QUELQUES MOTS SUR L'ADMINISTRATION DES HARAS
L'administration des haras est née d'une nécessité politique. Le germe en a été déposé dans un éditde 1639 ; elle grandit en 1665, se fortifie en 1717, meurt de mort violente en 1790, et ressuscite en 1806 : de nos jours, elle est loin, bien loin d'avoir fourni sa course.
L'ancienne administration a vécu pendant un siècle et demi ; la nouvelle ne compte encore que quarante ans de durée. En fondant ces deux vies pour n'en faire qu'une, on voit l'institution à tous ses âges, aux diverses phases de son développement, être à la fois cause et effet : partout elle se montre à l'industrie chevaline ce qu'est le système des nerfs à l'organisation vivante, — le principe du mouvement et de l'existence.
[\] Une polémique assez vive et qui, toujours de mauvaise foi, n'est même plus aujourd'hui de bon goût, s'est engagée de nouveau dans la presse parisienne, à propos de l'administration des haras. Nous ne voulons pas envenimer cette vieille querelle que nous avons déjà réduite dans le temps à sa juste valeur, c'est à dire à une question de rivalité entre deux camps opposés : mais néanmoins, dans les circonstances actuelles, nous ne croyons pas inutile d'exposer en peu de mots ce que c'est que I administration des haras ; de rappeler sommairement ses débuts , ses progrès , les services qu'elle a rendus , ceux qu'on est encore en droit d'attendre d'elle. Cet exposé rapide est impartial, basé sur des faits irrécusables, authentiques, aura, nous n'en doutons pas, beaucoup plus do poids aux eux de nos lecteurs que toutes les critiques, disons mieux, les personnalités grossières u journal d'estaminet dont , faute de mieux , les adversaires des haras se sont lait sans scrupule une tribune.
Toutefois, les deux administrations ne se touchent guère que par la loi des extrêmes. L'une reposait sur des idées de privilège et constituait une sorte de monopole, elle excluait toute liberté ; son despotisme a été fécond, il a contribué à fonder l'industrie.
L'autre s'est emparée de la direction des idées pour imprimer des vues communes, identiques, pour créer des intérêts: elle a pour patrons la libre concurrence et le principe, bien plus que le fait, malheureusement, d'une large dotation : elle s'appuie sur les bienfaits de la liberté et sur la pensée des cncouragemens donnés à l'industrie privée.
Ces diiTérences sont essentielles et profondes. Elles constituent deux ordres de faits bien distincts, deux principes opposés. Cependant, l'ancienne et la nouvelle administration se relient l'une à l'autre par une même loi, celle delà nécessité; par une même causé, celle de l'insuffisance des moyens particuliers ; par une môme raison d'être, celle de l'impuissance avouée de chacun et de tous. Elles sont néanmoins aux extrémités d'une même ligne ; mais l'aînée est à la cadette ce que Paris est à Pékin : ce sont des antipodes.
Laissons ce parallèle ; le présent seul nous intéresse. Pour répondre au but de son institution, l'administration doit toujours être progressive, étudier tous les besoins, donner l'impulsion, diriger avec certitude l'ensemble des intérêts dont elle tient le gouvernail.
Voyons si, dans ces derulères années, elle a suivi cette loi du progrès qui métamorphose toute chose à la longue en améliorant successivement les détails.
Avant 1830, les doctrines scientifiques étaient confuses dans les esprits. On en était encore, en France, à la recherche d'un système de régénération des races. Nulle part, la race de l'étalon ne représentait une idée, un principe. La production était partout et exclusivement vouée au hasard ; on n'attachait aucune importance à la question du sang, et les races allaient s'abâtardissantde plus en plus à chaque génération nouveHe.
Les efforts des haras, il faut bien le reconnaître, n'offraient qu'une barrière impuissante. Préposée au perfectionnement du cheval léger, cette administration ne pouvait rien sur la marche imprimée à la production de la grosse espèce, par la recherche active, suivie et lucrative de ses produits, fort en faveur à une époque où le commerce, prenant un développement immense, décuplait ses moyens de transport Le producteur de chevaux, répondant aux sollicitations du consommateur, délaissait les étalons de selle que le gouvernement mettait à sa disposition et dont les produits étaient d'une défaite lente et pleine de difficultés. Cet abandon était si complet, que 1,297 étalons, mis en monte par les haras en 1827, ne saillissaient que 37,000 jumens, soit seulement, en moyenne, 28 par étalon.
D'aussi faibles résultats déterminèrent les Chambres à réduire la dotation des haras. Par suite, le gouvernement supprima neuf établissemens. Cette mesure fut consacrée par une ordonnance en date du 19 juin 1832.
L'effectif des haras fut alors atteint d'une manière très notable; il s'abaissa d'année en année et descendit ainsi jusqu'au chiflre de 825 étalons. En 1837, le nombre des jumens saillies ne s'éleva qu'à 25,508.
Toutefois, et à partir de 1834, un système fut arrêté. L'administration des haras posa, comme base, l'application du principe du pur sang à l'amélioration des races, ou mieux à leur plus complète appropriation aux exigences des services divers.
Dès lors, de meilleures idées présidèrent aux actes de l'administration. Les mesures administratives générales prirent un caractère de certitude qu'elles n'avaient point encore eu ; toutes les dispositions réglementaires, toutes les instructions furent dictées suivant des règles fixes, empruntées à l'expérience séculaire des Anglais , qui ont obtenu de si beaux résultats, dont les races de chevaux sont arrivées à un si haut degré de perfectionnement.
Les achats réunirent dans les dépôts un plus grand nombre d'étalons de pur
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sang; la production cl l'élevage prirent, dans les trois haras de l'administration, un certain développement, et ne s'exercèrent plus que sur les races pures partout mises en honneur.
Le haras du -Pin reçut une grande extension. On le peupla de poulinières d'élite et du meilleur sang: celui de Pompadour, supprimé en 1825, fut rétabli sur des bases nouvelles: celui de Rosières acquit plus d'importance.
Il s'agissait de multiplier en France les élémens de régénération par le pur sang; de donner à l'industrie privée un spécimen bien entendu de production et d'élève; on se proposait d'amener les particuliers a imiter l'administration, afin que celle-ci, confiante en les forces développées par ses soins, pût un jour se retirer et laisser libre carrière à l'industrie.
Des primes furent instituées en faveur de la jument de race pure, et les courses, cette institution si utile à la conservation des qualités de pur sang, reçurent, avec une dotation plus large, une impulsion nouvelle.
La mission des haras fut, dès ce moment, parfaitement bien définie. Leur action était limitée a l'amélioration des races et au développement des forces de l'industrie.
Le moyen d'atteindre le but, consistait surtout à ne s'en écarter jamais. Chaque pas nouveau dans la uouvelle carrière, devait être la conséquence d'un progrès obtenu, et la raison, la cause nécessaire d'autres améliorations à obtenir.
l u système ainsi posé ne demandait que le temps, la persévérance. L'administration lui est restée fidèle ; le pays commence à en recueillir les bons effets.
En 1840, les haras entretenaient «y» étalons, qui ont sailli 31,106 juracus: ils en possèdent, pour la monte de 1848,douze cent quarante-trois, qui donneront plus de 62,000 saillies.
En 1840, il était né 14,640 produits des étalons de l'État; les naissances de 1847, résultant de la même classe de reproducteurs, atteignent le chiffre de 28,000.
En 1839 et 1840, l'administration consacrait 362,000 francs à la remonte de ses établisscmens; elle a acheté en 1847 et 1848, pour plus de 947,000 francs d'étalons. En les payant plus cher, elle se montre plus sévère dans ses choix, n'admet que des sujets de mérite, et donne aux particuliers plus de garantie pour une bonne production.
Le code des achats a été établi en 1846 ; il est tout entier dans les dispositions de l'arrêté du 30 septembre de celte même anuée. L'administration et le pays peuvent en attendre les meilleurs résultats; la presse spéciale en a fait ressortir les avantages, il n'a soulevé aucune critique. Un arrêté plus récent, celui du 4 février 1848, complète son aîné et détermine les conditions d'essai qui seront imposées désormais à tout cheval offert à l'administration pour la remonte de ses établissement
En 1840, les haras ne possédaient que 187 étalons de pur sang; ils en ont 330 aujourd'hui. Le mérite des étalons de demi-sang qu'ils entretiennent est tellement supérieur, qu'il n'est plus contesté par personne, et que nombre de conseils-généraux se sont plu à le constater dans leurs délibérations, tout en regretlant que le chiffre en soit autant limité.
La production et l'élevage de l'étalon de demi-sang est d'ailleurs une création de l'administration actuelle. Elle a fait naître celte industrie en Normandie ; elle l'y a sagement développée et prudemment régularisée. C'est un immense bienfait pour les autres parties delà France, que d'avoir pu concentrer dans une contrée si favorable à tous égards, une industrie aussi essentielle que la production de l'étalon améliorateur. On la dirige alors plus aisément, on la transforme suivant les besoins, et les perfeelionnemens obtenus soul ensuite reportés au loin par la répartition des meilleurs produits parmi les bons, entre les diverses localités qui ne trouvent pas, chez elles, les ressources qui leur sont nécessaires.
De 1833 à 1837, la Normandie était si pauvre en étalons, que l'administration trouvait à peine a y dépenser 55,000 fi. par an pour la remonte de ses établis-
semens. Depuis cinq ans, la moyenne des sommes dépensées dans la même province, ponr achats d'étalons, dépasse 337,000 fr., et beaucoup d'animaux, d'un incontestable mérite, restent invendus même après les acquisitions qui se font pour le compte de plusieurs départcniens du Nord et de l'Est.
Les primes aux jumens de pur sang et les prix de courses, chaque année plus nombreux et plus importans, ayant développé parmi les éleveurs riches le goût de la production du cheval de cette race , l'administration a cédé aux instances qui lui ont été faites. Elle a supprimé le haras de Rosières, qui n'est plus, depuis plusieurs années, qu'un dépôt d'étalons; elle u'a conservé que 13 jumens au haras du Pin, et limité à trente et quelques têtes le nombre de poulinières entretenues à Pompadour. Au Pin , les poulinières conservées servent à l'instruction des élèves de l'Ecole des haras. A Pompadour, l'administration grandit , développe et fortifie, tout en la conservant dans sa pureté primitive, la race arabe que l'industrie privée ne peut aller chercher en Arabie. Des ventes annuelles jettent, dans le pays, un certain nombre de femelles de cette race; les milles, que leurs qualités sauvent de la réforme, deviennent étalons et sont ensuite répartis dans les dépôts du midi.
La réduction de l'élevage dans lesétablissemens de l'État, a permis d'accroître l'effectif des étalons, et d'en mettre un plus grand nombre à la disposition des éleveurs. Un travail intérieur sévère , la plus stricte économie apportée dans l'ordonnancement de toutes les dépenses , ont amélioré aussi la marche du service.
Une ordonnance récente, en date du 10 novembre 1867, a fait, sous un autre rapport, une part plus large à l'industrie particulière, en élevant, d'une manière notable , le taux des primes à affecter aux étalons approuvés. Cette mesure aura pour objet de stimuler le zèle des étalonniez, et en même temps que les étalons se multiplieront dans les campagnes , on les verra choisir avec plus de sévérité et entretenir d'une manière plus conforme au but de leur existence.
Comme corollaire des dispositions consacrées par cette ordonnance, un arrêté ministériel en date du 27 octobre 1867, a prescrit la formation de commissions hippiques chargées d'autoriser, dans les départemens, les étalons parliculiers exempts de vices et maladies transmissibles.
Ainsi que le déclarent les instructions qui ont accompagné l'envol de cet arrêté, il s'agit simplement d'éclairer les cultivateurs sur le mérite des étalons qui leur sont offerts, et de protéger contre les mauvais ceux qui ne peuvent nuire aux qualités de l'espèce.
Dans une partie du centre et dans le midi de la France, l'extrême division des propriétés et la pauvreté des colons ont rendu impossibles aux mêmes mains la production et l'élève du cheval. Il en résultait que le propriétaire, ne pouvant plus élever, le métayer cessait de faire naître. L'administration travaille à organiser, sur de nouvelles bases, une industrie nécessaire au pays. Ses premiers efforts sont déjà couronnés de succès, et promettent les meilleurs résultats pour l'avenir.
Enfin , le personnel a été l'objet d'une attention toute spéciale. Une école a été ouverte en 1861, au haras du Pin. Un enseignement sérieux y est donné a des jeunes gens admis à la suite d'examens particuliers, et les officiers de l'administration ne se recrutent plus que parmi les élèves qui ont suivi avec succès les cours de l'école. Les nominations ont lieu conformément au tableau de classement des élèves à leur sortie. Tous frais quelconques compris , cet enseignement ne coûte pas 12,000 fr. par an. Il ne compte que deux professeurs rétribués; les autres cours sont faits par les officiers même du haras.
Des travaux d'une haute importance sont demandés aux employés. L'administration réunit tous les élémens d'une statistique chevaline raisonnée, et les docuinens qui lui sont déjà parvenus accusent un progrès notable que les sociétés hippiques et les conseils généraux attesteut hautement
Pour rendre les améliorations durables, pour imprimer à chacune d'elles un cachet d'utilité réelle, l'administration a senti la nécessité d'attacher ses employés aux localités où ils ont déjà obtenu de bons résultats. Elle a , en conséquence , réorganisé ce petit corps de fonctionnaires, fait trois classes dans les grades, et consacré le principe de l'avancement sur place, le plus fécond de tous assurément dans une œuvre de temps et d'études persévérantes.
En 1830 , le budget des haras s'élevait à 2,137,000 fr., y compris les produits accidentels dont l'administration faisait recette alors. En 1840, la dotation fut réduite au chiffre rond de 2 millions. En ce moment, elle s'élève à 2,340,000 C, sur lesquels le chapitre spécial aux encouragemens emporte la somme de 862,000 fr. Cette partie du service, pour 1830, n'était que de 540,000 fr. seulement; en 1840 , de 403,000 fr.
Il en résulte que l'entretien des établissemens absorbait :
Ces chiffres parlent haut en faveur de l'ordre et de l'économie qui président à toutes les dépenses de l'administration. Qu'on les pèse froidement et qu'on juge les résultats.
M. le ministre de l'agriculture et du commerce vient de charger une commission spéciale d'examiner sous toutes ses faces la question de l'Industrie chevaline en France, et d'indiquer la solution que cette étude ferait juger la plus conforme aux divers et précieux intérêts qui s'y rattachent.
Le nom de chacun des membres appelés à participer a ces importans travaux, et qui ont été pris parmi les agriculteurs, les vétérinaires, les éleveurs, les écuyers et les économistes les plus habiles du pays, est une garantie d'indépendance et de savoir, et atteste la sollicitude qui a présidé à la formation de cette commission. Voici le texte de l'arrêté qui l'institue.
Le ministre de l'agriculture et du commerce,
Voulant s'éclairer sur toutes les questions relatives à l'industrie chevaline en France,
Art 1*'. Une commission est instituée, qui, sous la présidence du ministre de l'agriculture et du commerce, étudiera toutes les questions qui se rattachent : 1° à la production et à l'élève du cheval ; 2* à la manière dont fonctionnent les diverses institutions hippiques actuellement existantes ; 3° aux meilleurs modes
En 1830.
En 1840.
Et qu'il reçoit en 1848.
1,633,000 fr.
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