‹ Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay, 1648-1652Chapitre 19 sur 120 · I. Blanc au manuscrit · texte numérisé non relu

I. Blanc au manuscrit

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limousin d'origioe, jadis secrétaire de M. de Barrault, ambassadeur en Espagne, où, après son départ, lors de la rupture entre les Couronnes, y demeura pour affaire et y fut même emprisonné, qui, depuis, fut envoyé à Cologne, l'an 1 643, pour le testament de la feue Reine mère, et qui s'est habitué à Paris et est homme d'intrigue, s'est mis à la téie de sept à huit cents bourgeois de toutes sortes et a extorqué de voir M. d'Orléans malade en son lit, oti il lui a dit, parlant au nom de tous, qu'ils lui venoicnt demander la paix ou la guerre, l'une ou l'autre ; que l'on disoit qu'il y avoit quelque traité secret ; qu'ils n'ignoroient pas que Son Altesse Royale ne s'accommodât et sortit d'affaires toujours quand il voudroit ; mais que ce seroît grand'piiîé d'abandonner le peuple, qui s'éioil donné et fié à lui.

A cela, M. d'Orléans a dit que l'on avoit parlé d'accommodement, qu'il n'y avoit rien de fait; qu'il éioît arrivé quelque bagarre à Élampes ; que le duc de Lorraine venoit pour la cause commune et que tous ne tendoient qu'à chasser le Mazarin.

— Samedi 1 1, dés le malin, il y a eu des corps de garde posés par les carrefours et principales places de la ville, à cause du pain de Gonesse qui est fort bien venu ; les portes de la cour du Palais gardées par compagnies bourgeoises et fermées, au guichet près, et les chaînes tendues es environs. A la sortie de l'enclos du Palais, les présidents de Novion et de Mesmes étant en même carrosse, un savetier, avec une hallebarde, les a arrêtés et, regardant dans leur carrosse, leur a dit ce qu'il a voulu.

M. Jeannin, trésorier de l'Épargne, passant avec passeport à la Pone-Neuve de la Conférence, la garde bourgeoise a fait insulte à SCS gens, dont il y a eu deux tués et autres blessés.

A la porte Saint-Denis, le sieur Dupré, lieutenant du sieur de Montifaut-Lézardière, prévôt de la Connétablie, passant avec quinze ou vingt de ses archers, en vertu d'un passeport de M. d'Orléans, la garde lui a fait refus et insulte ei en a tué et blessé plusieurs.

Cependant, l'avis a été par toute ta ville que le maréchal de Turenne atiaquoit Saint-Cloud, sur les gens des Princes, qui le tiennent; et est vrai qu'il l'a pris.

Force cavalerie est sortie de Paris au secours ; perpétuel tambour dans la ville.

Le prince de Condé est aussi sorti et a fait faire l'exercice à JÙiq escadrons de cavalerie et â cinq ou six compagnies d'in-

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fanterie de nouvelles levées, et où plusieurs volontaires étoient accourus. Puis, au lieu de les mener à Saint-Cloud, il les a fiut marcher au port de NeuiUy, et, à dix heures du soir, à Saint- Denis, qu'il a pris d'emblée et par escalade, et en a ramené quelques cinquante Suisses qui y étoient de la part du Roi en leur poste ordinaire, prisonniers dans Paris, où Ton a aussi ramené quelques-uns de ses gens morts et blessés dans des charrettes.

— Le dimanche matin 12, la ville de Saint- Denis fut d^abord au pillage, que les chefs firent puis après cesser; les assaillants en ont rapponé force butin et amené même des chevaux. Le Prince y a laissé garnison de sa milice.

La Reine envoie quérir à Paris les maréchaux de L'Hôpital et d^Estampes, et M. de Rohan-Chabot ; et autres disent d^autres.

Le duc de Dam ville est à Paris; on croit quMl négocie. Le milord Montaigu va et vient aussi pour négocier.

— Le lundi 1 3, matin, le maréchal de L^Hôpital et le comte de Béthune sont partis pour aller trouver le Roi à Saint-Germain et négocier.

Cependant le bruit court, dès le fin matin, que Saint-Denis a été repris par les troupes du Roi. Ça été le comte de Miossens, capitaine-lieutenant des gendarmes du Roi, qui y a commandé ou paru des premiers. La garnison du prince de Condé s^est retirée au nombre qu'elle a pu dans le clocher de Pabbaye, dont aussitôt les degrés ont été interrompus; et néanmoins, les moines, contre leur promesse, y ont, par cordes dévalées, envoyé des vivres.

Force gen^ de Paris sont tumultuairement sortis comme pour aller secourir ceux de Saint- Denis; mais de la cavalerie contraire venant à eux^ ils se sont mis en fuite et y en a eu beaucoup de blessés et de tués.

Le duc de Beaufort sortit, mais ne mit guëres à rentrer.

Le peuple de Paris menace la comtesse de Miossens, qui loge chez madame de Guéncgaud, sa mère, à cause de la prise de Saint- Denis. Mais on a su qu^il avoit empêché tout désordre, et l'on Pen a aimé depuis et loué.

Lettre de cachet du Roi au Corps de la Ville de Paris, comme il a fait reprendre Saint-Denis pour tenir ce passage libre à sa bonne ville, aux bourgeois de laquelle, s'ils y veulent aller ou en garnison, il la veut remettre. Le Garde des Sceaux en a écrit une en même substance au président de Bailleul, laquelle a été imprimée.

Assemblée de Ville, sur la lettre de cachet du Roi, offrant aux

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bourgeois de Paris de retirer de Saint-Denis ses troupes et leur laisser cette ville à lenir, ou aux habiiants de Saint-Denis même, ce que Paris a accepté et résolu d'en remercier le Roi et de le prier que les fortifications de Saint-Denis fussent démolies.

— Lundi 14, au malin, les ducs d'Orléans, prince de Condé, etc., furent à la Sainte-Chapelle, oii s'est fait un service anniversaire pour les rois Louis XIII et Henri IV. derniers, mons à tel jour, l'un en 1610 ei Tautre en i6+3, tous deux à mî-relevée, à jour de vendredi. On en a dà faire un pareil en l'abbaye Saint- Denis, où Ton dit que MM. d'Orléans et de Condé ont mandé aux assiégés, dans la tour de l'église, qu'ils se rendent.

De là, ils ont été au Parlement assemblé, et là M. d'Orléans a dit qu'il voyoit avec peine et regret beaucoup d'assemblées, d'entreprises et de choses se faire dans Paris; mais que, dorénavant, il prendroit le soin qu'il ne s'y passât et entreprit rien sans ses ordres. Et sur ce que la Compagnie lui a dit que, s'il empêche que la canaille ne s'assemble dorénavant au Palais, comme elle a fait ci-devant plusieurs fois, pour les troubler, il les oblige fort; et lut, répliquant qu'il prendroit soin de toutes choses désormais, sans que le gouverneur ni le Prévôt des Marchands s'en mêlassent, et la Compagnie se regardant sans rien répondre, il s'en est allé soudainement sur les onze heures, disant aux merciers du Palais, en passant, qu'ils pouvoient, en assurance, tenir leurs boutiques ouvertes, et qu'il venoit en l'assemblée prendre la ville à ses soins et protection.

L'aprés-dîner, il a envoyé quérir les échevins et leur a dit que, dorénavant, au lieu d'envoyer leurs ordres aux colonels et autres leurs officiers pour la garde des portes et autres aSaires de la Ville, ils le vinssent voir et les lui apportassent, parce qu'il les vouloit faire exécuter; qu'il étoii aussi bien aise d'être informé de ce qui s'éloit hier passé en l'assemblée de Ville et de ce qui se passeroit en telles rencontres désormais.

Le Palais étoit gardé par compagnies bourgeoises en armes, et les bouiiques, pour la plupart, toutes ouvertes, autres à demi ouvertes.

Les suisses des gardes du Roi, amenés prisonniers de Saint- Denis en l'hôtel de Condé à Paris, sont relâchés, moyennant que U garnison de Saint-Denis fût aussi relâchée par les gens du Roi. On apprend de Saint-Germain que le cardinal Mazarin y a reçu une lettre du duc Charles, portant qu'ayant appris comme

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Farmée des Princes avoit reçu quelque échec à Etampes, il ne pouvoit pas avancer ni envoyer vers Son Éminence son secrétaire lorrain, de peur que Ton ne crût qu'il prît cette occasion de fiiire insulte aux Princes ; mais qu'il se reculoit vers les frontières pour une autre occasion de servir Leurs Majestés et Son Eminence. — On a supposé et fait courir dans Paris une toute contraire dudit duc Charles à madame d'Orléans, sa sœur. — (Voyez au 21 de ce mois.)

Ce soir, madame du Plcssis retourne de Saint-Germain, où elle alla coucher vendredi 10; les gens du Roi en reviennent aussi et les maréchal de L'Hôpital et comte de Béthune.

— Le lendemain, mercredi i5, le duc de Damvilles^en retourne coucher à Saint-Germain.

Mercredi i5, au matin, le Parlement s'est assemblé pour ouïr la relation des gens du Roi. Et sur ce que M. d^Orléans a mandé qu^il ne pouvoit pas venir, l'assemblée a été remise à demain avec ordre d'y inviter M. d'Orléans, et néanmoins résolution de passer outre, encore qu'il n y vint point.

Quelques suisses de M. d'Orléans se sont trouvés dans la Salle du Palais comme pour la garder. La populace n'y a fait aucun amas; et quoique le pain ne soit pas venu ni de Gonesse ni de Saint-Denis, il n'y a eu aucune rumeur.

Les troupes du Roi se sont retirées de Saint-Denis à Argenteuil, et puis de là vers Montfort-l'Amaury.

Le cardinal de Retz a été encore, cette après-dîner, au Palais d'Orléans, oîi quelque populace lui criant « Au Mazarin, » il les a traité de coquins et dit que c'étoient ceux qui leur donnoient de l'argent pour lui faire insultes qui étoient les vrais Mazarins et seuls empêchoient qu'il ne fût chassé de France.

Le parlement de Rouen assemblé, M. de Longueville y présente arrêt que très humbles remontrances seront faites au Roi pour la retraite du cardinal Mazarin; mais le Premier Président empêcha qu'il ne fît union avec celui de Paris, suivant le désir des lettres de celui-ci.

— Jeudi 16, on fait courir le bruit que deux mille hommes de Tarmée du Roi ont été battus par le comte de Tavannes et troupes des Princes, et qu'il est ensuite venu se saisir de Corbeil; — faux, — et au contraire cent vingt chevaux ont été pris des troupes des Princes par celles du Roi.

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Pain de Gonesse, qui ne vint pas hier, esi venu ce jourd'huï en médiocre quantiié.

Avis de Saint-Germain que le cardinal Mazarin y esi indisposé et au lit, et au surplus la cour y vit fort aîsémenl et y passe biea son temps.

Ce matin, les Princes sont venus à l'assemblée en Parlement, oii M. de Nestnond a fait la relation de sa dernière députation & Saint-Germain le lundi 6 de ce mois; puis les gens du Roi font la leur de leur envoi et de leur séjour audit lieu près du Roi, depuis le vendredi jo au soir, jusqu'au mardi 14, qu'ils en partirent après dîner.

On a délibéré et a été résolu que députés iraient vers Sa Majesté, à savoir deux présidents : de Nesmond et de Maisons, quatre conseillers de la Grande Chambre et deux de chacune des autres chambres, pour prendre la réponse aux remontrances f>ar ledit président de Nesmond portées ledit 6 de ce mois, et faire en outre ce qu'il appartiendra pour le bien de l'État.

Le duc de Damville revient de Saint-Germain à Paris; le milord Montaigu va sans cesse aussi et revient pour l'accommodement.

M. d'Orléans refuse un passeport au sieur de Moniifaut, prévôt de la Connétablie, qui vouloit hasarder encore, comme il fit samedi dernier, de faire passer une douzaine de ses archers pour aller en l'armée du Roi.

— Vendredi 17, le duc de Damville, encore à Paris, après M. d'Orléans, afin d'obtenir de lui la conférence, moyennaai laquelle le cardinal Mazarin espère demeurer.

Le soir, grand feu et son de mousquet au quartier du Pont- Neuf.

Force bruits divers touchant cinq cents chevaux du duc de Lorraine avancés vers Troycs en Champagne; les uns disant que c'est pour y prendre et escorter jusqu'en Alsace et Brisach la comtesse d'Harcoun, qui est présentement à Paris, où elle s'est retirée de Savigny-Lanlève, depuis le passage du Roi de Corbeil à Saint-Germain.

Ce bruit, accompagné d'un autre, portant que le comte d'Harcoun, mécontent de la cour, qui auroit eu dessein de l'arrêter à cause du traité qu'il a fait avec Charievoy, qui s'est démis à iuï du gouvernement de Brisach, contre l'intemion du cardinal

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Mazarin, a quitté la Guyenne et, par chemins détournés, s'en va aussi en Alsace et que la ruse du duc de Lorraine favorise tout cela.

L^armée du Roi se retire des environs de Paris et marche ven la Beauce; on dit à Etampes.

Les troupes des Princes abandonnent le pont de Neuilly et autres portes.

Paris donne ordre pour la réfection des ponts et passages audessus et au-dessous de la ville. — Voyez la Galette de demain.

— Samedi i8, ordre du Prévôt des Marchands et échevins de la ville aux gardes des portes, pour laisser passer tous allants et venants sans aucun passeport.

Ce jour, de relevée, jusqu^à six heures, il y eut au-dessous du Pont-Neuf et porte de TÉcole grande fréquence et bien du bruit et happement des bateliers et officiers s'exhortant à donner ordres et dépêche à rembarquement de trois cents personnes destinées pour le Cap Nord, en la terre ferme de la côte orientale de l'Ame» rique, à deux degrés boréaux de Téquinoxial, dont le chef et capitaine général et vice-roi désigné est N. Le Roux, seigneur de Royville, gentilhomme du pays de Caux, et Tévéque et patriarche désigné de cette mission étoit Tabbé de Marivaux, N. de Tlsle, frère du sieur de Marivaux, dont le père étoit lieutenant du Roi au gouvernement d'Amiens, et Tun des oncles, le brave Mari-* vaux, qui fit ce mémorable coup de lance par défi avec M. de MaroIIcs, père de Tabbé de Villeloin, encore plus brave et heureux que lui. L^autre des oncles, et Paîné de la maison, M. de Marivaux, chevalier des ordres du Roi et lieutenant du Roi au gouvernement de rile-de-France, tué au siège de Laon, 1594, et dont la fille, mariée au sieur de Bournonville-Lamcth, fut mère de la dame d^Auteuil-Combault.

— Cet abbé, savant en géographie et en astronomie, même en astrologie judiciaire, et portant avec lui ses livres et instruments propres à telles sciences et pour faire belles observations qu'il nous avoit promises en Europe, voulant le lendemain 19 mai, jour de Pentecôte, à trois heures du matin, passer en bateau, où il étoit en un autre voisin, soit le pied, soit la vue qu'il avoit basse, qui lui manqua, tomba en Teau et ne put jamais être garanti d'être noyé. Autres disent que ce fut le soir même du 18, sur les cinq ou neuf heures, et que ce fut le lendemain 19 qu'il fut péché. La nouvelle en fut sue à Paris sur les

sept à huit heures de ce matii neuve de la Conférence, où (

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. Cela arriva vis-à-vis de la porte :ux de la garde arrêtèrent lesdits bateaux pour savoir ce que c'éioit, et labbé se présenta pour parler à eux; aucuns disent qu'il avoit des mules de chambre qui lui tournèrent au pied et le firent tomber; autres qu'il avoit un des pieds sur le bord d'un autre bateau joignant et coniigu, mais qui, venant à branler et s'éloigner, le fit choir entre les deux bateaux.

Environ ce mâme Jour, trois ou quatre académîstes des sieurs du Gast et Coulon. en Tacadémie de Memont, voulant aller sur la rivière promener à Chaillot, la garde de la porte de la Conférence neuve, vis-à-vis de laquelle ils passoieni, cria qu'ils arrêtassent et abordassent, et comme ils ne purent pas faire sitôt, à cause du fil de l'eau qui les emponoit, la garde tira sur eux et y en eut un, de la maison de Mcrode, qui reçut un coup de mousquet à travers des tempes et fut tué tout roide, sans qu'il en ait été parlé plus CTuire.

— Le 18, le duc de Damville s'en retourne en cour, après que les Princes lui eurent ici montré leur traité signé avec le duc Charles, qui promet les venir joindre et dégager leur armée, moyennant Clermont en Argonne, que M. le Prince lui vend.

— Lundi 20 mai, de relevée, le carrosse du sieur de Sainte Croii-Molé, fils du Premier Président, Garde des Sceaux, est pillé dans le faubourg Saint-Germain, tout au bout à la barrière, près les Incurables, et lui, assisté d'un exempt et de quatre gardes de M. d'Orléans, s'est retiré dans une maison où la canaille l'a assiégé longtemps, Des compagnies bourgeoises sont allées à son secours et l'ont tiré de là et conduit a sûreté dans le Palais d'Orléans, oti la canaille a suivi et fait effort d'entrer. Les gardes et suisses de Son Altesse Royale étant sortis, ont été poussés et ont éié contraints de se retirer dans la cour du Palais et en fermer les portes, contre laquelle la populace a tiré coups de pierre et de mousquet ou fusil.

M. Goulas a mis M. Mole, évèque de Bayeux'. à demi étourdi

I. Dubuisson B rapporté la mort d'EdouarJ Molû, évcquc de Elayeux, au 5 avril précWcnl {voy. p. tg8 de ce vol.), el cetle date est eïaeie. U ne peut f Ire qucElioD ici, comme il résulte du reste de l'alinéo précédent, que de son frère, François Mol4, abbé de Sainte-Croix de Bordeaux, qui put porter lui aussi le litre d'évEque de Bayeux; car il fut nommé à cet évjchf aprèt la mort de ton frire et donna sa démission quelque temps apréi.

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dans son appartement. M. d'Orléans veut casser l'exempt et les gardes qui Tont escorté. — Madame d'Orléans opinoit que Ton le rendît au peuple pour le contenter.

A la même barrière des Incurables, le carrosse de M. de Béringhen^ premier écuyer de la petite écurie du Roi, et qui, par conséquent, a Tun des carrosses de Sa Majesté avec les i>ages et valets de pied de ladite petite écurie, étant arrêté et près d'être pillé, s'est rédimé par dix ou douze pistolets qu'il a secrètement et adroitement donnés aux chefs et plus mauvais de la canaille, qui Tout laissé passer, « à cause, » ont-ils dit, « des livrées du Roi. »

En même temps, le carrosse de la comtesse de Miossens, voyant Tarrét de celui du Roi, au lieu de s'opiniâtrer à passer avec lui, pour Saint-Germain, a rebroussé chemin et heureusement s'est tiré et revenu à Paris. Celui de M. du Plessis-Guénegaud, son frère, secrétaire d'État, oti éioii le sieur du Toc-Fauvelet, son commis, et le nommé Rivière, son tapissier, qui en étoient sortis, ayant déjà été arrêtés à la Grenouillère, pensant aussi se retirer de ladite barrière des Incurables, oîi il étoit allé se présenter, pensant mieux réussir pour sortir qu'il n'a voit fait à la Grenouillère, et se voyant suivi de la canaille, s'est jeté dans le logis du sieur comte de Flamarens, parent et ami de M. de Miossens, oîi la canaille d'abord l'a assiégé. Enfin, sur la brume, vers les huit à neuf heures, il en est sorti et est revenu au logis.

Tout ce monde-là avoit passeport de M. le duc d'Orléans, qui a déclaré ce soir qu'il n'en donncroit plus à qui que ce soit, ni préteroit aucuns de sa livrée, auxquels il a été à ses gardes et officiers très expressément défendu d'escorter qui que ce soit. De plus, il a envoyé ordre à toutes les portes et barrières de la ville et faubourgs de ne laisser passer aucun carrosse ni bagage contre la teneur de l'ordonnance de Messieurs de la Ville, du i8 mai dernier.

— Mardi matin 21, les charrettes de M. du Plessis sont passées à la porte Saint-Honoré, après quelque visite et retardement à elles faits de la part de la garde; elles étoient vides, et les charretiers ont dit qu'ils s'en alloient au Roule quérir des meubles pour ramener dans Paris.

A la porte Saint-Antoine, il y a eu bagarre et des gens tués, sur ce que les messagers du Bourbonnais, Auvergne et Lyon, s'étant joints avec leur monde, au nombre d'environ quarante ou cin-

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quante, la garde a voulu les empêcher de sortir, disant que c'éioient Mazarins.

Avis que le duc Charles est à Fîmes et s'en vient, par la Ferté- Milon, vers le Parisis ou la Brie.

Ce jour arrive à Saint-Germain un nommé Rolin, secrétaire (attendudès le 14) du duc de Lorraine, qui, pour lors, s'en excusa par lettres, comme nous y avons dit- Sur ce soir aussi arrivèrent les roi d'Angleterre et duc de Damville, venant de Paris, ce qui fait croire que raccommodement des Princes n'éioit pas encore tout abandonné; mais ces venues n'empêchent pas la résolution et préparaiif de la Cour à partir de Saint-Germain, le lendemain,

— mercredi 22, de fort grand malin, pour aller coucher, comme elle fit, à Corbeil, où, tout le soir, il n'y eut aucun bruit de paiï, quoiqu'à Paris on la publiât faite partout, et même les articles en furent trois jours après imprimés.

Château de Coucy entre Noyon et Soissons, assiégé sur le parti des Princes par le maréchal d'Estrées, oti l'abbé son fils a eu le soin et intendance des vivres et munitions du camp. Il a été secouru par le duc Charles de Lorraine, qui a envoyé cinq cents chevaux, à ce que l'on dit.

Bruits divers de la reddition ei non reddition de Gravelines à rarchiduc. Les letires des Pays-Bas l'assurent arrivée le 18 dernier. — Il est vrai.

On parle aussi de celle de Trin en Piémont par les Milanois.

— Jeudi 23, quelque bruit que le duc Charles de Lorraine auroit reculé de Fîmes et Basoches, oti il étoit, et s'en serolt retiré sur la frontière de Luxembourg ou Ardennes; autres disent qu'il est allé prendre la maison de Cœuvres, appartenant au maréchal d'Estrées, à cause qu'il s'est saisi de Coucy sur le parti des Princes.

Ce jour, la dame de Beauvais. première femme de chambre de la Reine, emmenant avec elle mademoiselle de Saînt-Mégrin et autres, et de Visé, exempt des gardes de la Reine, nonobstant le passeport et suisses de M. d'Orléans qu'elle avoit, et des gens de M, le Prince qui Tescorioient, fut arrêtée par la garde à la porte Saint-Martin, et y eut résistance et conflit avec deux ou trois hommes de niés k son passage.

Vendredi 24, lettre de Corbeil, de la nuit précédente, portant le Roi y tarderoit encore deux jours; que le marquis de

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Mortemart et la duchesse de Châtillon travailloient fort à l'aocom* modement.

Le duc d'Aumale, archevêque de Reims, frère du duc de Nemours, et Tévéque de Glandève, y sont aussi allés ensemble de Paris.

Assez de gens tiennent que M. le Prince veut raccommode* ment et la demeure du cardinal de Mazarin, à laquelle. M. d^Orléans et les parlementaires ne consentent point, et Madame d^Or« léans Temp&rhe tant qu^elle peut. Elle est de correspondance avec le cardinal de Retz, et puis elle est sœur du duc Charles.

Il se tient assemblée du Corps de Ville pour donner ordre aux excès qui se commettent à la garde des portes, où ceux qui y vont, valets ou gens loués, sont insolents et commettent toutes sortes de violences, pillant les bardes de ceux qui passent et les battant outrageusement, jusqu^à en avoir tué quelques-uns qui contestoient.

— Samedi 25, raccommodement s'assuroit et publioit fiiit, et ce, durant tout le jour.

— Dimanche 26, l'accommodement se publie rompu. La Cour ne bouge de Corbeil.

— Lundi 27, ordonnance du Prévôt des Marchands etéchevins de la Ville, portant que les bourgeois aient à courir sus et £aiire main basse à tous ceux de la populace qui se verront assemblés; défendant en outre à tous chefs de famille d^envoyer désormais à la garde aucuns laquais, valets et gens mal conditionnés et indisciplinés, à cause des excès et désordres que telles gens tous les jours commettent es portes de la ville, où ils vont en garde.

Le prince de Condé va le matin au Pré-aux-Clercs faire la revue des gens quMl a loués ou fait venir dans Paris. On dit qu'il y a quinze cents hommes en tout, dont trois cents sont allemands et deux cents espagnols ; mais je crois que ce ne sont que wallons.

— Mardi 28, avis de Corbeil que le Roi en est parti avant jour, le cardinal Mazarin, les duc de Bouillon et maréchal de Villeroy avec lui, pour aller au Mesnil-Erouard, Cornuel ou Coulon, trois lieues d^Etampes, y voir son armée; et que Rolin, secrétaire du duc Charles de Lorraine, en partit hier, emponant un traité signé pour son maître, à qui le Roi rend son pays moyennant quatre cent mille francs que ce duc paye comptant au maréchal de la Ferté-Senneterre pour en sortir.

M. de Reims, duc d^Aumale, retourne de Corbeil à Paris, ce

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jour, oti Gabriel de Tolède, qui éioit à Paris dès dimanche, venu vers les Princes, s'en retourne. Il y a apparence qu'il passe par où esc le duc Charles, parce que le sieur de Brégy, qui en reveooit de la part du Roi, le renconu'a vers Meaux, ei aussi Rolin, secrétaire de ce duc.

Milice des Princes à Paris se met en armes, tant cavalerie qti'îûfanterie, pour sortir, comme s'ils vouloieni l'envoyer au secours d'ËtaiDpes, et se voit depuis le Palais d'Orléans jusqu'aux Carmes déchaux.

Le lendemain malin, il y a eu aussi de la cavalerie, que le bruit vulgaire met à quatre mille, les gens plus modérés à deux mille. Je crois qu'il y en peut avoir quinze cents.

— Mercredi 29, beaucoup de gens opiniâtrent que l'accommodement est fait pour les Princes.

— Jeudi 3o, Fèie-Dieu, bruit d'une sortie de ceux d'Étampes, faite par le colonel Olhac et Ravenel-Poicievin, que Ton dit à Paris avoir défait en deux fois plus de miUe hommes du Roi ; les marquis de Vardes blessé au poignet, Genlis au bras, comte de Grandpré au ventre, chevalier de La Vieuville et autres.

— Vendredi 3i, les députés du Parlement panent de grand matin et vont coucher à Melun pour retourner sur leurs pas demain matin, i" juin, à Corbeil, trouver le Roi, y retourné du Mesnil-Racouin, autrement dit Erouard, Cornuel et Coulon, du nom des maîtres à qui il fut et est de présent.

Six vingts chevaux, de la milice des Princes, sortent de Paris parla porte Saint-Antoine pourallerà Lagny s'en saisir. — Item, douze ou quinze cents hommes de pied de la mdme levée des Princes, faite à Paris, pour aller au-devant du duc de Lorraine, que l'on dit qui vient.

Juin.

M. Le Tcllier en mois de secrétaire d'État.

— Le samedi, premier jour de juin [Ense], fusées sur le Pont- Neuf, escopetcries continuelles es gardes et partout, et réjouissance par tout le peuple de la venue du duc de Lorraine, Charles, comme s'il venoit pour faire la paix.

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Les Enquêtes s'assemblent avec les trois chambres dans la Grande, à Tordinaire et tumultuairement, pour renouveler ranél du 29 décembre i65i.

Les députés du Parlement vont de Melun ou de Brie-Comte- Robert, oîi ils ont couché, à G>rbeil, vers le Roi; autres disent qu^ils sont mandés de demeurer à Melun.

— Dimanche 2, à Paris, grands feux par les gardes en divers lieux et une escopeterie continuelle, fusées sur le Pont-Neuf et cris d'allégresse. On dit que le duc Charles est^ en personne, arrivé dans Paris, — et est vrai. *

Les Princes furent hors la ville au-devant de lui et vinrent tous ensemble, au nombre de trois cents chevaux.

Il vint à cheval, entre le duc d'Orléans et le prince de Condé, descendre et loger avec et chez M. d'Orléans. Il avoit un grand bufHe, comme une innocente, ou long justaucorps, un chapeau gris à la flamande.

Il dit tout haut à Madame d^Orléans qu^il venoit pour servir M. son mari et faire la paix. Le peuple est persuadé de cela et ainsi se réjouit de sa venue.

Le Prévôt des Marchands reçoit, selon que Ton dit, lettre de cachet du Roi, portant que la Ville eût à recevoir le duc Charles^ qui y devoit arriver.

— Lundi matin 3, le duc Charles fut vu^ vêtu de Thabit noir, qui n'est point de la mode, et d'un habit à la françoise, mais fort mal fait, et qui lui venoit maL II montra le traité qu'il avoit du Roi tout signé, et dit que, nonobstant cela, il avoit mieux aimé venir servir M. d'Orléans.

Son avant-garde logea le soir à Claye-sur-Brevène, quatre lieues de Paris, vers Meaux.

Il courtise for^ madame de Montbazon.

Son armée est de cinq à six mille combattants au plus, et elle traîne plus de vingt mille bouches, qui mangent ou emportent tout.

Ce matin, onzième de l'alitement de mon neveu, il fut saigné pour la troisième fois, et le 12, à sept heures du soir, parlant, demandant à manger, et, s'étant levé pour aller au bain, meurt entre les mains de la servante ou garde ; est enterré le mercredi soir 5 du mois, à Saint-Etienne-du-Mont, paroisse de M. Le Breton, chez lequel il logeoit depuis le vendredi matin 26 avril,

juin l652] DE DUBlilSSON-AUBENAY. 233

qui sont quarante-un jours. J'en ai payé quarante-deux à M. Le Breton .

— Mardi 4, brtjit secret que le maréchal de Turenne fait élat d'être maître d'Éiampes dans jeudi prochain; autre bruit qu'il en a été repoussé avec perte.

Avis de la maréchale d'Estrées, écrit à Paris, qu'il y a encore deux mille hommes de parti espagnol entrés en France et passant par ces quartiers-là, pour suivre et joindre le duc Charles. C'est cavalerie du duc de Wurtemberg.

Le duc Charles va visiter la duchesse sa femme, que, par moquerie, il appelle s dame Nicole d. 11 fut demi-heure avec elle, la traitant de cousine.

— Mercredi 5, au matin, placards imprimés se voient affichés, es coins des rues, comme au coin de la place Dauphine, vis-à-vis du cheval de bronze, contre le cardinal de Reiz, coadjuteur de Paris, la duchesse de Chevreuse, aucuns conseillers du Parlcmcni non nommés, comme déserteurs du bon parti, et qu'il faudroit exterminer. On dit que Madame d'Orléans y est mdme désignée. — o Avis aux Bourgeois de Paris : le Coadjuteur est le seul qui « empêche la paix, etc. 11 a engagé avec lui douze conseillers, a quatre ducs et plusieurs comtes et marquis, etc.; il a, pour cet ■1 effet, emprunté jusqu'à quatre millions, eic. » Ces placards furent arrachés par gens qui éioient forts et sans peur.

Ce soir, les députés du Parlement, qui étoient à Melun dès le ...• mai, en sont retournés avec réponse du Roi, que leur compagnie envoie en Cour des commissaires et députés avec pleins pouvoirs, et les Princes aussi y envoient pour eux. Le Roi en nommera de sa part -, et, tous ensemble, ils feront l'accommodement de toutes choses pour la réunion et concorde dans l'Etat.

Le Roi en a écrit au Parlement et ù M. d'Orléans.

Moitié de l'armée du duc Charles, passée à Lagny, va passer la Seine au pont de bateaux, pour ce dressé à Choisy, entre Aihis et Viiry, où Mademoiselle fut vue aller et venir à cheval sur le pont, le vendredi- 7. A cause de quoi les Princes y étant allés avec le duc Charles et deux grands bateaux chargés de vivres et munitions, aux dépens de M. d'Orléans, partis de la Tournelle pour ladite armée, laquelle ne les voulut, suivant Tordre du duc

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Charles, accepter; et remercia, et ne passa point encore la rivière, mais resta en Brie.

Le Parlement, qui s^étoit assemblé pour ouir le récit de ses

députés, a remis la partie à demain,

— samedi 8, qu'il n y a rien eu, sur Tavis arrivé qu'il y avoit cessation d'armes pour six jours entre les armées de dedans et de dehors Étampes, et que celle-ci s'étoit élargie de ses postes et retiré à Étrechy. Cest ce que nous sûmes seulement après dîner; toute» fois, on eut les lenres que la reine de Suède écrit au Parlement, pour porter les choses en pacification et accommodement, apportées par le sieur Palbcki, exprès envoyé par cette reine, et qui a été à Melun, dès la semaine passée, porter celles quUl avoit pour le Roi, la Reine, etc.

— Dimanche 9, le duc Charles ayant été voir son armée campée en Brie, entre le pont de Lagny-sur-Marne^ qu'elle tient avec garnison, et celui qui a été fait sur Seine, vîs-à-vis de Choisy, sous Athis, donna matière à plusieurs soupçons de lui dans le Palais d'Orléans et par Paris, où ceux qui sont éclairés voient bien qu'il amuse tous les deux partis, son dessein n'étant autre que d'empêcher qu'ils ne s'accommodent et ainsi balancer le foible avec le fort et nous tenir en guerre.

Le soir, on le vit aux jardins des Tuilleries et du sieur Renard, vêtu de gris malproprement et iaisant plusieurs bouffonneries et batelleries en présence des ducs d'Orléans, de Beaufort, etc., et de Mademoiselle, en présence de qui il étoit toujours nu-tête.

Son armée est de cinq à six mille soldats et de trente à qua* rantc mille bouches. Il y a quinze à vingt mille vaches et moutons et grand nombre de chariots de blé et de vin. Les soldats donnent, pour des bottes, baudriers^ habits, chapeaux et autres choses que les gens de Paris leur portent^ des vaches à très vil prix en paiement.

Grand Conseil arrivé et établi à Mantes, 011 le présidial fait le procès au maire qui donna le passage à l'armée amenée parle duc de Nemours il y a deux ou trois mois.

Lettres de Melun portent que Ion y attend en Cour le duc Charles, ce qui donne à rêver au parti d'Orléans à Paris.

— Lundi 10, au matin, le Parlement assembla et les Princes y furent; on sut les lettres ou réponses du Roi aux remontrances par écrit du Parlement, Sa Majesté disant qu'il renvoyât vers elle des députés avec pleins pouvoirs de terminer toutes choses;

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que les Princes y envoyassent les leurs de même, et qu'eux ensemble, avec ceux que le Roi donnerait de sa part, tiendroient conférence et accom m od croient les atfaircs.

M. d'Orléans ne vouloit point qu€ Ton envoyât des députés, mais que l'on Ht savoir au Roi comme il dcclaroit, et les autres Princes avec lui, là présents, qu'ils ne demandoîeni choses quelconques, sinon que te cardinal Mazarin fut éloigné, et qu'e, par ce moyen, toutes choses étant apaisées et accommodées, il ne resieroit plus rien à faire, sinon que le Roi et la cour revinssent ici.

Nonobstant lequel avis et déclaration du duc d'Orléans, la Compagnie n'a pas laissé de délibérer et arrêter que les mêmes députés retourneront vers le Roi mercredi et déclareront à leur arrivé* avoir plein pouvoir d'accorder toutes choses aux désirs de Sa Majesté, quand il lui aura plu d'accorder aussi l'elfet de leurs remontrances, qui est l'éloignemeni du cardinal Mazarin.

Il y fut aussi fort insisté à faire éloigner Tarmce du duc Charles de Paris, à trais lieues, près de qui elle campe en Brie, contre la parole de M. d'Orléans et la teneur de Tarréi donné il y a deux mois et plus, lorsque le duc de Nemours amena celle des Pays-Bas passer à Manies; mais M. d'Orléans déclara qu'elle ne pouvoit s'éloigner, pour le bien public, de quelques jours encore.

Ce matin vint alarme redoubléeà la Compagnie assemblée, que les prisonniers de la Conciergerie du Palais fiiisoient effort de se sauver, comme autres tirent durant telle assemblée, il y a quelque temps, et la Compagnie pria M. d'Orléans de prêter ses gardes pour défendre les portes et prêter oiain forte aux guichetiers, dont il s'excusa. Elle le pria donc qu'au moins ils prêtassent leurs carabines pour, par les huissiers du Palais, faire tirer au préau sur lesdits prisonniers que l'on y verroit être en rumeur et état de faire effort, dont il s'excusa encore; ce que la Compagnie ayant trouvé étrange, dit que le Roi, s'il étoit là, ne leur refuseroit pas lelle demande, et se leva pour s'en aller elle-même voir et apporter l'ordre nécessaire. Mais l'alarme se trouva fausse, au moins cruton que c'étoient gens appostés pour faire le bruit, h dessein d'empêcher la délibération de l'assemblée.

Cependant le conseiller Mole, sieur de Sainte-Croix, avoit envoyé quérir les quinze ou vingt hommes qu'il a chez lui, en la maison du Premier Président, son père, pour sa conservation, et, eux venus, tirent retirer les autres, qui, par l'ouverture de la galerie des prisonniers, leur jetoieni des artncs.

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Les prince de Condé, duc de Beaufort et maréchal d'Estampes y citant allés, rapportèrent que c*étoit une Mazarinade et gens de Mazarin qui faisoient ce bruit. Mats le conseiller Sainte-Croix dit comme la chose alloit ; le président de Novion la confirma, et toute la Compagnie fut contre les Princes pour cela.

Cette relevée, le peuple de Paris remplit le Palais d*Orléaiis pour y Voir le duc Charles qui se montroit es fenêtres.

— Mardi 1 1, fcte saint Barnabe, la riche châsse des reliques de sainte Geneviève, qui a été descendue la nuit précédente en une messe célèbre et fameuse chantée par les abbé et religieux à minuit, avec une extrême presse du peuple et gens de toutes qualités, est portée en procession le matin, à commencer sur les dix heures, par la rue Saint- Jacques, à Notre-Dame, l'archevêque Jean-François de Gondy, qui se lit porter en chaise découverte à quatre estafiers de livrée, donnant ses bénédictions au peuple innombrable amassé sur la rue, es échatfauts, boutiques et chambres, et Tabbé régulier triennal de Sainte-Geneviève marchant à la droite dudit arche* véque, suivant la coutume et privilège de ce jour, à pieds nus, revêtu pontificalement, donnant aussi et plus continuellement ses bénédictions.

Le surplus de cette procession se verra écrit amplement par le sieur Renaudot en ses Galette et Nouvelles extraordinaires de cette semaine, le vendredi 14 juin, numéro 71 ; et ne sera pas à négliger de les conférer avec la relation d'une semblaUe procession et descente de la châsse sainte Geneviève, accompagnée de celle de saint Marcel et saint Médéric, faite le 6 juillet 1625, pour obtenir la cessation de pluies nuisibles aux fruits, rapportée par Godefroy en son Cérémonial françois^ in-fol.

Cette descente et procession est faite pour obtenir la paix de Dieu.

Est à noter que le duc d'Orléans, oncle du Roi, s'est trouvé à la sortie de la procession hors l'église Sainte-Geneviève pour en être, voulant marcher seul avec sa garde, comme le Roi ; on lui a offert place entre deux présidents, ce qu'il a refusé et s'est retiré. Le prince de Condé s'est adonc présenté, qui a marché immédiatement après Tabbéde Sainte-Geneviève, ayant à sa gauche le duc de Beaufort, marchant immédiatement après l'archevêque, tous deux devant lesdits présidents. Et comme la procession est arrivée à la porte de l'église Notre-Dame, alors ledit prince de Condé Ta quittée, et, sortant de son rang, s'est mis à part et de côté, laissant passer tout le corps du Parlement, auquel il a fait l'honneur

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entier, saluant tous les présidents et conseillers, comme ils passoient devant lui, qui s'est ensuite retiré,

— Mercredi 12, le duc d'Orléans, assisté des prince de Condé, duc de Beaufort, etc., et escorté de trois à quatre cents chevaux, alla voir le camp du duc Charles, qui tient tout le bas de la Brie, depuis le pont et ville de Lagny-sur- Marne, par les Princes et par lui occupés, jusqu'au pont de bateaux par lui et les Princes bâti sur Seine, entre le Port-à-l'Anglois et le village de Choisy, et aboutissant à la maison du sieur Ménard.

Ils trouvèrent le duc Charles logé à Sainte- Placide, qui est une maison isolée et environnée de canaux et naguéres appartenant à certain riche limousin qui en fil don au monastère de Saint- Germain-des-Prés par son testament.

Là, d'abord, le duc Charles leur fit reproche de ce que, lundi 10, ils avoient protesté au'Parlement qu'ils ne demandoient chose au monde, sinon que le Mazarin s'en allât, et qu'aussitôt qu'il s'en scroit allé, ils poseroicnt les armes. « Que deviendrai-je donc, a moi? n leur dil-il, « si le Cardinal s'en va; mon affaire en B demeurera là, et ma personne, au milieu du Royaume, exposée • à toutes les extrémités. Une armée du Roi plus forte que la H mienne devant, une autre qui vient derrière, les communes et < noblesse de toutes parts es environs en armes, et par ob me s sauver ? »

Alors ils lui parlèrent en particulier et puis enfin signèrent une union avec lui, qu'aucuns veulent pourtant n'être que pour quinze jours.

Ils dînèrent ensemble et burent d'autant; puis coururent à pîed par défi ù travers des eaux et des fanges et à cheval ; aucuns d'eux qu'il fallut secourir promptement, tombés dans des fossés ou demeurés dans la bouc.

Après cela, ils virent l'armée sous les armes : toute l'infanterie, de deux à trois mille hommes, bordant la rive intérieure brioise de la Seine par longueur de deux lieues, et la cavalerie étant par escadrons au milieu des terres, au nombre de trois ou quatre mille chevaux combattants, car il y a dans l'armée bien quinze mille chevaux de bouches de suite, et autant de gouges, goujats, vivandiers, etc.

Après cela, le prince de Condé prit les devants et le duc d'Orléans fut reconduit jusqu'à demi-lieue, près de la porte Saint- Bernard, par quatre ou cinq cents cavaliers lorrains, tous comme

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ils étoient sous les armes, le pistolet en une main et l'épée nue en Tautre.

— Ce même mercredi 1 2 et le jeudi 1 3 , arrêts donnés : le premier, qui est du 12, que mardi prochain i3 les députés da Parlement s^assembleroient à deux heures de relevée en la chambre Saint- Louis, où ceux des autres cours souveraines seroient invités; et s'y trouveroient le Corps de Ville, les autres corps des marchands et communautés laïques et ecclésiastiques, même réguliers, pour aviser à la nourriture et subsistance des pauvres honteux que l'on compte dans la ville et faubourgs jusqu^à quarante mille, aucuns doublant ce nombre. Le second, que les gens de Champagne et autres, par oîi les armées des Pays-Bas et de Lorraine ont passé, auront répit pour un an entier et ne pourront être contraints de payer leurs créanciers. Le troisième, qui fut imprimé, publié et afAché le lendemain et samedi, qu'il est permis et ordonné aux communes de se mettre en armes dans les dix lieues autour de Paris pour courir sus aux armées et troupes étrangères qui s'y trouveront. — Cela regarde les Lorrains, et est d^interprétation et conséquence grande contre les Princes.

Nombre de f)aysans et même de bourgeois vont au Parlement et encore à la Chambre des Comptes &ire leurs plaintes du pillage et de la violence des Lorrains, qui forcent leurs filles et femmes et les emmènent avec eux.

Ce même jour, le Corps de Ville assembla en son hôtel et furent aucuns des échevins suivis de plus de deux cents notables personnes du Parlement et Cour des Aides, maîtres des Requêtes et des Comptes (entre lesquels estoit le sieur de Coulanges, la maison duquel à Sussy-en-Brie, une lieue ou deux par delà Saint- Maur, la plus jolie poupine maison de France, a été pillée, jusqu'aux gouttières et canaux de plomb, couvertures et murailles, toute gâtée et délabrée par les Lorrains), nobles et riches bourgeois, porter leurs plaintes au Palais d'Orléans des pillages, ravages et excès commis par les Lorrains.

Son Altesse Royale leur demanda s'ils vouloient qu'il allât se rendre, la corde au cou, aux Mazarins, et les renvoya comme cela.

Les députés du corps de la Religion vont en Cour demander l'observation des Édits, ce que Ton ne leur a pas refusé, eux méritant tout bon traitement.

— Vendredi 14, le Parlement s'assembla pour recevoir deux conseillers, dont Tun, nommé Martin, est huguenot et a la charge

juin t652] Ds DUBuissoN-AirBENAY. sSg

du sieur Sarrau. C'est lui qui consuUa cet hiver les ministres de Charenion, de la pari du maréchal de La Force, et à qui ils répondirent que ce maréchal ne pouvoit en conscience entrer dans le parti du Prince, et que, s'il le faisoit, ils l'inierdiroient de leur communion.

— Samedi i5, les deux récipiendaires, qui s'étoient présentés dès le jour précédent, furent reçus^ les chambres assemblées, comme il est accoutumé.

Après midi, avis que le maréchal de Turenne, ayant quitté tout à fait Eiampes, éioii ce maiin passé à Corbeil avec larmce du Roi, qui est seulement de huit mille hommes, pour être entre la Cour, qui est à Mclun, et le camp du duc de Lorraine, qui s'est un peu remué, s'ctant resserré sur une éminence dite de Montgeron, prés de Crones, au-dessus de la rivière d'Yerre et prés des bois.

On dit que les troupes du duc de Wirtemberg, dont les Princes faisoient peur à Paris, comme si elles eussent été déjà à Dammartin, sont encore à Fîmes et à Poniaveri; autres assurent qu'elles sont encore plus loin et sur les frontières. La vériié est qu'elles sont encore dans les Pays-Bas, où l'on apprête trois mille hommes pour être conduits en France par le comte de Pas- Feuqui ères.

— Dimanche 16, de grand matin, bruit à Paris qu'il y a eu grand combat entre les armées, et que la lorrain; est en route, La vérité se trouve à midi, que le duc Charles, ayant, il y a quelques jours, fait son traité avec la Cour, est décampé ii l'approche de l'armée du Roi, soit que cela soit ainsi convenu, soit qu'il ne se fie à la Cour que de bonne aorte. Il doit être hors de France dans quatre jours.

LeducdeBeaufort y étoitlorseta eu loisir de se retirer à Paris.

— Lundi matin 17, le prince de Condé, à la léie de l'armée sonie d'Êiampes, rapproche de Paris, et le duc d'Orléans monte à cheval pour aller es quartiers, es côiés de Meudon; autres ont dit que c'étoient quatre régiments qui gardoient le pont et passage de Lagny pour le duc de Lorraine; autres entin ont donné l'alarme, en disant que l'armée des Princes étoii dans les faubourgs Saint-Victor, Saint-Marceau et Saint-Jacques, et demandoit passage par là pour aller tenir le poste de Charenton, — et cela faux.

Le duc Charles s'en va par Trilport passer la Marne.

Ce jour, les députés du Parlement ont à Metun leur congé et

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