande pas mieux. Je jure que le cheval de Kasbitch sera mis en votre possession, mais en retour il me faut votre sœur Béla.

Asamat resta silencieux.

— Vous n'acceptez pas, dit Petchorin. A votre aise... J'ai cru un moment que vous aviez la vigueur d'un homme, et je vois bien que vous n'êtes qu'un enfant.. Vous n'êtes pas encore en état de gouverner un cheval comme Karagos....

Asamat avait le visage en feu.

— Mais mon père, s'écria-t-il...

— Votre père... Est-ce qu'il ne sort jamais de sa maison ?

— Très souvent, au contraire...

— C'est tout ce qu'il nous faut., je me charge du reste.

— Soit donc, murmura Asamat.. Et à quand le cheval ?

— La première fois que Kasbitch viendra ici II a promis de nous conduire prochainement dix tètes de moutons, je profiterai de l'occasion. Vous, Asamat, agissez de votre côté.

C'est ainsi que furent stipulés entr'eux les termes de cet étrange et incroyable marché. J'ai dit plus tard à Petchorin quelle était mon opinion sur sa conduite;mais il se contenta de me répliquer que cette jeune fille de Circassie, à demi civilisée, était encore bien heureuse de devenir la femme d'un homme tel que lui. Car, dans les idées mêmes de ces peuples barbares, il était à tous égards son maître et son mari, tandis que Kasbitch n'était qu'un voleur qui méritait d'être punt Qu'on juge ce que je pouvais répondre à un pareil langage. Mais je ne savais rien alors de leurs projets et du traité conclu. Que Dieu vous garde , lui dis-jc

Kasbitch, ainsi qu'il l'avait annoncé, se présenta au fort et demanda si nous avions besoin de bétail ou de miel Je lui donnai des ordres qu'il devait remplir le jour suivant t Asamat, dit Petchorin, demain Karagos sera en mon pouvoir; si Béla n'est pas ici cette nuit, vous ne reverrez plus ce cheval de votre vie.

— Il suffit, répondit Asamat; et, sans rien ajouter, il partit en courant pour se rendre à sa bourgade. Le soir, Petchorin armé de pied et cap, sortit à cheval et parcourut les abords de la forteresse. Je ne sais pas au juste comment les choses se firent, mais je sais que la sentinelle vit une femme qu' Asamat portait en croupe sur son cheval ; ses mains et ses pieds étaient liés et sa tête enveloppée d'un épais voile blanc.

Le lendemain, Kasbitch nous conduisait un troupeau de moutons. Lorsqu'il eut mis son cheval en sûreté, il vint me visiter. Je l'entretins de choses et d'autres,et lui offris de prendre le thé avec mot Tout bandit qu'il était, j'affectais envers lui les devoirs de l'hospitalité. Il le fallait Nous étions donc en train de causer, quand tout-à-coup, je vis Kasbitch bondir de son siège et changer de couleur.

— Qu'est-ce ? qu'y a-t-il? demandai-je.

— Mon cheval, mon cheval, s'écria-t-il, et il tremblait de tous ses membres.

— Je viens, en effet, d'entendre un hennissement, mais que signifie... c'est quelque cheval de Cosaque, je. . . suppose

— Non, crja-t-il avec force, non ; trahison et perfidie russes, perfidie russe ! disait-il en s'élançant dans la cour avec l'impétuosité d'une panthère. En quelques bonds, il fut à la porte extérieure du fort ; la sentinelle voulut lui barrer le chemin avec son fusil ; mais il sauta par dessus le fusil et gagna

la route en courant de toute la force de ses jarrets. Devant lui , au loin, volait la poussière. Asainat fuyait au galop monté sur Raragos. Rasbitch, sans ralentir sa course, prit son fusil, l'arma et tira. Il s'arrêta court pour s'assurer du résultat de son coup de feu. Quand il vit qu'il avait manqué son but, le désespoir s'empara de lui, il jeta son fusil qui alla donner sur les pierres de la route, puis il se mit à crier comme un enfant Un grand nombre de personnes sorties du fort étaient venues vers lui et l'entouraient. On le questionnait, et chacun cherchait à le consoler de son malheur, mais inutilement J'arrivai sur ces entrefaites et donnai l'ordre d'apporter à Rasbitch r argent qui lui revenait du produit de sa vente. Il n'y fit aucune attention. L'argeot fut déposé à ses côtés, et lui, la face tournée contre terre, étendu comme un mort, il étouffait ses sanglots. On aura peine à le croire ; mais il resta dans cette attitude durant toute la nuit Ce ne fut que le lendemain matin qu'il revint au fort, et que, les larmes aux yeux, il supplia nos gens de lui dire le nom du voleur de son cheval.

Le factionnaire qui avait vu Asamat détacher le cheval et partir avec lui, ne crut pas devoir en faire un secret Kasbitch s'efforça de dissimuler sa fureur en entendant ce nom; il ne répondit pas un mot, fit volte-face, et prit le chemin qui conduisait chez le père d' Asamat Le vieux prince était absent pour six jours ; circonstance dont Asamat avait profité pour enlever sa sœur.

Quand le vieux père revint, il ne trouva dans la maison, ni fils ni fille. Asamat , le misérable enfant, savait bien que si son père l'avait attrapé, il ne serait jamais parvenu à sauver sa téte ; en sorte, qu'à dater de ce jour, il disparut complètement Il est probable qu'entraîné par ses goûts naturels, il alla grossir quelque bande des montagnes des Abreks, ou qu'une balle vint attiédir la chaleur de son sang dans quelque rencontre au delà du Terek ou du Ruban. Ce fut vers ces lieux éloignés qu'on l'avait vu se diriger. Le père d' Asamat ne tarda pas à subir la peine due aux mauvaises actions de son fils. Rasbilch crut , sans que rien pût le dissuader, qu'Asaniat avait volé son cheval avec l'assentiment de son père. Du moins, je le présumai. Dans cette conviction, le bandit un jour se mit en embuscade dans les environs de la résidence du prince. Le vieillard s'en revenait, après une vaine excursion entreprise en vue de retrouver sa fille. Son usdens ou sa petite suite de vassaux le suivait à quelque distance. La nuit tombait, son cheval allait d'un pas lent, et lui, sombre et désolé, réfléchissait profondément C'est alors que Rasbilch, se montrant tout-a-coup devant lui, le frappa de son poignard et l'abattit; il enfourcha ensuite le cheval de sa victime et partit Quelques usdens virent l'événement à travers les teintes vaporeuses du crépuscule; ils firent diligence pour arriver en aide au prince; mais ce fut en vain, il était mort et Rasbilch leur avait échappé.

De mon côté, quand je fus informé de la honteuse conduite qu'avait tenue Petchorio, je lui fis de sévères réprimandes; mais je m'étais placé vis-à-vis de lui, dès l'origine, dans des termes si bienveillans, qu'il me répugnait maintenant de prendre avec lui le ton de supérieur; d'ailleurs, le mal était fait, il était irréparable : le parti le plus sage, celui qui se conciliait le mieux avec mes sentimens, commandait d'atténuer le plus possible les effets de cette mauvaise affaire. Une autre raison me détermina à m'arrêter à ce dernier parti, Béla elle-même, à peine remise du trouble de ses premières émotions, parut accepter son sort avec Tout xti. 8

. contentement ; elle avoua même que du jour où elle avait vu Petcborin, elle n'avait cessé de penser à lui.

Quelle charmante fille que cette Béla ! Peu à peu j'éprouvai pour eUe rattachement que j'aurais eu pour ma propre fille, et elle-même me témoignait une très vive amitié. Pendant une grande partie de ma vie je me suis cru trop pauvre pour me marier, puis quand la fortune m'est devenue favorable, je me suis trouvé trop vieux pour songer à prendre une femme. N'ayant ni père ni mère, la Providence semblait ra'avoir envoyé cette jeune fille pour que j'eusse quelqu'un à aimer et à choyer. Elle nous récréait souvent par ses chants et ses danses, et quelle charm-mte danseuse c'était, par parenthèse ! J'ai vu nos belles dames de nos cités, j'ai assisté à plus d'un bal aristocratique de nos familles moscovites , mais que sont toutes les grâces si vantées qu'on y dépense, en comparaison de celles de Béla ! Petchorin l'habillait avec une recherche extrême. Les étofTes les plus jolies, les plus rares, les plus coûteuses étaient pour elle. Chaque jour, il est vrai, elle devenait plus belle : c'était prodigieux. Le haie de son visage et de ses mains disparut, une légère teinte de rose animait ses joues. Sa gaité était intarissable, et ses espiègleries très amusantes.

Pendant quatre mois les évéuemens marchèrent à souhait Le coeur n'avait pas un vœu à former. Petchorin, ainsi que je vous l'ai dit, avait un goût très prononcé pour la chasse. Il avait fait trêve à ses exercices favoris, ses joies n'étaient plus de s'égarer dans les bols à la poursuite de l'ours ou du daim; c'est à peine s'il dépassait les limites de la forteresse. Tout d'un coup sa physionomie se fit rêveuse ; dans sa chambre, il marchait silencieux de long en large et ses bras derrière le dos. Un matin il partit pour la chasse sans qu'on sût où il était allé et il resta toute la journée absent A quelques jours de la , une seconde sortie de ce genre eut lieu, puis une troisième, et la chose se répéta ensuite comme une habitude. Gela va mal, pensai-je, un oiseau de mauvais augure sera venu se poser entre nos deux amans. Mes pressenlimens étaient fondés. La passion de Petchorin s'alTaibllssait et Béla commençait à souffrir. Un jour que Petchorin était à la chasse, elle vint me trouver et nous allâmes nous promener sur les remparts.

Le fort était bâti sur un terrain élevé, et la vue qu'on y découvrait était magnifique. D'un côté s'étendaient de vastes plaines coupées par des ravins, et au fond de la perspective, des bois touffus qui se déployaient jusqu'au sommet d'une montagne ; ça et là se dessinaient des hameaux éparpillés comme des constellations, et dans l'herbe des prairies des chevaux et des troupeaux de moutons qui paissaient immobiles. De l'autre côté de ce panorama, on distinguait une petite rivière fuyant a travers un épais taillis et une petite chaîne de collines qui couraient vers les arrière-plans de l'horizon en grandissant toujours jusqu'à l'endroit où par delà la vue elles se relient aux fières montagnes du Caucase. Béla et moi nous nous assîmes sur l'angle d'un bastion et nos regards planaient sur l'ensemble de cette vaste perspective. Notre attention fut bientôt captivée par l'aspect d'un cavalier qui, monté sur un cheval gris, sortait du bols. Il avança vers nous, traversa un petit cours d'eau, et semblait, en mesurant la distance qui nous séparait, prendre contre nous des dispositions hostiles. « Quel est donc ce personnage, dis-je à Béla? Regardez là bas, mon enfant, vos yeux sont plus jeunes que les miens, je crois reconnaître un zhvjhit, mais voilà tout.»

Elle regarda et s'écria que c'était Kasbitch. « C'est Kasbltch, répéta-t-elle. et

il monte le cheval de mon père. » La pauvre fille me saisit le bras d'une main contractée par la douleur. Elle était tremblante, mais ses yeux brillaient décolère. « Oh! le misérable bandit, dit-elle. > A mon tour Je parvins à distinguer très nettement Kasbitch, et son visage basanné et ses vêtemens négligés et sales comme de coutume.

— Avance ici, dis-je au factionnaire, couche-moi en joue ce gaillard que tu vois là bas et descends-le moi si tu peux , je te donnerai un rouble d'argent pour ta peine. — Très bien, mon commandant; mais notre homme ne reste pas une seconde en place, il ne fait que caracoler. — Eh bien! répondis-je en riant, crie-lui de rester tranquille.! Le soldat, dans sa naïveté triviale, ne se le fit pas répéter. « Eh! dites donc, l'ami, se mit-il à crier de toutes ses forces, restez donc en place un petit peu; à qui diable en avez- vous à vous remuer comme cela? > Kasbitch, qui entendit vaguement le bruit de cette voix, s'arrêta comme un homme qui veut comprendre... Le grenadier n'attendait que l'occasion... Il coucha sa carabine et fit feu. Kasbitch avait vu le geste, il porta ses éperons dans les flancs de sa monture, le cheval fit un bond à gauche et la balle passa outre; alors Kasbitch, se levant sur ses étriers , fit mine de vouloir à son tour décharger le fusil qu'il portait en bandoulière, mais il changea d'idée... Il proféra quelques paroles de menace, et après nous avoir montré son nagalca, son fouet, il s'éloigna au galop.

Petcborin,quelquesheures après, revenait de lâchasse. Bélase jeta tendrement à son cou. Elle ne fil pas entendre un seul mot de reproche sur la longue absence de son amaoU Quant à moi, je crus devoir, dans son intérêt, lui faire qnclques remontrances.— Mon ami, vous êtes d'une imprudence folle. 11 vous arrivera malheur. Figurez-vous qu'il n'y a qu'un moment Kasbitch rôdait de l'autre côté du torrent Nous avons fait feu sur lui et c'est par hasard si vous ne l'avez pas rencontré ; prenez garde, cesGorzans sont une race vindicative. Vous croyez qu'il ne soupçonne pas votre connivence avec Asamat ; c'est une erreur. Je parierais qu'il a parfaitement reconnu Béla: sachez donc que, dans le temps, il avait jeté ses vues sur elle. 11 m'a dit lui-même qu'il s'occupait d'amasser une dot pour l'offrir au père de Béla et demander la main de cette jeune fille.

Ces paroles rendirent Petcborin légèrement soucieux... a Oui, dit-il, vous avez raison, la prudence est nécessaire... Béla, ma chère, à partir d'aujourd'hui, il ne faudra plus qu'on vous voie sur les remparts. »

Le soir même j'eus une longue conversation avec Petchorin. J'étais peiné du changement que je remarquais dansses procédés envers la pauvre jeune fille, car il ne se contentait pas de passer la moitié de son temps dans des excursions loin d'elle, mais il était froid et indifférent; aussi la gaité de Béla s'évanouit peu à peu, ses joues perdirent leur fraîcheur, ses yeux leur éclat, son corps s'amincit : c'était pitié. Petchorin venait-il à lui demander nonchalamment : qu'avez-vous donc , Béla? souffrez vous? avez-vous du chagrin? — Non, répondait-elle. — Désirezvous quelque chose, Béla? — Non, répondait-elle.— Regrettez-vous vos frères et sœurs, votre père, Béla ? — Je n'ai plus ni père, ni frère, ni sœur, répondaitelle.

Des jours entiers se sont écoulés sans qu'elle répondit autrement que par oui et par non aux questions qu'on lui adressait.

Kasbitch ne se montra plus; mais, malgré cette disparition, il me fut impossible de croire qu'il était venu rôder autour du fort sans quelque projet hostile.

droit, il y a un certain kasbitch, audacieux et sauvage brigand, qui, au pas de son cheval et vêtu de son rouge beshmct, passe devant les lignes de notre artillerie et la brave. On dit que lorsqu'un boulet siffle au dessus de sa tête et qu'une détonation se fait entendre, il salue poliment et sardoniquement le boulet; mais j'ai peine à croire que ce personnage mystérieux soit le même que notre Kasbitch.

El GÈNE CflAPDS.

(La $uite à un prochain numéro.)

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