‹ Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay, 1648-1652Chapitre 18 sur 120 · Ces blancs sont au manuscrit · texte numérisé non relu

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2. Voyez la lettre du 18 mars de M"* Cornuel et la note, page 184.

DE DtlBUISSON-AUBENAV.

outre au Palais d'Orléans, où elle parla fort en princesse outrée à M. et madame d'Orléans.

La compagnie du conseiller Le Comte, sieur de Monteglan, étant de la colonelle de M. de SÈve-Châtignonville, se mit en 1 armes devant son logis, au quai des Augusiins ; une autre com- { pagnie du sieur Labbé, de la même colonelle, fut aussi en armes; les tambours baitirent. Les bourgeois prirent aucuns de cette ] canaille écartés et les menèrem à la Conciergerie. Les boutiques de 1 l'île du Palais furent fermées et les chaînes tendues, et les orfèvres et autres marchands furent trouver le Prévôt des Marchands et lui firent plainte de ce que leur trafic cessoii, étant contraints de tenir leurs boutiques fermées, et que même ils couroient risque d'être pillés.

En ce même lemps le Corps de Ville s'assembla et donna une ordonnance, dont copiessignées M Le Maire» furent envoyées à tous les colonels, qui en firent faire autres copies et les envoyèrent à leurs capitaines et officiers pour faire tenir sous les armes leurs compagnies à toutes occasions que la canaille s'assemblera, afin de la réprimer et se saisir des séditieux.

Cette relevée même, ils arrêièrent mademoiselle de Guise qui, par doux parler d'elle et de son ccuycr La Chapelle, sortit de leurs mains, puis fut au Palais d'Orléans, où elle déchargea son cœur devant Madame, qui priLson parti contre la canaille, vers M. d'Orléans, qui proposa au maréchal d'Estampes de monter à cheval, sans effet.

Le soir, la canaille prit le tambour d'une compagnie bourgeoise et fui repoussée, aucuns arrêtés et menés prisonniers.

Le tambour a sonné sur le Pont-Neuf ou environs à diverses reprises ce soir. Trois coquins, prisonniers entre les mains du bailli du Palais, furent par lui jugés, sa sentence au plus près confirmée.

— Le jeudi 4, matin, le Parlement étant assemblé sur le sujet de ces placards et séditions, donne avis que les trois compagnies du chevalier du guet, du Prévôt des Marchands et du Prévôt de risle auroieni chacune leur corps de garde des deux bouts et milieu du Pont-Neuf pour réprimer la canaille, sauf au Prévôt des Marchands d"y apporter les ordres et secours nécessaires. Et Ar l'interventîon du lieutenant criminel, prétendant que aucuns prisonniers lui dévoient être rendus, nonobstant qu'ils aient été pris sur le territoire du Bailliage du Palais, à cause quec"est pour sédition,

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qui est un fait de police, dont les cas appartiennent à sa juridiction, a été arrêté qu'ils seront menés au Cbâtelet et jugés par ledit lieutenant criminel souverainement.

Le soir, sur les six heures, tambours ont battu et une compagnie bourgeoise s'est mise en haie au bout du Pont-Neuf, du côté des Augustins, ayant de chaque côté, dans le passage bas du pont, des sentinelles avancées jusques au milieu dudit pont et vis-à-vis du Cheval de Bronze ; à Tembouchure de la place Dauphine, un corps de garde d'archers, avec leurs hallebardes ; à l'autre bout il n'y avoit rien. Mais un capitaine des bourgeois de FÉcole, nommé des Coustures-Parrain, signalé depuis les barricades comme un homme déterminé, même contre la Cour, se promenoit à cheval en housse d'un bout du pont à l'autre, par lesdits deux corps de garde.

— Vendredi 5, sur les cinq heures, des trois prisonniers jugés dès le jeudi matin ci-dessus par le bailli du Palais, deux furent conduits, l'un, nommé Pierre Louis, maçon de la rue des Jardins, pour être pendu à la pointe de Tîle du Palais sur le Pont-Neuf, et l'autre, marin d'Acqueville, banni pour trois ans, pour être présent à Texécution de l'autre.

Comme Louis fut tiré de la Conciergerie, un sien camarade se trouva là, aida à le mettre en la charrette, le conduisit à la potence et nonobstant Teffort et les coups même que firent les archers et bourreaux, s'approcha du pendart au piôi de l'échelle, puis feignant l'embrasser [>our lui dire adieu, lui coupa la corde dont il avoit les bras liés et lui dit qu'il se sauvât, lui mettant son chapeau sur la tête nue et le poussant loin du pied de l'échelle. Mais celui-ci retenu et relié et puis exécuté à mort, l'autre pris et lié à la charrette et conduit en prison.

A cette exécution au bout du Pont-Neuf assistèrent compagnies bourgeoises.

L'évêque de Baycux, trésorier de la Sainte-Chapelle, mort il y a trois jours, ce dit-on, mais on ne Ta su que ce jourd'hui. Il étoit tîls aîné du Premier Président et Garde des Sceaux.

Ce jour, une déclaration du Roi touchant les monnoies, dont parle aussi la Ga\ette^ vérifiée en la Cour àes Monnoies, a été imprimée et publiée. Mais un arrêt dudit jour 6, aussitôt imprimé et publié, a empêché l'effet de celui de la Cour des Aides.

— Samedi 6, \ts compagnies bourgeoises continuèrent d'être, toute la relevée, jusques à sept heures, es bouts du Pont-Neuf et le

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corpsdegardeaumilieu,dansrembouchuredela place Dauphine. Le nonce du Pape va trouver M. d'Orléans et, de la part de Sa Sainteté, fait plainte à S. A. R. qu'il a souffert que le Parlement de Paris donnât un arrêt de mort contre un homme qui n'a pu être coupable de quoi que ce soit, par toutes les informations et recherches que Ton a pu faire contre lui, et qu', quand il seroil coupable, n'est point leur justiciable : c'est le «.ardinal Mazarin.

— Le dimanche 7, auquel jour on éioit averti que les séditieux, gens loués à dix sols par tÉie pour le commun et ordinaire, dévoient faire leur effort pour mettre Paris en soulèvement et s'adresser principalement au gouverneur, maréchal de l'Hôpital, six compagnies bourgeoises furent commandées pour tenir toute la relevée, jusqu'à la brume, les bouts ei avenues du Pont-NeuF, et le maréchal de l'Hôpital se trouva à leur tâic.

— Le lundi 8, on a recommencé le Palais; quoique dès le jeudi précédent la Grande Chambre tienne même, cette année. Le Parlement s'est assemblé.

Le même lundi 8, éclipse commence un peu après neuf heures et tinit peu après onze. Les observateurs du Palais d'Orléans, oti le sieur de la Motte-Goulas avoit fait machine propre, et le sieur Morin y a&sista avec autres asirologues et mathématiciens, ne s'accordent pas qu'à cinq ou six minutes près sur le commencement de l'éclipsé avec le sieur Bouîllaud , observateur chez M. de Thou, et le sieur Petit qui l'observa chez soi ; les uns le mettant à 9 heures 30, les autres à 25 et les autres à 3o. Le Petit en a semé beaucoup de choses de vanité dangereuse, comme si elle signifioit la ruine de la Royauté, la subversion d'Étal, etc., et que telle prédiction en avoît été faite par divers astrologues d'Italie, Allemagne, etc. Le cardinal de Retz, coad)uteur de Paris, étoit chez ledit Petit.

Après midi, la colonelle du président de Guénegaud fut par lui conduite du quartier Saint-Antoine, et encore la compagnie du sieur Malo, conseiller, étant du même quartier et dépendance de ladite colonelle, fureni garder le bout du Pont-Neuf, du côté de la Vallêe-de-Misèreei quai delà Mégisserie, jusqu'à la nuit. Et autres compagnie et colonelle furent à l'autre bout et en droit dudit Poni-Neuf.

Cependant le coquin qui avoit pensé sauver le pendu de vendredi dernier a été lui-même pendu et étranglé près du grand Châtelet.

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Avis par lettres et gens venant de la Cour que le RoiestàGien de samedi ; que toute son armée^ au nombre de dix mille combattants, étoit à deux et trois lieues de là, comme à la Bussière, etc., vers Montargis, dans laquelle ville le prince de Condé s^étoit mis, s'en étoit saisi et avoit le reste de son armée à Lorris et environs, entre les rivières de Vernisson, de Ouanne et de Bizonde, confluant au Loing audit lieu de Montargis, tellement quUl ne peut pas être forcé de combattre.

Ce soir. Le Picard, valet de pied du Roi, vient de la Cour et apporte les lettres du Roi au Parlement pour lui envoyer les charges et informations faites par ses commissaires contre le cardinal Mazarin. — Voyez au vendredi 22.

* Le paquet du Roi présenté par les gens du Roi en l'assemblée du Parlement.

Le soir, tout tard, bruits courent de différentes sortes, les uns disant qu^il y avoit eu combat oti le Prince avoit gagné, mais M. de Nemours étoit blessé ; les autres que les Royaux avoient enlevé le quartier de M. de Nemours qui y avoit été blessé.

Les lettres de Rome portent que le royaume de Naples est partout sur le point de se révolter ; qu'à Palerme en Sicile, il y a soulèvement et qu'en Sardaigne le peuple a pris les armes et tué leur vice-roi, don Bertrand de Guevarra.

Ce matin, à 8 heures, le sieur de Champlâtreux, fils du Premier Président, Garde des Sceaux, qui étoit ici à cause de la mort de son frère aîné, évêque de Bayeux et trésorier de la Sainte-Chapelle, s'en est retourné de Paris en Cour.

Le soir arrivent en extrême diligence valets de chambre de M. de Nemours apportant avis à madame sa femme que leur maître avoit enlevé quatre ou cinq quartiers du maréchal d'Hocquincourt, et pris son bagage et mis le reste en fuite ; mais qu'il y avoit été blessé d'un coup de pistolet au bas ventre, tellement que ladite dame s'en est partie dès le soir même, menant Le Large, chirurgien, et autres pour traiter son mari, qui a été porté à Châtillon-sur-Loing.

— Mardi 9, matin à 7 heures, le valet du sieur de Maré-Medavy, vient à Paris quérir médecin et chirurgien f>our son maître, blessé au gras de la cuisse. — Il a confirmé Tenlèvement des quartiers de Noailles et autres, et la fuite du maréchal d'Hocquincourt, quMl a augnrentée de la survenue de M. le Prince, qui avoit suivi la victoire et défait deux mille hommes, dont il avoit tué quatre

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ou cinq cents et pris six ou sept cents prisonniers, l'artillerie et bagage.

Ce même soir, lettres du 7 au soir, à GJen, écrite par M. du Plessis de Guénegaud. secrétaire d'État, comme les quaniers de Noailles et d'Hocquincouri avoient ctd enlevés par le duc de Nemours et du bagage pris, ledit duc blessé d'un coup de pistolet au ventre.

M. de Turenne, bien posté, incommode de son canon M. le Prince qui suîvoit la pointe de M. de Nemours et a blessé mortellement le comte de '.

Relation de cela eavoyée par lui, de l'ordre du Roi, au maréchal de l'Hôpital, gouverneur de Paris, pour la faire imprimer.

— Jeudi 1 1, à midi', avis à M. d'Orléans que M. le Prince venoit, au devant duquel allèrent les maréchal d'Estampes, marquis de Mauny et comte de Chavigny, puis S. A. R. qui revint à cheval, amenant le Prince descendre au Palais d'Orléans, dont il fut par le Pont-Neuf, tout couvert de monde, chez les Prudhomme, oEi il coucha et quitta sa crasse ei sa grande barbe ; mais soupa chez M. de Chavigny.

Le soir, feux de l'oie sur le Pont-Neuf et environs, avec force pétards, boites et coups de fusils et ■ Vive le Roi, » que l'on cria aussi lorsque M. le Prince passa, les ducs de Beaufort et de la Rochefoucauld avec lui.

— Vendredi 12, assemblée au Parlement, où le président de Bailleul, faisant comme le plus ancien la fonction de Premier, dit à M. le Prince que la Compagnie le reccvoii bien, avec l'entier respect dû à sa qualité et à son mérite, mais éioit marri de ne !e pouvoir faire aussi avec la j'oie entière, vu l'état des choses et

3. Dubuisson i'iuh transportf à l'hôlel de Ncvcri dans les journées des 1 1 et [z avril. Il fut donc, à partir de cette date, lémoin oculaire de ce qui M passait sur le Pont-Neuf; les fcnStresde son appanemenldonnaicnlsur le quai. Il mentionne en ces termes, dans la Morbi relatio, son changement d'habitation : < l» hotpicium Nivernensem tratuivi, frigidiore a Seguana aère ; et cubieulo usus, lussivi per inleniaila. t Cette nouvelle résidence lui fut en effet funeste; son logement était froid : il s'en plaint souvent; il fut repris d'accidents du càté de la poitrine et il ne sortît plus de aa chambre jusqu'à sa mort, — On trouvera a la lin de l'Introduction {t. I, 1 p. Klviij i tij) la description tris détaillée que Dubuisson donne de son I appartement à l'hâlcl de Ncvers dans le second codicille de son testament.

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Les gens da Rot préseatérent une «iédaratk» oq patente du Km. datée da 2 tnars, ponant que k Parkmettt eût à lui enTojcr ks cr^an^ et iniomiiatioas âites coarre k cardinal Mazarin^ ensemble la didaratioa de Sa Maiesté oxitre lai« registrée k 6 septembre ; et condarect à ce qu'il soit écrit par k Parkment au V^fAy comme c'est des formes ordinaires que ks remoastraoces vjrierit lues au Roi : que le procès n*a pas été mt au Cardinal sur ksdites informations, mais sur la déclaration de Sa Majesté, registrée k 6 septembre; que Ton lui enverra et les arrêts du Parkment sur ce même cas.

Le conseiller Deslandes-Paven voulut rapporter une requête Aok habitants d'Angers plaintifs de l'exaction que sa garnison £dt de certaine somme à laquelle ils sont engagés par le traité de la reddition. Mais on lui a dit qu'il y avoit d*autres a&ires à présent et celle d'Angers seroit pour une autre fois.

On a délibéré sur trois chefs : le premier, la plainte du président de Nesmond touchant la non lecture de ses remontrances et Qclusions des gens du Roi d'en écrire à Sa Majesté ; le

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deuxième, la réponse du Garde des Sceaux faite aux députés et contenant, outre plusieurs reproches au Parlement, d'avoir laissé enirer les forces espagnoles dans le Royaume, passer à côté de Paris et la Seine à Mantes, sans s'y opposer et convoiiuer le ban Cl arrière-ban, laissé prendre le canon du Roi dans l'Arsenal, rouler par les rues de Paris et mener en cette armée espagnole pour tirer contre le Roi ; celle de n'avoir voulu délibérer sur les conclusions des gens du Roi, et la résolution que le Roi ne répondroit à leurs remontrances qu'après qu'il auroit reçu du Parlement les informations concernant le cardinal Mazarin. Le troisième, sur ce que les gens du Roi ont présentement exhibé une patente du Roi pour avoir les charges et informations faites contre ledit Cardinal: et ensemble la déclaration de Sa Majesté contre le même, faite et registrée le 6 septetnbre, veille de sa Majorité.

On délibéra ; mais comme ce fut au président Mole de J usanvigny, les onze heures étant sonnées, on remit au lendemain,

— samedi i3, où les déclarations des duc d'Orléans et prince de Condé, registrées, furent lues; ei le prince de Condé, qui vit que Ton trouvoit à redire sur ce mot d' « adhérents », dît que, si l'on vouloit, il l'ôieroit et réduirait sa déclaration aux purs termes de celle de M. d'Orléans.

Enfin il y eut arrêt que les mêmes remontrances que ci-dessus seroieni faites au Roi, en y ajoutant remontrance nouvelle sur ce qu'elles n'auroient pas été lues ; que les cours souveraines scroient invitées d'en faire de même et qu'il y auroil assemblée du Corps de Ville oti MM. d'Orléans et de Condé assisicroient et invitcroient ladite ville, oCi les plus notables bourgeois et les jurés ou maîtres des six corps de marchands assisteroieni, de faire dépulation vers le Roi et remontrances pareilles à celles des Cours Souveraines.

Beaucoup de gens ont trouvé à redire sur ces mots : « qu'il y auroit assemblée en l'Hôtel de Ville » en disant qu'il n'appartenoil point au Parlement d'ordonner à la Ville de s'assembler; mais le conseiller Doujat, un des députés de la Grande Chambre pour ladite assemblée, dit qu'il fournira plusieurs arrêts du Parlement en vertu desquels la Ville s'est assemblée.

■ — Lundi matin i5, grande troupe de populace en Grève, devant l'Hôtel de Ville, croyant qu'il y dilt avoir assemblée et que les Princes y vinssent.

Lettres, par l'ordinaire courrier de la Cour, de Gien, le 1 3, que

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le Roi y étoit encore, attendant les troupes qui lui viennent de Saintonge et ne peuvent arriver plutôt que mercredi ou jeudi, 17 ou 1 8. — Que le maréchal de Villeroy conseille de s^en venir en deçà et à Paris, le maréchal Du Plessis d'aller en Berry prendre Montrond, qui n'en peut plus, et qu'une lettre du marquis de Persan, gouverneur, à M. le Prince, interceptée, dit n^avoir plus que centvingt hommes et tous les vivres être corrompus par les coups de canon.

Autres disent qu'il faut que le Roi repasse la Loire et laisse son armée de Tautre côté oîi elle est, afin que, si elle avoit échec, le Roi ne laissât pas d'être en sûreté.

Avis de Bordeaux que le peuple, irrité de voir le comte d'Harcourt, maître d^Agen et jusques à leur ville, après avoir fait payer deux cent mille écus à TAgenois et Albret, leur en demander cent mille, et, pour les y forcer, menacent de ravager leurs vignobles et maisons, et être entrés dans le pays d^Entre-Deux-Mers, avoit mis hors de la ville le prince de Conti qui s'étoit retiré à Bergerac, vers le maréchal de la Force et les princesse de Condé, duchesse de Longueville, toute leur suite et toute la Fronde qui s'étoient retirées à Libourne; que le Plessis-Bellière assiégeoit Talmont sur les Espagnols ; que les conseillers royalistes et la plus grande comme la plus saine partie du Parlement étoit déjà à Libourne pour y tenir leur séance, suivant la déclaration du Roi.

Les Chambre des G>mptes et G>ur des Aides demandent au Parlement, sur Tinvitation à elles par lui faite, Tarrêt qu'il a de ce donné samedi dernier i3, les remontrances de sa part faites tant par le président de Bellièvre que par celui de Nesmond, tout nouvellement.

— Mercredi matin 17, les duc d'Orléans et prince de Condé sont venus à Timproviste en Parlement, qui s'est assemblé pour cela, et là ont dit la grande pitié que c'est de voir périr le royaume ainsi qu'il périt, y ayant nouvelle que Tarchiduc assiège Gravelines et a déjà pris un bastion ; puis ont pressé le Parlement de faire tenir cette assemblée de Ville dont fut parlé dans l'arrêt de samedi dernier.

Le Prévôt des Marchands mandé, a dit qu'il assembleroit dès l'après-dîner le Corps de Ville, s'assurant bien qu'il ne feroit difficulté de déférer beaucoup aux sentiments du Parlement sans faire brèche aux lois et libertés de la Ville, ce qu'il a dit, parce que l'arrêt de samedi porte, en manière impérative, qu^assemblée

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sera faite en l'Hôtel de Ville, etc. Or le Corps de la Ville ne dépend ni s'assemble poini de l'ordre du Parlemeni, mais seulement de son propre mouvement ou par commandement du Roi, Or y en a-i-il qui disent y avoir lettre de cachet da Roi qui défend ladite assemblée, — et est vrai.

L'aprés-diner, s'est tenue assemblée en l'Hôtel de Ville par le corps d'icelle, où il a éié résolu que Ton s'assembleroit le lendemain ou vendredi prochain et que les Princes y assisieroient et qu'il y seroii invité de tous les corps souverains et autres de la ville. En effet on a invité de la part dudit corps de Ville les Cours Souveraines, les chapitres de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle, la Sorbonne et Université (à cause que ladite Sorbonne et Université prétendent précéder les chapitres), les chartreux et célestins, les notables bourgeois de chaque quartier et les six corps des marchands.

11 y a eu deux députés de tous les corps qui ont été, à la réserve des notables bourgeois, dont il y a eu huit de chaque quartier qui sont iï8 notables, entre lesquels il y avoit aucuns colonels, comme M. le président de Guénegaud, colonel au quartier Saint- Antoine, et aucuns conseillers de la Cour comme M. Ménardeau-Champré. Or du Parlement il y avoit quatre députés de la Grande Chambre, deux de chaque chambre des Enquêtes et deux de celles des Requêtes; de la Chambre des Comptes huit, de la Cour des Aides six, des notables bourgeois cent vingt-huit et douze des six corps des marchands; puis le Gouverneur, Prévôt des Marchands, Echevins, etc,

Ce l'our 1 7, jusques à neuf heures du soir, il y avoit sur le Pont- Neuf beaucoup de menu peuple parlant du loyer des maisons; dès hier, après dîner, il y eut de cette popu^ice qui voulut s'assembler dans la rue de la Lingerie et autres du voisinage des Halles; mais les bourgeois des boutiques sortirent sur eux et les chassèrent. Cela vient de ce que le menu peuple, étant allé la semaine passée, la force à la main, chez le lieutenant civil, vers qui le Parlement avoit renvoyé la requête tendant -à être exempts de payer le terme de Pâques pour leurs louages, y fit vacarme et força ledit lieutenant civil de lui donner une ordonnance sur cela, laquelle il mit en galimatias pour s'en défaire ; mais tous les jours ils se veulent rassembler et menacent les propriétaires. Ce jour, la maréchale de Rantzau se fait vêtir religieuse es filles Ipues Annonciades de la Couture de Sainte-Catherine.

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— Jeudi i8, au matin, sur les neuf à dix heures, tambour bat au quartier du Pont-Neuf pour lever soldats pour M. le Prince, qui les envoie à Saint-Maur-des-Fossés, oti il en a déjà bien trois cents; car hier la caisse battit tout de même au quartier Saint- Antoine.

Lettres de Gien du i6, portent que les troupes amenées de Saintonge par Genlis ont, ce jour-là, passé le pont, le Roi les ayant reçues, puis marché vers Briare^ y joindre l'armée du Roi.

Sa Majesté et toute la Cour va le 1 7 coucher à Saint-Fargeau et le 18 à Auxerre; puis, par Sens, tire incessamment à Paris.

Parlement assemblé et le Prévôt des Marchands y vient, qui dit que rassemblée étoit résolue en THôtel de Ville pour le lendemain vendredi 19, à deux heures après midi ; ce qui fut rapporté à M. d'Orléans, au prince de Condé et au duc de Beaufort, qui étoient ledit matin 18 en la Sainte-Chapelle, attendant pour être conduits en Parlement par les députés, à l'ordinaire; mais, ayant su ce qu'ils désiroient, ils s'en retournèrent.

— Ce jour donc de vendredi 19, M. d^Orléans fut en l'Hôtel de Ville assis en une chaise élevée sur des marches, sous le dais, ayant à sa gauche M. le Prince, aussi assis; et aux pieds de Son Altesse Royale étoit aussi assis, sur ces marches, le sieur de Saint- Quentin, lieutenant de ses gardes. Il dit, comme il a dit en Parlement, être là venu pour déclarer que tout ce qu'il faisoit n^étoit que pour le service du Roi, le bien de TÉtat, la tranquillité publique et la paix générale, ce qu^il espéroit obtenir par la chasse ou retraite du cardinal Mazarin. M. le Prince confirma cela, parlant avec assez de peine et de perturbation ; et ajouta qu'aussitôt que le cardinal Mazarin seroit chassé, il mettroit les armes bas. Ils dirent aussi que j>our laisser la liberté entière à rassemblée, ils s'en alloient se retirer, comme ils firent jusqu'à la fin de l'assemblée.

Aucuns trouvèrent fort à redire, car, au moins, ils se dévoient tenir derrière l'assemblée et ne paroitre pas au rang des assemblées.

Comme les Princes se retiroient, le maréchal de L'Hôpital, gouverneur de Paris, entra; lors le Prévôt des Marchands dit qu'ils s'étoient assemblés, suivant qu'un arrêt du Parlement leur avoit donné sujet de ce faire sur l'état des affaires présentes, et que, pour y bien délibérer, il falloit commencer par la lecture dudit arrêt et des autres pièces contre le cardinal Mazarin, que le Parlement avoit envoyé à la Ville; puis, parcelle des noms et surnoms

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de ceux qui avoient été députés par les corps invités ou invités paniculiËrcmcnt de la part de la Ville, et ceux qui se trouveroieat absents, rayés de sur la liste pour les exclure es assemblées suivantes. Tout cela étant iaii, il se trouva deux heures de temps consommées, et le sieur Piètre, procureur du roi en l'Hôtel de Ville (et aussi procureur général de M. d'Orléans), ayant bien doctement harangué, montrant que la Ville pouvoit faire députaiîon au Roi, qu'elle en avoit faite en 1397 au roi Henri IV, pour la réformation des finances, ei à Henri III pour l'expulsion du duc d'Epernon et autres favoris qui, comme sangsues, tiroient le sang du peuple, par édits nouveaux et impositions qu'ils invenloient. Il conclut à ce que très humbles supplications seroient faites au Roi, qu'il lui plût renvoyer le cardinal Mazarin et rendre au plus tôt la présence de Sa Majesté en sa bonne ville de Paris. Puis, comme il étoit plus de six heures, on sortit.

A cet instant arriva un courrier avec lettres de cachet du Roi, portant avis au maréchal de L'Hôpital et au Corps de Ville comme le Roi, parti de Gien, liroit vers Paris à dessein de s'y rendre et défenses de faire aucune assemblée de Ville que Sa Majesté ne fût arrivée pour y être en personne.

— Le lendemain samedi 20, au matin, il y eut assemblée en Parlement, 0(1 les lettres du Roi, hier apportées en l'Hôtel de Ville, furent exhibées par le Prévôt des Marchands.

A deux heures, on se rassembla en l'Hôtel de Ville et y eut trois avis. Le premier fui de cinq ou six personnes qualifiées, le président Aubry, des Comptes, qui y étoit comme le plus ancien ou plus qualifié conseiller de Ville, et dit que le Corps de Ville pouvoit, de son chef, députer vers le Roi et lui faire requêtes sur les réformations et affaires occurrenics, sans qu'il fût besoin que le Parlement ou autres s'en mêlassent, et fut d'avis que le Roi fût très humblement supplié de retourner en sa bonne ville de Paris, et, qu'à cet effet, les Princes y coatribuasseni en mettant les armes bas.

L'un des seize députés du Parlement, le sieur Doujat, trouva fort à redire à cela, et je lui ai depuis oui dire qu'il fut prêt à interrompre ledit sieur Aubry et lui alléguer cinq ou six arrêts par lesquels il a été dit que le Corps de Ville s'assembleroii.

M. Ménardeau-Champré fut de même avis que le sieur Aubry, M. Prévost, abbé de Samers, conseiller du Parlement en la Grande Chambre, aussi, et M. de Comtes, doyen de Notre-Dame et député

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de son Chapitre, qui fit un long et beau discours, disant, qu'étant ecclésiastique, il frémissoit d^horreur d ouir dire que deux années chrétiennes, toutes deux françoises et toutes deux se disant au service du Roi et de TÉtat, fussent en présence au cœur du Royaume, à commettre toutes sortes d'excès et d'hostilités, à la ruine du Roi et de son État et aux mains Tune contre l'autre^ répandant le sang qui devroit être réservé pour une bonne guerre.

Le deuxième avis fut de &ire supplications au Roi qu^il lui plût expulser du Royaume le cardinal Mazarin et retourner en sa bonne ville de Paris.

Le troisième fut ouvert par un échevin nommé Desnoës, apothicaire, semblable au deuxième, mais ayant de plus : que lettres circulaires de la ville de Paris seroient envoyées à toutes les villes épiscopales de France pour les inviter de £ûre députation et supplication au Roi conforme à la leur. 11 parla avec véhémence.

Le prince de Condé dit à M. d^Orléans qu'il vouloit connoitre cet homme et l'envoyer quérir, afin d^avoir un dystère de sa main ; ce qui a donné sujet de faire des vers qui finissent ainsi :

O merveilleux apothicaire !

Je veux de toi prendre un dystère ;

M'en dût-il coûter im écu.

Je n'en plaindrai pas la dépense.

Si tu m'as montré ta sdence,

Je te veux donc montrer mon c...

Six heures étant passées, comme aucuns faisoient instance de continuer, le maréchal de L'Hôpital se leva et rompit l'assemblée.

— Le lundi 22, à deux heures de relevée, elle s'acheva-et y eut du troisième avis soixante et onze voix comptées, du deuxième, auquel le premier se réunit, 127 qui l'emporta.

Le matin, les Princes furent en la Chambre des Comptes, où nul des présidents ne se voulut trouver, fors le sieur Perrault, qui fit tant que le Premier s'y trouva. Et fut M. d'Orléans assis entre les deux et y eut arrêt pour faire remontrances au Roi d'éloigner le cardinal Mazarin et d'en écrire à toutes les Chambres des Comptes de France, comme le Parlement en a écrit à tous les Parlements de France pour les inviter à faire pareilles remontrances.

Dès le soir dudit 22, il y eut quelque avis quelle roi étoit arrivé à Mclun et avoit envoyé ordre au maréchal de L'Hôpital et au Corps de Ville de l'y venir trouver. En effet, cela avoit été écrit

avril i652] ce dubuisson-aubenav. aog

d'Auxerre le 39, et monseigneur d'Orléans, qui le savoît, avoit envoyé quérir le Prévôt des Marchands dès le matin, qui lui avoit dit n'avoir reçu ledit ordre. En effet, il n'arriva que le soir.

— Le mardi 33, dès le malin, on sut qu'il y avoit ordre du Roi, apporté par un valet de pied du Roi, aux Gouverneur et Corps de la Ville de Paris.

Les Princes furent en Parlement déclarer et avertir qu'il y avoit des troupes du Mazarin en dedans dix lieues proches de Paris, contre la teneur de leurarréi du mois précédent; et que, s'il n'étoit exécuté de cette part, ils n'entendoîent l'exécuter aussi de la leur.

Le bruit a couru que compagnies des gardes suisses du Roi étoient venues à Gorbeil pour s'en saisir et avoient été refusées. Ce qui est certain est que le prince de Condé ayant, au son du tambour, publiquement levé dans Paris cavalerie et infanterie qu'il envoyoit à Saint-Maur, ces gens de guerre, au nombre de cinq ou six cents (aucuns disent douze cents, autres deux mille), étoient allés par la Brie, portant l'épouvante partout et même arrêtant les bateaux sur les rivières.

Ce même matin, les Princes ont aussi été en la Cour des Aides, oti le sieur Ameloi, premier président, a dit au prince de Condé et lui a déclaré le dire de son chef, et sans concert de la Compagnie, que c'étoit de l'honneur que le premier Prince du Sang foisoit à la Compagnie d'y venir; mais il ne savoit comme il y venoit, après avoir attaqué les troupes du Roi et avoir tout fraîchement levé des troupes dans cette ville et environs, sans ordre de Sa Majesté. Le Prince a nié d'avoir fait telles levées [à cause qu'elle est prohibée par l'arrêt susdit du Parlement et par la parole que M. le duc d'Orléans en donna pour cela) et le président le lui a maintenu. M. d'Orléans y a mis le holà, et l'arrêt s'en est ensuivi à son désir : que très humbles remontrances seroieni faites au Roi pour l'expulsion du cardinal Mazarin.

Le maréchal de L'Hôpital, gouverneur de Paris, s'est trouvé en l'Hôtel de Ville, où il a diné avec les Prévôt des Marchands et échevins, qui ont tous délibéré sur l'ordre venu de la part du Roi, qu'ils ont tenu fort secret,

Les marquis de Noirmoutîers et sieur de Laigues sont allés de Paris trouver le Roi de leur chef.

— Mercredi 24, à midi, lettres du 23 de Melun au matin, comme la cour en partoît pour aller à Corbeil ; puis, ledit 24 au

210 JOURNAL DBS OUIRIISS CHTlLES [avril l65l

soir, autres lettres dudit 23 à G>rbeil au soir, comme le Roi étoit arrivé audit lieu de G>rbeil.

Le maréchal de L^Hôpital et le Prévôt des Marchands mandés d'aller trouver le Roi, n^y sont point allés, de peur qu^abandonnant la ville, il n'y arrivât désordre.

L^abbé Fouquet a été pris sur le chemin de G>rbeil, le 24, et mené prisonnier dans l'hôtel de G)ndéy saisi d'une lettre à demi en chiffre, qui donne avis au Roi d^entrer par la porte Saint- Honoré à Paris et au Cardinal d^entrer aussi en même temps par la porte de la Conférence. L^abbé n^a jamais voulu dire de qui la lettre étoit et est sorti, avec éloge du prince de Condé, de l'hôtel dudit Prince, oti il étoit gardé, le vendredi 26, par le sieur de Gaucourt, chez le Procureur Général son frère, en carrosse, à sept heures du soir.

Force cavalerie pour les Princes est sortie par le côté de P Université et s^en est allée à leur armée, qui est vers Milly et la Ferté-Alais.

Le duc de Beaufort s'y en est retourné.

Le prince de Condé est toujours à Paris.

Es marchés, au matin, on a eu quelque appréhension du manquement du pain de Gonesse, qui ne vint pas du matin, selon l'ordinaire ; mais, après dîner, on en a eu de reste en abondance.

La reine d'Angleterre et le roi son fils sont priés, de la part du Roi et de la Reine, d'aller loger au Palais- Royal, parce que le Roi logeroit au Louvre et la Reine aussi et le Cardinal.

Avis que le sieur d'Estrades, gouverneur de Dunkerque, ayant fait sauter le fort de Mardik par mines, avoit jeté trois cents bons hommes et trente braves officiers dans Gravelines. — Que la flotte des Anglois faisoit voile comme pour sortir de la Manche, ce qui rassuroit Calais. — Que le duc Charles en personne entroit en Thiérache et étoit, le 23, passant vers Reims et tirant vers Châlons, pour y joindre Fauche, général des troupes lorraines, venant d'Alsace. On dit de plus que, par ordre du Roi, on lui fait des étapes.

Ce jour 24, le roi d'Angleterre fut à Corbeil et proposa un accommodement que la Reine dit qu'elle accepteroit à conditions raisonnables. Le cardinal Mazarin se trouva indisposé. Le bruit étoit qu'ils iroient coucher à Chilly, mais ils ne bougèrent et furent encore,

— le lendemain jeudi 25, à Corbeil.

avril i652] de dubuisson-aubekay. s

Le roi d'Angleterre ayant, à son retour de Corbeil, dont mon 1 neveu vint id, informé la Reine sa mère, elle fut irouver j M, d'Orléans, qui accepta aussi l'accommodement, mais dit qu'il ] ne le pouvoir traiter qu'avec la participation du Parlement.

Ce jour, ou dès le précédent 24, comme ie crois plus cenaine- ! ment, les gens des champs amenant leur blé, vins et bétail en ' sûreté à Paris, furent arrêtés à diverses portes par les commis des • entrées et du pied fourché; mais ils forcèrent à la porte Saint- J Antoine lesdits commis, oii ily eut quelqu'un tué et pillèrent leur» 1 bureaux, nonobstant le secours qui y vint des archers de la Ville. Mais le Corps de la Ville, puis après, y fut et ordonna que ceux I qui se réfugioient à Paris ne paîeroient rien pour l'entrée de leurs denrées.

Il y eut, après dîner, assemblée en Ville.

Ce même jour il y eut aussi une ordonnance de par le Prévôt des Marchands ei échevins de la Ville, comme, sur l'avis des boni . bourgeois, qu'il y avoii gens armés qui faisoient rompre les ponts 1 de Saint-Maur et de Charenlon, ù la faveur des gens de guerre, et empèchoient les passages, logés es villages voisins importants, à la ville, qui en recevoient vivres, etc., ils ordonnent à N... [sic), le maitre des œuvres de la ville, de travailler Incessamment à 1& réfection desdits ponts, défendant, sur peine de la vie, à toutes personnes de l'empêcher et ordonnant aux communes de s'armer et assembler pour courir sus à ceux qui l'empêcheroieni.

Le soir, la comtesse de Brîenne, femme d'un secrétaire d'État, M. de Loménie, revient de Corbeil, oCi elle étoit allée pour persuader la Reine d'entendre à un accommodement.

— Vendredi 36, M. d'Orléans fut en Parlement assez tard, à cause de la réception qui se faisoitd'un conseiller, à onze heures; il y est entré en l'assemblée et y a exhibé la lettre à moitié chiffrée dont l'abbé Fouquet a été pris saisi dès je 24 au fin matin. Il a dit aussi que la reine d'Angleterre lui avoit fait ouverture pour s'accommoder avec lu Cour.

Le Prévôt des Marchands y a fait plaintes de la rupture des ponts.

Le soir, avis que les sieurs de Chavigny et Coulas, avec le duc ■ de Rohan, vont en Cour pour traiter d'accommodement de la part des Princes. 1

Le Roi va coucher à Chilly, pour de là passer à Saint-Gcrmaîtien-Laye.

Compagnies, de quarante à cinquante cavaliers à la fois, soneni

ai 2 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [avril l652

de Paris sur les sept à huit heures pour tirer et battre l'estrade vers le chemin de Chilly.

Tous ces soirs, force coups de mousquet et fusil se tirent en l'air vers le Pont-Neuf.

Ce soir, M. du Plessis-Guénegaud, secrétaire d^État, arrivé de Corbeil à Paris, oti madame sa femme, au vingt-cinquième jour de ses couches, se ponoit un peu mieux, après trois ou quatre jours d'un mal de rate et de bile, dont elle a été purgée par une infusion de rhubarbe; et le dimanche, elle a réitéré, s'est encore tenue au lit et demeure indisposée jusqu'à jeudi 2 mai.

— Samedi 27, le Roi va coucher à Saint-Germain-en-Laye. M. le Prince, les ducs de Beaufort et de Rohan et le sieur

Goulas dînent chez M. de Chavigny et, à Pissue de dîner, les duc de Rohan et sieurs de Chavigny et Goulas partent, députés des Princes, pour se rendre à Saint-Germain-en-Laye, près du Roi, pour raccommodement.

Mort de messire Jean-Pierre Camus, jadis évéque de Belley, et, depuis peu, nommé par le Roi à l'évéché d'Arras, âgé de soixantehuit à soixante-dix ans, ayant, Fan passé, vu mourir sa mère, madame de Saint-Bonnet, en Beauce, près Mérobert, âgée de quatre-vingt-huit ans ou environ.

Le soir, ordre de la Ville à tous les quarteniers de se tenir prêts pour se mettre en armes au premier mandement; et, le lendemain matin,

— dimanche 28, pareil mandement.

Lettre du Roi, signée de Loménie, donnée à Saint-Germain, au Corps de Ville, pour la garde et réfection des ponts de Saint-Maur et de Charenton.

Ce jour, les députés, qui étoient dès le soir précédent du samedi à Saint-Germain, furent, après dîner, à leur audience en la chambre de la Reine, où la foule étoit grande, et furent reçus dans la balustrade du lit.

Le duc de Rohan fit son compliment au Roi et à la Reine, puis M. de Chavigny prit la parole et parla très bien, disant au Roi qu'il lui demandoit, de la part des Princes, des Parlements et de toute la France, la paix, qui étoit aisée et comme à la main par une seule condition.

Le Roi répondit qu'il la désirait, la vouloit et Taccorderoit à quelque condition que ce fût, pourvu qu'elle ne fût pas contre son booneor, son autorité et sa coasdeiice; et là-dessus kur

avril i652'

DE DOBtlISSON-AUBENAY.

ordonna d'en conférer avec le cardinal Mazarin, t^ui étoii son Premier Ministre, ei celui en qui il se confioii le plus et reposoit de toutes ses affaires.

Ils s'en excusèrent, disant n'avoir aucune charge de le faire de la part des Princes, ei que ce qu'ils en feroient pourroil peut-être nuire à la paix.

Le Roi répliqua, et avec la meilleure grâce et mr.niére qu'il se

peut, qu'ils ne dévoient ni ne pouvoient s'exempter de faire ce qu'il

tàisoit lui-même, et qu'il ne croyoit pas qu'ils se pussent exempter

I de le suivre. Et ainsi, les invitant d'aller avec lui, il les mena dans

\ le cabinet oti il les mit aux mains du cardinal Mazarin, puis les

y laissa, s'en allant à la chasse et la Reine à vêpres.

Lors, le cardinal Mazarin prit la parole et leur dit qu'ils demandoient avant toutes choses qu'il eût à se retirer ; mais qu'il ne le pouvoii et ne le feroit jamais, parce que, quand bien il le voudroil faire et y tàcheroit, la Reine, et le Roi plus que la Reine, le lui défendroienl et l'en empêc h croient. Et, sur ce propos, il parla le mieux et le plus sensément qu'il se peut dire, leur déduisant l'état des affaires, les intérêts du Roi ei les siens le mieux du monde, sur l'union des Princes qu'il lient lui être très avantageuse et leur en dit les raisons. Et sur tout ce qu'ils lui répondirent pour le persuadera se retirer, lui montrant que, sans cela, il ne pourroit jamais avoir de paix en l'Éiat, il répondit très bien. Et ainsi se séparèrent.

Le 2Ô, messire Pierre Camus, évêque de Belley, meurt dans l'hôpital des Incurables, où il est enterré le 28 entre les pauvres, selon son testament du 7 mars dernier, depuis imprimé'.

— Lundi 39, à une heure après midi, les députés des Princes revinrent à" Paris sans avoir pris congé de la Reine ni du Roi; ils firent revenir leur équipage quatre ou cinq Jours après.

La reine d'Angleterre part à onze heures du matin et va à Saint-Germain, bien escortée. M. du Plessis-Gucncgaud retourne - en cour par cette occasion ; elle revient à Paris le soir même.

La nuit précédente, grand bruit de gens de guerre et voleurs dans les faubourgs de Saint-Victor et Saint-Marceau; les bourgeois s'assemblèrent au son du tambour pour y résister.

Force coups de fusil et mousquet et grand bruit de gens amas-

t. Dubuisson a di)k annoncé cette n

214 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [aVlil lÔSS

ses à la Grenouillërei vers la porte de Nesle, Pont-Neaf, École et Mégisserie.

La nuit suivante, Juvisy, Athis et autres villages de ce côté-là, au-dessus de Paris, vers Corbeil, pillés par gens de guerre.

Petit-Bourg attaqué et défendu par l'abbé de La Rivière.

Religieuses de toute part se réfugient à Paris. On ne voit autre chose qu'elles par les rues, à pied et en carrosses. Item des ménages tout entiers.

Les bourgs d^alentour de Paris, désertés par les habitants, qui se réfugient avec leurs meubles et bestiaux à Paris.

Le pont de Saint-Qoud rompu en certain endroit ; celui du Pecq, au-dessous de Saint-Germain-en-Laye, brûlé, ceux de Chatou, Saint-Maur, Charenton, etc., défaits.

— Mardi 3o, après neuf heures du matin, les Princes vont au Palais en l'assemblée du Parlement. Le duc de Beaufort, qui n^a bougé d^ici^ y étoit. M. d'Orléans a dit que leurs députés étoient retournés de devers le Roi dès hier et avoient rapporté que le cardinal Mazarin ne se retireroit point, mais étoit résolu à demeurer ; qu'il étoit venu pour en donner part à la G^mpagnie; et là-dessus s'est levé.

Le prince de Condé n'a pas dit un mot et paroissoit inquiet.

Au sortir, il y a eu encore quelque propos de pique avec le président de Novion. Il devoit aller, comme il va souvent, dîner chez M. de Chavigny, et pourtant il n^y a pas été, mais il y est allé après dîner.

Auquel temps, le Procureur Général, le sieur Fouquet, est parti pour s^en aller en G)ur, à Saint-Gerniain, demander au Roi l'audience pour les députés du Parlement, à faire les remontrances par écrit, qui ont déjà été faites à Sully, le Roi y étant, à Pâques dernières, et les lire en présence du Roi, n'y ayant pas été lues, et ce, suivant Tarrêié fait en Parlement ce matin.

La même après-dînée^ les colonels et capitaines de Paris ont été mandés au Palais d'Orléans, de la part de Son Altesse Royale, et y ont été pour prendre Tordre de faire corps de garde le lendemain aux avenues des marchés.

Le Prévôt des Marchands y allant^ fut accueilli d'injures, comme Mazarin, par la canaille assemblée; et, comme il en sortit, contre l'avis de beaucoup de gens qui lui conseilloient de se tenir encore là jusque dans la nuit, il fut attaqué avec pierres et bâtons et fut contraint de se sauver, abandonnant son carrosse, qui fut

avril i65i]

DE DttetlISSON-j

mis en pièces. Il n'osa s'en aller en sa maison et coucha à l'Hôiel de Ville.

Tambour bal dès le soir au quartier du Pont-Neuf pour avenir les compagnies bourgeoises à se tenir prêtes le lendemain.

M. Duplessts de Guénegaud en mois de secrétaire d'État.

Le premier jour de mai, mercredi (Barbarus), le pain de Goncsse vient en abondance, et, néanmoins, comme on avoit appréhension de sédition, les compagnies bourgeoises ont été mises par escadres et comme par corps de garde es marchés où aucuns d'iceux jusqu'à mi-relevée.

Le soir, comme il étoit fête, aucuns de ces bourgeois revenant gais de leur garde, se trouvèrent au quartier du Palais, en une échauflourée de menu peuple, qui arrêtoit deux charrettes pleines d'armes et de munitions de guerre que le président de Bailleul avoitachctéesdu nommé Bénicourt, quincaillier-armurier, demeurant rue Saint- Barthélémy, dite de la Barrière, au coin de ta rue de la Pelleterie, ou, comme autres veulent dire et que la populace esiimoii, que ledit Bénicourt envoyoit à Sainl-Germain-en- Laye, ou autre quartier, pour les troupes du Roi. Ceux donc qui les arrêtèrent crioîent q Au Mazarin, « et Bénicourt averti, y accourut avec aucuns de ses amis pour dégager ses charrettes; sur quoi, il y en a eu qui tirèrent coups de mousquet dont aucuns furent tués : le nommé Moriniére, nnarchand linger, tout voisin, qui alloit pour le secourir; De Lesire aussi, fils d'un orfèvre sur le pont Saint-Michel, est blessé d'une mousquetade. Après,, la populace investit la maison de Bénicourt, la voulant saccager et brûler, et M. d'Orléans y envoya de ses suisses pour la préserver.

Le duc Charles de Lorraine éioit le zg ou 3o d'avril à Sainte- Menehould, ayant avec soi des trésoriers généraux de France de Châlons, qui lui faisoiem faire des étapes sur la route. On dit qu'il les a depuis congédiés et renvoyés, en se déclarant pour les Princes ; et l'on a publié à Paris une lettre sous son nom sur ce sujet.

Le Procureur Général retourne ce jour de Saint-Germain, ayant

2l6 JOURNAL DES GUERRES CIVILBS [mai l65l

Paudience qu'il demandoit pour le Parlement assignée à lundi prochain, autres disent quUl revint sans l'avoir obtenue, mais que le conseil du Roi fit... Sainctot vint après à Paris et apporta ladite assignation d^au... à lundis

Les équipages du duc de Rohan, comte de Chavigny, etc. , sont ramenés de Saint-Germain à Paris ; cela foit croire et désespérer beaucoup de gens de l'accommodement, comme étant abandonné.

— Jeudi &| il n^y a point eu de Palais à cause quUl étoit la saint Catien, patron de Tours, où, du temps de la Ligue, le Parlement royaliste se réfugia.

De nuit, force décharges de mousquet se font par les environs du Pont-Neuf, et le tambour bat jusqu^après dix heures pour foire corps de garde par les quartiers devant les maisons des capitaines de la compagnie qui est en faction.

M. le Prince, qui monte souvent à cheval durant les nuits, est, cette-ci dernière, allé battre Pestrade avec huit cents chevaux du côté du pont de Neuilly, que ses troupes ont rompu (comme ceux de Chatou, du Pecq et de Saint-Qoud) et tiennent, exigeant force argent de ceux qui passent au bac. Ils avoient crainte que les troupes du Roi, qui sont au-delà de la rivière, les vinssent attaquer. — C'est la commune opinion que Ton a de M. le Prince, qui est fausse; il n'est pas encore sorti de nuit.

— Vendredi 3, assemblée en Parlement, oli le Prévôt des Marchands et le Couvcrneur de la ville se sont trouvés, et non les Princes. Il y a eu arrêt contre Taccusation intentée audit Prévôt des Marchands, qui en a été absous ; et sur la réponse par lui présentée, en forme de plainte, de ce quUl fut guetté et assassiné, le mardi 3o avril dernier, il a été ordonné qu'il en seroit informé, cl l'affaire, pour ce, renvoyée à la Toumelle.

Après dîner, le Corps de Ville résolut de faire faire la garde aux pones, avec permission du Roi, qui Taccorde.

Tambour bat jusqu'à dix heures de nuit es quartiers du Pont- Neuf.

Par lettres d'Arles, du 3o avril, on apprend à Paris que le duc de Mercœur, qui est parti de la cour lors de son chemin de Cien à Montcreau, avec lettres de commission pour le gouvernement

I. Cette phrase est écrite en marge, et les deux mots remplacés ici par des points ont été coupés à la reliure du manuscrit.

mai lÔâs] de hubiiisson-aubenay. 217

de Provence, étoii arrivé en Avignon ledit jour 3o avril et devoit dtre à Aix au 4 mai.

— Samedi 4, pain de Gonesse en abondance.

On appréhendoit une sédition ; corps de Garde en aucuns endroits de la ville. Tambour bat sur les dix heures de nuit es quaniers du Pont-Neuf.

Mademoiselle, fille ainéc du premier lit de M. le duc d'Orléans, arrive de la ville d'Orléans en celle de Paris au Palais d'Orléans, accompagnée des prince de Condé et duc de Beaufon. M. de Nemours l'est venu voir et a été porté en chaise dans le Palais d'Orléans, où il a marché à pied, comme étant encore foible. Mademoiselle de Longuevllle y est aussi soudain allée sur les cinq heures de relevée. Elle envoya demander passeport au maréchal de Turenne, dont les troupes sont vers Châtres et Linas ; il répondit que, de son chef, il ne pouvoii pas et qu'il ne lui apparu tenoit pas de donner passeport à une si grande princesse; mats qu'il dépécheroit au Roi qu'il plût à Sa Majesté d'en commander un, ce qui fut aussitôt exécuté.

Tambour bat ce soir, comme les précédents, vers le quanier de Saint-Honoré.

— Dimanche S, avis que le maréchal de Turennea défait deux mille hommes de Farmée des Princes, soii ceux qui éioient restés en leurs quartiers vers Étampes, et qu'il va pousser le reste. On envoie du Palais d'Orléans chercher M. de Chavigny et madame d'.\igui11on en toutes pans sur ce sujet, ladite dame étant entremetteuse du traité d'entre la Cour et les Princes.

Le Roi a écrit de cette défaite au maréchal de L'Hôpital du 6 mai; la lettre contresignée de Guénegaud.

Le soir, la garde se commence à faire aux portes de la ville; celles de Nesle et de Bussy demeurent fermées nuit et jour, ce que le bas peuple trouve à redire, principalement pour la porte de Nesle, accusant de ce madame du Plessis de Guénegaud comme ayant obligé le quartenier à cette closion, pour garder son hôtel de Nevers et empêchant, par là, la navigation de la rivière en amont.

— Lundi 6, les députés du Parlement vont de grand matin à Saini-Gcrmain, oti ils ont accueil et audience favorables. Leurs remontrances par écrit sont lues devant le Roi et sont les mêmes qu'ils portèrent à Pâques au Roi, à Sully, mais que Sa Majesté ne permit point d'être lues. Elles ont depuis été imprimées.

2 1 8 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [mai 1 65 1

Ils s'en vont de Saint-Germain à Maisons voiries bâtimeots du président de Longueil et ne retournent à Paris que le leodemaïn mardi 7. Le Conseil du Roi leur répondra par écrit.

La Chambre des Comptes eut aussi son audience le même jour, et M. Nicolaî, premier président, harangua à son ordinaire, c^està-dire tout à fait bien, pour obliger le Roi à ordonner la paix et feire du bien à son peuple, sans parler ni près ni loin du cardinal Mazarin.

Le soir, M . d^Orléans étant au lit, comme maladede goutte, M. le Prince, auprès de lui, envoya quérir M. de Sève-Châtignonville, colonel, et les capitaines et quarteniers du faubourg Saint-Germain, et leur dit avoir avis que le maréchal de Turenne venoit avec toutes ses forces pour se saisir du faubourg, et qu'il y avoit du canon arrivé déjà dans Palaiseau et de la cavalerie jusqu'à Montrouge, ce qui fit faire grosse garde cette nuit vers les Carmes et Palais d'Orléans et partout ledit faubourg, même en celui de Saint-Jacques, où les chaînes furent tendues.

Les Chartreux ont cent hommes armés pour leur garde. On va faire une fausse porte ou barrière bien forte de travers de la rue d^Enfer, au-dessus de leur porte et entrée.

Un gros de cavalerie sort de Paris pour aller battre l'estrade par la porte Saint-Michel.

— Mardi 7, la Cour des Aides et le Corps de Ville vont à Saint-Germain à leur audience.

Le Prévôt des Marchands y a, avec véhémence et répétition, harangué contre le cardinal Mazarin. Le Roi l'a réprimandé, par la bouche du Garde des Sceaux, de n'avoir pas fait cesser l'assemblée de Ville sur la lettre de cachet que le Roi y envoya le 1 9 avril.

Au président d'Orieux, portant la parole pour la députation de la Cour des Aides, il reprocha que cette cour n'avoit fait aucun devoir vers le président Garnier-Maurivet, qui avoit été comme intendant de Justice en l'armée des Princes, comme le jour précédent, il avoit reproché au premier président de la Chambre des Comptes d'avoir reçu et assis entre les présidents les Princes, qui n'y furent jamais sans en avoir une particulière commission de Sa Majesté.

Madame de Bouillon, en pensant, avec le passeport qu'elle avoit, aller à Saint-Germain, a été arrêtée hors le faubourg Saint- Germain, dans les Incurables, oti elle attendoit la duchesse d^Aiguillon pour aller de compagnie ; et elle et son carrosse, avec un

mai i65al

DE DUBUISSON-AUBENAV.

chariot de bagage, menée par la garde bourgeoise au Palais d'Orléans, oîi M. le Prince a parlé pour elle, qui a élé renvoyée sur sa parole en l'hôtel de La TrémoiUe; mais cela n'a été que,

— le mercredi 8 mai, de bon malin ; et, dit-on, que ça été le duc de Beaufort qui l'a envoyée prendre en dépit de ce qu'ayant en Cour demandé un passeport pour le marquis de La Boulaye à venir à Paris, on le lut a refusé.

La duchesse d'Aiguillon ne laisse pas d'aller à Saint-Germain.

Ce même matin, la porte de Ncsie a été ouverte et la garde y posée par le sieur.,.', capitaine du faubourg Saint -Germain.

Le sicurde Langeron, envoyé par M. d'Orléans au duc Charles pour le faire avancer.

Le même mercredi matin 8, et le troisième des Rogations, les Enquêtes obiienneni l'assemblée en Parlement et font parler les gens du Roi sur la désolation des villages et lieux des environs de Paris par les gens de guerre; requérant que le Roi en soii averti ei très humblement supplié de les faire retirer. Sur quoi, et pour y aviser, a été ordonnée une assemblée à vendredi prochain, à laquelle les Princes seront invités.

Ce jour, la duchesse d'Aiguillon négocie à Saint-Germain pour les Princes. Elle soupe chez M. du Plessis, secrétaire d'Etat, et elle y dine plus splendidement.

— Le jeudi 9, jour de l'Ascension, on ne voit point encore clair en raccommodement des Princes.

Cette nuit, l'isle Adam, où les gens du Prince étoient, et de là faisoient courses aux environs, a été prise par les gens du Roi, qui en feront autant de Montmorency, Chantilly, Écouen et autres lieux du Prince, oCi il tient des gens de guerre qui incommodent le pays.

Ce jour, les bateliers célébrant leur fête, viennent en corps à rhôtel de Nevers voir madame du Plessis ei lui offrir de leur pain bénit, un bouquet et leur service; disant que M. le maréchal de L'Hôpital les avoit fait avenir de venir voir M. du Plessis le dimanche 28 avril, qu'il éioit à Paris.

Nouvelles que Montrond est aux abois et tout prêt à se rendre aux gens du Roi. qui depuis si longtemps l'assiègent.

Que le maréchal de La Mothe a secouru Barcelone de vivres et d'hommes par les montagnes et s'y est jeté dedans en personne.

U [. Bkm

220 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [mai 1 653

Que Gravelines aussi est secouru et que la contagion se met

parmi les assiégeants.

— Vendredi matin lo^ gens apostés ont été par certaines bou« tiques dire qu'on eût à les fermer, et qu'autrement elles pourroient être pillées, et qu'il y devoit avoir sédition.

Le duc de Beaufort a dit aussi aux marchands du Palais de fermer, ce qu'ils ont fait^ et, à leur exemple, toutes les rues v(Msincs de même.

On a tendu les chaînes jusquec sur le pont Notre-Dame.

Le Parlement a commis deux conseillers, Ménardeau et Doujat, pour assurer le peuple et lui dire qu'il pouvoit ouvrir les boutiques. Il les a renvoyés, criant « Aux...* » et « Aux Mazarins. »

M. d'Orléans, indisposé et, pour goutte, gardant le lit, n'a pu venir au Palais. Le prince de Condé y est venu et le duc de Beaufort.

Il a été ordonné que le Procureur Général et un des avocats du Roi iroient à Saint-Germain demander la réponse promise aux remontrances par écrit que les députés du Parlement y lurent et laissèrent lundi dernier.

Le Procureur Général est parti sur les cinq heures, ayant avec soi M. Bignon, second avocat général, et a pris son chemin par les portes de Neuilly . Le sieur de Sainctot, maître des cérémonies, s'est mis avec eux.

Le Corps de Ville, sans le Prévôt des Marchands qu^on dit être malade, s'étant présenté à la porte de la Grande Chambre, la canaille s'est jetée dessus les archers, qui étoient une douzaine ou environ, et leur a ôté leurs hallebardes.

La canaille a rompu les prisons et s'en sont sauvés quarante prisonniers du préau et chambres libres.

Madame du Plessis, avec bon et ample passeport, est allée voir M. son mari, incommode de sa santé, et a pris l'occasion de se mettre au Roule dans le carrosse de M. Fouquet, procureur général du Roi.

Après dîner, il y a eu grand peuple au Palais d'Orléans, et quelques-uns assurent qu'il y avoit mille bons bourgeois qui avoicnt dit à M. d'Orléans que, sMl falloit faire la guerre, ils lui fourniroient dix mille hommes et de l'argent, de quoi les soudoyer; autres particularisent ceci, disant que le sieur Denis,

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