‹ Journal des chasseursChapitre 60 sur 74 · CONSTITUTION. BUT ET STATUTS DU CLUB · texte numérisé non relu

CONSTITUTION. BUT ET STATUTS DU CLUB

ARTICLE 1". — Constitution et but du Club.

Le Club des Chasseurs, fondé par M. Léon Bertrand, directeur du Journal des Chasseurs, fermier général, suivant acte d'adjudication passé à la préfecture de Versailles, le 5 août 1848, enregistré le du même mois, du droit de

chasse dans la forêt de SaiotGermain, est constitué, sauf évènemens majeurs, ainsi qu'il est expliqué plus bas, pour neuf années consécutives qui commenceront le 1" juillet 1 8ft8 et finiront le 4" juillet 1857.

Cette association a pour but l'exercice en commun, sous certaines conditions réglées d'avance, du droit de chasse à tir et à courre dans la forêt de Saint- Germain, contenant, y compris la plaine de Garenne et de FromatnvUle, 4,033 hectares, 56 ares, 15 centiares.

Art. 2. — Exercice du droit de chasse.

L'exercice du droit de chasse se divisera en deux jouissances distinctes : 1° jouissance du droit de chasse à tir et à courre, exclusivement attribuée à MM. les membres fondateurs proprement dits; 2* jouissance du droit de chasse a courre seulement, attribuée à MM. les membres adjoints ou temporaires.

Art. 3. — Jouissance du droit de chasse à tir et à courre.

Le nombre de MM. les membres fondateurs jouissant à la fols du droit de chasse à tir et à courre, aux époques, jours et conditions qui en rè^leni lYxeroice, ne pourra, bien que le chiffre de cofermiers fixé par M. le ministre des finances permette une réunion de trente-quatre individus, excéder celui de vingtquatre personnes, indépendamment du fermier général.

Sur ces vingt-quatre actions, deux sont réservées par M. Léon Bertrand, pour se faire, quand bon lui semblera, accompagner par deux amis.

ABT. tu — Jouissance du droit de chasse à cowrc.

Le nombre de MM. les membres adjoints ne participant qu'an droit de chasse à courre, aux époques, jours et conditions qui en règlent l'exercice, ne pourra pas dépasser le chiffre de quarante membres.

Le nombre des membres temporaires n'est pas limité.

Art. 5. — Admission des membres adjoints ou temporaires.

A partir du jonr de la constitution du Club, c'est à dire à partir du jour où MM. les membres fondateurs seront au complet, nul ne sera admis comme membre adjoint ou temporaire, que sur la présentation soit du président ou du vice-président, soit de deux membres fondateurs. L'admission ne sera prononcée qu'après avoir été soumise préalablement à l'approbation du comité d'administration du Club, composé du président, du vice-président et des deux commissaires.

Art. 6. — Siège du Club.

Le siège du Club des Chasseurs est fiié dans la forêt de Saint-Germain, an Pavillon de la Muette.

La jouissance du rez-de-chaussée de ce pavillon, qui se compose par bas des cuisines et caves, au premier d'une salle à manger, d'un office, vaste salon, chambre et cabinet particulier y attenant, le tout décoré et meublé ainsi qu'il est établi par un état de lieux dressé entre le fermier général et l'administration, appartiendra en commun pendant toute la saison des cbasses, à MM. les membres fondateurs, adjoints ou temporaires, qui y auront le droit de réunion.

Un tableau placé dans le grand salon, contiendra les noms des membres fondateurs et ceux des membres adjoints, avec leurs adresses et professions.

Un second tableau, placé à côté du premier, désignera les noms des membres temporaires.

La jouissance de l'étage supérieur du même pavillon, composé d'une antichambre, de deux chambres à coucher et cabinets, est réservée par M. Léon Bertrand.

Les écuries et dépendances du Pavillon de la Muette seront affectées au service en commun de MM. les membres du Club.

La jouissance du Pavillon de Noailles et des autres pièces meublées servant dans différens postes de gardes aux anciens rendez-vous de chasse des princes, appartiendra également en commun pendant toute la saison des chasses à MM. les membres du Club, ainsi que l'usage du matériel de la Faisanderie, parquets, boites, couverte, etc., etc., daus le cas où l'on se déciderait à faire annuellement un certain nombre d'élèves.

Art. 7. — Service de la table.

Les jours de chasse, soit à tir, soit à courre, MM. les membres du Club réunis au Pavillon de la Muette, pourront y déjeuner et y dîner à leurs frais.

Le service de la table sera fait par un restaurateur ou maltre-d'faotel agréé par le fermier général et par MM. les membres du Club, le tout aux risques et périls de l'entrepreneur, et d'après un tarif à tant par tête, les vins extrà paves

& pari (1). Le susdit entreprenant fournira le linge, la vaisselle- et l'argenterie, ainsi que la batterie de cuisine; les frais d'éclairage et de chauffage de la salle à manger seront à sa charge.

MM. les membres du Club auront le droit, en se faisant inscrire des le matin, de retenir un ou plusieurs couverts à leurs noms pour des invités étrangers au Club, qui n'auront point pris part à la chasse.

ART. 8. — Police intérieure du Club,

La police intérieure du Club appartiendra au président, en son absence au vice-président, et, à défaut de l'un et de l'autre, aux deux commissaires.

Art. 9. — Présidence, — Vice-présidence. — Commissaires,

Le président du Club des Chasseurs pour les neuf années de l'association, est M. Léon Bertrand, son fondateur.

Le vice-président, ainsi que les deux commissaires choisis par les membres fondateurs, seront élus à la majorité des suffrages. Leur élection sera annuelle, et aura lieu en assemblée générale le l*r septembre de chaque année.

Art. 10. — Interdiction delà politique.

Toute discussion politique est formellement interdite dans les réunions comme pouvant troubler la bonne harmonie du Club. En cas d'infraction a cette règle fondamentale, le président du Club, en son absence le vice-président, ou à défaut de l'un et de l'autre, l'un des deux commissaires, inviteront une première fols le membre fautif à l'observation du règlement Si la discussion continue, ils prononceront contre lui une amende de 10 francs au profit des pauvres de Saint-Germain, laquelle amende sera payée séance tenante et doublée s'il y a récidive.

M M. les membres du Club qui Invitent et présentent des étrangers au Club, sont responsables pour eux en cas d'infraction de leur part à la présente règle.

Art. 41. — Direction des chasses à tir.

La direction des chasses à tir est confiée à M. Léon Bertrand, fondateur et président du Club, qui, en cas d'empêchement ou d'absence, aura le droit de se faire remplacer dans ses fonctions par un représentant salarié, lequel représentant, désigné par lui à l'avance, conduira la chasse sans tirer.

ART. 12. — Rendez-vous général.

Le Pavillon de la Muette étant le siège du Club des Chasseurs, c'est là que dans la saison Ton se réunira, aux jours fixés, soit pour les chasses à tir, soit pour les chasses à courre.

Un avis imprimé, adressé la veille par la poste à chaque membre du Club, désignera l'heure de l'entrée en chasse et, autant que possible, les cantons de la forêt où chaque chasse à tir aura lieu.

H) Ce tarif est ainsi fixé : 3 fr. les déjeuners; 5 fr. les dîners. Pour éviter les comptes chacun pai«ra sa cotisation en sortant de table.

Le chemin de fer de Rouen, par la station de Conflans, dépose les voyageurs à dix minutes de la Muette.

ART. 13. — Règlement des chasses à tir.

L'ouverture etla fermeture des chasses à Ur, auront lieu chaque année, à moins de dispositions contraires exigées par la convenance générale, le premier jeudi qui suivra ou précédera le jour fixé pour l'ouverture et la fermeture par l'arrêté de M. le préfet de Seine-et-Oise.

Il y aura ré gulièrement deux chasses à tir par semaine : les jours fixés sont le Jeudi et le dimanche.

MM. les membres fondateurs ont seuls le droit de chasser à tir.

Afin de se conformer à l'article 1 3 du cahier drs charges, qui dit : « Il est interdit aux amis de chasser isolément à peine d'être poursuivis comme délinquans,» nul de MM. les membres fondateurs ne pourra, sous quelque prétexte que ce soit, chasser noil ind viduellement, soit isolément Au rendez-vous, des numéros d'ordre seront tirés au sort entre tous les chasseurs présent Les tireurs se placeront en ligne suivant le rang que leur aura assigné ce numéro, et ils marcheront ainsi de front, sans pouvoir, sous peine d'amende, pour éviter la confusion et les acridens, changer le poste que le sort leur aura fixé.

Si, pour r agrément général, il était nécessaire de se diviser en deux troupes destinées à maiiœm rer sur deux points différens, la Société, après avoir commencé par tirer ses numéros d'ordre, se partagerait par moitié en deux sections égales, et le sort décider il de nouveau laquelle des deux sections, l'une sous la conduite du président, l'autre sous la conduite de son représentant ou du doyen d'âge, exploiterait tel ou tel canton.

ÀRT. lû. — Heures de l'entrée en chasse et de la retraite.

Depuis le premier septembre jusqu'à la fin d'octobre, l'entrée en chasse est fixée à onze heures du matin et la retraite à cinq heures du soir.

Du premier novembre jusqu'au jour de la fermeture, l'entrée en chasse aura lieu à dix heures du malin, et la retraite à quatre heures du soir.

Cette retraite sera annoncée par une fanfare particulière, après laquelle une fois sonnée à deux reprises différentes, il ne sera plus permis de chasser sous peine d'amende.

ART. 15. — Du faisan.

On ne tirera le faisan qu'à dater du premier octobre, époque à laquelle cet oiseau adulte est dans toute sa force.

On ne tirera que les coqs faisans, et dans un intérêt général de conservation bien compris, il ne pourra être tué entre tous les tireurs réunis plus de vingt coqs faisans dans la même chasse. Ce chiffre atteint, on en préviendra par un signal convenu MM. les tireurs qui voudront bien s'abstenir sous peine d'amende.

Dans le cas où exceptionnellement, ainsi par exemple sur certaines bordures où le faisan émigré malgré l'agrainemcnt, il deviendrait urgent de détruire quelques compagnies de faisandeaux avant le l*r octobre, MM. les membres fondateurs en seraient prévenus, et le canton une fois désigné, on y tirerait indistinctement coqs et poules.

La Faisanderie et le tiré compris dans son enclos sont expressément réserv és. Nul de MM. les membres fondateurs n'aura le droit de chasser dans celte ré-

serve. Placé au centre de la forêt, cet enclos qui, par son peu d étendue, ne permet pas d'y admettre plus de quatre tireurs, doit être un terrain neutre destiné à conserver annuellement un certain nombre de coqs et poules indispensables pour le repeuplement

Art. 16. — Du chevreuil.

On ne tirera le chevreuil qu'à partir du 1er novembre. Du 1er novembre jusqu'au 1" janvier, on tirera indistinctement brocards et chevrettes. A dater du 1" janvier, on ne tirera plus que les brocards sous peine d'amende.

Il ne pourra pas être tué, entre tous les chasseurs réunis, plus de six chevreuils dans la même chasse. Ce chiffre atteint, on en préviendra par un signal convenu MM, les tireurs qui voudront bien s'abstenir sous peine d'amende.

Il est bien entendu que, si vers la lin de la saison et par suite de chasses peu meurtrières, le nombre de ces animaux, trop considérable pour le repeuplement annuel, excédait de justes limites, le fermier général, pour éviter les plaintes de l'administration, pourrait s'entendre avec MM. les membres fondateurs, afin d'aviser à la destruction des chevreuils surabondans.

ART. 17. — Du lièvre.

Le nombre des lièvres étant peu considérable et la majeure partie de ces animaux ne se trouvant que dans les tirés fermés de Garenne et de Fromainville, le tir du lièvre est provisoirement limité. Il ne pourra pas être tué entre tous les chasseurs réunis, plus de dix lièvres dans chaque chasse.

Si plus tard on s'occupait du repeuplement de ce gibier, et si la diminution du lapin permettait d'augmenter en forêt le nombre des lièvres, il y aurait lieu à modifier le présent article.

ART. 18. — Du lapin.

Le tir du lapin est illimité. La faculté d'en tuer pour leur consommation particulière est même laissée aux gardes de la forêt, mais avec une sage discrétion et avec défense expresse d'en vendre, d'en donner ou d'en faire un commerce quelconque.

Indépendamment des destructions de lapins opérées dans le cours de la saison par MM. les membres du Club, le fermier général, afin d'éviter les plaintes de l'administration et pour se conformer à l'article 22 du cahier des charges qui le rend responsable envers l'Etat des dommages résultant de la trop grande multiplication de ces animaux, se réserve le droit de détruire dans le courant de l'année, telle quantité de lapins qu'il croira nécessaire d'enlever sans nuire aux plaisirs de ses associés.

ART. 19. — De la perdrix rouge et de la perdrix grise.

La perdrix rouge étant un gibier exceptionnel et en quelque sorte artificiellement acclimaté à St-Germain, le tir doit en être limité si l'on veut en conserver l'espèce. En conséquence, depuis le jour de l'ouverture jusqu'au 1er février, époque assignée pour la chasse de la perdrix, il ne pourra pas être tué entre tous les chasseurs réunis plus de dix perdrix rouges dans chaque chasse. Le tir de la perdrix grise est limité à douze perdrix par chasse pour chaque tireur. A partir du 1er février, les pariades étant accouplées pour peu que la saison soit favorable, on ne tirera plus une seule perdrix ( grise ou rouge) sous peine d'amende.

ABT. 20. — Infractions et amendes.

Tout membre fondateur du Club qui, soit dans ie cours de la chasse, soit en la rejoignant faute d'être arrivé a temps au rendez- vous, soit en se retirant avant l'heure fixée pour la retraite, sera trouvé chassant Isolément, ne tirât-il qu'un coup de fusil, paiera une amende de 25 fr. , indépendamment des poursuites auxquelles il pourrait être exposé de la part de l'administration, en vertu de Part, i U du cahier des charges.

L'amende sera la même pour tout membre qui continuerait à chasser une fois la fanfare de la retraite sonnée à deux reprises différentes.

Tout membre fondateur qui , sans égard pour son numéro d'ordre , quittera sans motif plausible la place que le sort lui aura désignée pour usurper celle d'un voisin, paiera une amende de 5 fr.

Tout membre fondateur qui , avant le octobre . et en dehors du cas exceptionnel prévu par le S S de l'art 16 du présent règlement, tuera un faisais paiera une amende de 10 fr. pour un coq, de 20 fr. pour une poule.

Tout membre fondateur qui, à partir du l*r octobre, tuera une poule, paiera une amende de 10 fr.

Tout membre fondateur qui, avant lel" novembre, tuera un chevreuil, paiera une amende de 25 fr.

Tout membre fondateur qui, à partir du 1" janvier, tuera une chevrette, paiera une amende de 25 fr.

Tout membre fondateur qui, à partir du 1" février, tuera une perdrix, paiera une amende de 5 fr. pour une perdrix grise, de 10 fr. pour une perdrix rouge.

Tout membre fondateur qui , dans le cours de la chasse, une fois bien et dûment prévenu que le nombre de pièces de gibier dont le tir est limité est atteint, tuera une pièce de ce même gibier, paiera une amende de 25 fr. pour un chevreuil (brocard ou chevrette) si c'est du l*r novembre au 1W janvier; de 50 fr. pour une chevrette, si c'est passé cette époque ; de 10 fr. pour un coq faisan, 20 fr. pour une poule, 10 fr. pour un lièvre ou une perdrix rouge.

Tout membre fondateur qui, à partir du jour de l'ouverture jusqu'au 1" février, luera plus de douze perdrix dans la même chasse, paiera une amende de 5 fr. pour chaque perdrix grise, et de 10 fr. pour chaque perdrix rouge tuée en sus de sa douzaine.

Tout membre fondateur qui tuera l'un des grands animaux réservés pour la chasse a courre, c'est à dire un cerf, une biche, un daim ou une daine, paiera une amende de 200 fr.

Si c'est un faon, l'amende sera réduite à 50 fr.

Pour faciliter l'intelligence du présent chapitre des amendes, un tableau, affiché dans le salon du Club , établira , mois par mois, quel est le gibier interdit ou permis. Il suffira de consulter ce tableau pour savoir quelles sont les amendes auxquelles, en cas d'infraction, le délinquant peut être condamné.

ART. 21. — Versement et emploi des amendes.

Les amendes seront payées le jour même de l'infraction ou au plus tard à la réunion suivante, avant d'entrer en chasse, entre les mains du caissier du Club. On les inscrira sur un registre spécial , et elles seront versées dans la caisse , pour être, a la fin des chasses, converties en frais de repeuplement et d'élèves.

Afin d'intéresser les gardes et les piqueurs à une surveillance plus active et de les engager à signaler les infractions dont ils pourraient avoir connaissance, une retenue de 25 pour 100 sera faite à leur profit sur chaque amende appliquée

à la suite d'un délit constaté et dénoncé par eux. Cette retenue leur sera payée aussitôt l'amende versée, et il en sera fait mention au procès-verbal.

Il est expressément défendu à tout membre fondateur, sous peine d'une amende de 50 fr., de donner soit à un garde, soit à l'un des piqueurs, une gratification particulière ou un pour-boire quelconque, à moins que ce ne soft la rémunération d'un service personnel tout-à-fait en dehors de la chasse.

Par compensation, chaque année, pendant le dernier mois qui précédera la clôture, c'est à dire en février pour les chasses à tir, en mars pour les chasses à courre, une souscription au profil des gardes et des hommes de l'équipage sera ouverte au Club sur un registre ad hoc. Ceux qui voudront y prendre part s'inscriront pour telle somme qu'il leur plaira donner, et, à la dernière réunion de la saison, la souscription ayant été déclarée close, 11 sera fait entre tous les gardes et piqueurs une répartition proportionnelle des fonds versés.

Art. 22. — Caissier du Club.

M. , membre fondateur, est investi pour la saison de

chasse 1868-69, des fonctions de caissier, et comme tel spécialement chargé du recouvrement des amendes.

Les fonctions de caissier seront soumises à la réélection au 1" mars de chaque année, époque à laquelle l'ancien caissier rendra ses comptes. Le caissier ne pourra être choisi que parmi les vingt-quatre membres fondateurs , et sera élu en assemblée générale à la majorité des suffrages.

ART. 23. — Livre des Chasses à tir.

Un registre particulier mentionnera les résultats de toutes les chasses a tir faites dans le courant de chaque saison par M)I. les membres fondateurs. Les noms de tnus les chasseurs présens y seront inscrits, chasse par chasse, suivant le numéro d'ordre que leur aura assigné le sort, ainsi que le nombre de pièces tuées par chacun d'eux. Toute pièce non rapportée n ; sera point comptée. Toute pièce contestée par plusieurs chasseurs sera Urée au sort et portée a» compte du gagnant.

ART. 2U. — Partage du gibier.

La retraite sonnée et la chasse finie, on fera le compte du gibier, lequel, rapporté au château de la Muette ou réuni sur place , sera partagé en autant de lots qu'il y aura eu de membres participant à la chasse. Des numéros d'ordre seront placés sur chaque lot , et les numéros correspondans, déposés dans un chapeau , seront Immédiatement tirés au sort

Les chevreuils seront divisés par quartiers. La tôle des brocards sera réservée, s'ils la réclament, à ceux qui les auront tués.

Les lots attribués par le sort aux chasseurs qui seraient partis avant le partage, leur seront expédiés par le chemin de fer et à leurs frais.

ART. 25. — Chasses à courre.

L'équipage de la Société ne sera définitivement constitué que lorsqu'il y aura vingt-cinq membres adjoints inscrits pour les chasses a courre. Ce chfflre at-

- lOi -

teint, l'ouverture de la chasse à courre aura lieu chaque année, le premier Lundi de novembre, jour fixé pour la Saint-Hubert du Club des Chasseurs.

L'équipage delà Société se composera de trente chiens, vingt-six chiens de meute et quatre limiers, marqués au chiffre de la Société, qui consistera en un double CG, Club des Cluuseurs. Le personnel sera formé d'un piqueur monté et de deux valets de chiens à pied, habillés et équipés à neuf tous les deux ans, lesquels hommes, indépendamment de leur service spécial les jours de chasse à courre, seront encore utilisés les jours de chasse à tir, si le besoin l'exige.

A partir du premier lundi de novembre, les chasses à courre auront lieu tons les lundis, sans autre interruption que celles imposées par les mauvais temps et les gelées jusqu'au dernier lundi de mars.

Le rendez-vous est fixé, pour les chasses à courre, à dix heures du matin , an Pavillon de la Muette.

Le rapport se fera en présence de MM. les Sociétaires réunis. S'il y a plusieurs animaux de détournés, le choix de la brisée appartiendra au président du Club, et en son absence au doyen d'âge des commissaires-veneurs présens au rendezvous.

Il ne pourra pas être pris plus d'un cerf ou daim par chasse, quel qu'ait été le peu de durée de chaque laisser-courrc.

La chasse des hères et des biches est formellement interdite.

Art. 26. — t ni forme de l'équipage.

L'uniforme est obligatoire pour tous les membres fondateurs qui prendront part aux chasses à courre. Il est également de rigueur pour tous les membres adjoints.

Il se composera ainsi qu'il suit :

Pour les maîtres d'équipage : habit bleu Marie-Louise avec collet et paremens en velours noir ; boutons en argent semblables au modèle fourni, avec ces mots autour : Club des Clutsseurs; gilet-veste chamois ; culotte grise en velours à côtes; bottes molles; cape en velours bleu avec un filet d'argent; ceinturon blanc argent avec filet bleu ; couteau de chasse à fourreau jaune avec poignée en ivoire.

Pour les piqueurs : habit rouge avec collet et paremens idem ; boutons, gilet et culotte pareils à ceux des maîtres d'équipage ; cape en feutre noir; ceinturon en cuir verni; couteau de chasse à fourreau noir avec poignée en corne de buffle.

ÀRT. 27. — Logement du piqueur et des valets de chietis. — Chenil.

Le piqueur et les valets de chiens seront logés dans les communs dépendant du Pavillon de la Muette, et ils seront tenus d'y résider à poste fixe, été comme hiver.

Le chenil avec ébat y attenant, sera établi dans une portion du grand bâtiment qui compose la principale écurie.

ART. 28. — Conduite et direction des chasses à courre.

La conduite et direction des chasses à courre appartiendra exclusivement au piqueur de la Société, aidé dans ses fonctions par quatre commissaires-veneurs.

lesquels seront choisis cl nommés, sur leur demande, par la majorité de MM. les membres fondateurs et adjoints.

Nul ne pourra, dans le cours de la chasse, sous peine d'une amende de 20 fr. , soit donner un relais, soit enlever ou appuyer les chiens, que le piqueur, les valets de chiens ou l'un des quatre commissaires-veneurs désignés.

A l'hallali, s'il n'y a point lieu d'accorder la grâce de l'animal, l'honneur de le servir soit d'un coup de couteau de chasse, soit d'une balle, n'appartiendra qu'à l'un des membres du Club.

Le couteau de chasse aura le pas sur la carabine.

La curée se fera soit sur place, soit au Pavillon de la Muette, s'il y a Heu.

La nappe des cerfs appartiendra de droit aux piqueurs. Les bois des cerfs seront déposés au Pavillon de la Muette où l'on en fera collection; à la fin du bail, si ces bois en valent la peine, un tirage au sort en fera la répartition parmi les membres de la Société portant uniforme.

Un livre spécial, destiné aux chasses à courre, mentionnera, date par date, comme pour les chasses à tir, tous les résultats des différens laisser-courre, en constatant les noms des veneurs présens.

Art. 29.

Tant que l'équipage de la Société ne sera pas définitivement constitué, au moyeu de la réunion des vingt-ciuq membres adjoints exigés, le fermier général aura le droit d'aviser comme bou lui semblera, à la destruction des cerfs surabondans.

11 pourra, par exemple, autoriser tel maître d'équipage ou telle Société de chasse, avec lesquels il s'entendrait à cet égard, à venir dans la saison, c'est à dire du 1" novembre au 31 mars, et à des jours fixés à l'avance, chasser et prendre un certain nombre de cerfs.

La quantité des animaux ainsi détruits dans le cours d'une saison de chasse, ne pourra pas excéder dix cerfs.

» ART. 30. — Frais généraux a* administration.

Tous les frais généraux d'administration seront supportés par le fermier général, M. Léon Bertrand.

Parmi ces frais généraux figurent :

1° Le chauffage et l'éclairage, les jours de réunion, des pièces occupées par MM. les membres du Club, à l'exception de la salle à manger qui, d'après l'art 8 du présent règlement, doit être éclairée et chauffée par l'entrepreneur des repas;

2° L'agrainement et la nourriture du gibier;

3° Les gratifications fixes accordées aux gardes, qui consistent en 60 fr. de gratification annuelle pour les simples gardes, 100 fr. pour les gardes-chefs ;

W Les gratifications extraordinaires allouées à ceux d'entr'eux qui auront, soit de jour, soit de nuit, coopéré à la répression d'un fait de braconnage quelconque, gratifications fixées par un tarif proportionnel qui fait partie du règlement relatif aux gardes, arrêté par M. Léon Bertrand, et dont un exemplaire imprimé a été remis à chacun d'eux ;

5° Le fonds de réserve de 600 fr. , destiné à payer, à titre de primes, les droits de contrôle accordés aux gardes pour la destruction des animaux nuisibles;

6° Le traitement annuel, attribué au sieur Fortelie, garde à cheval, choisi par M. Léon Bertrand comme son représentant et fondé de pouvoirs, et auquel, aux termes de l'article 12 du présent règlement, est dévolue la mission de

le remplacer, en cas d'absence, dans la conduite et direction des chasses à Ur;

7* L'abonnement aux journaux quotidiens et revues périodiques destinés à MM. les membres du Club ;

8° La surveillance et l'épinage de la ferme de Garenne;

9° Le fermage du cantonnement de pêche situé entre Maisons et Conflans- Sainte- Honorine, quand le bail en sera expiré.

Une fow l'équipage de la Société constitué, les frais d'acquisition et d'entretien du cheval du piqueur, les frais d'acquisition et de remonte des trente chiens, leur nourriture, les frais d'habillement tous les deux ans des trois hommes, ainsi que leurs gages annuels, seront également à la charge du fermier général.

En cas de dissolution du Club, par suite de l'annulation du bail ou de toute autre cause, comme à l'expiration des eugagemens souscrits par MM. les Sociétaires, tout le matériel de l'équipage, y compris le cheval du piqueur et les chiens, restera la propriété du fermier général qui aura le droit d'en disposer comme bon lui semblera.

ART. 31. — Des élèves.

Si MM. les membres fondateurs se décident à faire en faisans un plus grand nombre d'élèves que ceux dont les fonds encaissés provenant des amendes fixeront le chiffre, ce sera au moyen d'une cotisation annuelle imposée à chacun d'entre eux, et qui ne pourra être moindre de 55 fr. par tête ni en excéder 70.

Si la cotisation est de 35 fr., ce qui donnera un fonds de 770 fr. . le fermier général, M. Léon Bertrand, prend rengagement de faire au moins de cent cinquante a deux cents élèves.

Si la cotisation est de 70 fr., ce qui donnera un fonds de 1,540 fr., il s'engage a en faire de trois à quatre cents. Ces élèves seront, bien entendu, eu dehors de ceux que permettra annuellement le chiffre des amendes perçues.

Sur la proposition de deux membres fondateurs, la présente motion pourra être disculée en assemblée générale et résolue à la majorité des voix. Mais comme il s'agit ici d'imposer une dépense extraordinaire, pour que c ?tte cotisation de 35 ou de 70 fr. devienne obligatoire pour tous les membres fondateurs absens, il faudra que cette fois et exceptionnellement, l'assemblée délibérante réunisse au moins les deux tiers des susdits membres, c'est à dire quinze votans.

La décision ainsi adoptée sera notifiée par lettres à tous les membres fondateurs qui voudront bien verser leur cotisation entre les mains du caissier du Club dans le courant du mois suivant

ART. 32. — Des journaux.

Aucun membre du Club ne pourra, sous quelque prétexte que ce soit, emporter les journaux, brochures, revues et livres à l'usage de la Société, lesquels seront marqués d'une estampille particulière.

Le Journal des Chasseurs est déclaré le journal officiel de la Société. Une chronique mensuelle y rendra compte, dans la saison, des chasses à tir et à courre effectuées par MM. les membres du Club.

Art. 33. — Du jeu.

Les jeux de commerce sont seuls permis. Ceux de hasard sont expressément prohibés.

Les difficultés de jeu seront jugées par la règle écrite. Les cartes seront payées suivant le tarif qui sera réglé par les quatre commissaires du Club.

ART. 34. — Prix des actions.

Le prix des vingt-deux actions réservées aux membres fondateurs ayant <lroit de chasse à courre et à tir, est de fr. par an, payables moitié le 1" mal, et moitié le 1" novembre de chaque année.

Le prix des quarante actions réservées aux membres adjoints est de fr. par an, payables le l*r septembre de chaque année.

Tout étranger qui, dans la saison des chasses à courre, c'est à dire du l'r novembre au 31 mars, désirera faire partie du Club comme membre temporaire, paiera une cotisation de 50 fr. par mois, qu'il versera en entrant, pour toute la durée de son admission. MM. les membres temporaires ne pourront point porter l'uniforme.

Art. 35.

Cessera d'appartenir au Club des Chasseurs, tout membre fondateur ou adjoint *rai n'aura pas acquitté sa souscription un mois après les échéances de rigueur ci-dessus fixées.

A cet effet, le 2 mai, le 2 septembre et le 2 novembre de chaque année, MM. tes commissaires préviendront les membres dont la souscription n'aurait pas été versée la veille, de vouloir bien s'acquitter immédiatement entre les mains du fermier général, et le 15 de chacun de ces mêmes mois, la liste des membres en retard sera affichée dans le salon du Club.

Art. 36.

Nonobstant le § i" de l'article 1 du présent règlement, qui déclare que le Club des Chasseurs est constitué pour neuf années consécutives, c'est à dire pour toute la durée du bail, les engagemens de MM. les membres fondateurs et adjoints ne seront souscrits que pour quatre années, c'est à dire du 1*' juillet 1848 au 1er juillet 1852.11s seront annulés ou renouvelés à cette époque, aux prix et conditions qui seront alors fixés par le fermier général.

Art. 37.

Les actions de MM. les membres fondateurs et adjoints seront nominatives et personnelles.

Néanmoins, celtes de MM. les membres fondateurs, divisées en deux séries, composée chacune de onze actions, la série des actions rouges et la série des actions bleues, leur donneront, une fois par mois, le droit de se faire accompagner par un ami.

A cet effet et pour ne point dépasser le nombre de vingt-quatre auquel est limité le chiffre des personnes qui peuvent prendre part à la chasse à tir, il y aura deux fois par mois un jour réservé aux admissions d'amis, et ce jour-là, ce sera tantôt la série des actions rouges, tantôt la série des actions bleues qui aura seule le droit de chasser.

Ces jours exceptionnels, fixés à l'avance pour toute ta saison, seront indiqués par écrit à MM. les membres fondateurs, et désignés en outre sur le tableau officiel des amendes qui se trouvera placé à demeure dans le salon du Club.

MM. les membres de l'une et de l'autre série pourront, en s'entendant entre eux, échanger au besoin leur tour de rôle. En cas d'infraction au règlement, l'invitant restera toujours garant de l'invité.

MM. les membres fondateurs et adjoints qui, dans le cours de ces quatre années, désireraient céder leur action, soit pour motif de santé, soit pour toute autre cause, présenteront leur candidat remplaçant par lettre adressée au président du Club.

L'admission aura lieu à la première réunion qui suivra cette présentation, par un scrutin auquel MM. les membres fondateurs auront seuls le droit de prendre part, et qui ne sera valable qu'autant que dix membres au moins se trouveront réunis.

Les membres cédans seront, jusqu'à décharge définitive, solidairement obligés avec le cessionnaire et répondront pour lui.

Art. 38.

En cas d'évènemens politiques majeurs qui viendraient, soit troubler sa jouissance, soit le mettre dans la nécessité d'annuler son bail avant l'expiration des engagemens souscrits, le fermier général, M. Léon Bertrand, ne sera pas responsable envers ses coassociés, et comme tel tenu de leur payer la moindre indemnité.

Il est seulement bien entendu qu'en cas d'annulation du baiL, les engagemens respectifs de chacun d'eux se trouveront annulés de plein droit à dater de la même époque.

Art. 39.

En cas d'infractions graves au présent règlement ou aux lois de l'honneur ou de la bienséance, sur la plainte déposée par l'un de MM. les membres fondateurs, il sera immédiatement convoqué une assemblée générale de ces mêmes membres, lesquels, les faits établis et prouvés, décideront à la majorité des voix, sous la présidence du président ou du vice-président, s'il y a lieu à prononcer la radiation du membre reconnu coupable.

Pour qu'une décision prise en assemblée générale fasse loi, il faut que cette assemblée réunisse les deux tiers environ des membres fondateurs, c'est à dire quinze votans au moins.

Art. 40.

Toutes les clauses et statuts du présent règlement sont de rigueur, et chacun de MM. les membres fondateurs et adjoints s'oblige d'honneur à s'y conformer religieusement en ce qui le concerne.

Un exemplaire imprimé en sera remis à chacun d'entre eux, afin que nul, en cas d'infraction, ne puisse exciper de son ignorance. A cet exemplaire sera jointe la liste générale de MM. les membres fondateurs et celle de MM. les membres adjoints.

NOUVELLES ET FAITS DIVERS

Ouverture de la chasse. — L'ouverture de la chasse a déjà eu lieu dans quelques déparlemcns du Midi. Elle n'est point encore fixée dans le département de la Seine et dans ceux qui nvoisincnt Paris ; mais il est à présumer, vu l'état avancé des récoltes, qu'elle ne passera pas la fin du mois.

L'ouverture des chasses à tir de Saint-Germain aura lieu cette année le jeudi 7 septembre.

Une grave question. — Le rapport de la quatrième sous-commission du comité d'agriculture à l'Assemblée nationale, fait par M. Jusserand au commencement du mois dernier, n'a point été, comme on sait, favorable à l'administration des haras, cette institutions! éminemment utile et dès lors si souvent calomniée, si souvent en butte à d'injustes attaques. Les conclusions de ce rapport quelque peu turiesque n'allaient rien moins qu'a demander la suppression complète et immédiate des dépôts d'étalons. Heureusement qu'à peine le Moniteur paru, un toile général a fait, de toutes les parties de la France agricole, justice de ces théories subversives. Des pétitions, rédigées avec une logique un peu plus concluante que celle de M. Jusserand, ont été adressées à la Chambre par les éleveurs de chaque département, et nous sommes heureux de pouvoir annoncer d'une manière formelle que le Comité d'agriculture parait aujourd'hui on ne peut plus disposé à se rendre à ces vœux judicieux.

Cependant, comme de réforme en réforme on va souvent plus loin qu'on ne veut, un autre projet, enfanté par quelque cerveau malade, serait en ce moment sur le point d éclore, dit-on. C'est celui de supprimer l'administration spéciale des haras pour la réunir, comme annexe de mince importance, à la division de l'agriculture. Si cette idée burlesque qui, nous l'espérons, n'est encore qu'à l'état de germe, venait à prendre quelque consistance, nous pouvons certifier à l'avance qu'elle ne serait pas mieux accueillie que la suppression immédiate à laquelle elle conduit du reste infailliblement.

Course % de chevaux.— Les courses de Caen ont été fort belles le mois dernier. Lesconcurrens y étaient nombreux, et les prix, en général, y ont été bien disputés.

Les courses du Gouvernement ne pouvant avoir lieu, cette année, au Champde-Mars, par suite du mauvais état du terrain, il a été décidé par M. le ministre du commerce que ce serait à Chantilly qu'elles s'effectueraient dans le courant d'ortobre prochain. Nous ferons ultérieurement connaître à nos lecteurs les jours fixés pour cette solennité hippique, au succès de laquelle nous nous associons d'avance, et dans l'intérêt de nos sportsmen et dans celui des habliaos de Chantilly.

L'ours introuvable des Pyrénées. — On lisait le mois dernier, dans le Journal des Pyrcnccs-Oricntales, le récit suivant qui a dû quelque peu affliger les chasseurs touristes : < Dominique, le fameux Dominique, le patriarche des ours de la vallée d'Ossau, Dominique a enfin trouvé son maître.

» Depuis plus de dix ans, tous les chasseurs des environs poursuivaient ce monstrueux animal ; mais c'est tout au plus si quelqu'un d'eux avait été assez heureux pour apercevo r ses traces, si larges, dit-on, qu'un béret de moyenne grandeur pouvait à peine les recouvrir. Le sieur Lousteau, garde forestier de bielle, n'était pas un des moins ardens à la poursuite de Dominique; sa persévérance devait être couronnée de succès.

«Vendredi dernier, après avoir passé toute la journée à guetter son passage sur la montagne de Camelot, au dessus de l'Eslibère, non loin du Pic du Midi, dans un poste où il avait le matin même découvert l'empreinte de ses pas, Lous-

teau se disposait à se retirer à l'entrée de la nuit Au moment où il se levait, 11 entendit à une certaine distance le craquement des branches, et bientôt il vit Dominique qui se dirigeait précisément vers le rocher derrière lequel il s'abritait L'ours cheminait paisiblement, humant l'air à droite et à gauche et s'arrêtant de temps à autre; arrivé à une cinquantaine de pas du chasseur, il s'arrêta et se mit à gratter la terre de sa puissante griffe. La perplexité de Lousteau fut grande en cet instant : aucun obstacle ne le séparait, il est vrai, du redoutable animal ; mais il faut être bien sûr de son coup pour se hasarder à tirer sur un pareil gibier à une distance aussi considérable.

■ Cependant, Dominique ne bougeait pas; la nuit vennit. et Lousteau ne pouvait se résoudre à le quitter, après l'avoir si long-temps cherché, sans lui laisser une marque de souvenir. Après quelques secondes de réflexion, son parti fut pris : le canon de son fusil s'abaissa lentement et l'ours reçut, au défaut de l'épaule gauche, une balle qui sortit près de la clavicule droite. L'animal, se sentant blessé, poussa un effroyable rugissement : il regarda autour de lui pour voir d'où était parti le coup, et guidé par son instinct, il prit bientôt sa course vers le poste où se tenait Lousteau.

■ Celui-ci, à travers une Assure du roc, distinguait parfaitement son adversaire. « Je n'aurais pas alors donné deux sous de ma peau, » disait-il plus tard en racontant les détails de cette effrayaute scène. Malgré cela, avec un merveilleux sang-froid, il rechargeait son fusil, et quand Dominique ne fut plus qu'à une douzaine de pas, il se découvrit bravement et marcha droit sur lui A peine avait il tourné le nicher, que l'ours l'apercevant se dressa sur ses deux pattes de derrière pour prendre son élao ; mais l'intrépide chasseur ne lui en laissa pas le temps, et avec une adresse égale à son courage, il lui envoya une balle dans l'oreille. Dominique tomba terrassé, mais non pas mort encore, et il fallut pour l'achever lui tirer un coup de fusil à bout portant

» Lousteau redescendit alors vers Gabas, et vint raconter sa victoire. Le lendemain, plusieurs hommes montèrent au Camelot pour chercher l'énorme bête qui ne pèse pas moins de 500 livres. Dominique va être empaillé et sa peau sera un trophée qui rappellera aux futures générations de chasseurs la victoire de Lousteau. Mais que deviendront nos amateurs, s'ils n'ont plus d'espoir de troubler Dominique ? Les montagnes de Gabas seront pour eux désenchantées. »

Acheteurs et vendeurs. — Tout ce que Paris renferme de carrossiers et tout ce que le faubourg Saint-Antoine renferme de déchireurs de voitures se trouvait réuni, le 20 juillet dernier, en compagnie de tous les marchands de chevaux des Champs-Elysées, aux écuries de l'ex-maison royale, où devait se faire la vente des chevaux et voitures ayant appartenu au comte de Paris et à sa mère, Madame la duchesse d'Orléans.

Cette vente se faisait sur poursuites, réquisitions et ordonnances de M. Va vin, représentant du peuple et liquidateur de la Liste civile ; elle se composait de quarante-huit chevaux de toutes races à lou.s usages, mais principalement de races anglaises.

Polichinelle, poney des Pyrénées, cheval hors d'ûge, de petite taille, et que montait le duc de Chartres, a été vendu 280 fr.

Chiquenaude, autre poney, bai-brun, jument anglaise, que montait le comte de Paris, a trouvé acquéreur à 650 fr.

Mczouard, bai africain, âgé de sept ans, a été adjugé à M. le comte de Santa- Cruz, moyennant 800 fr.

M. le général Tartas a acheté Gourmand, bal anglais, prenant sept ans ; il l'a payé 1,21 S fr.

Pyrrhus et Fumivore, attelage composé de deux chevaux anglais, âgés de cinq ans, sont échus à M. Berheim, marchand de chevaux, moyennant 2,800 fr.

Charabia, bai-brun anglais, est devenu la propriété de M. de Ladoucette, moyennant 1,900 fr.

Brama, cheval anglais bai -brun, âgé de cinq ans, a été vendu 2,705 fr.

C'est le prix le plus élevé qui ait été obtenu après Scipion, autre cheval de môme couleur et de même espèce, mais hors d'âge, qui a trouvé acquéreur à 2,505 fr.

En général, les chevaux ont été vendus, en moyenne, à raison de 1 ,000 fr. chaque, y compris Sidi-Moussa, étalon barbe, acheté par le miuislre du commerce pour le haras du bois de Boulogne, pour lequel il n'a été payé que 600 fr. Il est hors d'âge.

Les voilures se sont toutes vendues à vil prix. Ce sont presque toutes de magnifiques berlines qui ont coûté à établir depuis 8.000 jusqu'à 11,000 fr. ; mais elles sont si lourdes qu'il est impossible de s'en servir avec moins de quatre, et quelques unes avec moins de six et de huit chevaux.

Une voiture a été rachetée par M. Bender, qui l'avait vendue au prince 11,500 fr., y comprisses accessoires. Elle est destinée à un seigneur de la cour de Russie.

Trois breaks, espèce de voiture dont se servent les maquignons pour dresser les chevaux, ont été donnés pour moins du prix des roues sur lesquelles ils sont montés.

Le plus grand a été acheté 200 fr. par un riche fermier de Greteil, qui veut en faire une baraque ambulante pour son berger.

Le second a été adjugé au maire de Brie-Comte-Robert, moyennant 245 fr. Il est destiné à recevoir deux corps de pompes qui, dans les cas d'incendie, seront transportés en poste dans les communes environnantes.

Le trois ème transportera des pots à lait en poste; il a été donné pour 260 fr. Des voitures destinées à cet usage coûtent d'ordinaire jusqu'à 2,500 fr. et 3,500 fr.

Au moment où l'on allait vendre le n° 13. un cabriolet à quatre roues, celui d'où fut précipité le prince royal quand il s'est tué sur la route de Neuilly, une lettre de Madame la duchesse d'Orléans est venue apporter l'ordre de ne point vendre ce cabriolet, de le racheter môme à tout prix s'il était vendu déjà, et de le faire brûler ensuite.

Une magnifique beilineet les deux plus beaux chevaux d'attelage des écuries du prince, Sterne et Stappe, deux anglais de pure race, ont été également retirés do la vent»* par ordre de la duches>e, pour être offerts de sa part à la personne qui lui a prêté une voiture pour quitter Paris et la France le 24 février dernier.

Un hallali dramatique. — Nous devons à l'obligeance deM.Lefaucheux, l'armurier, le récit suivant d'une chasse de sanglier fort remarquable, faite dans le courant de février dernier par un intrépide chasseur de Dijou, M. Bourhonnel. Aucun journal de la localité n'ayant accordé à cet épisode intéressant, resté inaperçu au milieu desévènemens politiques du jour, les honneurs d'util publicité qu'il mérite, il appartenait au Journal des Chasseurs de réparer cet oubli. Nous laisserons parler notre veneur qui, dans une lettre de félicitations à son armurier sur la bonté de ses armes, lui raconte ainsi, sans prétention littéraire, tous les incidens pathétiques de ce drame :« Le 21 février dernier, je suis allé faire nne partie de chasse dans les bois de Chaignay (canton d'Is-sur-Tille). J'avais fait faire le bois le matin par un garde qui m'avait remis un sanglier d'environ trois cents livres. J'avais avec moi quatre compagnons de chasse et quatre chiens seulement ; nous nous postâmes, et immédiatement je fis découpler sur le pied. L'animal fut lancé presqu'aussitôt avec vigueur; je suivis la ch;>sse pendant près de deux heures : mais comme il faisait beaucoup de vent, les autres tireurs ne tardèrent pas à la perdre. Mon sanglier, fatigué, finit par faire tête. J'arrive, je lui envoie une balle dans la hure; il reprend sa course comme de plus belle, et me voilà bien étonné, une heure après, de le voir quitter le bois pour entrer tout droit dans le village de Oienay. Arrivé là, il pénètre dans une

cour dont les habitans, assez surpris de sa visite, le reçoivent à grands coups de bâton ; peu flatté de cette réception, il s'empresse de ressortir, gagne la rivière où il se jette, ainsi que nies chiens, et alors, suivant le fll de l'eau, en nageur habile et expérimenté, le voilà donnant des leçons de natation à la meute acharnée qui le poursuit. Lorsqu'il voyait les chiens d'un côté, mon gaillard passait de l'autre, et vice tersà. Il fit ce manège pendant une grande lieue, moi à pied le suivant toujours des yeux à trois cents pas de distance. Mai* que rencontre le compère au bout de la rivière? la petite ville d'Is-sur-Tille où il entre comme s'il se rembuchait au bois, mes chiens le chassant dans le milieu de la ville comme s'ils chassaient en pleine forêt. Je vous laisse à juger la satisfaction indicible qu'éprouvait en ce moment mon amour-propre de chasseur ! Arrivé dans le centre d'Is-sur-Tille, le sanglier se jette dans une cour, puis pénètre tête basse dans la boutique d'un maréchal dont il culbute les outils et l'enclume; le maréchal se sauve en criant comme un beau diable : Un couchon enragé ! un couchon enrage! Tout le monde se rassemble et arrive, celui-ci avec une fourche, celui-là avec une pioche, un autre brandit un marteau ou une hache, et alors s'engage un combat sanglant entre les assiégeans et l'assiégé. Chargé par la foule, le sanglier charge à son tour, déchire quantité de fonds de culottes, renverse une douzaine de personnes, blesse plusieurs individus dont un nommé Chambellan très grièvement, puis passe par une fenêtre, prend un escalier et monte jusque dans un grenier où il est enfin achevé au grand contentement de tous les habitans de la ville. Il a été fort heureux pour eux et pour mes chiens, d'avoir eu affaire, dans cette circonstance, à un gros sanglier miré, par conséquent mal armé et bien moins dangereux qu'un ragot. »

Une battue populaire. — Chaque journal ou recueil illustré a eu plus d'une de ses pages consacrée à la reproduction plus ou moins exacte des sanglans épisodes qui ont marqué les journées de Février. Le Journal des C hasst>ur s, qui ne veut point rester en arrière de ses collègues, s'est donc cru le droit de livrer, lui aussi, un feuillet blanc de son album de vénerie aux souvenirs historiques de l'époque. Il a choisi pour sujet, non pas une scène de barricades, — nous savons tous par cœur ce que c'est aujourd'hui, — mais une guerre champêtre qui, tout en laissant sur lap'ace de nombreuses victimes, tout en faisant bien des orphelins et des veuves, n'a pas du moins arrosé le sol de ce sang généreux que l'on ne devrait répandre que pour la défense de la patrie. Le fait e>t exact II s'est passé chez l'un de nos abonnés, M. DT... dont les terres, respectées par les gens du pays, ont été envahies par une foule armée de paysans venus de quel ques lieues de la, tambours et garde champêtre en têie. Cent cinquante lièvres ont suc< ombé dans cette battue meurtrière faite au son des tambours battant la charge. Le procédé était nouveau, et le propriétaire qui en a reconnu à ses dépens les désastreux effets se propose de l'employer désormais dans ses traques, quaud les ravages qui ont décimé son gibier lui permettront de convier ses amis à ces belles chasses d'il .. dont il faisait si bien les honneurs.

AVIS. — Nos lecteurs ont compris, par la lecture de cette livraison, le retard que nou« avons à dessein apporté à sa publication : nous ne pouvions point paraître suis leur rendn» compte des résultats de l'adjudication du 5 août.

L'abondance des matières de ce numéro nous force de remettre au mois prochain la 15* livraison de Gaston Phœbus et la 27» livraison de l'Hippodrome.

Page 1