‹ Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay, 1648-1652Chapitre 17 sur 120 · Tout ce passage depuis · texte numérisé non relu

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coucher en son hôtel de Nevers, où le lundi en suivanti elle accoucha d^une fille à onze heures du soir.

— Vendredi 29, lettres de la Cour des 20 et 27 derniers, portant que ledit 27 elle en partit et alla coucher à Qéry, pour le lendemain 28 être à Sully, villette sur la rive gauche de Loire, et en Sologne, entre Gien et Jargeau, au-dessus d^Orléans, oti Mademoiselle est arrivée dès mercredi.

Le maréchal de Turenne commande les troupes de Vaubecourt, celles de Bourgogne et de Bourbonnois qui sont venues et vieonenti et le maréchal d'Hocquincourt celles qu^il a toujours commandées devant Angers et les Ponts-de-Cé. Ces deux corps observeront les deux commandés par les ducs de Beaufort et de Nemours.

On parle de quatre nouveaux ministres d'État : les ducs de Vendôme et de Bouillon^ le prince Thomas et le maréchal du Plessis-Prasiin. M. d'Elbeuf prétend d'en être aussi, et son fils, le prince d'Harcourt, y a Toeil.

Le cardinal Mazarin marie son neveu Mancini à mademoiselle de La TrémoïUe ; sa nièce, seconde du nom de Martinozzi, au prince de Talmont, jadis comte de Laval, et, entre deux, novice es Pères de TOratoire, et la troisième^ plus jeune, au fils aîné du duc de Bouillon.

On dit que dix-sept vaisseaux de guerre s^apprétent es côtes de Bretagne pour joindre cinquante pinasses de la côte de Gascogne et Biscaye.

Avril.

M. de la Vrillière en mois de secrétaire d'État.

Capitaine des gardes en quartier : M. le comte de Charost.

— Premier jour d'avril [Gota] , lundi, gens retournant d'Orléans et de Sully rapportent avec certitude que le Roi, parti le 27 mars de Blois, étant à Cléry à coucher, le Garde des Sceaux et tout le conseil se présenta au Portercau, faubourg au delà du pont d'Orléans, et on lui refusa l'entrée de la ville. Il ne trouva là aucuns lits ni vivres.

Le lendemain, de grand matin, ou dès le soir, il retourna à

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Cléry vers le Roi qui, le lendemain 38, passa le long d'Orléans et fut coucher à Sully,

Avis que ledit premier jour ces deux généraux se querellèrent et y eut démenti donné et épée tirée, sur ce que Nemours vouloit conclure à mener l'armée au secours de M. de Prince ei Beaufort à demeurer en deçà, pour servir S. A. R. et empêcher le retour du Roi et du Cardinal vers Paris.

Que le 3o le Roi panii de Sully pour aller à Gieti, où son armée doit passer la Loire ; mais, le bagage étant chargé, il fut déchargé et le Roi demeura à Sully pour y passer la Pâque.

Cependant les Princes attaquent encore le pont de Jargeau, oti 1 Sirot, leur lieutenant général et brave officier, reçut une mousqueiade à la bouche. Le comte de Palluau tit rompre les arches du pont, qui étoient déjà refaites de bois, ei repoussa les Princes qui firent tourner leurs troupes vers Moniargis.

Que le 3i, ou premier avril l'armée du Roi devoit passer de delà la Loîre et de Sologne en deçà en Beauce, sur le pont de Gien. Enfin on a su depuis qu'elle n'étoil passée que le quatrième jour ou environ d'avril.

Autre avis, ledit jour lundi premier, sur le midi, que M. le Prince arriveroit ce soir-là même dans Paris. La duchesse de Chevreuse aussitôt retourna à Dampierre, à six lîeues de là, où elle étoit allée la veille de Pâques. On fit porter cet avis au gouverneur, maréchal de l'Hôpital, et au Prévôi des Marchands, M. Le Févre, qui haussèrent les épaules ; et, pressés de dire s'ils recevroient le Prince, comme il appartient, répondirent toujours qu'ils ne croyoicni pas qu'il vînt. On fit en la maison de Ville une délibération sur ce que M. d'Orléans demandoii réception et sûreté à M, le Prince dans Paris, pour vingt-quatre heures seulement ; ce que le corps de Ville accorda et fut trouver S. A. R. à qui il le dit; mais S. A. R. le gourmanda, disant que c'éioit bien borner un Prince du Sang que de ne lui donner que vingt-quatre heures au lieu de vingt-quatre jours que pcut-éire il lui faudroii.

Le soir, à onze heures, madame du Plessis accouche d'une fille.

La nuit, grande feuille imprimée et plaquée à plusieurs poteaux, au bout du Pont-Neufei aux carrefours des rues, intitulée: u Advis aux Parisiens, » disant en substance : « Messieurs, vous saurez que M. le Prince ayant eu certain avis que le cardinal Mazarin, renforcé d'une puissante armée, venoii droit pour bloquer Paris, a quitté sa famille et la province de Guyenne, à qui il a tant d'obli-

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gâtions, pour se venir jeter dans votre ville et la défendre. Apprêtez-vous à le bien recevoir et prenez garde à votre gouvemeury qui est Mazarin et qui tient des assemblées de Ville pour desservir les Princes et TÉtat ; empêchez ses desseins pernicieux et vous trouvez tous à deux heures, ce jourd'hui, sur le Pont-Neuf, j voir et servir M. le Prince et Son Aliesse Royale. »

Cette nuit^ ou matin du mardi, un envoyé de M. le Prince, feint ou vrai, arrive à M. d'Orléans, portant que M. le Prince, ayant de Périgueux passé par le Limousin et Auvergne, où il s'étoit embarqué sur TAllier à Maringues, étoit entré en Loire et venu par le canal de Briare à Châtillon-sur-Loing, oti, ayant appris que larmée du parti n'étoit qu^à trois lieues de Ui, il s'y étoit rendu pour s'en servir à combattre l'avant-garde des Mazarins (ainsi appellent-ils Tarmée du Roi), qui passoit la Loire à Gien, et qu'après cela il vicndroit à Paris.

Une lettre supposée dudit sieur Prince en a été imprimée et par les colporteurs débitée le jeudi matin 4, pleine d'injures, de « coquin, faquin^ O'T^^f ^^^* ^^ contre le cardinal Mazarin, et contenant les mêmes choses aussi contre le maréchal de FHôpital que le placard, dont il se dit que le chevalier de Saint-Simon est l'auteur.

— Mardi 2, toute la canaille s'est donc amassée sur le Pont- Neuf depuis deux heures de relevée, arrêtant les carrosses, faisant descendre ceux qui ctoient dedans, prenant aux uns des manteaux, aux autres autre chose, et menaçant de les jeter dans la rivière s'ils ne crioient : « Vivent le Roi et les Princes, — point de Mazarin. » Ce qu'ils firent à la maréchale d*Ornano, tante et mère adoptive de la comtesse de Rieux-Elbeuf, laquelle ils arrêtèrent et lui brisèrent son carrosse, le pillant et emportant par pièces ; elle et ses gens se sauvant à pied comme ils purent. Mais le comte de Brancas eut bien plus d'affaire en sa personne, qui fut traîné, gouspillé, ses rabats et manchettes emportés, son habit déchiré, ses cheveux arrachés, pour avoir naguère appelé M. de Beaufort, et prêt à être jeté en la rivière^ sans la belle madame de Châtillon, qui, passant là, lui fut au secours, priant la canaille de le laisser aller, ce qu'elle fit.

Ensuite ils furent à Thôtel de Nevers, où madame du Plessis- Guénégaud, femme du secrétaire d'État, est demeurante du Jeudi Absolu, au soir, 28 mars dernier, et accouchée du jour précédent, lundi, à 1 1 heures du soir; son enfant, qui est une fille,

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s DUBUISSOH-AUBENAV.

venant d'être rapponée du baptême de Saint-André-des-Arts, sa paroisse.

Le jour précédent le suisse, maître Pierre, et le Béarnais, grand garçon sortant Je laquais, avec un grand laquais de cette dame, nommé Gaston, avoient ôté des quilles à certains bélîtres jouant dans les places vagues autour de cet hôtel et y appartenant, sur ce que la menue canaille, là amassée à voir jouer, s'étoit mise à se fronder et jeter pierres, dont l'une avoli atteint Roger, deuxième fils de la maison. Ces quilles appanenoient à trois savetiers et à un éperonnier de la rue Dauphîne, gens qui, gagnant peu en leurs boutiques, vivent avec les tiloux et joueurs de tourniquet, tel qu'il y en avoit eu un aussi pris sur eux avec les quilles.

Plusieurs autres femmes arrêtées à qui la canaille lit de force dire : « Foutre du cardinal Mazarin » ; entre autres la jeune et jolie dame de Montlouet-Bullion, et celle du sieur Paget, maître des Requêtes. Celle-ci, comme on l'arrêta, dii qu'elle éioil femme d'un conseiller. A cela quelqu'un des séditieux dit ; «Tant mieux! ■ ils sont cause de toute notre pauvreté ; il vous faut jeter ei eux « aussi dans la rivière. »

La dame de la Grange-Le-Roy et la belle demoiselle de Monchal, sa nièce, dirent aussi : « Vivent le Roi ei les Princes et point de « Mazarin ■; ei n'en furent pas quittes pour cela, aucuns de ces coquins les voulant piller nonobstant et les arrêtant & diverses boutades.

M. d'Orléans fut en carrosse par la ville et au jardin de Morin, rue de la Descente, enire celle de la Perle et de Saint-Louis, oti il dit qu'il auroit bientôt quinze mille hommes.

Le lendemain donc, qui est le jour de mardi 3 avril, les coquins, prenant l'occasion de l'amas du peuple sur le Pont-Neuf, vinrent remettre leurs quilles es places du pourpris de cet hôtel oli le suisse, le Béarnois et Gaston et quelques autres laquais ne manquèrent pas de les aller dénicher ; et sur la résistance de la canaille la poursuivirent jusques dans la rue Dauphine, oCi certain filou, s'éiant joint à la canaille, blessa le Béarnois à la tête, puis le suisse, d'un estramaçon sur le gros du genou, le fit aller par terre et on le prit et amena dans l'hôtel de Nevcrs, oîj il ne fut pas plus tôt que la canaille du Pont-Neuf vint à la foule, disant que l'on avoit tué l'un des leurs et que c'éioientMazarins là-dedans et gens qu'il falloit piller et brûler.

Cela commença sur les cinq heures et dura jusques à ce que les

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places, avant-cour et environs de l'hôtel furent remplies de cette canaille, les uns disant qu'il falloit mettre le feu et les autres cependant avec haches, marteaux, sapes et grès, tâchant de rompre et faire ouverture à la porte de la vraie cour du logis, et à la muraille et petite porte de la basse-cour; ce qu^ils achevoient de Caire, quand une vingtaine de gardes et suisses de M. d'Orléans, envoyés par les maréchal et maréchale d^Estampes, beaufrère et sœur de la dame assiégée, et du commandement de la propre bouche de S. A. R., arrivèrent par la porte du jardin. Et lors, la canaille cessa ; et au bout d'une demi-heure il n'y eut plus quasi personne, tellement que madame de Guénégaud et M. le président son fils, qui étoient assiégés avec ladite dame du Piessis, femme du fils et frère d'eux, sortirent aisément avec leurs carrosses, et s'en revinrent chez eux, en la rue des Francs-Bourgeois, après huit heures du soir.

Les gardes et suisses de S. A. R. couchèrent là pour la sûreté de rhôtel et le lendemain il y en resta encore deux. Les autres s^en allèrent le matin au palais d'Orléans. Le sieur de Hautefeuille-Bragelonne, enseigne des gardes, y étoit, et le des

Suisses, le sieur *.

L'aîné des enfants du logis, nommé Gabriel, qui avoit la fièvre dès avant cela, eut peur de ceci, les filles et femmes de sa chambre l'ayant efirayé : ce qui lui fit redoubler la fièvre et donner continue.

Lettres arrivent de M. du Plessis à ladite dame sa femme, du 30y de Sully, portant que le Roi y étoit et y passoit les fêtes, tandis que son armée passoit à Gien sur le pont.

Autres lettres d'Orléans, du premier avril, à madame Cornuel, contenant les excès horribles, violements, sacrilèges et impiétés commises vers Lailly et autres lieux circon voisins de cette ville-là*.

M. de Châteauneuf, jadis garde des sceaux, arrive de Tours, où il a eu l'entrevue de M. le Cardinal, à Montrouge-lès- Paris.

— Mercredi 3, à trois heures après-midi, le Pont-Neuf encore chargé de canaille (oîi ils avoient semé des billets portant qu'il falloit aller piller Thôtel de Nevers, le logis du Premier Président et celui du maréchal de THôpital, aussi l'hôtel d'Elbeuf), qui arrêtent le carrosse de mademoiselle de Guise vers la Samaritaine, où, par la sagesse de son écuyer La Chapelle, elle se démêla et passa

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