JULES GÉRARD A PARIS ET AU HAVRE
En fait de banquets, parlez-moi d'un repas de chasse. Dans un siècle comme le nôtre, oii le banquet anacréontique n'existe plus, où les soupers du Caveau ont disparu faute de couplets et de chanteurs ; à cette époque d'égolsme antisocial où le matérialisme a remplacé l'esprit, où le Vaudeville ferme ses portes désertes devant celles trop étroites du temple de Plutus; où la politique n'a pas assez de la tribune, et transforme en froids rhéteurs les francs buveurs couronnes de pampres que jadis assemblait Bacchus,e\\ bien! voulez- vous encore bien dtner? voulez-vous vous asseoir à une table hospitalière, confortable, où vous ayez vos coudées franches, où vous trouviez cordialité, sympathie, entrain, ces premiers élémens de toute réunion joyeuse? Convoquez-moi de gais chasseurs : au lieu d'hommes d'Etat et de penseurs au cerveau creux, à l'estomac débile, mettez-moi en présence quelques uns de ces vrais disciples formés à l'école de Du Fouilloux, bons vivans aux vastes poumons, à l'appétit robuste ; aux discussions haineuses des passions substituez- moi l'harmonie de la trompe , réveillez-moi par une fanfare au lieu de m'endormir par un discours , enfin, portez-moi un toast à saint Hubert, ce roi des veneurs, dont la santé ne sera contestée par personne ! Faites cela, et, plus tard, après en avoir tâté, vous me direz si la recelte est bonne.
Le Journal des Chasseurs, qui, Dieu soit loué! en use le plus qu'il peut de cette admirable recette, à sa satisfaction personnelle et à celle de ses amis, avait une trop belle occasion dans l'arrivée à Paris de Jules Gérard, son vaillant confrère, pour ne pas y recourir encore une fois. Il a donc sonné un appel à ses fervens adeptes, et comme il y a toujours de l'écho parmi nous, du moment où il s'agit d'accueillir un brave, l'appel a été entendu, et les fidèles ne lui ont pas fait défaut De toutes parts ils se sont empressés de répondre à cette voix amie, les uns du Midi , les autres du Nord , et à l'heure dile , tous étaient au rendezvous donné, pleins du feu sacré et du zèle qu'exigeait une solennité semblable. Par une modestie de bon goût à laquelle nous ne saurions trop applaudir, le premier convive venu du fond de la province pour serrer la main de Gérard, le Tueur de lions, était le Tueur (Cèlèphans, en personne, Adolphe Delegorgue. Deux hommes de cette trempe étaient faits pour se connaître et s'aimer; il ne fallait qu'une occasion, une rencontre : au Journal des Cliasscurs, aujourd'hui le centre d'action, ou pour mieux dire, le point de ralliement de toutes ces natures d'élite qui, en France comme à l'étranger, ont encore quelque poésie dans le cœur, appartient le mérite de l'avoir provoquée.
C'est le 12 de ce mois qu'a eu lieu, au Palais-Royal, dans les vastes et splendides salons de Douix, cette réunion brillaute, où nous avions, par une heureuse circonstance, deux héros à fêter au lieu d'un, le premier dans la personne de Gérard, l'intrépide soldat de l'armée d'Afrique, le second dans celle de Delegorgue, le hardi explorateur du pays des Amazoulous et de Natal.
Les absens ont tort, dit-on. Ne vous attendez donc point, vous tous qui pouviez être des nôtres, à ce que nous essayions de vous décrire ici cette fête dont il sera long-temps question dans les annales du Sport. De plus habiles que nous y ont déjà échoué. ■ Le service était de 125 couverts, ont dit le lendemain les vingt journaux de la capitale. Là, étaient confondues, dans un même sentiment de camaraderie, toutes les notabilités de la chasse, des arts et de l'industrie. On y remarquait même plusieurs étrangers de haute distinction, MM. les princes Galitzin et LabanoflT, MM. les comtes Orloff, Zinovieff et Apraxine, qui avaient voulu payer aussi, eux, leur tribut au courage modeste de nos deux compatriotes.
» Au luxe des surtouts, à l'éclat des fleurs et des bougies, venait se joindre une magnifique décoration en animaux empaillés, empruntés à la collection du Journal des Chasseurs, et tous les yeux se portaient avec avidité sur un énorme lion de l'Atlas, rappelant les hauts faits du principal héros de la soirée. De quart d'heure en quart d'heure , les meilleures trompes de Paris (1) sonnaient en partie tout le répertoire de la vénerie ancienne et moderne. »
Nous n'ajouterons rien à ce récit : quelque complet qu'il fût, le compte-rendu le mieux fait ne rendrait qu'imparfaitement la physionomie locale d'un tel couvert Nous passerons tout de suite, si vous voulez bien le permettre, aux couplets de circonstance qui ont été chantés au dessert, après plusieurs toasts de fraternelle sympathie.
C'est à l'un des plus aimables Sociétaires du Cercle Grammont, ce cercle de chasseurs et de beaux esprits, le seul où l'on sache encore à l'heure qu'il est, dans tout Paris, ce que doit être une réunion d'hommes, qu'était réservé l'honneur d'ouvrir la marche. Le chanteur, M. Joseph Bauer , est un sceptique un peu railleur qui doute de tout, même de lui, et qui, à l'égard de Gérard, cette fiction, ce mythe habilement inventé par nous, disait-il, s'était montré particulièrement incrédule. Voici comment, le verre en main et s'adressant au président du banquet, placé entre Gérard et Delegorgue, le nouveau saint Thomas a déclaré ouvrir enfin les yeux, aux joyeux vivats de l'assemblée :
Air de chasse.
Ois- moi, Léon, dis-moi, mon brave, C'est bien Gérard? le vrai, le bon?
Tonton, tonton, tontaine, tonton.
Celui qui, brisant toute entrave, Triomphe de chaque lion? ..
Tonton, tontaine, tonton.
Oui, voilà son air de bravoure :
De Grenier juste est le crayon (2 .
Tonton, tonton, tontaine, tonton.
C'est bien à pied et non à courre Que chasse co hardi luron.
Tonton, tontaine, tonton.
Puis c'est Delgorgue l'intrépide Dont je vois d'ici le menton.
Tonton, tonton, tontaine, tonton.
Vraiment, près d'eux, le grand Alcide N'était qu'un modeste mouton!...
Tonton, tontaine, tonton.
A ton journal, à chaque histoire Que donnora ton feuilleton.
Tonton, tonton, tontaine, tonton.
Je promets maintenant de croire :
Ces Messieurs te donnent raison ! . . .
Tonton, tontaine, tonton.
Allez devant : nous, pauvres êtres, Nous suivrons, sans ambition ; Tonton, tonton, tontaine, tonton.
On peut marcher après les maîtres Do Pcléphant et du lion !.. .
Tonton, tontaine, tonton.
Champagne, en leur honneur et gloire.
Ici fais sauter ton bouchon ! . . Tonton, tonton, tontaine, tonton.
A leurs santés j'aime mieux boire Que d'aller chasser le lion !...
Tonton, tontaine, tonton.
(t) Bertin, Thiberge, Bienvenu et Lavigne.
(2, Grenier a fait le portrait de Gérard à pied, sa carabine au bras. Le Journal d«* Chasseurs en a donné dans le temps la lithographie.
A cette amende honorable, accueillie par d'unanimes bravos, ont succédé de cti ar m ans couplets, dus à la verve Intarissable du spirituel auteur du Chasseur rustique. En l'absence du coupable, M. Adolphe d'Houdetot, malheureusement retenu au Havre par des obstacles majeurs, ses quatrains, bouts-rimès, comme il les appelle modistement lui-même, ont été chantés par l'nn des assistans , qui s'est acquitté , îk la satisfaction universelle, de la tâche dont il avait bien voulu se charger. C'est une bonne fortune, parfois, que d'être l'éditeur responsable de certaines oeuvres, et, dans cette occasion, M. Vernet, l'habile interprète de M. d'Houdetot, se trouvait à coup sûr dans ce cas. Nous prenons nos lecteurs pour juges.
Air : Les gueux, les gueux, etc., dcBéranger
Chasseurs, chasseurs, Joyeux, bons viveurs.
Vaincus ou vainqueur».
Vivntlee
A tout, morbleu, je préfère La chasse, écol' des çuerriors ; Parlez-moi d'un' petit* guerre Où l'on mang' ses prisonniers.
Chasseurs, etc , etc.
Grâce aux progrès d l'industrie.
A tous les System 's nouveaux, Il s'tuera, je lo parie, Plus d'ehasseurs que de perd Chasseurs, etc., etc.
Pauvre chasseur à la plaine, Mais à table le premier, Do gibier ma panse est pleine, Ma bedaine est mon car nier.
Chasseurs, etc., etc.
Il faut armer d'un' quenouille C't'étourdi que j'nomm'rais bien Qui, d peur de rentrer bredouille, L'autre jour a tué... son chien.
Chasseurs, etc., etc.
Quand je chass', loin d'étr' recluse, Ma femme reçoit les galans ; N'faut-il pasqu'ehacun s'amuse?
C'est un* chass' de p'tits en fans.
Chasseurs, etc., etc.
Vers le cerf aux pieds agiles, Tandis qu'un Robin des bois S'élance... Un Robin des villes Vient mettr' sa biche aux abois.
Chasseurs, etc., etc.
Votons un' couronn' de chône A saint Hubert, roi des rois, Mais nom d un' pip' pour qu'cll' tienne, Mettons-y deux morceaux dlnns Chasseurs, etc., etc.
Tout plaisir laisse une trace, Surtout un, que j'eonnais bien...
Les plus heureux à eelt' chasse Sont ceux qui n attrapent rien.
Chasseurs, etc., ete.
Devant l'chagrin on so sauve; Biais à pas d' loup il nous suit, C'est un' bét' noire un' bét' fàuv* Qu'il faut chasser jour et nuit.
Chasseurs, etc., etc.
Lo nouveau cod' me tracasse, Dit un chasseur écolier :
C'est fait, je r'nonce à la chasse; On n'peut plus ach'ter d'gibier.
Chasseurs, etc., etc.
Couvrez-moi de vos serviettes , Quoi, dans cette occasion, C'est un chasseur de mauviettes Qui chante un chasseur de lion.
Chasseurs, etc., etc.
Si l'esprit empéch' de vivre, Que a' mourons je vois ici!
Déjà mém' je suis mort... ivre :
Du cerf sonnons l'hallali Chasseurs, etc., etc.
Gérard m'offr', Dien me pardonne, Le lion dont il est vainqueur :
Mais c'est la peau qu'il me donne, Le coquin garde le cœur.
Chasseurs, etc., etc.
Puis est venu un toast porté en ces termes à Jules Gérard, par l'un des plus anciens collaborateurs du Journal des Chasseurs, M. Delegorgue-Cordier, d'Abbeville, poète-chasseur, qui n'avait pas besoin de ses liens de parenté avec Adolphe Delegorgue pour avoir droit à toute la sympathie de l'assemblée:
Air : Autsitôl que la lumière.
A toi, Gérard, 1'intrépido,
Sous un soleil étouffant,' A fait plus d'une victime.
Vexé plus d'un éléphant.
Après si rude campagne, Dût craquer notre tympan.
Avec le feu du Champagne Il faut faire ici pan, pan.
Comme toi, mon homonyme,
Noble frère en saint Hubert, Qui vainquis, nouvel Alcide, Le fier lion du désert.
En vain, dressant sa crinière, Il croit glacer ton grand coeur ; C'est lui qui dans la poussière
Roule sous ton plomb vainqueur
Tu combattis avec gloire De féroces ennemis ; Ici, viens trinquer et boire Avec des lions amis.
Troque ton arme étrangère Contre un goulot de flacon, Et que la mousse légère Fasse seule explosion.
Oui, pour toi, que le Champagne Coule en ces lieux à longs traits, 0 Bugeaud de la montagne, Abd-el-Kader des forêts !
Puis reprends tou cri de guerre.
Aux lions fauves ou gris.
Il vaut mieux avoir affaire, Qu'aux lionnes de Paris.
Enfin, après quelques fanfares que les convives ont paru goûter et ont eu l'amabilité d'applaudir, a été levée cette séance mémorable qui avait duré près de quatre heures sans que personne s'en fut pour ainsi dire aperçu, et qui, rouverte immédiatement dans les salons de réception de rétablissement, s'est prolongée fort avant dans la nuit, au milieu du charme des conversations particulières, de rintérêt des récits de chasse, et du sans-façon des intimes causeries.
Mais, puisque nous y étions si bien, à quoi bon, je vous prie, sortir de table? Allons, mes braves compagnons, le vin est versé, buvons...; le vin est bu, versons encore, buvons et versons, versons toujours ! Des salons de Douix au Palais- Royal, à ceux de Deffieux au boulevart du Temple, où nous convie une autre cérémonie, il n'y a qu'un pas pour des gaillards solides. Ici nous attend une société modèle, devant laquelle nous devons nous incliner et marcher droit C'est le Cercle des carabiniers de Paris, cette noble et utile corporation qui a été jusqu'en Suisse lutter d'habileté et d'adresse avec les plus forts tireurs des vingt-deux cantons, ces fiers desec-ndans de Guillaume Tell. Si les convives aujourd'hui sont moins nombreux qu'hier, qu'importe? il n'en est pas un du moins parmi eux, que le grand saint Hubert n'enrôlât avec orgueil sous sa noble bannière.
C'est le dimanche, 16, qu'a eu lieu le banquet annuel de cette société, qui, par une exception à laquelle nous avons été très sensible, nous avait fait l'honneur de nous inviter, avec Gérard et Delegorgue, à prendre part à cette réunion de famille dont est exclu sévèrement tout profane. Ah ! ma foi ! Messelgneurs, respect aux carabiniers de Paris! même entr'eux ils font admirablement les choses, et si la carabine à l'épaule ils tirent mieux que les Suisses, nous gagerions volontiers maintenant, nous qui les avons vus à l'œuvre, qu'ils ne leur cèdent en rien le verre en main.
Et maintenant, si la digestion est faite; si les banquets cynégétiques parisiens, aujourd'hui chez Deffieux, hier aux Frères-Provençaux ou chez Véfour, l'avantveille au cercle Grammont ou à Clichy, cette villa des champs où l'homme d'esprit sans argent redevient millionnaire pour traiter ses amis ; si toutes ces truffes du Périgord, ces pâtés de foie gras de Strasbourg, ces truites saumonées du lac de Genèvre, ces quartiers de venaison, ces mets de haut goût, ces caricks fortement épicés, tous ces poisons lents enfin, alambiqués au feu de vingt fourneaux, n'ont pas encore émoussé votre palais trop sensible, vous, Gérard le chasseur sobre et patient, qui, pour vivre trois semaines dans les ravins de la Mahounah , vous contentez de galette et de dattes, vous désaltérant, quand vient la soif, à l'eau pure où boira le lion ; vous, Delegorgue, le philosophe rêveur et courageux, qui ne demandez au Cafre, votre hôte, qu'un pot de bière, à votre carabine qu'un
bifleack d'hippopotame ou de baffle! Maintenant, dis-je, soi ver -mol, mes fidèles!... Celte fois, c'est un peu plus loin que nous allons; c'est au Havre que, préparée par l'amitié, une nouvelle réception nous attend, qu'un dernier banquet nous convie et nous appelle.
« Hier 26 janvier, dit le Courrier du Havre, tout respirait à Frascati la joie et le bonheur. La vieille galté française, les temps de Désauglers, de Bé ranger,, étaient revenus parmi nous. Mets délicats, vins renommés et choisis; service où se trouvaient réunis l'élégance, le luxe et l'ordre ; repas égayé par de joyeux couplets que répétaient en chœur de bons et joyeux convives, voilà nos souvenirs d'une délicieuse fête et les impressions que nous en avons rapportées.»
Quand nous vous disions en commençant , ami lecteur: en fait de banquets , parlez-moi d'un repas de chasse ! Savez-vous quels étaient le 26 , à Frascati, les joyeux convives dont parle notre spirituel confrère? « Soixante chasseurs, convoqués de tous les points de l'arrondissement pour fêter l'arrivée parmi eux de deux Nemrod dont les noms sont devenus européens, et qui, dans un exercice réputé presque toujours un plaisir et un délassement exempts de périls, ont acquis une réputation de courage, d'intrépidité, d'adresse, que l'on n'obtient ordinairement qu'à la guerre et sur les champs de bataille. »
A la tête de ces soixante amphytrions, dont l'accueil est si bienveillant, la sympathie si cordiale et si vive, au milieu de cette fête charmante, improvisée du jour au lendemain avec un empressement et une camaraderie qui n'appartient qu'aux généreux fils du Havre, est un homme qu'il suffit de connaître pour l'apprécier et l'aimer, pour lui rendre affection pour affection, dévouement pour dévouement, si toutefois avec un cœur aussi chaud, disons mieux, aussi noble que le sien, le cœur le mieux placé, toujours en reste avec lui, n'est pas, quoi qu'il fasse, son très humble obligé. Cet homme, puissions-nous dire un jour cet ami, notre reconnaissance indiscrète le dénonce ici publiquement, en dépit de sa modestie, c'est Adolphe d'Houdetot, ce type hors ligne, cette nature privilégiée et à part qu'on ne rencontre qu'une fois dans sa vie et qu'on regrette alors de n'avoir pas rencontrée plus tôt.
Le style, c'est l'homme, dit-on. Salut à toi, que nous n'avions deviné qu'à demi, même après l'avoir lu et relu, 6 mon digne Chasseur rustique! Maintenant que nous avons franchi ion seuil hospitalier, maintenant que nous avons vécu sous le même toit, et qu'initié aux joies si pures de cet intérieur de famille dont toa cœur paternel s'enorgueillit, comme de la première richesse, nous avons pressé ta main loyale dans la nôtre en nous faisant tous deux le même reproche à la fois : Quoi! si tard! Eh bien! nous pouvons te l'avouer sans détour, l'auteur vaut encore cent fois mieux que le livre. Avant le chasseur, d'Houdetot, il y a en toi quelque chose de bien supérieur, c'est l'homme. Avant la science de l'esprit, chez toi brille la science du cœur; sous la malice de l'écrivain perce la philosophie indulgente .du sage. Aveugles ceux qui, en lisant ton œuvre, s'attacheraient, comme nous, à la forme et négligeraient d'en étudier le fond. Plus aveugle encore l'imprudent critique qui essayerait d'en rendre compte sans t'avoir jamais vu, sans avoir été assez heureux pour obtenir de toi une heure de causerie intime. Arriére donc ici les traditions vulgaires. — Pour apprécier dignement toute la valeur du Clmsseur rustique, c'est l'auteur qu'il faut commencer par connaître. Le livre y gagnera, et l'auteur lui-même n'y perdra rien par contre-coup.
Léon Bertrand.
NOUVELLES ET FAITS DIVERS
Fermeture delà chasse, — La chasse sera fermée le 1" mars prochain dans ledépartement de la Seine. Il est probable que la fermeture aura Heu le même jour dans les départemens voisins, notamment dans ceux de Seine-el-Oise et de Seine-et-Marne.
Chasses princicres.—Xom n'avons reçu, ce mois-ci, aucun rapport de la Vénerie. Les chasses de l'équipage, suspendues dans la première quinzaine de janvier par le deuil de la famille royale, ont été tout-à-fait interrompues plus tard par les gelées. Quant aux chasses à tir, il n'y en a eu qu'une seule à notre connaissance, depuis la dernière que nous avons relatée en décembre. Le 18 courant , S. A. R. le prince de Joinville a chassé a Versailles , accompagnée de trois autres tireurs, M. le contre-amiral Hernoux, M. Guérard, et M. Touchard , officier de marine. Cinquante pièces : un chevreuil, seize lièvres, un lapin, trente faisans et deux perdrix, tels ont été les résultats de cette journée.
La Neige et les Loups. — On nous écrit de Fontainebleau, le 18 janvier : « Le peu de neige tombée dans la nuit a été mis a profit par les gardes de la forêt Un loup de trois ans a été tué dans les Grandes-Bruyères , auprès de la Croi x de Saint-flérem, carrefour historique depuis l'entrevue de l'empereur Napoléon et du pape Pie VIL Ce loup, bien détourné par le garde Amédée Delaraotte , veneur aussi distingué qu'habile tireur» a été roulé par lui après avoir reçu le feu d'un autre tireur qui a prétendu l'avoir touché. Pour l'instant, aucun autre loup n'est signalé , mais rarement la forêt en est dépourvue, et il est probable qu'avant peu quelque rôdeur viendra occuper la place du défunt»
Un quadruple hallali. — On nous écrit de Langres ( Haute-Marne): c Une chasse des plus heureuses et des plus rares vient d'avoir lieu le 20 du courant dans notre commune : trois louves et un loup avaient été détournés par le garde de M. le comte Duplessis dans les bois de ce dernier. L'attaque ayant eu lieu, ces quatre animaux ont été tués dans l'espace de cinq minutes sans qu'un seul se soit échappé de l'enceiute.»
htat des animaux nuisibles détruits, en 1866-67, dam les forêts du duc a" Aumaie. — Il résulte d'un état authentique , que nous avons sous les yeux, et qui a été dressé sur les contrôles fournis par l'administration locale, qu'il a été détruit en 1866-67, tant au fusil qu'aux pièges , dans les forêts composant l'inspection de Chantilly, 16,350 animaux nuisibles, oiseaux et quadrupèdes, savoir: 273 renards , 30 blaireaux, 296 fouines , 669 putois, 1,658 belettes, 1,063 hérissons, 660 écureuils, 511 chats errans, 237 buses, 538 émouchets,269 chatshuants , 2,3V0 corbeaux , 3,427 pies et 2,709 geais. Ce chiure énorme prouve avec quel soin sont administrées aujourd'hui les forêts de Chantilly, dont la direction supérieure est, du reste, confiée à un homme aussi zélé qu'habile, M. Dampierre , l'inspecteur.
Équipage de Boisgibault. — L'équipage de M. le marquis de Gasville, en dépit des réductions opérées depuis l'année dernière dans son personnel, s'est encore distingué cet automne par une série de succès qui font le plus grand honneur et à son digne chef et aux intrépides veneurs de la Sologne. En novembre dernier, sur six chasses de cerfs, cinq animaux ont été pris successivement. Deux magnifiques dix-cors , une quatrième tête , une troisième tête et une deuxième. Le parti pris par ce dernier animal a été vraiment fabuleux. Attaqué dans les bois de Saint-Aignan, il s'est fait chasser dans trois départemens différens, le Loiret, le I.oir-et-Cher et le Cher , et est venu , en définitive , après quatre heures et demie de chasse de meute à mort , se faire porter bas dans le département de Loir et Cher, entre Saint-Albin et la Motte-Bcuvron, à près de 10 lieues de l'attaque. Il a fallu des chiens aussi vigoureux que les bâtards anglais , composant l'équipage de Boisgibault, pour prendre un animal qui , trompant au débûcher toutes les prévisions , n'a donné dans aucun relais. Deux loups , tués à Montpipeau, devant la meute, ont glorieusement terminé cette honorable campagne.
Un cas exceptionnel non prévu par la loi. — Un fait de chasse qui n'a pas encore été consigné dans les annales des chasseurs, vient de se passer dans la pâture communale de Bagneux-la-Fosse , petit village des environs des Ri ce y s (Aube).
Voici ce que l'on nous écrit à ce sujet : Un lièvre était poursuivi par un chasseur, il vint a passer au milieu du bétail gardé par le pâtre de la commune ; mais
ICO -
nélas! pour avoir voulu éviter le fusil de son terrible ennemi , il n'en fit qu'une fin plus malheureuse ; car au moment où il passait derrière un taureau , il en reçut un coup de pied qui l'étendit raide sur la prairie. Le pâtre fit son profit de cet accident, et vendit le lièvre à un aubergiste des Riceys
Que diront en pareil cas nos jurisconsultes? Si ce fait se fût passé dans un temps où la chasse est prohibée, à qui aurait-on dû déclarer procès pour avoir tué ce lièvre? — et quelles formalités aurait eu à remplir le pâtre pour l'emporter? Il nous semble que la loi de iSUU n'a pas prévu cette bizarre hypothèse.
— Un officier dont le régiment est récemment arrivé d'Afrique, a ramoné à Paris une jeune hyène qu'il a élevée toute jeune, et qu'il a l'habitude d'emmener avec lui sans autre précaution que de la tenir en laisse comme un chien.
La semaine dernière, cet officier, qui se rend à peu près chaque jour au café Cuisinier, en face du pont Saint-Michel, et qui y amène avec lui sa hyène, dont la douceur est connue des habitués, ayant négligé de fixer fortement son lien au pied de la table à laquelle il était lui-même assis, il arriva que la hyène, après avoir fait quelques pas dans la salle du café, trouvant la porte de la cave ouverte, y descendit
Deux garçons étaient en ce moment occupés à rincer des bouteilles au fond de cette cave; ils n'aperçurent pas d'abord l'animal ; mais la hyène, effrayée sans doute par le bruit des bouteilles, fit entendre un grognement qui attira leur attention. Ils virent toul-à-coup ses yeux flamboyer dans l'ombre, la peur les saisit et ils gagnèrent à la hâte l'escalier, dont ils fermèrent derrière eux la trappe. La hyène enfermée devint alors furieuse; elle poussa des hurleroens et commença à labourer de ses griffes et de ses dents les vantaux de la trappe, à la grande terreur des habitués qui s'empressèrent de déguerpir. Heureusement l'officier, que la disparition de sa hyène avait inquiété, était encore là. Il parvint à la calmer, ouvrit lui-même la trappe et emmena sa compagne, sans que Ton eût à déplorer aucun accident (1).
Une nouvelle Diane. — Dans une de ses dernières audiences, le tribunal correctionnel de Soissons a fait application de la loi sur la chasse à une dame de B., demeurant dans le canton de Viilers-Coterets. Cette dame, qui se livre avec ardeur au plaisir de la chasse, avait oublié de se munir d'un porl-d'armes. Le garde champêtre l'ayant rencontrée dans tout l'attirail d'un chassomane, et faisant passer les devoirs que lui imposent ses fonctions avant ceux de la galanterie, a verbalisé dans toutes les formes contre notre amazone. Observations, explications, prières, instances, rien n'a pu le fléchir, et la dame de B. a été condamnée à 16 francs d'amende.
Un bon exemple. — Le tribunal correctionnel de Meaux vient d'user d'une juste rigueur dans un cas malheureusement trop fréquent que l'on ne réprime point assez sévèrement: il vient de condamner à 16 francs d'amende et aux frais «n charretier convaincu d'avoir cruellement maltraité un de ses chevaux.
Nous aunonçons à nos abonnés une nouvelle qui ne sera pas sans intérêt pour la plupart d'entre eux. Dantan jeune, ce sculpteur d'esprit qui a consacré par son talent tant de gloires populaires, vient d'achever 1rs deux bustes de Jules "Gérard et d'Adulphc Dclegorguc. Ce sont deux plâtres frappans de ressemblance, et qui, par leur dimension et la modicité de leur prix (10 fr. chaque), sont aussi faciles à placer qu'à se pjocurcr. Ceux qui désireraient en faire l'acquisition, peuvent s'adresser directement chez l'artiste, rue Saint-Lazare, Cité d'Orléans, ou au bureau (lu Journal des Chasseurs.
(t : 11 est probable que la hyène dont il est ici question est la même que celle qui, en novembre dernier, a mis en émoi toute la ville do Toulouse, en «échappant dans l'hôtel des Messageries générales du haut d'une impériale de diligence, et que son maître, officier comptable de l'année d'Afrique, amenait de Marseille.