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C'est la dernière fois peut-être que nous aurons à entretenir nos lecteurs d'une administration où nous avons reçu un accueil bienveillant, de forêts où nous avons été admis si souvent à des chasses vraiment princières ; mais ce ne sera pas du moins sans exprimer un regret et sur les choses et sur les hommes. Sur les choses, car, témoin oculaire de ce qui se passait, nous avons été le premier et peut-être le seul, quoique notre journal fût étranger a la politique, à prendre, à nos risques et périls, la défense de l'administration forestière de la Liste civile contre des attaques passionnées que l'âme honnête de leur auteur doit regretter sincèrement aujourd'hui. Sur les hommes, car nous étions et nous sommes encore liés d'amitié avec la plupart des inspecteurs forestiers de la Couronne, aujourd'hui dépossédés ou éloignés, et surtout avec leur conservateur, M. de Sabune, ce noble et intègre vieillard, blanchi dans les forêts, et qui, sans aucune fortune personnelle, se trouve à l'â^e de soixante-seize ans, et après cinquante ans d'honorables et éminens services, sans place et sans pension de retraite.
Que si quelques uns de nos lecteurs, qui ont été admis dans le temps à chasser dans les forêts de l'ancienne Liste civile, désirent savoir ce qu'elles sont devenues, nous leur apprendrons que les anciennes inspections de Paris, Versailles, Saint-Germain, Dourdan, Compiègne et Laigue, sont incorporées dans la conservation forestière de Paris ; que Villers-Cotteréts et Coucy sont réunies à celie de Douai; Fontainebleau à celle de Troyes; Orléans, Lorris et Montargis>à celle de Tours. Mais qu'ils n'espèrent pas, ces bons lecteurs, retrouver maintenant dans ces mêmes forêts les permissions gratuites de chasse qu'ils y avaient obtenues pendant longues années, et dont le retrait, peut-être impolitique, était pour eux, depuis quatre ans, l'objet d'amers regrets. L'Etat ne livre point ses chasses, il les loue à beaux deniers comptans, au plus offrant et dernier enchérisseur. Le mois prochain, sans doute, nous pourrons vous en donner des nouvelles.
Nous terminerons par une dernière observation ; car il faut être juste envers tout le monde. Quelque regret personnel que nous inspire la dislocation de l'ancienne conservation des forêts de la Couronne, ces forêts sont en bonnes mains. La réputation des forestiers de l'Etat est faite, et la science forestière y a fait d'immenses progrès depuis la création de l'Ecole de Nancy. C'est de cette école qu'est sorti le premier, à la première promotion, le directeur actuel des forêts de l'Etat; et nous pouvons dire, sans flatterie, que le second ministre des finances de la République a eu, cette fois-là, la main heureuse, lorsqu' ayant à pourvoir à la direction des forêts nationales, il a fait choix, pour remplacer un homme politique, d'un forestier, et d'un forestier d'un mérite aussi généralement reconnu. L. B.
NOUVELLES ET FAITS DIVERS
Forêts de l'Etat. — Direction. — C'est M. Houdouard, conservateur à Epinal ("Vosges), qui, appelé à recueillir la succession de M. Legrand, a été nommé directeur général des forêts.
M. de Foucault, conservateur à Paris, ayant été admis à faire valoir ses droits à la retraite, a été remplacé dans ses fonctions par M. Le Rouyer, inspecteur par intérim à Alençon (Orne).
Ces choix sont excellens. Sortis de l'Ecole de Nancy, dont ils ont été tous deux les élèves les plus distingués, MM. Houdouard et Le Rouyer sont des forestiers pratiques dont les hautes capacités garantissent d'avance la future administration. Aussi ces nominations ont-elles été accueillies partout avec nne égale faveur.
Club des Chasseurs. — Société des chasses de St-Germain. — En attendant, l'adjudication définitive du droit de chasse dans les forêts de l'ex-Lfste civile, la Société qui, sous le nom de Club des Chasseurs, se propose de louer St-Germain, est à peu près constituée, à l'heure qu'il est, sous la présidence et direction de M. Léon Bertrand, notre honorable collègue. Un projet de règlement, en quarante articles, comprenant tout ce qui concerne l'administration de ce nouveau cercle dont le siège sera au pavillon de la Muette, dans la forât même , et qui fixe à l'avance tout ce qui a rapport à i'exercice de la chasse a tir et à courre, a déjà été rédigé et formera, sous l'approbation des membres fondateurs auxquels il sera prochainement soumis, en assemblée générale, les principales bases de cette association.
Ce règlement sera publié dans le Journal des Clîasseurs aussitôt qu'il aura été définitivement arrêté. «
D'après les principales dispositions qui nous ont été communiquées, les chasses à tir commenceraient en septembre et auraient lieu, deux fois par semaine, jusqu'au 1er mars suivant; les chasses à courre ne commenceraient qu'en novembre, le jour de la St-Hubert et se prolongeraient jusqu'au 1er avril. 11 y aurait un laisser-courre par semaine, sans autre interruption que celles motivées par le mauvais temps ou les gelées.
L'équipage serait formé de quarante bâtards anglais, limiers compris ; le pèrsomel, d'un piqueur à cheval, de deux valets de chiens à pied, aidés et dirigés dans leurs fonctions par quatre commissaires-veneurs, nommés et choisis parmi les membres du Club.
L'uniforme de la Société , obligatoire pour tous ceux qui prendront part aux chasses à courre, nous a paru à la fois simple et de bon goût. Il se composerait ainsi qu'il suit : Habit bleu Marie-Louise avec collet et paremens en velours noir ; boutons en argent avec ces mots autour : Club des Chasseurs ; gilet-veste chamois ; culotte grise en velours à cotes ; bottes molles ; cape en velours bleu avec file., d'argent ; ceinturon blanc argent avec filet bleu ; couteau de chasse à fourreau blanc avec poignée en ivoire.
Nous ne pouvons qu'applaudir à la pensée généreuse qui a décidé notre ami et collègue, M. Léon Bertrand, à prendre dans les circonstances difficiles où nous sommes, la responsabilité d'une aussi lourde tâche. Mais quel autre que lui était, sans contredit, aussi bien placé pour oser l'assumer tout entière ? Il appartenait à l'homme qui a fondé le succès du Journal des Chasseurs, et qui, depuis douze ans, a contribué, plus que personne en France, par l'influence de cette revue spéciale, à la réhabilitation de la chasse et de ses nobles loisirs, de mériter de nonveaux titres à la reconnaissance de tous ses confrères par l'organisation de cette Société-modèle, destinée, si les évènemens le permettent, à devenir non seulement une véritable école de vénerie, mais en même temps un centre de réunion où, pendant six mois de l'année, pourront se donner rendez-vous et se retrouver, les armes à la main, les membres un peu épars de cette grande famille que saint Hubert enrôle sous sa bannière.
La chasse et la guerre.— Lis fusils de chasse, et par conséquent les chasseurs, ont joué un grand rôle dans la fatale insurrection qui \ient d'ensanglanter la capitale. Parmi les gardes nationaux que Paris a vu se lever comme un seul homme pour combattre l'anarchie, un grand nombre étaient armés de fusils à deux coups munis de baïonnettes, et, dans ces funestes journées, les Ufauclieux et les Bcringer ont été surtout singulièrement appréciés.
Les chasseurs des départemens ont suivi le noble exemple que leur donnaient leurs collègues les chasseurs parisiens. Dans les rangs pressés des généreux volontaires que la province avait enrôlés pour voler à notre secours, figuraient beaucoup de nos abonnés et confrères en saint Hubert, les uns en bourgeois, les autres en uniforme, tous porteurs de leur fusil de chasse. Nous avons remarqué entr'autres la bonne tenue d'une compagnie tout entière de tirailleurs, for-
méc des vaillans ncmrod de la Bourgogne, et qui précédait, tambours en tête, le bataillon des gardes nationaux d'Avallon (Yonne).
Ijùs loups ne se mangent pas entre mx. — On lisait ces jours-ci, dans le Bien public, journal du citoyen Lamartine :
t Les insurgés qui s'étaient retranchés au Jardin-des-Plantes ont, dit-on, dévoré, pendant les trois jours de lutte, les oiseaux rares des volières, et détruit toute la faisanderie; ils n'ont rien épargné, pas même les petits oiseaux exotiques.
» Les daims, les cerfs, les bisons et toute la race lanigère ont été abattus pour faire la soupe; les animaux féroces et les singes n'ont été respectés qu'après un conseil tenu par les insurgés, qui se sont amusés à tirer sur l'éléphant; cet animal, grâce à sa forte cuirasse, n'a pu être blessé. •
Il n'y a pas un seul mot de vrai dans cette nouvelle. Les insurgés n'ont commis aucun dégât dans le Jardin des-Plantes, dont ils n'ont pas même cherché à faire une position, bien qu'ils fussent retranchés et barricadés dans les rues voisines. D'ailleurs les ressources alimentaires ne leur manquaient pas plus que les munitions, et les bons de viande, de pain et de vin que délivraient quelques uns des chefs sur les principaux fournisseurs du quartier, suffisaient amplement à leur approvisionnement Leurs plans étaient trop bien combinés pour se laisser prendre par la famine.
Un buvetier comme on en voit peu. — Parmi les pétitions que le comité a rapportées la semaine dernière à la Chambre des représentons, il en est une qui nous a paru mériter un intérêt tout particulier, c'est celle d un chasseur dont nous regrettons de ne savoir ni le nom ni la résidence, qui demande une pension annuelle comme ayant détruit 1,200 loups dans sa vie. Cette pétition, rapportée par M. Bavoux, n'étant pas sans doute appuyée sur des faits bien authentiques, n'a pas été prise en considération. C'est dommage.
Exécution de la loi du 3 mai 18M. — Un préfet, celui du Calvados, et nous l'en félicitons sincèrement, a pris l'initiative pour rappeler, par une circulaire à ses administrés, qu'aucune des dispositions de la loi du 3 mai 1844, sur la chasse, n'a été abrogée, et que cette loi, toute d'ordre public, destinée à protéger les récoltes et à prévenir la complète destruction du gibier, continue d'être en vigueur. Il a renouvelé en même temps, à tous les fonctionnaires chargés de son exécution, l'invitation de tenir la main à ce que les contraventions, en matière de chasse, soient exactement réprimées (1).
Les chasses d'Alger. — L'année dernière , au mois de mai , nous avons inséré SOUS ce titre : fas chiens français sur la panthère, épisode des chasses d'Algérie, une lettre de l'un de nos abonnés, M. le comte de Raousset-Boulbon , qui nous relatait les débuts sur la panthère, de douze chiens anglo-normands qu'il avait ramenés de France. Aujourd'hui, son fondé de pouvoir à Alger, M. de Luscao, ayant eu occasion de nous écrire, nous empruntons à sa lettre le passage suivant qui prouve que la race des panthères n'est pas encore très rare dans cette partie de l'Algérie. « Nous avons en ce moment pour proche voisine une pan-
(1) Ces sages instructions prouveraient tout-à-fait en faveur des idées d'ordre apportées dans sa nouvelle carrière administrative par M. F. Avril, le préfet du Calvados, l'un des élus du ministère Ledru-Rollin et compagnie. Pourqnoi faut-il que M. F. Avril ait tout-à-fait gâté ces bons antécédens par la conduite plus qu'équivoque qu'il a, dit-on, tenuedans les jours à jamais néfastes que nous venons de traverser. Si nous sommes bien informés, le préfet du Calvados, à la première nouvelle de l'insurrection du 23 juin, n'aurait que médiocrement favorisé, pour ne pas dire autre chose, le départ pour Paris de la garde nationale deCaen s'apprétant, dans un généreux élan, à voler au secours de ses frères ! C'est là un fait grave, et dont nous souhaitons, pour l'honneur de M. F. Avril, qu'il se hâte de prouver la fausseté.
thère accompagnée de deux petits. Nous l'avons chassée dans les premiers jours de mai avec MM. Maurice de Franc-lieu et Dubosc. capitaine de Zouaves. M. de Franclieu l'a blessée fortement, et nous l'avons long-temps suivie au sang sans pouvoir la rejoindre. Deux jours après, nous avons Tait une autre battue mais qui n'a pas eu de résultats ; dans cette battue, M. de Franclieu a tué un magnifique chat-tigre.
» Hier, le garde, en faisant une tournée dans le marais, est passé tout près de la panthère, qui, à son approche, a poussé uu sourd rugissement Comme il était sans fusil, il s'est éloigné au plus vite. M. de Raoussel a perdu presque tous ses chiens, i
Le véritable gui des Druides. — M. Dampierre, inspecteur à Chantilly, des forêts de S. A. R. le duc d'Auniale, nons communique par lettre la note suivante que nous recommandons à l'attention de nos confrères des Annales forestières, dans la spécialité desquels rentre tout-à-fait le cas particulier qu'on nous signale :« M. le directeur, jusqu'à ce jour on a considéré comme fabuleuse l'existence du gui de chêne chez les anciens Gaulois.
» Les naturalistes les plus en renom, les forestiers de la plus haute réputation et même les professeurs des cours des Ecoles forestières, ont nié et nient encore l'union avec le chêne de cette plante parasite. Ils ont pensé qu'elle ne pouvait avoir d'adhérence qu'avec le charme, le bouleau, le tilleul, le peuplier, le pommier et autres arbres fruitiers.
» Des recherches minutieuses que j'ai fait faire dans les forêts de Chantilly, que j'administre depuis trente-trois ans, en qualité d'inspecteur, m'ont fait découvrir cette plante sur deux chênes très anciens, et m'ont prouvé que l'union pouvait exister entre cette plante et cette espèce d'arbre tout aussi bien qu'avec d'autres.
» J'ai pensé, après cette découverte, que la rareté du fait avait seule pu faire croire à ceux qui avaient échoué dans leurs recherches, que l'association entre le chêne et le gui n'avait jamais existé.
* Une branche d'environ un mètre de longueur et trente-trois centimètres de pourtour, sur laquelle plusieurs touffes ou bouquets de gui existaient, a été coupée à un de ces chênes et envoyée, par M. le duc d'Aumale, au Jardin des- Plantes où, jusqu'à cette époque, on avait aussi nié le fait
» Les deux chênes dont il s'agit existent toujours, et sont encore pourvus de plusieurs touffes de gui : leur inspection pourrait, au besoin, détruire l'incrédulité de ceux qui persisteraient à contester ce fait, qui est à ma connaissance comme à celle de beaucoup d'amateurs et connaisseurs forestiers, depuis plusieurs années.
» Agréez, Monsieur le directeur, etc. L'Inspecteur, Dampierre. »
Courses de chevaux des département. — Les courses de Bordeaux (Gironde) ont eu Heu les 16, 19, 27, 30 avril et U mai. Celles de Corlay et de Guingamp (Cdtes-du-Nord) les 17, 30 et 31 mal ; celles de St-Brieuc les 9, 10 et 11 juin ; celles de Poitiers (Vienne) les l*r et 2 juillet ; celles de Toulouse (Haute-Garonne), commencées le 2 juillet, continueront les 6 et 9 du môme mois.
Les courses d'Autun (Saône-et- Loire) sont fixées aux 2 et h septembre.