‹ Journal des chasseursChapitre 38 sur 74 · FRAGMENT DU JOURNAL D'UN VOYACKUR · texte numérisé non relu

FRAGMENT DU JOURNAL D'UN VOYACKUR

uniiA pour Henri de Guerches! et que ce toast soit répété trois fois en l'honneur de l'histoire incroyable qu'il vient de nous raconter.

— Hurra pour Henri de Guerches!

— Hurra pour Henri de Guerches!

— Hurra pour Henri de Guerches!

S'écrièrent trois fois les convives en se levant et en saluant de leurs verres remplis jusqu'aux bords d'un Champagne mousseux , celai qui s'appelait Henri de Guerches.

C'était à la fin de l'automne 1840, bien loin du boulevard des Italiens , du café de Paris et des salons particuliers de la Maison d'Or, que se terminait le joyeux repas dont nous venons de raconter un des épisodes. Oui, en vérité, c'était bien loin de toutes les merveilles parisiennes que se portaient ces gais toasts à l'heureux narrateur d'une histoire impossible. Pour recueillir quelques uns de ces mille propos burlesques ou sérieux , philosophiques ou auacréonliques échappés à la verve de cinq ou six jeunes gens après boire, endormez-vous pour un moment d'un sommeil magnétique, et faites avec nous, par la seule puissance de votre imagination, le voyage suivant dans les champs de l'espace. Vous abandonnez la France à Marseille, la vieille ville des Phocéens, cité agréable où vingt fois par jour vous subissez sans transition l'ardeur d'un soleil torréfiant et la bise glaciale d'un vent sec et âpre. Vous longez les cotes d'Italie, et vous reconnaissez en passant des villes aux doux noms <nii ne rap-

pellent au souvenir que des époques de gloire ou de gracieuses galanteries. Nice d'abord, au climat toujours tiède et toujours parfumé, avec sa population de malades , pauvres poitrinaires mourant avant l'âge, qui ont tué l'amour ou que l'amour a tués ; Gênes , puis Livourne. Maintenant découvrez-vous et saluez bien bas, vous naviguez entre deux Iles à jamais célèbres, toutes deux s'enorgueillissent de leur gloire, mais Tune s'en vante et l'autre en rougit; la première lui donna le jour, la seconde vit le commencement de son exil : ce sont la Corse et File d'Elbe ; vous avez nommé Napoléon, saluez encore et passons. Ici c'est l'embouchure du Tibre, dans les eaux duquel viennent se mirer les ruines de la ville éternelle. Nous traversons le golfe de Naples,Naplesqui regarde, amoureuse et pâmée, son Vésuve sans cesse menaçant, comme une maîtresse son amant ivre d'amour et de jalousie. .. Entrés dans le détroit de Messine, nous longeons Reggio : tournez la tète à droite et donnez en passant un coup d'œil àCatane ; le temps est clair, l'horizon est sans nuages, peut-être apercevrez -vous Syracuse, Syracuse aux merveilleux coteaux que les poètes et les patriciens de l'ancienne Rome ont chantée si souvent? Cependant le détroit est franchi; l'immensité, l'infini est devant nous, les flots sont bleus, la brise est molle, l'onde est si calme que vous vous croiriez transporté sur un de ces lacs des solitudes du Nouveau-Monde, nous naviguons dans la mer Ionienne !... ne vous fatiguez pas, et suivez-nous encore quelques instans, nous sommes bientôt arrivés. Ici encore sont des lieux bien connus : Corfou, Ithaque, Céphalonie, Navarin! vous tressaillez à ces noms glorieux! Puis, voici venir une pointe formidable : cette fois tenez-vous aux cordages, attachez-vous aux mâts du naviro, car la tempête gronde, les vents sont déchaînés, que la Providence veille sur nous)... Mais Dieu nous protège; le danger n'est plus, nous voici dans l'Archipel ; Cérigo et Candie nous regardent, le cap Matapan est doublé; nous louvoyons entre des îles aux noms antiques *et nous entrons enfin dans un vaste bassin au milieu duquel se balance gracieusement un majestueux vaisseau de guerre. A l'horizon se déploie sur la hauteur une ville dorée par le soleil, ville qui semble bâtie dans un cimetière, car ses maisons blanches sont entourées de ruines de marbre. Réveillez-vous, secouez le sommeil devos jtoupières appesanties, nous sommes au port; ce vaisseau c'est le Triton, ce bassin c'est le Pyrée, cette ville s'appelle Athènes!

Le Triton , magnifique bâtiment de haut bord, dont la voix formidable pouvait tonner à la fois par quatre-vingt-dix bouches de bronze, subissait sa toilette du soir, paresseusement attaché au câble détendu

de son ancre : il était quatre heures de l'après-midi; ses agrès, noués et serrés avec soin, pendaient régulièrement le long de ses mâts , et cinq ou six hommes fourbissaient , frottaient et lavaient le pont du navire , avec ce soin et cet amour que les marins ont dans le cœur pour ces maisons flottantes qui sont leur seconde patrie. Des bruits confus de voix et de verres choqués les uns contre les autres, s-'éc happaient de temps en temps d'une écoutille ouverte et placée sur le gaillard d'arrière. Une clameur plus forte que les autres s'éleva, et un des matelots, s'approchant de l'écoutille, écouta un moment , puis dit à un de ses compagnons avec un accent d'envie :

— Nom d'un petit bonhomme ! comme ils s'amusent là dedans ! en boivent-ils de ce rouge , de ce blanc, et de toutes les couleurs !. ... Cette exclamation était provoquée par les toasts que nous avons rapportés plus haut.

En effet, dans la salle à manger du capitaine, salle richement et somptueusement meublée, qui n'eût pas déparé l'appartement de Paris le plus confortable; autour d'une table chargée d'un magnifique dessert et tout étincelante d'une riche argenterie, de cristaux de toutes formes , d'un nombre incroyable , eu égard à celui des convives, de ces verres minces et délicats si bien nommés verres mousselines, six hommes étaient assis : trois nègres en grande livrée, bas de soie et aiguillettes , la serviette sur l'épaule, faisaient le service; aux panneaux de la salle pendaient des panoplies d'armes de toutes espèces et de tous pays , entre lesquelles brillaient, comme des diamans, des marines de Gudin, des chasses d'Alfred de Dreux, des fleurs de Diaz et des paysages de Dupré. Le plancher était recouvert d'épaisses nattes de l'Inde.

L'amphytrion de ce déjeuner qui menaçait de tourner en souper, était le capitaine même du Triton, homme aimable et de bonne compagnie s'il en fut, le marquis de Kérouec. Les convives étaient : un des officiers supérieurs du navire; un simple enseigne, parent du marquis, et portant le même nom; un Français, le baron de Balainville, attaché à la légation; le comte Henri de Guerches, dont on connaît déjà le nom, et enfin un Irlandais de trente à trente-cinq ans, le comte Daniel O'Brien. Ce dernier, en qui se faisait remarquer toute la distinction aristocratique que les Anglais vraiment nobles possèdent à un si haut degré, et qui de plus jouissait d'une fortune aussi anglaise que sa distinction , avait une manie assez originale : il avait adopté le Triton pour régulateur de sa vie, il était le mobile de son existence; là où le navire était envoyé en station ou en

croisière, le comte O'Brien se rendait aussitôt. Les règlemens supposant à ce qu'il voyageât à bord mémo du bâtiment , il avait acheté un charmant brick, qu'il avait armé à ses frais, et il suivait le Triion pas à pas dans sa route humide, comme le poulain suit sa mère dans la verte prairie. Souvent, en pleine mer, alors que l'horison était sans bornes, qu'un calme plat paralysait les efforts des matelots, les deux navires s'approchaient l'un de l'autre comme deux amis: alors c'étaient des fêtes , des repas, des parties dont les équipages étaient les premiers à se réjouir, car le comte, généreux comme un vrai grand seigneur, mettait toujours quelques barils de rhum ou d'eaude-vie à la disposition des matelots. Ceux-ci, dans leur reconnaissance, avaient surnommé le léger brick d'un sobriquet d'amitié , ils l'appelaient tout simplement le Petit, et le comte n'était jamais entre eux désigné autrement que le capitaine du Petit ; du reste, une étroite et sérieuse amitié paraissait unir depuis long-temps le capitaine du Triton au comte O'Brien, et ce dernier, par une exquise et délicate déférence, avait baptisé lui-môme son brick , le Marquis de Kérouec. Ceci ne pouvait certes pas déplaire à M. de Kérouec, car rien n'était plus coquet, plus vraiment marquis dans son luxe charmant et pomponné, si l'on peut s'exprimer ainsi, que le petit bâtiment du noble Irlandais. Quelles étaient les causes qui avaient fait adopter au comte cette vie nomade et cette abstraction complète de toute volonté personnelle, nul ne le savait, excepté le marquis de Kérouec peut-être, car on les voyait souvent ensemble causer pendant de longues heures ; mais personne n'avait jamais surpris le sujet de leurs entretiens, et le secret de la destinée de l'Irlandais était resté un mystère pour tous. On devinait seulement qu'un grand chagrin, peut-être une amère déception, avait flétri sinon brisé entièrement cette nature d'élite et desséché ce cœur qui s'épanchait souvent dans un scepticisme trop violent pour être sincère. Un autre signe évident de profond découragement se faisait encore remarquer chez Daniel; il était habituellement d'une sobriété excessive, mais quelquefois il semblait chercher à s'étourdir, et alors, quand il était à peu près ivre, il tenait les propos les plus incohérens et les plus fous : dans ces momens, assez rares du reste, le marquis regardait son ami avec une sorte de compassion et cherchait a changer la conversation quand elle tournait vers certains sujets.

Le repas qui avait lieu en ce moment à bord du Triton n'était donc pas un événement extraordinaire , mais bien une chose à laquelle tout le monde était accoutumé. Ce jour-là , le comte O'Brien, qui

était plus triste que d'habitude encore en se mettant à table , avait bu énormément, et cependant son teint blanc et pâle était a peine coloré, ses yeux avaient conservé leur froid regard , et sa main, qui s'élevait plus souvent qu'aucune autre pour tendre son verre à Fun des nègres, n'était pas agitée du plus léger tremblement. Le marquis de Kérouec le regardait parfois avec une tendre commisération , et un pâle sourire répondait seul à ce regard ami qui se croisait avec le sien. Seul de tous les convives, qui, ainsi qu'on a pu en juger par le début de cette véridique histoire, étaient arrivés à ur. assez haut degré de surexcitation , le comte O'Brien n'avait pas joint son écho de félicitations bouffonnes à l'histoire que venait d'achever Henri do Guerches. Aux exclamations d'incrédulité qui s'élevaient de toutes parts contre ce fabuleux récit , l'Irlandais n'avait ajouté qu'une expression railleuse de dédain : ce dédain s'adressait-il à l'histoire ellemême ou au peu de croyance de ceux qui l'avaient écoulée , nous ne saurions le dire , toujours est-il que ce silence avait singulièrement piqué M. de Guerches. II connaissait fort peu Daniel; intrigué de la froideur glaciale de son attitude , il avait presque toujours tenu les yeux fixés sur lui, il avait brodé, orné son récit à cause de lui et pour lui? car, ainsi que cela arrive toujours en pareil cas, cet homme qui lui refusait son tribut d'étonnement était précisément et à cause de cela même celui dont il aurait voulu par dessus tout capter le suffrage.

Après le triple toast' devant lequel Henri de Guerches s'était incliné modestement en signe de remerciement, il se tourna vers le comte O'Brien.

— Monsieur ne parait pas disposé à partager l'enthousiasme général, dit- il d'un ton un peu contraint.

— Pardon, Monsieur, répondit Daniel, je trouve votre histoire charmante.

— Mais, reprit de Guerches qui voulait absolument connaître lé fond de la pensée du sombre Irlandais, je vous dois au moins des remerciemens, Monsieur, car vous êtes le seul qui n'ayez pas l'air de douter de la véracité de mon récit.

— C'est que je ne lui trouve rien que de très croyable, dit simplement O'Brien.

— Ah ! fit Henri avec un désappointement involontaire et comique, car il était presque fâché de trouver quelqu'un qui crût de bonne foi à sa fable, cela lui semblait une impertinence.

— Au moins, mon cher comte, dit lu baron de Balainville qui était assez lié avec le capitaine du Petit , vous conviendrez que les narra-

tions vraies àii genre de celles de ce bon deGuerches, ne courent pas les rues, même à Dublin.

— J'en sais une bien autrement extraordinaire , répondit gravement celui-ci.

Tout le monde resta ébahi, et Ton s'écria bientôt en chœur. . . .

— Racontez-nous la, racontez-nous la?

Daniel résista quelque temps, hésitant comme s'il se fût livré en lui un combat intérieur, enfin il dit :

— Messieurs , je veux bien m'exécuter, mais je dois cependant vous prévenir d'une chose que vous ne prendrez, je l'espère, ni pour une preuve de mauvais caractère, ni pour une fanfaronnade, car je parle très sérieusement; c'est que, mon récit terminé, je ne permettrai à personne, à personne , vous entendez bien, ni le moindre commentaire, ni la plus légère marque de doute. Si mes conditions sont trop dures, dites-le moi, et qu'il n'en soit plus question; mais, encore une fois, je vous supplie de ne pas prendre ceci en mauvaise part.

Cet exorde n'était pas de nature à arrêter la curiosité des convives, aussi s'empressèrent -ils de jurer le plus grand silence et la foi la plus robuste à ce qu'ils allaient entendre.

— Le petit récit que je vais vous faire, Messieurs , dit l'Irlandais avec une singulière expression, aura du moins un mérite, celui d'à voir un cachet d'actualité , puisque l'action s'est passée, il y a deux ans, dans le pays même où nous sommes. Comme il est d'usage de donner des noms à tout, j'appellerai, si vous le voulez bien , mon histoire, l'Hallali fantastique.

A ces mots, le marquis de Kérouec envoya à son ami un regard d'affectueuse prière; Daniel comprit ce regard, car il répondit aussitôt :

— Oh ! ne craignez rien , mon ami, j'ai toute ma raison, mais je n'ai jamais raconté cela, je veux voir l'effet que j'en éprouverai.

Tous ces préliminaires , comme on le pense bien, ne diminuaient pas la curiosité des auditeurs, aussi attendaient-ils tous avec une sorte d'anxiété cette histoire précédée et entourée de tant de conditions et de mystère.

— Il y a donc à peu près deux ans, Messieurs, dit Daniel O'Brien en élevant un peu la voix, que je me trouvais à Corfou ; le Triton y était en station depuis plusieurs mois , cela va sans dire, puisque voilà bientôt six ans que, par une fantaisie dont il est inutile de vous expliquer les motifs, je me suis fait l'ombre de ce bâtiment, il est le centre autour duquel jo gravite sans jamais m'en éloigner. Je me-

nais à Corfou une existence assez confortable, avec quelques officiers de la garnison mes compatriotes. Une de nos distractions les plus habituelles était la chasse; l'Ile est assez giboyeuse, grâce au soin avec lequel on épargne les femelles, et au mode de chasse que Ton a adopté presque exclusivement , la chasse à courre ; ces messieurs avaient un fort bel équipage , ne portaient jamais de fusil et forçaient toujours l'animal; de cette manière on prenait chaque fois, il est vrai, mais on ne détruisait pas.

Un matin, à déjeuner, mes amis me dirent qu'ils venaient de recevoir la nouvelle qu'un tigre et sa femelle avaient été vus à quelques lieues de Napoli, qu'ils avaient déjà causé beaucoup de ravages parmi les troupeaux, et que la terreur était répandue dans tout le pays.

La nouvelle était au moins extraordinaire et méritait confirmation, ie répondis dans ce sens aux officiers.

— Nous avons décidé, me dit l'un d'eux , que nous courrions la chance d'une mystification , ou d'une chasse magnifique comme on n'en a peut-être jamais vue dans ce pays. Voulez-vous être des nôtres/ O'Brien?

— Mais, repris-je sans répondre directement à la proposition , en admettant même que les tigres ne soient pas une chimère, comment ferez-vous pour arriver à temps, croyez-vous qu'ils vous attendront?

— Le François II passe ce soir se rendant à Gonstantinople; nous embarquons les vingt-cinq boules-dogues du major Fielding, et nousmêmes, avec une artillerie tout entière, nous toucherons à Napoli demain soir ou après-demain matin ; tout en prenant nos renseignemens, nous achèterons chacun deux chevaux du pays , deux risque-à-tout, et nous nous mettrons en chasse. Savez-vous qu'on n'aura pas vu souvent de débucher semblable? allons ! en êtes-vous Daniel, voyons, décidez- vous; parbleu t le Triton ne partira pas sans vous?

La Grèce alors était un lieu maudit pour moi, j'avais juré de ne jamais y remettre les pieds, et pourtant un désir d'une puissance infinie portait sans cesse mes pensées vers cette terre. Là j'avais effroyablement souffert; là existait encore la cause de mes souffrances, et cependant, saisissant avidement ce prétexte insignifiant de rompre une résolution que j'avais toujours cru immuable , je me dis à moimôme, pour me donner raison contre moi-même, qu'après avoir partagé les plaisirs de mes amis, je ne devais pas les quitter au moment où ils allaient entreprendre une chose qui présentait , si les rapports étaient exacts, quelques dangers sérieux.

— Je pars avec vous, Messieurs , m empressai-je donc de dire,

ce soir je serai prêt, ai, do plus, j'emmène avec moi quatre dômes tiques, que je monterai comme nous à Napoli. Mais avez-vous bien réfléchi aux distances énormes que nous serons peut-être forcés de parcourir? Un tigre n'est pas un animal commode à chasser, nous ne savons de quelle contrée viennent ceux dont on vous a parlé ; si nous nous acharnons à leur poursuite , rien ne nous assure que nous ne serons pas obligés de faire une centaine de lieues en quelques jours, peut-être plus.

— Bah ! répliquèrent les officiers, nous avons un congé d'un mois !

Il n'y avait plus rien à dire. Le soir même nous nous embarquions sur le F rançois //, et trente- trois heures après , trois canots nous descendaient sur les dalles du port de Napoli, nous , nos gens, nos armes et nos chiens.

On ne nous avait pas trompés ; tons les habitons étaient dans la terreur : l'avant-veille, sur les sept heures du soir, les tigres avaient dispersé un troupeau de chèvres presqu'à l'entrée de la ville et avaient affreusement mutilé le malheureux berger qui était mort presque instantanément. Depuis quarante-huit heures on n'en avait plus en* tendu parler.

Quand on sut dans Napoli que nous arrivions de Gorfou tout exprès pour chasser ces hôtes dangereux , beaucoup de gens se moquèrent de nous sans doute, mais tous se crurent obligés de nous adresser des félicitations et des remerciemeus. Ce bon peuple grec est singulièrement déchu en intelligence ; depuis près de huit jours, Us éuient inquiétés par la présence imprévue et terrible de deux monstres échappés on ne sait comment de leurs déserts : on avait déjà de nombreux malheurs à déplorer; eh bien! personne n'avait songé à organiser une battue générale, une chasse, en un mot, qui, tout en étant dangereuse il est vrai, permettait au moins d'espérer qu'on arriverait à éloigner ou à détruire ce fléau d'un nouveau genre. Àu lieu de cela, on se bornait à faire plusieurs fois par jour et par nuit des patrouilles; encore les hommes ne remplissaient-ils ce devoir qu'avec un certain effroi, et la plupart, bien certainement, se fussent-ils enfuis à la première alarme.

La mission providentielle que nous semblions venir remplir dans le pays, n'empôcha pas les habitons de rentrer dans l'esprit de leur organisation dès qu'ils eurent appris que nous voulions acheter un certain nombre de chevaux. Redevenus commerçans au premier mot d'achat, vous croirez difficilement, Messieurs, que nous eûmes toutes les peines du monde à trouver les vingt-quatre chevaux qui nous

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