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DANS LES FORÊTS DE L'EX-LISTE CIVILE

Monsieur le directeur,

Au moment où les chasses de l'ex-Liste civile vont être louées, on ne saurait trop faire pour éclairer l'administration des forêts et la préserver d'une faute qui serait très grave, au point de vue fiscal comme au point de vue cynégétique, dans le cas où elle appliquerait aux forêts de la Couronne le mode de location qu'elle a adopté pour les forêts de l'État

En vrai chasseur je tâcherai d'aller droit au but, et je dirai tout d'abord, que lâchasse des forêts de l'ex-Liste civile ne ressemble en rien à celle des forêts de l'Etat Dans les premières qui sont, comme on sait, admirablement bien percées et presque toutes aménagées en futaies pleines, la destruction du gibier, pour ainsi dire sans moyens dedéfense, est chose aussi simple que facile : dans les secondes, au contraire, où le percement est loin d'être commode, où les enceintes sont immenses, où l'on rencontre partout , à cause de l'aménagement en taillis, des fourrés souvent impénétrables, c'est toujours avec de grandes difficultés et beaucoup de peine que le chasseur réussit à atteindre sa proie. Or, puisque les conditions ne sont pas les mêmes, ne seraitce pas une faute énorme que de soumettre aux mêmes dispositions, au même règlement, au même cahier des charges enfin, des chasses qui ne se ressemblent pas ?

Nous n'hésiterons pas à le dire, si on ne prend pas les mesures que commandent l'état des lieux et la conservation du gibier, dans un laps de temps très restreint il ne restera pas une seule pièce de gibier dans les forêts de l'ancienne Liste civile; et telle chasse qui aura été louée cinq mille francs en 1848, pourra fort bien, en 1857, ne pas en valoir mille.

Mais il ne suffit pas de montrer le mal et de le signaler, il faut savoir y apporter remède: a cet effet, si nous étions appelé à donner notre avis , nous proposerions deux

moyens d une application aussi simple que facile et qui auraient pour immense avantage de ne compliquer en rien les rouages déjà trop embrouillés de l'administration

forestière.

Le premier de ces deux moyens consisterait à exiger des gardes la destruction des animaux nuisibles, destruction que l'on encouragerait par des primes.— Le second se bornerait tout simplement à mettre en réserve le tiers ou le quart de chaque lot en location pendant toute la durée du bail.

Plus qu'on le pense peut-être, la destruction des animaux nuisibles aurait un but utile même au point de vue purement forestier, en augmentant la surveillance des gardes et en la rendant plus grande, plus -active et plus efficace. Qu'on le sache bien, le garde qui se lève à la pointe du jour pour visiter les pièges qu'il a tendus la veille a la nuit, en dehors de son service ordinaire, fait un service bien autrement actif, bien autrement utile que le garde dont les fonctions et le devoir se bornent a se promener à l'aise, après la chute de la rosée bien entendu, dans les chemins frayés et commodes d'une garderie dans l'intérieur de laquelle il lui arrive rarement de pénétrer. Eufin, et toujours à notre point de vue, la destruction des animaux nuisibles aurait encore pour avantage de maintenir en valeur les chasses que le gaspillage des fermiers intéressés à détruire par la précarité de leur possession tend sans cesse a déprécier, et, qu'on me passe le mot, de rendre au métier de garde le côté pittoresque que la location des chasses lui a enlevé.

J'en appelle a tous les agen* forestiers, mais forestiers par vocation cî qui vont dans les forêts et qui pratiquent : n'est-ce point parmi les gardes chasseurs que l'on rencontre toujours le plus de zèle, le plus d'intelligence et le plus de goût et de courage? N'en déplaise aux forestiers bureaucrates, ce ne sera jamais dans les rangs de l'armée que Ton trouvera les meilleurs gardes, mais bien dans les familles qui habitent le voisinage des forêts et qui, depuis de longues années, ont constamment fourni, de père en fils, descmplo\és à l'administration.

En demandant la mise en réserve soit d'un quart, soit d'un tiers de la surface des chasses louées, on le comprend, c'est d'abord pour assurer un refuge protecteur au gibier des cantons ouverts au parcours et eusuite pour pouvoir, au renouvellement de chaque bail, présenter aux adjudicataires une partie plus giboyeuse et plus attrayante, propre, conséqucmmenl, à élever le prix de l'adjudication.

Il faut bien le dire, Messieurs les forestiers de l'Etat n'entendent pas grand'chose à la gestionde lâchasse; je ne veux pas dire pour cela qu'ils ne sachent pas tuer un lièvre ou un chevreuil (j'ai formellement la preuve du contraire); je veux dire seulement qu'ils ne comprennent rien a l'éducation, à la conservation, à la multiplication et à la destruction opportune du gibier ; on aurait tort de leur adresser un reproche à ce sujet, leur inexpérience sur la matière étant la conséquence naturelle de la position que l'administration leur a faite.

Mais puisque cette même administration veut tirer parti de son gibier, et en tirer le meilleur parti possible, nous avons pensé que ce serait lui être agréable que de jeter quelques lumières sur une question si neuve pour elle, et qui, quoi qu'on en pense, est beaucoup moins futile, beaucoup moins insignifiante que ne le supposcut généralement MM. les forestiers des bureaux,

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