DEUX JOURS DE CHASSE EN BAVIÈRE
( COR R F.SPO \DA NŒ. )
(SuilP et fin.)
T\ F. mardi 19, à cinq heures et demie du malin, j'arrivai à Tembarcate.,fi:ère du chemin de fer d'Augsbourg; on allait partir. Un maudit M (om patriote, qui jurait en bon français après le directeur du bureau M des billets, tandis que celui-ci lui répondait en mauvais allemand, \W faillit me faire manquer le départ en m'empOchant de prendre ma place. Je courais tout le long du convoi, cherchant à me caser quelque part, cjuand un Ah! enfin le voila ! partit d'un wagon quelconque. A celle exclamation, je me retourne . j'aperçois le baron Alfred de Lolzbcck qui se penche en dehors d'une portière. J'ouvre et nie précipite à ses côtés. Ouf! — Il n'y a pas de place, pas de place, complet! me crie-t-on eu chœur. — Ah! ma foi, tant pis. j'y suis, j'y reste. Je ferme la portière, la locomotive siffle, le convoi s'ébranle; bon gré, malgré, il faut bien se résigner à me garder dans cet espace trop étroit où l'on n'y voit goutte. J'écrase deux pieds. — Pardon, Monsieur, me crie-t-on.— Je m'assieds sur deux gros genoux; cette fois c'est uu accent britannique, un énorme insulaire, qui m'apostrophe d'un ton courroucé, en me disant : Ùamned take aire. Bon ! pensai-je, me voilà bien. Cependant on se serre; de mon côté, je me fais petit, ce qui n'est pas chose facile, et enfin, moitié sur mes voisins, moitié sur la banquette, je m'installe,
Munich était déjà loin quand, Tordre rétabli, je tâchai, aux premières lueurs du jour naissant, de distinguer mes compagnons de chasse. Eu face de moi, je reconnais le ministre de France, le baron de Bourgoing, beau-frère de M. de Lolzbcck, aussi intrépide soldat qu'habile diplomate ; qui, à vingt ans, avait vu brûler le Kremlin, et qui, plus tard, secrétaire d'ambassade à Saint-Pétersbourg, faisant en amateur la guerre avec ces mêmes Russes, quantum mutants abillo, commanda contre les Turcs une avant-garde de Cosaques, et reçut de l'empereur de Russie une épée à poignée d'or, avec ces mots gravés sur la lame : Pour sa bravoure. En face de lui est le marquis Pallavicini. fils du ministre de Sardaigne, dont les salons hospitaliers, doublent, pour les étrangers, les plaisirs du séjour de founich; M. Pallavicini est le plus intrépide chasseur de chamois que je sache.
, T Voir, pour le commencement de cet article, la livraison de* lêccmbrc t H 17
10MB III, 15
Justement. Hélait en train de raconter comment, tout entier à sa passion favorite, il venait de passer quinze jours sur les pics les plus élevés du Tyrol, vivant de farine d'orge et de fromage, n'ayant, le jour, pour abri, que la cabane d'un bûcheron ou le chalet d'un paire, et pour Ut, la nuit, qu'un peu de foin étendu par terre, sur lequel maîtres, bétes et gens ronflaient dans la plus parfaite harmonie, bien que ce genre de coucher ait en réalité peu de charmes, et laisse même ordinairement des souvenirs assez piquans, j'en parle par expérience. Je me rappelle que pas plus tard que l'année dernière, dans une de nos provinces de France , qu'on peut citer pour l'une des plus riches et des plus civilisées, je faillis être victime d'une hospitalité tout aussi champêtre. En déplacement pour chasser le loup, j'allais rejoindre mes chiens, que j'avais fait partir la veille. Il était huit heures du soir environ, au mois d'octobre ; j'étais à cheval, par une nuit obscure où l'on ne voyait ni ciel ni terre; il me restait encore deux lieues à faire , un bois mal percé à traverser, et, pour toute route, des chemins défoncés, pleins d'ornières, où, même au pas, le cheval le plus froid n'eût pas été sûr de ses jambes. Arrivé a un village, le brouillard, qui tombait assez épais, commençant à se changer en pluie véritable, je me décidai à ne pas aller plus loin et a y chercher un «lté. Malheureusement je n'y connaissais ni auberge ni maison bourgeoise; j'hésitai entre la demeure du maire et celle de M. le curé; mais effrayé par l'ordinaire du presbytère (c'était un jour maigre), et peu séduit, je l'avoue, par la perspective du vin municipal, auquel il m'eût certainement fallu faire honneur , ni plus ni moins que si j'eusse été M. le souspréfet de l'arrondissement en tournée électorale , je me décidai à aller frapper chez une brave fermière très à sou aise, et qui avait quelque obligation à ma famille. J'arrive et je frappe. Uuc jeune fille, fort gentille, ma foi! dans un déshabillé assez galant, se présente et m'ouvre la porte. Tout le monde était déjà couché dans la ferme. Les domestiques se lèvent , on me jette un fagot au feu, et pendant que je me débarrassais de ma trompe, que je dépouillais successivement peau de bique et tablier , mlsselans d'eau , j'entends le colloque suivant, dans une chambre voisine où venait de s'éveiller la ménagère, mon hôtesse : — Maman, où sont les clefs de l'armoire? — Pourquoi faire, ma fille? — Pour avoir des draps et en mettre au lit rouge. — Ce n'est pas la peine, ceux qui y sont ne sont pas encore sales. — Pas enrai e sales ! comprenez-vous ce mot? La jeune fille me fit des excuses, rougissant le plus geutillement du monde, cl prétendant que sa mère, à demi -sourde, ne savait pas quel était l'hôte qui venait de desecudre chez elle.
Mais revenons en Bavière. Il faisait grand jour, et je pus alors compter tout autour de moi nos joyeux compagnons de chasse : le comte de Thun, secrétaire de la légation d'Autriche; le comte de Botlmer, officier bavarois; un artiste très distingué de Munich, M. Foltz; plusieurs autres jeunes gens. Nous n'avions là d'étrangers que mon voisin l'Anglais et sa femme, aussi longue et sèche qu'il était gros et court ; plus, une jeune et charmante miss, production incompréhensible de ces deux êtres, qui étalent bien pourtant les auteurs de ses jours. Le trajet fut très gai, et je ne répondrais pas que la pruderie britannique n'ait trouvé on peu shoLing quelque histoire plus ou moins décolletée, racontée par l'un ou l'autre de nous. Heureusement que nous les débarrassâmes bientôt de notre présence, en descendant à la station de Maisach, où nous quittâmes le chemin de fer. Une voiture nous attendait pour nous conduire au lieu de la chasse; mais quelle voiture, grand saint Hubert! de ma vie je n'ai vu un véhicule semblable, et comme je me casserais en vain la tête pour lui trouver ud nom français, j'y renonce: en allemand, cela s'appelle tout simplement jaydwurst, nom aussi dur, comme vous voyez, que ce bizarre attelage. C'est une voiture démesurément longue, extrêmement basse, avec des sièges qui regardent les quatre points cardinaux; nous y grimpâmes quatorze, maîtres et gens, et bientôt, malgré cette surcharge, nous arrivâmes sans encombre au rendez-vous général.
La chasse que nous allions faire était, comme toutes celles de l'Allemagne une ebasse en battue ; tous les traqueurs, armés d'un bâton et d'une espèce de crécelle en bois, étalent réuuis sous la conduite de cinq ou six gardes, cl sous la surveillance des greffiers du bailliage, armés d'un long fouet qui devait au besoin stimuler le zèle des plus paresseux. Les droits féodaux existent encore en Bavière, et les paysans, au nombre de leurs corvées, doivent chaque année au seigneur plusieurs jours de traque. A peine fûmes-nous descendus de voiture, que Yobcrjayer ou garde-chef, nous ût un speach pour nous engager d'abord à ne pas envoyer du plomb à nos voisins, point très essentiel pour tout le monde, puis pour nous dire l'espèce de gibier qu'on devait tirer. A l'exception des cerfs et biches, nous pouvions tout tuer. Cependant , une dernière recommandation nous enjoignit de bien distinguer, parmi les chevreuils, le brocard d'avec les chevrettes. Il n'y a pas d'anatbèmcs assez violens, d'amendes assez fortes, de plaisanteries assez amères pour punir le chasseur trop ardent dont l'œil n'a pas su, en pareil cas, discerner le sexe de ses victimes; on parle d'une maladresse comme celle-là pendant des années entières, et, franchement, à l'époque où les chevreuils ont perdu leurs bois, il n'est pas très facile de dislingm r, lorsqu'un animal galope a travers le fourré, si l'on doit ou non presser la délente. Pour mon compte, la recommandation m'embarrassa singulièrement, je l'avoue, et comme on riait encore autour de moi d'un malheureux Français qui avait, il y a cinq ou six ans, dans les chasses de Weyhern, commis la faute impardonnable de tuer une chèvre, je me promis, et je lins parole, de ne tirer que ce qui porterait cornes en téte.
Cependant, les traqueurs partis pour commencer leur besogne, nous suivîmes, nous, sans mot dire, Yobcrjagcrf qui, tout aussi grave que nous, nous indiqua silencieusement, par un salut respectueux, le poste assigné a chacun de nous. C'est un abri masqué par des branches de sapins disposées à l'avance. Lorsque le dernier de nous fut placé, Yobetjager donna le signal du départ avec sa corne d'appel, et aussitôt les traqueurs s'avancèrent en bon ordre, fouillant le bois avec leurs bâtons et faisant retentir l'air du bruit assourdissant de leurs crécelles, que je ne puis mieux comparer qu'a quelques boisseaux de grosses noix sèches qu'on secouerait entre deux draps. La battue était a peine commencée, que déjà lièvres, renards, chevreuils et cerfs, affrontaient la ligne des tireurs qui les recevaient de pied ferme. Dans ces sortes de chasses, la plupart des gros animaux forcent les traqueurs, les brocards surtout, qui se dérobent presque toujours, tandis que les chevrettes viennent effrontément passer à quatre pas du chasseur, comme si elles savaient qu'elles sont privilégiées et qu'aucun danger ne les menace. Notre expédition avait lieu dans des forêts de pins très fourrées. Au milieu de l'une des battues, un chevreuil mâle, qui rebroussait tranquillement sur les traqueurs, à travers un fort assez épais, fut aperçu par un des hommes qui, se masquant derrière un arbre, saisit l'animal par les bois au moment où il passait auprès de lui. Comme nous élious a la fin d'octobre, époque à laquelle les vieux brocards commencent a nie lire bas leur tête, l'effort que fit l'animal pour se dégager fut si violent, que les bois restèrent entre les mains du Iraqueur ; je les ai conservés pour la rareté du fait
Une fols les battues en train, on prend enceinte par enceinte, et alors chaque traque se ressemble, à peu de chose près. Tantôt on entend retentir le coup unique et meurtrier d'un bon tireur, tantôt c'est la fusillade innocente de trois ou quatre chasseurs novices, saluant de cinq a six coups un lièvre ou un chevreuil qui ne s'en porte pas plus mal pour cela. La première moitié de notre journée avait été assez heureuse : outre une certaine quantité de lièvres, de renards et de chevreuils, nous comptions encore, parmi nos victimes, un blaireau et une loutre. Vers raidi, j'aperçus, au milieu d'une clairière, quelque chose de blanc; je me demandais déjà à quelle espèce de gibier j'allais avoir affaire, si c'était à l'un des cerfs blancs du roi Artus, quaud, ô surprise agréable, attention délicate de notre hôle, le modèle des amphitryons , Je reconnus-
la vesle blauche d'un chef, dont les fourneaux, dressés en plein air el couverts d'une formidable batterie de cuisine, exhalaient un parfum sans égal pour un estomac vide depuis la veille. Plus loin figurait une table surchargée de bouteilles, parmi lesquelles le vin du Rhin rivalisait digneraeut avec son confrère vermeil des bords de la Gironde, et enfin, à l'écart, s'arrondissait nu énorme tonneau de bière, destiné aux rabatteurs. En Allemagne., il n'y a point de féte complète si la bière n'y joue un rôle. Dans le palais comme dans la chaumière, dans une danse champêtre comme dans les bals des plus grands seigneurs, les plus jolies femmes, et il y en a beaucoup , en Bavière surtout, boivent de la bière. C'est un rafraîchissement peu coûteux, mais éminemment national.
A table, nous discutâmes, la fourchette en main, le mérite des armuriers allemands. C'est Legnitz qui est le fournisseur exclusif de M. Pallaviclni, et comme c'est un excellent tireur, il sait faire honneur à ses armes. M. de Thun, lui, donnait la palme à Lébéda : dans la matinée, je l'avais vu, avec un fusil de ce maître, clouer sur place un renard, à quatre-vingts pas de distance, et j'avoue que cet exploit, joint à certain article du Journal des Chasseurs sur la chasse de Yaucrhakn, me fit me ranger de son bord. A peine de retour à Munich, je m'empressai d'écrire à Lébéda pour lui commander une arme remarquable, capable de lutter avec ce que renferme de mieux l'arsenal du Journal des Chasseurs lui-même, ce qui n'est pas peu dire. Vous verrez ce chef-d'œuvre à mon retour en France, mon cher directeur, et puisque Marly et Senart, ces premiers théâtres de vos exploits, que je m'efforçais alors d'imiter, nous sont toujours impitoyablement fermés, je vous attends sur des perdreaux normands. Si je remplis exactement Tunique précepte cynégétique du père Patard, vieux garde qui m'a fait tirer mon premier coup de fusil, en me répétant gravement : « Monsieur, pour bien tirer, il faut d'abord mettre le bout au droit; » je vous promets, Lébéda et saint Hubert aidant, des coups de longueur un peu soignés.
Le déjeuner fini, nous reprîmes notre chasse, qui continua jusqu'à cinq heures du soir, mais hélas! moins heureusement qor dans la matinée. L'un de nos compagnons, dans un moment de précipitation et d'oubli, commit d'abord la faute impardonnable de rouler sur le gazon une magnifique chevrette.
Désolation générale. Cris de réprobation universels. La mort du meilleur et du plus beau chien d'arrêt n'aurait certainement pas soulevé une explosion de malédictions semblables.
La carte du tiré établie, nous trouvâmes que nous avions tué treize brocards, une chevrette, dix-sept renards, soixante -quatre lièvres, un blaireau, une loutre, une fouine et cinq béca' ses ; cent trois pièces en tout. Nous remontâmes dans le véhicule qui nous avait amenés, et, au bout de frois quarts d'heure, nous arrivâmes à Weyhern , dont la vaste façade, alors toute resplendissante de lumière, domine, du haut d'une petite colline, une charmante vallée. Le château de Weyhern renferme une des plus curieuses galeries de tableaux que possède la Bavière; on y remarque, entre autres, ce fameux tableau de la Soccontola, jeune princesse indienne, qui a coûté je ne sais combien, et qu'on dit l'une des plus belles toiles de l'école allemande moderne. Dans une salle à mang-r ma— gnifique et brillamment éclairée, nous attendait un excellent dîner. Entre le premier et le second service, les appétits un peu satisfaits, la conversation était devenue générale, lorsque tout-a-coup la porte de la pièce s'ouvre à deux battans, et, au lieu du rôti, arrive, escorté de quatre chasseurs, la carabine au port d'arme, Yobajayrr, portant gravement, dans un plat d'argent, entouré d'une douzaine de petites bougies... il ne m'est pas très facile de vous expliquer ce que c'était... mais enfin ce qui fait les chevrettes n'appartient pas aux chevreuils, et voilà ce que portait notre homme avec tant de précaution et de cérémonie. Armé d'un sang-froid imperturbable, que ne purent intimider les fous rires de toute rassemblée, il déposa son plat sans sourciller devant l'auteur in fortuné de la fatale méprise. Celui-ci, qui n'était peut être point à son coup d'essai, comprit ; il jeta dans le plat sa bourse, qui disparut aussitôt avec Tlior-
rible vision... Telle est, en pareil cas, Tune des plaisanteries autorisées par l'usage. Cependant, une iuflnité de vins de toute couleur cl de tout pays, dignement fêtes par les joyeux convives de Weyhern, consolèrent bientôt notre patient, déjà lui-même sous l'influence des fumées du Champagne, de sa triste mésaventure. 11 prit la chose en homme d'esprit, et quand, le verre en main, j'entonnai de cette voix juste que vous savez :
Dieu ! qu'il est bon le vin
Du seigneur châtelain! etc., eU\
il fut le premier à faire chorus avec moi et à porter la sauté de notre hôte.
L'air frais de la nuit avait à peine calmé cette galté folle, qu'il était temps de contenir dans de justes bornes, que nous arrivions a la station du chemin de fer pour prendre le dernier convoi de Munich. Nous dîmes adieu à notre omnibus de chasse pour nous entasser de nouveau pêle-mêle dans un wagon, où les histoires les plus plaisantes ne tarirent pas durant tout le cours d'un trajet trop rapide. Au nombre de celles que l'on peut conter et écrire, ligura, avec beaucoup de succès, celle qui nous arriva ensemble, sur le chemin de fer de Saint-Germain, un soir que nous revenions de chasser à Marly. Le wagon où nous nous trouvions était plein ; j'étais vis-à-vis de vous, et je vous racontais, si vous vous le rappelez, comment, venant de manquer une bécasse de mes deux coups, au milieu d'un taillis de trois ans, un magnifique brocard m'avait déboulé presque au même instant entre les jambes. Dans le feu de la narration, je vous disais : « Une bécasse part, pan, pan! bécasse! A ces mots, vous voyez encore d'ici ce bon bourgeois de Paris, en lunettes vertes, qui de sa vie, sans doute, n'avait vu d'autre bois que les Tuileries et le Vésinet, et qui, prêtant à notre couversation une oreille attentive, m'interrompit par celte question :
— Monsieur, est-ce qu'une bécasse crie bécasse en se levant?
— Comment, Monsieur? lui dis-je en partant, à son nez et à sa barbe, d'un grand éclat de rire ; rire homérique que partagèrent tous nos voisins.
— Mais, Monsieur, reprit-il avec une naïveté charmante, je ne vois pas ce qu'il y a de si drôle dans ce que je dis, un coucou crie bien coucou ; je ne vois pas pourquoi une bécasse ne crierait pas bécasse !
— Monsieur, vous avez parfaitement raison.
Nous en étions là lorsque le convoi s'arrêta tout court. Au lieu de Paris, Paris! c'est Munchen, Mùnchen ! qui retentit à mes oreilles. Nous nous séparâmes tous à regret, emportant un charmant souvenir d'une journée aussi complète, et une ♦ vive reconnaissance de l'hospitalité princière de notre amphytrion. Si vous venez jamais à Munich, mon cher directeur, je vous demanderai la permission de vous présenter à M. de Lotzbeck. Vous trouverez en lui un gentilhomme accompli, digne, à tous égards, de figurer parmi vos fidèles, au nombre desquels, pour ma part, je suis et serai toujours fier de compter.
»tn Vknei'b Normand. •
NOUVELLES ET FAITS DIVERS
Les forets royales au pillage. — On lit dans la Démocratie pacifique : « Le gibier royal de 1848 n'a pas eu plus de chances que celui de 1830. Au premier bruit de l'insurrection de la capitale, une masse de braconniers, de chasseurs et de désœuvrés de la banlieue et de la ville, se sont rués sur tous les parcs voisins, Meudon, Marly, Versailles, Saint-Germain, où la Saint-Barthélémy des faisans, des cerfs et des chevreuils a immédiatement commencé et continué sans interruption pendant quatre ou cinq jours. A Versailles, on a vu de pauvres chevreuils, épouvantés par le bruit de la fusillade, venir se faire tuer jusque dans
les rues les plus fréquentées. Des hécatombes de victimes, cl le mot n'a rien d'ambitieux, s'entassaient devant la porte de tous les marchands de comestibles. Cinq francs le chevreuil, 1 fr. 50 le faisan, 50 centimes la perdrix, tel a été le cours, sur les marchés du Pecq, de Versailles et de Saint-Germain, et probablement aussi sur les marchés de Fontainebleau et de Conipiègne. «
Nons annonçons avec plaisir que, grâce au zèle des agens forestiers et au concours de la garde nationale, ce désordre, ou pour mieux dire cette boucherie, dont la Démocratie pacifique gémit la première avec raison , a eu enfln un terme. Les forêts de la Liste civile appartiennent aujourd'hui à la Nation, qui peut, comme l'Etat l'a fait pour ses propres domaines, trouver dans leur location une source nouvelle de revenus. Il est donc à désirer que. là comme ailleurs, on prenne des mesures rigoureuses pour réprimer toute dévastation inutile.
Grand stceple-cluise annuel du mois d'avril. — \œ grand steeple-chase annuel du mois d'avril aura lieu près Paris (on ignore encore en ce moment si. celle fois c'est la Croix-de-Berny qui en sera le théâtre), le jeudi 6 avril 1848 (1). En voici le programme, qu'a publié au commencement de ce mois le Bulletin officiel des courses et que nous nous empressons de reproduire , bien que l'époque fixée pour les engagemeus de la première des deux courses (le grand steeplechase handicap) soit passée à l'heure qu'il est
Grand steeple-chase. Handicap. 10,000 fr., ajoutés à une poule de 500 fr.;. forfait 250 fr., et 125 fr. seulement s'il est déclaré au secrétaire du Jockey-Club, à Paris, 2, rue Grange-Batelière, ou à M. Clarke, à Londres. Church house, York Gâte, Regent's Park, avant six heures du soir, le vendredi 10 mars. Le second recevra 1,000 fr. pris sur les entrées, et le troisième sauvera son entrée. S'il part moins de cinq chevaux, on n'ajoutera que 5,000 fr., et le second seulement sauvera son entrée. Les chevaux devront être nommés et engagés par lettres cachetées, adressées au secrétaire du Jockey-Club, ou à M. Clarke, aux adresses ci-dessus, avant six heures du soir, le mercredi 16 février 1868. Chaque engagement devra être accompagné de 125 fr., ou sera considéré comme nul. Les poids seront publiés le vendredi 3 mars. Distance, quatre milles anglais environ. Les couleurs des jockeys devront être indiquées dans la lettre d'engagement ; et si elles sont changées, le jockey aura à payer une amende de 25 fr. Les poids une fois déclarés, tout cbeval monté par un gentleman remplissant les conditions voulues pour l' Aristocrat steeple chose de Newport Pagnell, recevra 3 livres (1 k. 360 gr.); et il recevra 6 livres (2 k. 720 gr.), si ce gentleman n'a jamais gagné de handicap steeple-chase public, de la valeur de 100 liv. sterL, ou 2,500 fr. Les chevaux montés par des gentlemen français, recevront 6 livres (2 L 720 gr.) Toutes contestations seront jugées sans appel par le commissaire ou les personnes qu'il désignera.
Second steeple chose, le même jour. Gentlemen riders. 2,500 fr., ajoutés a* une poule de 300 fr. chaque, moitié forfait. S'il part cinq chevaux au moins, le second sauvera son entrée. Si le gagnant peut être réclamé pour 5,000 fr., il portera 75 kilog.; s'il peut être réclamé pour 3,250 fr., il portera 71 kilog li2 ; si c'est pour 2,500 fr., il portera 68 kilog. Les engagemens devront être faits le mardi 28 mars 1868, par lettres cachetées, adressées avant minuit au secrétaire du Jockey-Club, rue Grange-Batelière, n° 2, à Paris, ou à M. Clarke, Church* house. York Gâte, Regent's Park, a Londres, avant cinq heures du soir, le même jour. Le montant du forfait devra être déposé en même temps.
Dernières chasses de l'équipage. — Le dernier rapport de la Vénerie nous est parvenu le 1h février, au moment même où le peuple vainqueur occupait le
(I) Non seulement on ne sait pas encore quel sera le terrain fixé pour ce êteepU-chase ; mais en présence des événomens accomplis, on doule même fortement a,u'il ait lieu. Nous avons su au Jockey-Club que les engagemens faits le 16 février s'élevaient à trenlo-scpt : trente-cinq pour l'Angleterre et deux seulement pour la France {.Vol* de la direction.)
Paiais-Royal el les Tuileries. Depuis ta fin de décembre 1867 jusqu'au 21 février suivant, l'équipage n'a fail que quatre laisser-courre, les chasses ayant été suspendues en janvier par suite du deuil de la Cour. Voici quels ont été les résultats de ces quatre chasses que nous consignons ici pour mémoire ou plutôt comme document historique dans les annales de la vénerie.
— Le 27 décembre 1847. Forêt de Saint-Germain. L'équipage seul. Rendezvous à onze heures et demie à la Muette. Attaqué à Rocourt cinq cerfs en harde qui, après s'être long-temps accompagnés, se sont enfin séparés. Divisés euxmêmes, les chiens ont fait alors différentes chasses, et la retraite manquée a été sonnée à la nuit Laisser-courre par Lafeuille.
— Le 7 février 1848. Mêmes forêt et rendez- vous. L'équipage seul. Attaqué à une heure à Rocourt, un cerf daguet qui s'est fait chasser du côté de Saint- Germain et a été pris à deux heures à son lancer. Laisser-courre par Firmin.
— Le 14 dudit. Mêmes forêt et rendez-vous. L'équipage seul. Attaqué à midi au\ Petites-Routes un cerf à sa troisième tête, pris à l'Etoile de Sartrou ville après trois quarts d'heure de chasse. Laisser-courre par Lafeuille.
— Le 21 dudit. Mêmes forêt el rendez-vous. L'équipage seul. Attaqué à midi el demi à la Char me raie, un cerf à sa troisième tête. L'animal a fait exactement la même chasse que le daguet pris le 7 précédent. Après s'être fait battre du côté de Saint-Germain, il a été porté bas à Rocourt au bout d'une heure et demie de chasse. Laisser-courre par Lafeuille.
V ne meute sans piqueur. — On nous écrit de Valentine, près Saint- Gaudens (Haute-Garonne), le 7 février : t Monsieur le rédacteur, je ne sais si vous trouverez digne de figurer dans les colonnes de votre journal le fait suivant, dont j'ai élé le témoin oculaire ainsi que deux autres personnes qui se trouvaient avec moi. Un jour de la semaine qui vient de finir, j'étais à surveiller des travaux dans un champ bordé par une assez vaste forêt : vers quatre heures de l'après-midi environ, mon attention fut attirée dans la direction du bois par des jappemens nombreux et répétés, tels que ceux d'une meute qui s'approche a grand train. Je ne reconnus point tout d'abord ces cris, et je ne savais à quel animal les attribuer, lorsque je vis, d'un sentier du fourré, débucher un lièvre courant à fond de train. Bientôt après, sept renards sortirent par la même coulée et m'expliquèrent ce dont je ne pouvais me rendre compte. Soit embarras, soit crainte, en se trouvant à ciel ouvert, deux membres de cette étrange meute rentrèrent immédiatement sous bois; mais les cinq autres passèrent comme la foudre, bien liés, formant bien la corde, criant et se comportant enfin comme un équipage parfaitement en haleine. Je les perdis bientôt de vue. Je les entendis encore quelques momens et tout fut dit ; mais au train dont ils y allaient, je prévis qu'ils feraient prompte curée.
• Je savais le renard essentiellement chasseur et braconnier, mais je ne l'aurais jamais soupçonné capable de se réunir en troupe pour faire une chasse franche et loyale.
• Voilà le fait tel qu'il s'est passé et que je puis vous certifier de visu, failesen tel usage qu'il vous plaira, et veuillez agréer. Monsieur le rédacteur, etc.
> Un de vos abonnés, Léon Baric
• P. S, S'il était possible de dresser quelques renards pris jeunes à la chasse du lièvre, j'oserais garantir à l'heureux possesseur de ce nouveau genre de meute un magnifique avantage sous le rapport et du nez et de la vitesse. Les oreilles seules souffriraient, car la musique n'est pas belle. •
— Jamais, écrit-on des Basses-Alpes, les loups ne s'étaient montrés, comme cette année, affamés et menaçans. Dans la nuit du 20 au 21 janvier, trois jeunes gens, se rendant de Riez à Digne, furent assaillis, sur la plaine de Puimoisson, par quatre de ces animaux, et n'eurent d'autre parti à prendre que de se réfugier sur les amandiers qui bordent la route. Les loups se postèrent au pied de ces arbres, attendant patiemment l'issue de leur attaque, et insensibles aux cris,
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aux menaces et aux projectiles lancés contre eux. La diligence de Marseille arriva environ une heure après en ce lieu, et le postillon, trompé par l'obscurité, crut reconnaître au loin quatre hommes postés sur la route. Son erreur ne fut pas de longue durée : les voyageurs avertis poussèrent des cris et lancèrent des allumettes enflammées contre les loups. Tous leurs efforts n'aboutirent qu'à écarter momentanément ces quadrupèdes, qui revinrent se placer au pied des arbres. Enfin, après une nuit d'angoisses et de terreur, les trois jeunes gens, transis de froid, purent quitter leur demeure aérienne, les loups ayant gagné le large à l'apparition du jour.
Dans plusieurs points du département de l'Ariége, on a vu des loups descendre par troupes et rôder autour des bergeries pour y enlever des bestiaux et quelquefois disputer leur proie aux gardiens; ils accompagnaient les voyageurs sur les routes et les suivaient jusqu'aux portes des villes.
Société protectrice des animaux. — L'année dernière, à l'instar du généreux exemple donné depuis long-temps par l' Angleterre, s'est constituée à Paris, sous le nom de Société protectrice des animaux, une société dont nous ne saurions trop encourager les progrès naissans. C'est M. de Faudoas qui a l'honneur d'en être le président Le dimanche 13 février, une séance solennelle, tenue àl'HôleJde-Ville, salle Saint-Jean, sous la présidence de M. Cunin-Gridaine, alors ministre de l'agriculture et du commerce, a initié le public aux premiers travaux de celte société, destinée à amener une réforme salutaire dans les mœurs, souvent brutales d'une partie de la population des villes et des campagnes.
Danger d'avoir des ours pour commensaux. — Le propriétaire du Musée situé sur la rive anglaise des chutes du Niagara, M. Barrett, avait, entr'autres curiosités, trois ours que tous les voyageurs ont pu voir attachés dans la cour de sa maison, à côté d'un loup apprivoisé comme eux. Dernièrement, un garçon était employé à nettoyer la cour, et emportait les immondices sur une brouette, lorsqu'il fit, par inadvertance, passer la rôtie sur la patte d'un de ces animaux. L'ours entre aussitôt en fureur, brise sa chaîne et s'élance sur l'agresseur involontaire. M. Barrett accourt et arrache l'enfant à ce terrible adversaire ; mais lui-même reçoit dans la lutte des blessures très graves et peut-être eût-il été victime de son courage, si un de ses parens, attiré par le bruit, ne fût survenu et n'eût tué l'animal. Madame Barrett, dégoûtée de ces dangereux hôtes, a fait mettre à mort les deux autres ours, aimant mieux avoir une curiosité de moins et de la sécurité de plus.
Domestication de l'axis.— L'axis, charmante espèce de cerf du Bengale, parait naturalisé en Belgique, où il multiplie, pour ainsi dire, comme dans son pays natal. La société zoologique d'Anvers en a obtenu un assez grand nombre, qui tous se sont très facilement élevés. Il parait qu'il en a été de. même au haras de Tervueren, où l'on a fait une vente publique de plusieurs couples de ces jolis animaux, et, de plus, de plusieurs femelles, les naissances du sexe féminin s'étanl trouvées les plus nombreuses. L'axis ne se recommande pas seulement par sa grâce et la beauté de son pelage, d'uu beau brun marron moucheté de blanc, c'est en outre un excellent gibier , égal au moins s'il n'est pas supérieur au daim et au chevreuil, flien n'égale la propension des axis à se familiariser avec l'homme; à ce titre seul, quiconqîie possède un parc, devrait vouloir l'animer par quelques couples de ces animaux, qui n'ont pas, comme le cerf et même le chevreuil, leurs époques de fureurs dangereuses. Le joli groupe d'axis, qui forme ce mois-ci le sujet de notre lithographie, a été dessiné d'après nature, par l'auteur, au Jardin-des-Plantcs de Paris.
avis aux abonnés. — Les ateliers de la maison Lemcrcier ay ant été fermés pendant plusieurs jours, le tirage de notre lithographie n'a pu se faire., et le départ du journal a été naturellement ajourné. Nos abonnés comprendront ce retard, commandé par la force des circonstances.