JOURNAL DES GUERRES CIVILES D^Q '^S
réponse du Roi par écrit, et, partant dés le lendemain matm, cheminent toute la journée et la nuitée en caravane de quatre on cinq cents chevaux et plusieurs carrosses, entre lesquels étoit celui du comte ou abbé de La Vieuville. Ils passent à travers l'armée du Hoi, postée à Villeneuve-Saint-Georges, et puis à travers les troupes des Princes, qui tiennent Charenton et ont rompu le pont, oti on ne passe que sur des planches qu'ils y ont mises. On dit que le carrosse de M. Tallemant y est tombé du haut en bas dans la rivière. Les gens des Princes ont ôté des chevaux de valeur à ceux qui les montoient de cette caravane.
— Il ctoit mardi 18, deux heures après minuit, quand ils sont arrives à la porte Saint- Antoine, où la garde les a laissés passer et entrer; mais les autres de Tescorte ont été arrêtés sur le pavé jus* qu'à 8 ou 9 heures de ce matin.
— Mercredi 19, le Parlement vouloit tenir son assemblée; mais M. d'Orléans y a envoyé le sieur Le Fèvre, commis de Fromont, Tun des secrétaires de ses commandements, pour la Caire remettre à demain ou à vendredi.
Cependant, le prince de Condé, avec les troupes sonies d'Étampes, s'est allé saisir du château de Meudon et des lieux en suivant, Sèvres, Saint-Cloud, Suresnes, Neuilly, etc.
— Jeudi 20, le Parlement assemblé et les députés ayant £aiit leur récit et produit la réponse par écrit que le Roi leur a faite à Mclun, le duc d'Orléans a, de rcchcf, réitéré la première protestation, savoir qu'il mettroit les armes bas aussitôt que le cardinal Mazarin s'en seroit allé hors du Royaume.
On n'a pas laisse de délibérer. Le doyen, M. Chevalier, a dit qu'il éioii d'avis que l'on suivît les offres et réponses du Roi ; le vieux Brousscl, que l'on exécutât les arrêts contre le cardinal Mazarin; ceux qui ont suivi ont été de l'avis du doyen. Mais M. d'Orléans a dit qu'il se trouvoit mal et M. le Prince qu'il avoit affaire à Saint-Cloud, et s'en sont allés; l'affaire remise, le conseiller Prévôt, abbcdc Samer, criant à quoi [bon] tant de longueur, et qu'il falloit finir.
— Vendredi 21, le Parlement s'est encore assemblé, mais n'a rien fait, sinon qu^il a ordonné la résidence aux évéques.
Au sortir, Vassan, jeune conseiller, a été tiré et outragé par la canaille qui l'eût mis en pièces sans le duc de Beaufort. Et, sur le quai des Orfèvres, le président de Thoré, voyant arrêter son carrosse, s'est jeté dehors et sauvé dans la prochaine niaison. Beau-
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coup d'auires conseillers se sont de même mis à terre et se sont retirés à pied.
Le prince de Condé est venu retirer le président de Thoré de la maison où il étoit enfermé et observé par le peuple, auquel il a dit que ce président éioit bon homme et que c'écoieni seulement les Mazarins qu'il fallolt jeter à la rivière.
A mi-relevée, M. le Prince et le président Viole (qui s'est retiré de Bordeaux et rendu en cette ville depuis quelques semaines, pour y servir M. le Prince) se soni arrêtés sur le Pont- Neuf à haranguer la populace; puis, comme ils s'en sont allés par la Croix-du- Tiroir, on les y a vus rire ensemble de cette populace.
Le duc de Beaufort, en même temps, ayant fait assemblée da peuple à la place Royale, leur a dit qu'il avoit une liste de tous les Mazarins, lesquels il falloii aller piller.
— Samedi matin 23, le Parlement n'a pas voulu s'assembler, entendant fort bien que le discours du duc de Beaufort ëtoît pour empêcher d'opiner en gens de bien.
Arrêt du parlement de Rouen de faireaucune levée de deniers, etc., sans ordre du Roi.
— Dimanche matin 23, la garde est établie à la porte de Nesle, oCi elle n'avoir point encore éxé; mais, le soir, à 7 heures, elle s'en retira, et fut la porte fermée.
Grand bruit que l'accommodement des Princes est fait avec le Roi.
M. d'Orléans continue toujours à voir le cardinal de Retz et lui faire visite, même chez lui.
— Lundi 24 se passe de même.
— Mardi 25, le Parlement assemblé, les Princes réitérèrent leurs protestations de mettre les armes bas aussitôt que le cardinal Mazarin se seroit retiré. Le président de Guénegaud, en opinant, dit que ce n'étoit pas assez et qu'il l'alloit qu'ils déclarassent aussi, suivant le mémoire ou réponse du Roi par écrit, s'ils demandoient aussi, en cas que le cardinal Mazarin se retirât, quelque chose pour eux ou pour les leurs; à quoi ayant répondu que non, la Compagnie a dit qu'il falloit joindre et comprendre cet article en leur délibération. — A dît ledit sieur président de plus, que poser lesarmesbasétoit une déclaration trop vague pour répondre articulêment au mémoire du Roi, et qu'il falloit que MM. les Princes déclarassent s'ils n'entendoient pas faire exécuter tous et
^^^^cun les points ponés audit mémoire des intentions du Roi.
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Et en furent les Princes et tout leur parti fort irrités. Sur la fin, ils Tont ainsi déclaré, et l'arrêt, sur ce intervenu, le porte.
Le seul conseiller Coulon a voulu parler de l'union de la Compagnie avec les Princes, et a été sifflé. Portail, conseiller en la troisième, a dit que le cardinal Mazarin, étant postillon de son premier métier, il le £alloit envoyer [avec] la réponse que la Compagnie devoit faire en Suède à la lettre quWle en avoit reçue le 8 dernier de la reine de ce pays-là.
Les conseillers, à la sortie, furent tous maltraités par la canaiUe, et les présidenu s'étant retirés chez le Premier Président jusqu'à cinq heures^ comme ils pensèrent sortir, trouvèrent encore cette canaille assiégeant les pones de la cour du Palais, tellement que le président Le Coigncux fut contraint de mettre pied à terre et répée à la main pour se faire passage; et deux garçons de boutique lui tirèrent chacun un coup de pistolet. Mais un sergent, se trouvant là, avec une hallebarde, fit faire place au président, qu^il reconnut, et qui passa de la sorte.
Aucuns conseillers se jetèrent en boutiques de merciers et 7 furent jusqu^à ce que Ton vît la canaille retirée; comme le conseiller Le Vasseur chez un mercier, au pont Notre-Dame.
Ce matin mémo, il y eut un grand conflit sur le quai des Orfèvres, oti étoit postée une compagnie pour eux*. Le secrétaire du conseiller Ménardeau-Champré, craignant que son maître^ qui, dans la populace, passe pour Mazarin^ ne fût maltraité à la sortie, alla quérir la compagnie du sieur Le Sec, qui est Tune de sa colonelle, et qu'il avoit conduite, venant le matin au Palais. Cette compagnie vint, et l'enseigne, maître de salle d^armes de sa profession, se postant audit quai des Orfèvres, vers la petite porte de la cour du Palais, qui est vis-à-vis de celle du Premier Président, quitta la pique, et, prenant la hallebarde, en fit un jeu, montrant son adresse à faire faire place à la populace pour la compagnie. Les orfèvres lui dirent qu'il n^avoit que faire là où étoit leur poste, lequel ils gardoient bien sans lui. Il répondit qu'il étoit mandé là et s'y ticndroit. Ainsi, des paroles ib en vinrent aux coups et y en eut plusieurs tués de pique et de mousquet, entre lesquels se trouve le maître de salle.
Ledit président de Guéncgaud, étant sorti sur une heure après midi, par la vis secrète qui donne auprès de la chambre de la