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I. Blanc au manuscrit

juillet i653]

DE DUbUISSON-AUBKNAr.

courir sus à tous ses ennemis, la Chevreuse ei le Coadjuieur, qui pervertit même M. d'OrHans, qui est si lâche que d'abandonner ce Prince en ses généreuses résolutions, et, qu'en un mot, il faut faire main basse à tous les Mazarins.

Certains séditieux sont aussi allés au Palais d'Orléans dire à Son Altesse Royale que le président de Guénegaud étoii Mazarin, et que, comme il est l'un des colonels de la ville, il avoii promis à son beau-frère, le comte de Miossens, ici venu ces jours derniers, exprés à cet effet, de livrer un poste de la ville à Tarmée du maréchal de Turenne, et que, pour témoignage de cela, le jour du combat, qui fut mardi, il n'avoit que vingt hommes à sa garde à la porte Saint-Antoine, afin que les gens du maréchal s'en pussent plus aisément saisir. M. d'Orléans leur a dit que ni ledit président ni son frère aïné, quoiqu'il fût près du Roi, n'éioient point Mazarins. Eus, s'en retournant mal contents, dîsoient qu'il falloil commencer par l'exécution, puis alléguer leurs raisons.

Cette aprés-diner même s'est introduite la manière de se déclarer non Mazarin, en ponant sur la tête un bouquet de paille. Ceux et celles qui n'en avoient pas étoient dans Ur rue arrêtés par la canaille avec menaces de mort. Les carrosses même en avoient, Cl, dit-on, que c'est Mademoiselle qui a commencé d'en porter. Le signal par un bouquet de paille fat donné par le capitaine de la compagnie bourgeoise, gardant l'Hôtel de Ville, et étant posté à l'entrée d'icelui, sur les degrés montant dans la cour, tous les soldats en avoient en leurs chapeaux et mousquets, et lui au sien, et en donnoit à tous ceux qui entroient pour être de l'assemblée, en leur disant : « Point de Mazarin. «

L'assemblée de Ville se tenant en son hôtel, sur la Grève, les Princes s'y rendirent. On y lut la lettre du Roi portant plainte de ce qu'on avoit, le mardi soir, reçu les troupes des Princes en retraite dans la ville, contre l'expresse promesse qu'on avoit faite du contraire, et ajoutant que Sa Majesté croyoii certainement que ç'avoit été le canaille et non l'ordre de la Ville et la bonne bourgeoisie qui avoit donné cette retraite; qui n'empêcheroit point que Sadite Majesté ne continuât ses bonnes volontés à sadite bonne ville, l'assurant qu'elle lui feroit monter des vaisseaux chargés de grain et venir le pain des environs à Tordinaire.

Le procureur du Roi et de la ville, le sieur Piètre, parla sur la lettre du Roi devant la venue des Princes, et conclut que, pour le vrai et seul remède aux maux, il falloit aller vers le Koi derechef

ft.

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le supplier de venir à Paris. Les frondeurs, là-dessus, firent grand bruit et le contraignirent de s'expliquer et dire s^il entendoit que ce fût sans Mazarin.

Les Princes sortirent là-dessus, et aucuns de leur suite — on dit que ce fut le comte de Béthune — dirent à la populace assemblée en Grève que ces Messieurs assemblés demandoient encore huit jours de temps et de délai pour faire Tunion quMls avoient promise aux Princes, et que, partant, c^étoit au peuple à fieiire ce qu'il aviseroit là-dessus. — Et cependant la veuve Guillemot a imprimé un placard et libelle de Punion comme faite entre les Princes et la Ville, ce jour-là, qui est faux.

Notez que ce peuple étoit persuadé que l'assemblée se tenoit pour faire ladite union.

Alors la canaille commença à crier qu'il falloit égorger et brûler les Mazarins. Et aucuns des plus forts et robustes prirent sur leurs épaules des solives, qui sont d'ordinaire posées à terre près le pied de la croix de la Grève, vers la rue de la Tannerie, oti l'on met hors de la fange les sacs des échantillons de blé exposés aux ntarchands, et s^efTorcèrcnt de rompre avec lesdites solives la grande porte de l'hôtel, tandis que les fusiliers et mous* quetaires tiroient aux fenêtres ; mais ladite porte se trouvant forte^ ils eurent recours à la paille et aux fagots et mirent le feu, tant à ladite grande porte qu^aux deux petites, qui furent bientôt consumées.

Cela commença sur les quatre ou cinq heures après midi, que Ton vit la fumée de toutes extrémités de Paris, où l'on dit que c'étoit pour brûler les Mazarins.

Le sieur du Buys, avocat au conseil du Roi, voyant de chez la dame Compagnon, tante de sa femme, chez Bourdelas, chirurgien, mettre le feu à l'Hôtel de Ville, se sauva avec un sien parent, et, trouvant dans la rue de la Verrerie un grand homme d^apparence accompagne et ayant un haussecol doré, dit exprès : « Voilà grande pitié de laisser périr tant d'honnêtes gens que l'on c pourroit sauver, s'il y alloit au secours seulement une escouade tf de chacune des compagnies de la colonelle de ce quartier. » A quoi cet homme à haussecol, qui, sans doute, étoit exprès pour cela, répondit : « Mort Dieu, il faut que désordre arrive! »

Il dit avoir vu arriver en Grève parla rivière, avant le désordre, un bateau plein des soldats des Princes, qui se mêlèrent avec la canaille en la place; et un conseiller de ville, nommé de Bourges,

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a dit affirmativement à M. d'Orléans qu'il y avoit reconnu des officiers, et entre eus !e major du régiment de Languedoc, assurant de plus que ceux qui le sauvèrent et reconduisirent chez lui pour de l'argent étoient soldats des iroupes des Princes. Ledit de Bourges donna cent écus.

Un M. Poncei, officier de cour souveraine, donna cent louis écus d'argent au trompette du régitneni de Valois, qui entreprit de le sauver, comme il fit.

La grande bourgeoisie, là postée, par ordre de la Ville, pour la conservation de l'assemblée, fut la première qui, se mêlant avec la populace, tira mousqueiades dans le; fenêtres de l'Hôtel de Ville, ce que le sieur Duret, trésorier de France à Moulins, qui étoit de l'assemblée comme notable bourgeois, m'a dit avoir éprouvé, comme il pensa se sauver du côté du Saint-Esprit, et que l'on le fit rentrer au trou, par où il sorioit, à coups de mousquet. Ce que l'assemblée voyant, quitta ladite salle et se retira, se barricada contre les portes oLi le feu avoit été mis, jeta force billets par les fenêtres, portant comme elle avoit résolu et conclu l'union avec les Princes, selon le désir du peuple ; mais il ne s'y arrêta point ei continua le désordre, voulant tuer et piller.

Ladite assemblée aussi cria' Union! Union! » dès la soni? des Princes, se doutant bien qu'ils étoient malconients. Elle tenoil même es fenêtres de la salle où elle éioii un drap blanc, au lieu de drapeau en signe de paix, que la canaille trouva moyen d'abattre; et, l'ayant visité, s'il y auroii point d'argent noué es coins, le brûla.

Du commencement, elle se défendit et tua plusieurs de la canaille à coups de fusils que tirèrent gens du maréchal de L'Hôpital. Et, s'il y eût eu bons mousquets et grenades, ils eussent fait retirer la canaille.

La grande porte brûlant lentement, les petites furent bientôt consumées. On y mit aussi le feu du côté du Saint-Esprit (voyez au 2[ de ce mois], et ainsi la foule entra.

Le maître des comptes Miron, grand frondeur, y fut tué, et le sieur de Janvry, jeune conseiller, fils du vieux conseiller de la Grande Chambre Ferrand ; il éioii marguillier à Sainl-Etlennedu-Mont.

Un marchand de fer de la même paroisse, et aussi marguil- ' lier, demeurant en la place Mauben, un nommé Yon, épicier, et autres y ont été tués.

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Le sieur Le Gras, maître des Requêtes, meurtri de plusiemi

coups, en est mon le lendemain.

Le sieur Doujat, conseiller en la Grande Chambre, et qui cheminoit avec ledit sieur Le Gras, fut enlevé dans une maison tout joignant, et là promit dix louis d'or si ceux qui le tenoient le rendoient sain et sauf chez soi, ce qui fut fait.

Le sieur Le Grand, fils unique d'un procureur de la Chambre des Comptes, fort riche avocat en Parlement et bailli de Saint- Viaor, fut tue, se retirant de la rue de la Tixeranderie, où il étoit, vers son logis, rue Barre*du-Bec.

Le maréchal de L^Hôpital donna de l'argent aux plus hardis des séditieux qui le sauvèrent.

Le président de Guénegaud promit dix pistoles à d'autres, qui le tirèrent de là; mais, au premier corps de garde du carrefour des rues de la Coutellerie, Jean-Pain-Mollet et Jean-de-l'Épine, etc., ils le perdirent et furent contraints de l'abandonner es mains d'autres plus forts, qui le menèrent par la place aux Veaux, et du Chevalier du Guet vers la Monnoie, oti, ce voyant, il leur persuada de le mettre en maison bourgeoise (qui fut chez M. de Scve-Plotard) plutôt que dans un cabaret, où ils le pensoient mener; mais il leur fallut encore composer et doubler la dose, et ainsi ils eurent deux cents livres et bien à boire; et les premiers avant eux lui avoient pris son chapeau et un manteau et pourpoint de taffetas rayé, lui baillant haillons, au lieu de cela, pour le déguiser et faire passer péle-mélc avec ceux qui étoient par tous les corps de gardes, qui étoient très fréquents, et, sans cela, ils ne Teusscnt jamais pu faire passer ni conserver à eux.

11 étoit le troisième recommandé au sacrifice des Princes, après et avec le Gouverneur de la ville et le Prévôt des Marchands.

A la fin, sur les dix à onze heures, le duc de Beaufort y fut, qui fit tirer des pièces de vin dudit hôtel et rouler au loin au bout de la même Grève, où, tandis que la canaille s'enivra, il fit sortir ceux qu'il voulut.

Mademoiselle y fut aussi et sauva, dit-on, le Prévôt des Marchands, qui étoit caché dans une chambrette, à la charge de donner sur-le-champ sa démission de la Prévôté des Marchands, ce qu'il fit volontiers. Il fut indiqué par Lallemand, conseiller des Requêtes, à la charge qu'il ne lui seroit fait aucun mal, ni à lui aussi.

Le maréchal de L'Hôpital se sauva en habit de Pun de ses

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gardes, lesquels gardes 6rent défenses et en tuèrent plus de vingt; mais, n'ayant plus de quoi tirer, cessèrent et se retirèrent des portes et cours au dedans, où il n'y eut personne tué ni blessé que Le Maire, greflier, qui a quatorze ou quinze coups, sans que pourtant l'on désespère de sa vie.

Premier médecin du Roi, le sieur Vautier, meurt dans Paria STec beaucoup de bénéfices. On dit que le sieur Valot a sa place.

Quelque bruit que le Roi va loger à Madrid ou à. Cfaaillot; sans apparence.

Autre qu'il va à Sentis, duquel côté son armée tirera, pour s'opposer à la venue de l'Archiduc, après s'être assuré des postes de Meauz et de Lagny pour Tempécher d'y passer.

— Vendredi 5 et samedi 6, la marque de la paille continue. Aucuns particuliers allant par les rues iï pied et même en carrosse, ont, faute d'en avoir, été attaqués et tués, ou fort maltraités par k canaille.

— Samedi 6, matin, placards en divers lieux, comme la Ville avott fait son union avec les Princes, ce qui est faux, et daté du 4, qui est le jour que la populace mit le feu à T Hôtel de Ville, parce que l'on n'avoit pas fait ladite union.

Le maréchal de L'Hôpital n'étant plus en sûreté dans Paris, où, comme gouverneur, depuis longtemps il s'expose pour la Cour, qui néanmoins n'est pas contente de lui, se veut retirer dans sa maison à Bein, sept lieues d'ici, y manger d'excellents lapins; mais, quoiqu'il eût passeport, et même un carrosse de M. d'Orléans, il a été arrêté par la garde de la porte et n'a pu passer.

Ce jour, dès le malin, tous les échevins, conseillers, quarceniers, dixainiers et cinquanteniers de la ville étant assemblés en l'hôtel de ladite Ville, le vieux conseiller Broussel y a été élu Prévôt des Marchands avec la démission du sieur Le Févre, qui s'est retiré prés du Roi avec son tils, et te duc de Beaufort s'est chargé du gouvernement de la ville; le prince de Condé présent. Puis iis ont mené ledit Broussel au Palais d'Orléans prêter le serment entre les mains de Son Altesse Royale, et de là ramené â l'hôtel susdit y prendre possession de sa place, sur les sept heures du soir.

L'élection d'un Prévôt des Marchands et des échevins ne se fait à Paris que le 16 août et avec participation, ordre et lettre du cachet du Roi.

Le président de Novion, avec sa femme et enfants, est sorti de Paris et s'est retiré à Saint-Denys près du Roi.

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Le maréchal de L'Hôpital est enfin sorti de Paris la nuit entre

samedi et dimanche.

— Ce dimanche matin 7, mulets et trois chevaux chargés du bagage du Roi et de la Reine ont été pris par la milice des Princes et amenés dans Paris, y en ayant eu de pan et d'autres beaucoup de tués. On dit qu'ils alloicnt vers Corbeil et Melun, postes dont le Roi s'est saisi.

On dit que le Roi a fait défenses de plus porter pain ni denrée à Paris sans passeport, et exprès congé de Sa Majesté.

On dit que la duchesse de Chcvreuse, d^une part, et M. de Chùtcauneuf, d'autre, sont sortis de Paris et ont été conduits par le duc de Beau fort.

Milice de Paris sortie ce matin sur le chemin d'Orléans pour 7 rencontrer et escorter de là un convoi de vivres pour les Parisiens.

Ordonnance de M. d'Orléans affichée dans Paris, portant que tous boulangers aient incessamment à faire du pain, en sorte que la ville n'en manque point.

Les députés du Parlement qui, dès que le Roi partit de Melun, l'ont suivi pour lui faire leur députation, écrivent d'Argenteuil à leurs amis à Paris que tout va fort bien et y a espoir d'accommodement, et que demain lundi ils doivent aucuns d'eux aller conférer avec leur Premier Président, Garde des Sceaux, k Saint-Denys.

Nouvelles que Montrond est rendu, par le sieur de Persan au sieur de Palluau, qui s'en vient avec son petit corps de deux mille hommes joindre celui du Roi près Paris; — faux, mais vrai que cette place est fort pressée.

— Lundi matin 8, assemblée en Parlement, où les Princes éioient, et s'y sont trouvés quatre-vingts conseillers.

Le président de Gucncgaud, que l'on n'a pourtant pas destitué de sa charge de colonel, quoique l'on l'en menaçât, mais qui reçut comme tel, hier encore, les ordres de la Ville et les donna à sa colonelle, n'a point voulu ce jourd'hui assister au Parlement, non plus que beaucoup d'autres, dont tous les présidents se sont trouvés absents, celui de Bellièvre, seul en cette ville, malade des yeux, les autres retirés près du Roi ou en leurs maisons des champs, hors MM. de Nesmond et de Maisons, qui sont encore en députation vers le Roi. Tout s'y est passé paisiblement. M. Chevalier, comme doyen des conseillers, y a présidé, etc. (Voyez au i5 de ce mois.)

juillet l652] DE DUBUISSON-AUBENAV.

Le procureur général, M. Fouquet, s'est aussi absenté et retire en Cour, M. Talon, avocat général, est ou se feint malade. M. Bignon, deuxième avocat général, va toujours au Palais.

Arrêt a été donné qu^aucun de la Compagnie ne désemparera de la ville; qu'une chambre de Police sera établie pour être tenue par Messieurs; et que, cependant, le lieutenant particulier Ferrand fera la charge du lieutenant général civil d'Aubray, qui s'est absenté; ei, qu'à cet effet, il viendra demain recevoir les ordres de la Compagnie : il fut en Parlement avec tous les commissaires du Châielet et y reçut les ordres du Parlement ; que le procès sera fait et parfait à deux séditieux prisonniers en la Conciergerie du Palais, l'un nommé de Guelphe et l'autre Jean Michel (voyez au 17 et au 23 de ce moisi, qui ont voulu outrager le sieur Gervatse, notable bourgeois et officier de la maison de Ville. Et sont à cette lin nommés MM. Laisné et Gilbert-Voisins pour commissaires.

Le pain ramende à Paris de ta moitié; le petit pain a été ci-devant vendu jusqu'au prix de vingt et vingt-quatre sols ta livre; maintenant, le gros pain, qui alioit à plus de douze sols la livre, revient à sept ou huit sols. Le setier de blé revient à trentesix livres. Le beurre commun a valu jusqu'à dix-huit ei vingl sols la livre. Le quarteron de vieux œufs vingt-cinq sols, les frais trois sols pièce. Le lait jusqu'à cinq sols la pinie. La viande a été modérée et n'a pas passé sept sols la livre. (Voyez au 4 et 20 de

— Mardi 9, lettres de Saint- E)enys et, de bonne part, de la Cour, qu'elle déloge de là. On croit qu'elle retourne à Melun; cela différé.

Autre avis que la charge de capitaine lieutenant de la compagnie des chcvau-légers du Roi est donnée à Mancini, neveu du cardinal Mazarin, dont ceux de la compagnie sont très malcontents.

Que le marquis de Gesvre, capitaine des gardes du corps en quartier, a rompu hautement avec ledit Cardinal; et Gadagne, très brave lieutenant-colonel du régiment de la marine, dont Mancini est colonel et qui fit merveilles à celte occasion dernière du faubourg Saint-Antoine, et à qui ledit Cardinal avoil promis quatre mille livres de pension sur les premiers bénéfices vacants, comme sont ceux de feu M. Vautier.

Les lettres des gens de la Cour donnent toujours quelque espoir d'accommodement.

irme cette nuit dans le faubourg Saint-Germain; M. d'Or-

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léans ayant fait mettre tout le inonde sous les armes, comme ayant avis qu^il y avoit, de la part du maréchal de Turenne, entreprise sur ledit faubourg.

Le Parlement envoie lettres à ses députés, qui sont à Aigenteuil, par Pentremise de M. d'Orléans, à ce qu'ils aient à retoup» ner à Paris dans deux jours, soit qu^ils aient fait quelque cboÊt près du Roi à Saint-Denys, soit qu'ils niaient rien fait.

— Jeudi II, les députés du Parlement doivent avoir leur audience du Roi à Saint-Denys, oti il y a quelque espérance d*accommodement; selon que Ton écrit de là. En effet, ils ont une réponse, ici en papier à part, comme le Roi offre la retraite du cardinal Mazarin.

Le Parlement s'étant assemblé le matin pour recevoir duc et pair M. de Rohan-Chabot, contre la teneur de Tarrét, qui porte que nul sera reçu duc et pair jusqu^à ce que le cardinal Mazarin soit hors de France (voyez au 1 3 de ce mois), il a été arrêté que, samedi, ils s'assembleroient au cas que leurs députés ne revinssent pas demain, pour aviser à les faire revenir et pourvoir à tout sur ce sujet.

Le président de Guénegaud ne s'y trouve point.

L'armée des Princes, campée vers les poudrières et Port-à-l'Anglois, hors la porte Saint- Bernard, pille le village de Vitry.

L'après-dîner, tous les officiers et colonels de la Ville en Thôtel d^Orlcans pour tirer au sort et changer leurs postes ordinaires à la garde des portes.

Le président de Guénegaud n'y a point été, mais y a envoyé son lieutenant-colonel.

Force gens tiennent l'accommodement des Princes ou fait, ou fort prêt à être fait, le conseil du Roi ayant fait entendre au cardinal Mazarin qu'il n'y avoit aucun autre moyen de tirer le Roi et le royaume de péril que par son éloignement.

Il fut trouver le Roi, qui, boudant et fâché, se retira en son cabinet oti la Reine le fut trouver et résoudre, et le cardinal Mazarin y fit aussi les instances pour se retirer; à quoi le Roi enfin consentit que le Garde des Sceaux fit sa réponse aux députés.

Grand bruit, de par les partisans des Princes, que Tavantgardc de l'Archiduc, venant pour les secourir, est à Beauvaîs. Courrier pour cela a passé au Palais d'Orléans et lettres supposées de toutes parts.

Autres du sieur de La Roque, capitaine des gardes du prince

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de Conde, de Cambrai le 7, ponant qu'il y a vingt mille hommes prêts d'entrer des Pays-Bas en France, par au-dessus de Fonsommes, des le lendemain au soir S.

Autres des gens des Pays-Bas à leurs correspondants à Paris que le comte de Fuensaldagne est à Valenciennes avec grosses troupes et grand attirail, comme pour faire un sîége. On désigne la Basséeou Dunkerque.

Neuf fonfets, qui sont très grands bateaux, venant à contremont de l'eau et de devers Normandie, chargés de seize ou dixhuit mille muids de blé, arrêtés vis-à-vis de Saint-Denys depuis quelques jours, sont permis de monter à Paris pour secourir la ville. Mais on dît qu'il y en a encore sept à venir avec quelques petits bateaux de compagnie, outre ceux qui sont déjà venus avec les neuf grands susdits.

On pose des moulins à bras, pour la commodité publique, à moudre les blés des bourgeois qui en ont provision, ainsi que l'on fit du temps du blocus de Paris en 164g, comme au cimetière Saint-Jean, etc., dans l'enclos des Petits- Augustins du faubourg Saint -Germain, où un cheval fait moudre un setier de blé par heure et gratis, etc. Il y a des moulins à bras en plusieurs maisons particulières; et la plupart de la bourgeoisie use du pain ainsi moulu et de sa propre cuisson, qui est un peu pesant à ceux qui n'y ont pas Testomac fait.

— Vendredi matin 13, on a la réponse faite de la part du Roi par écrit aux députes du Parlement, qui doivent demeurer en Cour jusqu'à ce que les Princes aient envoyé les leurs pour régler le licenciemeut ou éloignement des troupes et arrêter les ordres nécessaires pour rétablirlecalme en l'État. Quoi faisant, le cardinal Mazarin se retirera, et, dii-on, qu'il ira à Turin ou à Pignerol.

Force gensde condition s'étam retirés ces jours de Paris, comme

le sieur de la Baziniêre et le sieur Cha ', son commis; autres

continuent, comme Iqg dames leurs femmes, la dame de la Baziniêre, celle du sieur de Nouveau, la comtesse de Miossens, ce vendredi malin 12, toutes par adresse, y ayant ordre depuis trois jours de M. d'Orléans de ne laisser es portes passer aucun carrosse de gens de condition. Vingt gendarmes du Roi l'escortèrent à sa sortie*; mais, étant pris par gens des Princes, furent amenés avec

e escortèrent madame de Mio

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elle à Paris, oti, se trouvant avoir passeport du comte deTavaneSy eux et elle ont été laissés retourner en Cour.

Le comte de Miossens a un démêlé en Cour avec le marquis de Roquelaure, sur ce que celui-ci, parlant des intérêts du feu marquis de Saint-Mcgrin, son neveu, n^a pas trouvé Tautre être tout dans ses sentiments.

Quelques conseillers des députés du Parlement renvoyés d^Argenteuil par les présidents de Nesmond et de Maisons et autres leurs codcputés, sont ce soir arrivés à Paris pour apporter la réponse du Roi à leur Compagnie et aux Princes, et les informer de tout.

Assemblée au Palais d^Orléans entre les Princes pour résoudre s'ils enverront des députés vers le Roi, selon le désir et teneur de sa réponse de jeudi 1 1.

— Samedi matin i3, le Parlement assemblé arrêta que l'on écriroit au président de Nesmond, chef de ses députés, de remercier encore le Roi, de la part de la Compagnie, de la volonté qu'il témoigne avoir de renvoyer le cardinal Mazarin et le supplier que cela soit exécuté au plus tôt, selon la teneur des déclarations de Sa Majesté et arrêts de la Compagnie. Que M. d'Orléans et M. le Prince écriront audit président comme ils persistent en la déclaration qu^ils ont toujours faite de poser les armes aussitôt que le cardinal Mazarin sera hors du royaume, et d^en assurer de leur part le Roi, et qu'ils recevront et exécuteront ses ordres touchant l'cloigncment et le service des troupes qui sont à eux. Que ledit sieur président suppliera le Roi de trouver bon que lui et ses codcputés retournent à Paris lundi prochain, pour feiire leur relation en l'assemblée, qui se tiendra mardi, pour résoudre de toutes choses.

Force canaille au Palais crie Punion. On dit que le marquis de La Boulaye avoit distribué quelque argent pour cela, comme le duc de Bcaufort en distribua, il y a quelques semaines, en la place Royale.

— Dimanche 14, madame du Plessis va à Saint- Denis avec madame de Beringhen, sous passeport de M. d'Orléans; revient le soir même, et, le lundi matin i5, retourne avec madame de Bricnne et curent peine ù passer. Le chariot du bagage pour le comte de Brienne, qui suivoit, n'ayant pu passer le soir, eurent peine à rentrer et gagner leur logis, étant poursuivies par la canaille aux cris « Aux Mazarines. »

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— Lundi matin i5, le duc d'Orléans va en Parlement, et le prince de Condê, et y font recevoir duc et pair M. de Chabot- Rohan. [Voyez au samedi 1 1 de ce mois.)

M. Chevalier, doyen du Parlement, faute de président, y présida et en a eu deux bassins d'argent en présent, pour sa présidence.

Bruit à Paris que ceux de Oîjon ont chassé le duc d'Épernon de leur ville, pour ses violences, et que le Roi s'y en va ; — faux. Il y a bien eu quelque différend entre lui et le Parlement, pour raison de la création d'un maire ou d'un procureur syndic (voyez au 25 de ce mois); mais, cela bien apaisé, comme appert par une lettre dudit maire du 23 juillet.

Avis que Mancinî, neveu du cardinal de Mazarin, qui ne s'éioii pas senti de sa blessure à la cuisse et alloii comme un autre homme, la balle lui éiani descendue à l'étroit de quelques nerfs ou tendons, qui en auroient été foulés ou écorchés, la gangrène s'y étant mise, éioità l'agonie, et que l'onn'atiendoitquesa mort. Les marquis de Roquelaure, comtes de Navailles et du Lude sont contendants ù qui aura la charge de capitaine-lieutenant des chevau- légers du Roi,

— Mardi matin i6, assemblée en Parlement remise par les Princes à demain, sur Tavis qu'ils y ont eu que les députéa reviendroient ce soir d'auprès du Roi.

— Mercredi matin 17, avis, delà part des députés du Parlement, comme ce matin le Roi est parti de Saint-Denys pour alier à Pontoise, d'où il leur enverra sa réponse et volonté, qu'ils attendront là jusqu'à jeudi midi; sur lequel avis le Parlement, en présence des Princes, a arrêté que nouveaui députés iront ce soir, de cette part, vers lesdiis anciens députés à Saint-Denys, pour les sommer, de la part du Parlement, de retourner à Paris jeudi après midi, suivant l'avis qu'ils en ont donné, avec offre, de la pari de M. le prince de Condé, de les aller quérir et escorter, afin de les ramener ici en sûreté, s'il en est besoin.

On ajoute que le Chancelier, tous les ducs et pairs ecclésiastiques et laïques, l'archevêque de Paris et tous conseillers honoraires du Parlement seront invités, comme en effet ils l'ont été incessamment tout aujourd'hui, de se trouver demain en leurs places à l'assemblée du Parlement.

Le prince de Condé va à Saint-Denys voir les députés du Parlement et les inviter à retourner (au moins est-ce le prétexte de son voyage) à Paris. Eus le prient qu'ils attendent là l'ordre du Roi,

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avec lequel ils seront demain jeudi à sept heures de releva à Paris, et, pour lors, ne refusent escorte.

Ledit Prince s'en revint à Paris et mit entre Saint-Denys et Pontoise quelques troupes.

— Jeudi matin i8, le Parlement assemblé, où ni Chancelier ni pairs ecclésiastiques n'assistèrent. Les Princes, ayant oui la lecture de la lettre y écrite de Saint-Denys par le président de Nesmond, chef des députés, portant qu'il envoyoit la lettre de cachet du Roi par laquelle Sa Majesté les invitoit et leur ordonnoit de se rendre à Pontoise, pour leur y communiquer d'une affaire de très grande importance, ladite lettre de Pontoise signée de Guénegaud et accompagnée d^une propre et particulière lettre du même secrétaire d'État, sieur du Plessis-Guénegaud, portant qu^il les exhortoit de sa part, et selon qu'il savoit être le désir du Roi, de se rendre audit lieu de Pontoise. Il a été arrêté que les Princes iroient quérir lesdits députés et les ramener à Paris.

Le duc de Beaufort s^ est rendu dès midi, à leur dîner; le prince de Condé quelques heures après et M. d'Orléans peu de temps ensuite ; mais ils ont prié les Princes de ne les pas faire partir qu'après trois heures, parce qu^ik avoient promis au Roi d'attendre sa réponse jusqu'à cette heure-là. Après cela, ils sont tous revenus à Paris.

Ce matin ont été, en la chambre de Tournelle, — où le vieux conseiller Broussel, sous-doyen de la Grande Chambre, présidoit, faute de président , comme plus ancien conseiller qui y fût, — condamnés à être pendus et étranglés en Grève les deux coquins qui avoient menacé le sieur Gervaise, marchand quincaillier de la rue de la Ferronnerie, faute qu'il ne leur payoit pasTargent quUls disoient leur avoir été par lui promis, pour le sauver du boute-feu récent de l'Hôtel de Ville (voyez au 8 de ce mois) ; mais ils ne Pont point été jusqu'au mardi 23 de ce mois (voyez au 8 aussi).

Le sieur Gervaise étoit enfermé et barricadé avec M. de Verthamon, le sieur Duret, trésorier de France à Moulins, et une dizaine d'autres notables de rassemblée, en une chambre de l'Hôtel de Ville, que ces deux coquins enfoncèrent, demandant eSrontément de l'argent ; mais les plus assurés des notables s'étant réclamés et fait forts de M. de Beaufort, celui qui veut passer pour être à lui alla dehors et leur amena le marquis de La Boulaye, qui les tira tous de là, à sûreté.

— Ce jeudi soir i8, avis à Paris que Mancini, neveu du cardi*

juillet 16S2} DE DUBUrSSON-AUBENAV. aSg

nal Mazarin, est mort le matin de la blessure qu'il reçut au combat du faubourg Saint-Antoine, le mardi 2 de ce mois.

Ce jour 18 fut donné à Pontoisc un grand arrdt au conseil d'en haut, sur le sujet de l'attentat commis en la maison de Ville, le 4 du mois, et le 6 ensuivant, touchant la destituiion du sieur X^ Fèvre, Prévôt des Marchands, etc. Et, le 23 ensuivant, il y eut encore audit conseil d'Etat un autre arrêt, en conséquence de celui-ci, et cassant celui de la lieutenance du duc d'Orléans et du prince de Condé, des 2 ou 10 juillet dernier, en Parlement.

— Vendredi matin 19, le Parlement y étant assemblé et la relation par les députés faîte, quelques-uns ont trouvé à redire qu'ils s'en fussent revenus nonobstant la lettre que le Roi leur avoii écrite et celle de M. du Plessis, secrétaire d'Etat, portant qu'il yavoit une affaire de très grande conséquence à leur communiquer, pour laquelle le Roi désiroit qu'ils se rendissent dans Pontoise, ob le Roi les attendoîi pour cela.

Sur le sujet de l'assemblée, au fond, le vieux conseiller Brousse! a opiné à déclarer M. le duc d'Orléans Régent; Lallemand, conseiller es requêtes, quoique prince de faction, a soutenu hautement que l'on ne pouvoit point faire de Régent ni de lieutenant général de l'État: sur quoi plusieurs de celte faction se sont écriés contre lui et aucuns jusqu'à dire qu'il le falloit jeter par les fenêires.

Meunier- Lartige, qui étoit l'un des députés à Saint-Denys, a opiné qu'il falloit écrire au Roi.

— Samedi matin 20, l'assemblée du Parlement a fini par un arrêt de ce jour portant : après le récit fait dès le jour d'hier, par M. le président de Nesmond, de ce qui s'est passé en sa députation, Cl de M. le président de Longueil et des conseillers de la cour vers le Roi, le Roi n'être en liberté et être sa personne détenue par le cardinal Mazarin, et que M. le duc d'Orléans sera prié, de la part de ladite cour, d'employer l'autorité dudit seigneur Roi et la sienne pour mettre la personne du Roi en pleine liberté et se servir pour cet effet de tous moyens justes et légitimes, etc., prendre la qualité de Lieutenant Général du Roi dans l'étendue du Royaume, terres et seigneuries de son obéissance, et en faire toutes les fonctions; ordonne qu'il sera reconnu en ladite qualité par tous les sujets de Sa Majesté, tant et si longuement que ledit Cardinal sera en France et jusqu'à ce que la déclaration dudit seigneur Roi contre lui soit exécutée ; et le sieur prince de

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juillet l653] Dli DltBUISSON-AUBENAV. 261

Ville, le mardi 2 du mois, la déposition du sieur de Verthamon conforme. Après lui, 3 éxé exécuté Jean Michel, aide de cuisine chez le prince de Gondé, confessant son crime ei fort repentant. (Voyez au 8 et au 17 de ce mois.)

Ce jour 23, au soir, souper d'une douzaine des plus proches parents du comte de Selles, fils aîné du comte de Béihune et de mademoiselle Marie d'Estampes, fille aînée de M. le marquis d'Estampes, conseiller d'État, en la maison dudit M. d'Estampes, d'où ils menèrent les deui fiancés marier en l'église Saint-Jeanen-Grève; d'où, à une heure après minuit, du mercredi 34, ils les ramenèrent en la même maison coucher ensemble.

— Mercredi 24, assemblée en Parlement où ctoient les Princes, ducs ei pairs. — Le président de Guénegaud et quelques autres, non.

Arrêt que la somme perçue de la vente de la bibliothèque du cardinal Mazarin (qui se monioît à cinquante mille livres environ, dont on a pris beaucoup pour les frais des députations du Parlement, depuis survenues) sera parachevée jusqu'à cent cinquante mille livres, que porte l'arrêt du 29 décembre i65i, et, qu'à cet effet, sera prise sur la Ville une année de la taxe des boues des rues, montant à cent tremg mille livres; et que, dès aujourd'hui, après dîner, il sera procédé à la vente du reste des meubles du Palais Mazarin ; pour, cette somme de cent cinquante mille livres étant amassée, être mise entre les mains des plus célèbres et solvabies banquiers de Paris, obligés à la payer comptant ici et partout ailleurs à celui ou celle qui aura eicécuié ledit arrêt du 29 décembre dernier. Et a été le nommé Lecomte, qui a eu emploi et charge en l'économie et recette des biens et revenus de ce Cardinal, envoyé quérir et, comparu, fait jurer devant la Compagnie pour dire quels deniers il a audit Cardinal; a dit n'en avoir aucuns et a été envoyé au parquet des gens du Roî. Et, cependant, garnison de la pan du Parlement demeure en sa maison.

Il y a, de ce jour même, encore un autre arrêt, ponant qu'il sera fait assemblée en l'Hôtel de Ville pour la slïreté d'icelle et éloignement du cardinal Mazarin.

— Jeudi matin 25, M. de Guénegaud, trésorier de l'Épargne, sort de Paris avec toute sa famille par la porte de la Conférence même, où le conseiller Genier, sieur du Coudray, capitaine de la colonelle du Marais, éioit de garde ; et s'en va à Rouen, avec

202 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [jUlUcC l65l

madame sa femme, laissant ses enfants et le reste de sa Cunilk à Paris.

Secrétaire du maréchal de L^Hôpital arrêté dans la rue de la Boucherie, au faubourg Saint-Germain, mené dans une écoicherie, contraint, pour sauver sa vie, d^envoyer chercher mille écus qu^il paye à ses assassins, si aises de voir compter cette somme, qu'ils oublièrent de prendre une promesse qu'ils lui demandoient aussi, faite par lui à Tun de ces bouchers.

Au sieur Courtois, prêtre sacristain de la paroisse Saint-Gervais, un filou s^adresse à Theure qu^il n'y avoit plus personne en l'église et lui demande vingt pistoles, payables dans le Palais d^Orléans, en tel endroit, le lendemain à telle heure ; ou, autrement, qu'il n^étoit rien de sa vie. Ledit Courtois n'a pas été conseillé de porter ses vingt pistoles.

Lenres de Dijon, comme M. d^Épernon y est retourné d^Autun le i6; et comme il y avoit quelque différend entre lui, qui avoit déposé le procureur-syndic, installé dès le gouvernement du prince de Condé, et le Parlement. Ce différend adouci, le Parlement lui envoya ses députes pour le conjouir de son retour et Passurer que, s'il avoit mis hors d'office, avant le terme ordinaire expiré et contre les formes, le procureur-syndic, pour raison du service du Roi, il avoit fait chose que le Parlement avoit très agréable. Et, comme un procureur de la Chambre des Comptes, ayant été convaincu d'avoir insolemment parlé du Roi, de la Reine et du cardinal Mazarin, avoit. par arrêt du Parlement, été condamné à faire amende honorable et être pendu et étranglé ; son procès, pour en éteindre la mémoire, brûlé au pied de la potence. — Cela exécuté.

— Vendredi 26, le Parlement assemblé, M. d^Orléans a dit que, puisqu'il avoit écrit au Roi touchant Téloignement du cardinal Mazarin, pour une dernière fois, et qu'il n'en avoit point de réponse, il acccptoit la lieutenance que Ton lui avoit offerte par Farrét du 20, et demandoit un conseil; et que le Chancelier fût invité d'en être et assister en Parlement. La Compagnie a répondu à M. d'Orléans qu'il choisit lui-même son conseil et qu^il envoyât aussi vers le Chancelier lui faire entendre ce qu^il lui plairoit. M. le Prince a aussi accepté la lieutenance générale es armées, sous M. d'Orléans.

Lettres de Mantes, du 25, d^un premier président du Grand Conseil, M. de Pomercu, quoique hors de semestre, comme le

juillel 16523 DK DUBUtSSON-AUBENAV. 303

Roi (qui est à Pontoise) convoque audit lieu de Pontoise son Parlement, oii les présidents de Novion et Le Coigneux sont déjà; le premier desquels présidera, si celui de Bailleul, qui est indisposé en sa maison de Soisy près Corbeil, ne peut se rendre à Mantes. Que le Grand Conseil néanmoins ne bougera pas de la ville, étant assez grande et capable pour y loger toutes les deux compagnies.

Le président de Guénegaud ayant, à l'Hôtel de Ville, envoyé, par Damoiseau, son secrétaire, sa démission de colonel du quartier Saint-Antoine, à cause qu'il est royaliste et suspect aiu Princes, les échevins et conseillers de Ville ne l'ont pas voulu accepter, témoignant avoir très bonne opinion de sa personne. — Enfin, il y fui le lendemain, samedi 27, en personne, et on le pria de demeurer encore en fonctions pour quatre ou cinq jours et jusqu'à ce que la Ville pût faire choix de quelqu'un digne d'être en sa place. Enfin, il en a été exempté; et à sa place a été mis le sieur de Brévannes-Aubi^, doyen des Requêtes du Palais, qui, la première fois de sa fonction, a tué ou blessé l'un de ses soldats, ce qui a fait fort regretter ledit sieur président.

Ce jour, l'assemblée en l'Hôtel de Ville délibère touchant les taxes pour les boues, pour les faire sonir et les mettre entre les mains des banquiers, pour parfournir la somme de la vente des livres et meubles du cardinal Mazarin, jusqu'à cent cinquante mille livres, suivant l'arrêt du 24 dernier; ifem, rétablir les entrées, faire payer les rentes, etc., taxer les portes cochéres à vingt-cinq écus.

Ils font état d'un fond de huit cent mille livres pour la guerre.

Cette assemblée fut effectuée seulement lundi 29. (Voyez ta délibération imprimée.)

Lettre des maire et échevins de Dijon aux Prévôt des Marchands et échevins de Paris.

— Lundi 2g, placard de défenses aux soldats de la milice d'aller picorer et ravager les villages du voisinage de Paris, et à toutes personnes d'acheter rien d'eux; mais, ce même matin, ils décampèrent des saulaies et marais du faubourg ei des logement» j que leurs officiers avoient audit faubourg, oti partout ils ont fait grand dégât et ravage aux jardinages et laissé grande ordure et puanteur.

Ils sont allés vers Juvisy et Corbeil, beaucoup diminués de nombre et cousus d'or et d'argent ds leurs pillages.

258 JOURNAL DBS GUERRES CIVILBS [juUlet t65i'

avec lequel ils seront demain jeudi à sept heures de relevée à Paris, et, pour lors, ne refusent escorte.

Ledit Prince s'en revint à Paris et mit entre Saint-Denys et Pontoise quelques troupes.

— Jeudi matin i8, le Parlement assemblé, où ni Chancelier ni pairs ecclésiastiques n'assistèrent. Les Princes, ayant oui la lecture de ]a lettre y écrite de Saint-Denys par le président de Nesmond, chef des députés, portant qu'il envoyoit la lettre de cachet du Roi par laquelle Sa Majesté les invitoit et leur ordonnoit de se rendre à Pontoise, pour leur y communiquer d'une affaire de très grande importance, ladite lettre de Pontoise signée de Guénegaud et accompagnée d^une propre et particulière lettre du même secrétaire d'État, sieur du Plessis-Guénegaud, portant qu^il les exhortoit de sa part, et selon qu'il savoit être le désir du Roi, de se rendre audit lieu de Pontoise. Il a été arrêté que les Princes iroient quérir lesdits députés et les ramener à Paris.

Le duc de Beaufort s^y est rendu dès midi, à leur dîner; le prince de Condé quelques heures après et M. d'Orléans peu de temps ensuite ; mais ils ont prié les Princes de ne les pas faire partir qu'après trois heures, parce qu^ik avoient promis au Roi d'attendre sa réponse jusqu'à cette heure-là. Après cela, ils sont tous revenus à Paris.

Ce matin ont été, en la chambre de Toumelle, — où le vieux conseiller Broussel, sous-doyen de la Grande Chambre, présidoit, faute de président , comme plus ancien conseiller qui y fût, — condamnés à être pendus et étranglés en Grève les deux coquins qui avoient menacé le sieur Gervaise, marchand quincaillier de la rue de la Ferronnerie, faute qu'il ne leur payoit pasTargent qu^ils disoient leur avoir été par lui promis, pour le sauver du boute-feu récent de THôtel de Ville (voyez au 8 de ce mois); mais ils ne l'ont point été jusqu'au mardi 23 de ce mois (voyez au 8 aussi).

Le sieur Gervaise ctoit enfermé et barricadé avec M. de Verthamon, le sieur Duret, trésorier de France à Moulins, et une dizaine d'autres notables de rassemblée, en une chambre de PHôtel de Ville, que ces deux coquins enfoncèrent, demandant effrontément de l'argent ; mais les plus assurés des notables sMtant réclamés et fait forts de M. de Beaufort, celui qui veut passer pour être à lui alla dehors et leur amena le marquis de La Boulaye, qui les tira tous de là, à sûreté.

— Ce jeudi soir i8, avis à Paris que Mancini, neveu du cardi-

juillec i65zj de DUBurssoN-AUBEHAv. 259

nal Mazarin, est mort le matin de la blessure qu'il reçut au combat du faubourg Saini-Amoine, le mardi 2 de ce mois.

Ce jour 18 fut donné à Pontoise un grand arrêt au conseil dVn haut, sur le sujet de l'attentat commis en la maison de Ville, le 4 du mois, et le 6 ensuivant, touchant la destitution du sieur Le Fèvrc, Prévôt des Marchands, etc. Et, le 23 ensuivant, il y eut encore audit conseil d'État un autre arrêt, en conséquence de celui-ci, et cassant celui de la lieuienancc du duc d'Orléans et du prince de Coudé, des 2 ou 10 juillet dernier, en Parlement.

— Vendredi matin 19, le Parlement y étant assemblé et la relation par les députés faite, quelques-uns ont trouvé à redire qu'ils s'en fussent revenus nonobstant la lettre que le Roi leur avoit écrite et celle de M. du Plessis, secrétaire d'État, portant qu'il yavoiiune affairede très grande conséquence à leur communiquer, pour laquelle le Roi désiroit qu'ils se rendissent dans Pontoise, où le Roi les attendoit pour cela.

Sur le sujet de l'assemblée, au fond, le vieux conseiller Broussel a opiné à déclarer M. le duc d'Orléans Régent; Lallemand, conseiller es requêtes, quoique prince de faction, a soutenu hautement que l'on ne pouvoit point faire de Régent nî de lieutenant général de l'Élai; sur quoi plusieurs de cette faction se sont écriés contre lui et aucuns jusqu'à dire qu'il le falloit jeter par les fenêtres.

Meunier- Larlige, qui étoit l'un des députés à Saint-Denys, a opiné qu'il falloit écrire au Roi.

— Samedi matin 20, l'assemblée du Parlement a fini par un arrêt de ce jour portant : après le récit fait dés le jour d'hier, par M. le président de Nesmond, de ce qui s'est passé en sa députation, et de M. le président de Longuell et des conseillers de la cour vers le Roi , le Roi n'être en liberté et être sa personne détenue par le cardinal Mazarin, et que M. le duc d'Orléans sera prié, de la pan de ladite cour, d'employer l'autorité dudit seigneur Roi et la sienne pour mettre la personne du Roi en pleine liberté et se servir pour cet effet de tous moyens justes et légitimes, etc., prendre la qualité de Lieutenant Général du Roi dans l'étendue du Royaume, terres et seigneuries de son obéissance, et en faire toutes les fonctions; ordonne qu'il sera reconnu en ladite qualité par tous les sujets de Sa Majesté, tant et si longuement que ledit Cardinal sera en France et jusqu'à ce que la déclaration dudit seigneur Roi contre lui soit exécutée: et le sieur prince de

266 JOURNAL DBS GUERRB8 CIVILES [aOÛt l65s

gardes, etc., qui ont été blessés. Son corps fut porté en Phôtel de Condé, et le lendemain 3 1 , en son hôtel de Nemours, où il fut visité et embaumé pour être porté à Annecy-en-Genèvois.

M. d'Aumale, archevêque de Reims, se retire chez les Jésuites, dans le Collège de Qermont.

Ce même jour, on a su le démêlé du comte de Rieuravec le prince de Condé, qui fut pour le rang, prétendu au conseil de guerre, qui se va établissant au Palais d'Orléans, par ledit comte, comme prince de la maison [de Lorraine], par-dessus tous autres, après M. d'Orléans et M. le Prince susdit ; dont ayant, à Pissue du dîner, entretenu le duc de Rohan, qu'il trouva arrivant dans la galerie dudit Palais, et puis ensuite le duc de Tarente, qu'il avoit croyance le lui disputer, sous la protection dudit prince de Condé, ce Prince passant là et voyant ce comte parler à cet autre prince de Tarente avec chaleur, dont le duc de Rohan lui dit la cause, s^ en alla pour empêcher qu'ils ne se querellassent. Mais le comte de Rieuz, s'emportant encore plus, disant au prince de Condé qu^il étoit pour sa partie et ne seroit jamais son serviteur, lui fit de plus certain signal et extension de la main par mépris, dont le prince de Condé ému lui donna un fort grand soufiBet, auquel le comte, voulant répartir, ne put que donner du poing à l'épaule par devant au Prince; et puis, voulant tirer son épée, fut saisi au corps par le duc de Rohan, le prince de Condé cherchant aussi une épée au côté d*un gentilhomme là présent à une fenêtre, M illanges, jadis lieutenant du Roi à Sedan, qu^il ne put avoir, vint donner plusieurs gourmades et coups de pied à ce comte, ce que fit aussi le président Viole, criant : « Un bâton ! »; ce qu^on dit que Vineuil cria tout de même. Le prince de Condé lui saisit son épée, en se coupant pourtant un peu à la main, et puis lui en donna de la garde dans les dents, en fut chercher un autre, et puis revint à Rieux. Sur quoi M. d'Orléans vint, qui commanda

crit dans ses pièces justificatives, qui lui avait été transmis par son ami TrémoUiére, premier commis du secrétaire d'État de Brienne :

c Noms des combattants : — M. de Beaufort, M. de Ri, M. BriUet, M. Bury-Rostaing, M. d'Éricourt; — M. de Nemours, M. Lusech, M. Lt Chaise, M. Campan, M. de Viliars, neveu de l'archevêque de Vienne, qui a fait l'appel.

tt Je suis très humble serviteur de M. TrémoUiére; j'ai grande ioie de lui rendre ce petit service. Je souhaiterois qu'il m'employât tous les jours. '^ De la Germondière, > (Bibliothèque Mazarine, H 2786/, p. layi.)

août 1 653] DE DCBCISSON-ADBENAY. 967

que l'on menai le comte prisonnier à U Bastille et envoya quérir M. le Chancelier et quelques conseillers du Parlement pour lui faire son procès, le prince de Condé le priant que cela nefili poini.

— Vendredi, deuxième jour d'août, le Parlement assemble, les Princes présents, ordonne la levée effeaive du supplêmeni de la somme de cent cinquante mille livres, pour le prix de la t^c du Mazarîn. Et une pièce de tapisserie à fond d'or a été apponée du Palais Mazarin au Palais, étendue et exposée en une chambre, à côté de la troisième des Enquêtes, pour servir de montre et cchantillon de la vendue. — Item, cette fameuse montre ou horloge que l'on dit avoir coûté 7,000 pistoles ei valoir cinquante mille écus. — Item, casse les arrêts du Conseil d'État donnés à Pontoise, le Roi présent (attendu qu'il n'est pas libre), le 18 du mois dernier et le a3 ensuivant, et fait très expresses défenses aux payeurs de rentes de s'emparer de la ville de Paris, ni de vider leurs mains des sommes destinées au payement desdîies renies, qu'en l'Hâtel de la Ville, à la manière ordmaire.

Ce jour, se publie la lettre circulaire de M. d'Orléans écrite & tous les gouverneurs des provinces, sur le sujet de sa lieutenance générale pour le Roi en tout le Royaume. — Elle est datée du 33 juillet.

Avis que Monirond est baitu à outrance et que le comte de Palluau se promei de le faire rendre dans le lodumois. Le colonel Balthazar va de Guyenne à son secours, à grandes journées. — Celui-ci faux.

Villeneuve-d'Agénois, toujours assiégé par le comte d'Harcoun, qui y a encore six mille bons hommes, mais en perd beaucoup par la grande résistance de Théobon et des habitants, etcellents tireurs, qui sont irrités du sac de Lauzerte.

Il n'y a plusquevingt-deuxolliciersdu Parlement dans Bordeaui; le reste chassé par l'armée, qui est maîtresse même des jurats et Maison de Vilie.

Lettres d 'Ai x-en- Provence, du 22 juillet, que, ce soir-là, l'accommodement de la ville de Toulon avec le duc de Mercœur devoit éirc fait ou failli ; mais on l'espère fait, à cause que Toulon, comme le château de Tarascon, n'avoicni tenu contre ce duc que sous l'espérance de la venue du duc d'Angouléme, qui, ayant été arrêté par le comte de Palluau à Saint-Bcnoit-du-Sauli, en Bcrry, par ob il petisoit gagner l'Auvergne et son comté de ladite, ei de là se rendre en Provence, vers ses partisans, et conduit k Saint'

268 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [«OÛt l653

Amand, où il est gardé prisonnier. Toulon et tout le parti a perdu toute l'espérance de subsister, le président de Connis, le plus puissant esprit de Provence, 7 agissant pour la Cour.

Lettre des maire et échevins de Dijon aux Prévôt des Marchands et échevins de Paris^ touchant la fidélité des Bourguignons envers le Roi.

— Lundi 5, on va au Palais pour la distribution des procès; et le conseiller Guénegaud, deuxième président en la troisième des Enquêtes, y a été pour cela, remettant pourtant sa distribution à faire demain, de relevée, en son logis, comme il le peut.

Cependant, sur ce que le parquet du Roi, portant translation du Parlement de Paris à Pontoise près du Roi, est arrivé à Béchefer, le plus ancien substitut du Procureur Général, et faisant ici sa fonction, il y a eu rumeur par les chambres. En la Grande, il y a eu arrêt portant défenses aux avocats, procureurs et clercs d'iceux, huissiers, greffiers, etc., de désemparer ; et l'assemblée de toutes indicte à demain en la troisième des Enquêtes. Les conseillers Portail, Bitaut, Dorât, Tronson et autres, entre lesquels le plus bruyant a été Le Boindre, jusqu^à douze ou quinze, vouloient obliger par écrit toute leur chambre de ne point désemparer, avec grosse peine à ceux qui désempareroient ; mais Thoré, premier président, et le deuxième, item les conseillers Hervé, Guillon et autres, jusqu'à sept ou huit, ne l'ont voulu et ont néanmoins promis de ne point s'en aller, pourvu que les choses demeurent dans Tordre, et qu'il y ait sûreté de demeurer à Paris.

M. Bignon, avocat général second, doit être parti cejourd'hui pour aller, pour sa santé, aux eaux. M. Talon, premier avocat général, se tient au logis comme malade, et ne va point au Palais. M. Fouquet, procureur général, est de longtemps sorti de Paris et en Cour.

— Mardi 6, assemblée en Parlement, oli les ducs d'Orléans et prince de Condé étoient, et, par l'avis du conseiller Feydeau de Brou, nouvellement de la Grande Chambre, il a passé que le paquet du Roi, que Tondit porter la translation du Parlement de Paris à Pontoise, demeurera au greffe de la Cour, sans être ouvert, jusqu'à ce que le cardinal Mazarin soit sorti hors de France. — Item^ a été arrêté que nul de la Compagnie ne désemparera, sous peine dont on n'a pu convenir lors ; qu'aucun ne prendra commission de servir qu'oti la Compagnie aura ordonné, et que ceux de la Compagnie qui ont déjà désemparé seront ou invités

ou condamnés à retourner, dont on n'a pas non plus convenu, les voix étaai tellemeni partagées, que Je cent neuf, il s'en est trouvé jusqu'à cinquante-quatre du plus foîble coté. — Et il éioit une heure après midi.

L'arrêt de la taxe des portes des maisons de la ville affiché par les carrefours de Paris.

Le cardinal Mazarin, à la Cour, s'appelle le cardinal de Metz, depuis qu'il a traité de cet évèché. — Il traiie avec le marquis de Verneuil, fils naturel du roi Henri IV; — il traite aussi du gouvernement de la ville et citadelle de Metz avec M. de Schonberg; mais cela n'est pas encore bien achevé.

L 'après-dîner, les présidents des Enquêtes se sont trouvés dans la troisième, pour là distribuer tous les procès de leurs chambres, à cause que le président de Guénegaud, deuxième président de ladite troisième, avoit la distribution des sentences pour sa part à faire.

Le duc de Beaufort est passé sur le Pont-Neuf, ayant été au Palais d'Orléans, lui et tout son train en grand deuil. M. le Prince a pris aussi le deuil en serge, et de même M. d'Orléans.

Ce jour, à Pontoîse, la patente du Roi pour la translation de son Parlement près sa personne a été lue en soti logis, en présence de toute la Cour, pour cire enregistrée le lendemain,

— mercredi 7, en la première séance et ouverture du Parlement, qui se tiendra là.

Ils étoient dix conseillers, deux présidents et le Premier: ce sont treize en tout. Us ont signé par entre eus que, si le cardinal Mazarin ne se retire à Metz, lors et ainsi qu'il les a assurés qu'il feroit, ils s'en retourneroieni en leurs maisons. Ménardeau- Champréet Rocquemont-Tambonneau, n'ont point voulu signer.

Cependant, Bariei, retourné de l'armée des ennemis, assure que le duc Charles ne veut plus se venir joindre ou commettre avec les Princes ici, et que le comte de Fuensaldagne, qui, d'ailleurs, est mal de sa personne, ne se trouvant pas assez fort seul, s'est retiré dans sa frontière, et le duc Charles resté vers Rethel.

En cette première séance du Parlement à Pontoise, le Procureur Général conclut à ce que le Roi fût très humblement supplié de congédier M. le cardinal Mazarin, pour ôter loui prétexte de guerre en son Etat. — Jtern, que défenses fussent faites de faire aucune taxe sur les maisons et bourgeois de Paris, sur peine de la vie; ce qui a été arrêté.

Il y avoil trois présidents, en comptant le Premier, dix con-

270 JOURNAL DBS GUERRES CtViLBS [aOÛt l653

seillers, deux pairs ecclésiastiques et trois maréchaux de Fnuioe.

— Jeudi 8, à Paris, rassemblée en Parlement achève Tarrét, les Princes absents, qu'ils avoient hier commencé, contre les sieurs Forcoal, détenus prisonniers, et ayant présenté requête; sur laquelle a été arrêté que plus amplement seroit informé par M. Laisné, conseiller, sur le fait des devoirs affeaés aux rentes que Ton leur impose avoir divertis.

Ce jeudi, troisième jour de la lune épactale de septembre, madame du Plessis ayant été baignée trois ou quatre jours, soir et matin auparavant, s'en va à Pontoise voir Monsieur son mari, d'où elle ne retourne qu^à la fin de l'autre semaine et au bout de dix jours. Son cinquième fils, Emmanuel, ayant été sevré quatorze jours justement auparavant ce jourd'hui, c^est-à-dire le 26 juillet, elle retourne le vendredi soir, 16 ensuivant, à Paris, avec opinion de force gens qu'elle négocie entre la Reine et les Princes.

— Vendredi 9, au matin, les Princes vont en Parlement, où l'assemblée a cassé et annulé tout ce qui a été fait dans l'auditoira de Pontoise, le Garde des Sceaux^ ci-devant Premier Président au Parlement de Paris, y présidant ; ordonné que le Procureur Général viendra dans lundi ici, en rendre raison, et, à faute de ce fgiire, sera commis en sa charge; et que les huissiers iront par les maisons de ceux qui ont assisté à Pontoise audit jugement, reprendre les sacs de procès dont ils sont saisis, pour les rapporter au greffe de la cour ; et que ceux aussi qui ne sont pas à Pontoise, mais restent à Paris, sans assister aux assemblées du Parlement, perdront leurs gages, qui seront saisis pour être distribués au pain des prisonniers.

Le sieur Pithou, conseiller de la deuxième des Enquêtes, des plus ardents frondeurs, et Tun des commissaires pour la vente de la bibliothèque et meubles du cardinal Mazarin, a été par toutes les chambres et y a fait, par ordonnance particulière, arrêter que les présidents desdites chambres, qui sont à présent retirés à Pontoise et ne retourneront ici qu^après la paix, quand, rétablis en leurs charges, ils voudront donner des audiences, tous les conseillers se lèveront et s'en iront. — Item, que les conseillers desdites chambres, aussi à présent retirés à Pontoise, quand, après un accommodement, ils reviendront, auront perdu le rang de leur réception et seront les derniers de leursdites chambres, voire traités en nouveaux officiers intrus, qui n'auront point de part aux rapports des procès des autres.

aoûi i652]

DE DUBUISSON-AUBENAV.

De relevée, le duc de Beauforl va en l'Hôiel de Ville, et là est reçu pour gouverneur de Paris.

— Samedi 10, à midi, lettres de Pootoise, de la fine Cour, portent que l'affaire de Metz, pour le cardinal Mazarin, n'est faite, nonobstant qu'à Paris, on tienne le contraire, et qu'il s'en va; mais que l'on ne partira qu'après la Notre-Dame; — que Bartet s'en retourne vers le duc Charles ; — qu'il y a négociation de tous les partis; —que le duc de Bouillon est mort et le comte de Brienne fort en péril, étant tombé en léthargie.

Ce matin est mon, sur les sept heures, au Palais d'Orléans, le petit duc de Valois, hls unique de Son Aliesse Royale, qui n'a pas laissé d'aller ouïr la messe à Noire-Dame; et madame d'Orléans s'étant laissé voir à son lever, sur les six heures du soir, à porte ouverte en sa chambre, est descendue, grosse, comme elle est de six ou sept mois, ce dit-on, avec une simarre, portée en sa chaise en son parc, où elle a mis pied à terre et a marché appuyée sur deux écuyers d'une façon fort langoureuse et avec un visage défait et malade. L'enfant est mort d'un dévoiemeni qui, du commencement, a été négligé.

Ce même jour, M. d'Orléans a envoyé quérir tous les imprimeurs du Roi demeurant à Paris et leur a très étroitement défendu d'imprimer l'arrêt donné à Pontoise en la première séance et ouverture du Parlement qui y est, et portant remontrances et supplication au Roi d'éloigner de la Cour le cardinal Mazarin,

L'envoyé des Pays-Bas passe ici, inconnu, vers l'Espagne, pour le sujet de la paix recherchée de la France. C'est de la pan du comte Garcia, gouverneur de Cambrai, qui a le fin du cabinet et conseil d'Espagne pour les affaires de police et de paix, comme le comte de Fuensaldagne l'a pour la guerre.

Le premier président de la Cour des Aides, sieur de Beaulieu- Amelot, s'étant mis mal avec le prince de Condé, lorsqu'au commencement de son arrivée dans cette ville il alla en ladite Cour des Aides faire ses civilités et demandes, et appréhendant, par les insultes depuis faites à quelques-uns du Parlement et à l'Hôtel de Ville en l'assemblée y tenue le 4juillet, que ledit Prince ne lui en fit aussi quelqu'une, s'est retiré de Paris-, et ayant envoyé sa femme et Doujat, son homme de lettres, avec elle, par un chemin à Blois, dont elle est originaire, lui, prit le chemin de Chartres, otj, appréhendant d'être arrêté par le sieur de La Fretie, ci-devant

272 JOUUfAL DES GUBftUS dviua [soût i65a

capitaine des gardes de M. le duc d^Orléans, et qui enest gDOverneur, s*cn sauva travesti dans le château de G)unrille, de bonne défense, etappanenant au comted^Orval-Béthune, où il est demeuré malade. Ijc reste de sa Emilie et petits-enfants sont demeurés à Paris en sa maison, rue Dauphine.

— Lundi 12, Parlement assemblé, les Princes absents, délibère d'exclure de sa Compagnie ceux qui se sont retirés à Pontoise.

Les sieurs de Blancmesnil- Potier, président en la première des Enquêtes lequel, à ce que Ton dit, s'est retiré dés la nuit suivante à Pontoise , et de Thoré-Panicelli, président de la deuxième, sonirent, le premier, à cause du président de Novion, son cousin, et le deuxième, à cause de son beau-frère le président Le Coigneux; mais, on les a envoyés quérir pour opiner, l'affaire passant les considérations de parentèle ; et eux voyant que les voix qui les préccdoient étoient toutes pour ladite exclusion, ont opiné du bonnet.

Il a été ordonné députation pour se condouloir, au nom du Parlement, à M. d'Orléans, sur la mort de son fils unique.

Le président de Novion écrit au président de Nesmond, qui, comme plus ancien, préside à Paris, que ce qu'il s^est retiré à Pontoise avec ses confrères n^est point pour se séparer, mais pour être à la Cour plus à la main et à l'occasion de trouver le biais d'accommoder les affaires, qui autrement s'en vont perdues.

— Mardi i3, M. d'Orléans, soit d'indisposition ou tristesse, soit de bienséance, à cause de la mort de son fils, n'est point allé à rassemblée, où le prince de Condé s'est trouvé. Et y a été arrêté que, si, dans huit jours, ceux du Parlement retirés à Pontoise ne se rendent à Paris, ils seront déclarés exclus et déchus et incapables de la fonction de leurs charges et rayés de la matricule.

Les ducs de Joyeuse et de Damville viennent, de la part du Roi et de la Reine, vers le duc d^Orléans lui faire condoléance sur la mort de son fils.

Le Roi et toute la Cour prend le petit deuil, en camelot d^Hollandc il petits grains, pour le duc de Valois.

Le baron de Lanques-Choiseul, qui commandoit le régiment du prince de Condé, Clairambault, qui pour lui avoit tenu Lagny et Charenton, Chavagnac et autres le quittent mal satisfaits ; et Tavanes en veut faire autant.

Lettres de Pontoise, écrites du 1 2, comme, ce jour-là, le Roi, conformément aux remontrances de son Parlement là séant, ce jour-là faites, a signe le congé et retraite du cardinal Mazarin.

août 1 652] DE DUBULSSON-ALBENAY, 2j3

Est imprimée sous le titre de t Réponse du Roi aux remon- « Irances de son Parlement séant à Pontoise, le 12 août, etc., * signée de Guénegaud.

Que le comte de Brienne-Loménie, secrétaire d'État, se va guérissant.

Ce lundi, l'on fut par la ville demander la taxe des portes, M. d'Orléans ayant donné quinze pistoles pour la sienne, afin de commencer et montrer le chemin aux autres qui n'en payent que la moitié, ou soixante-quinze livres.

Un dixainier du pont Saint-Michel vint à la porte de Nesie, y demander, en Thôiel de Nevers, chez M. Fcydeaii ei autres. Et, comme chez le sîeur Damoiseau il fut reçu un peu brusquement, il dit n'être pas venu pour contraindre, mais seulement savoir si l'on vouloit payer ou non. On répondit que l'on feroit comme les autres.

Ce même lundi 12 arrivèrent à Paris trois paquets du Roi, l'un au sieur Le Camus, surintendant des Bâtiments du Roi, afin qu'il s'en aille au Palais Mazarin s'opposer à la vente que les commissaires du Parlement font des bustes et statues antiques que le Roi a déclaré déjà et déclare encore cette fois être à lui et non au cardinal Mazarin ; l'autre, au président de Guénegaud, où il y avoii quelques passeports, eic; le troisième, au sieur Piètre, procureur du Roi et de la Ville, pour y assembler et faire que les anciens échevins allassent en Cour y trouver leurs anciens Gouverneur et Prévôt des Marchands, avec défenses de procéder à l'élection de nouveaux échevins le lendemain de la Notre-Dame d'août.

Le soir du lundi, le cardinal de Retz fut visiter son oncle, l'archevêque de Paris, fort malade, et le prier de lui pardonner s'il avoit emporté le cardinalat sans sa participation; mais cela se trouve faux, car l'archevêque a officié la veille à Notre-Dame, à vêpres, en son église, en pleine santé.

— Mardi i3, lettre de cachet du Roi à M. Talon, premier avocat général, qui est malade, qu'il communiqua à deux conseillers, qui lors se trouvèrent en sa visite.

Autres paquets du Roi à la Chambre des Comptes, à la Cour des Aides et aux bureaux des trésoriers généraux des finances, ce qui met les Parisiens en cervelle pourquoi le Roi les mande.

— Mercredi matin 14, en la Grande Chambre, sont venus les échevins de la Ville apportant le paquet du Roi reçu par eux le

274 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [«OÛt l65l

jour précédent, sur lequel ils demandent conseil; à quoi la Grande Chambre a répondu qu^elle n^avoit point de conseil à leur donner et qu'ils savoient bien ce qu'ils .avoient à £ùre en telles conjonctures.

— Jeudi i5, fête de Notre-Dame, à cause de la pluie qui se fit de relevée, la grande et solennelle procession^ que le feu Roi institua, il y a environ quinze ans, en mettant son royaume en la protection de la Vierge, ne s^est faite que dans Téglise ; le vieux conseiller Broussel y assistant à la tête du Corps de Ville comme Prévôt des Marchands.

Le Marché Neuf avoit été tendu de tapisseries sur la croyance que ladite procession y passeroit, comme les autres années.

— Le i6, jour Saint- Roch, à dix heures du matin, rassemblée de Ville tint; oti, contre la défense portée par la lettre de cachet du Roi (ils disent avoir en leurs registres de la Ville exemple, qu'en i6o3, nonobstant pareille défense du roi Henri IV, ils ne laissèrent pas de faire leur élection), on élut les deux échevins de Tannée qui éioient en leur rang pour cela; savoir : Gervais, marchand grossier de la rue de la Ferronnerie, dont est faite mention ci-devant en juillet, ensuite de Tincendie de PHôtel de Ville, et Orry, marchand de la place Maubert. Il n'est point parlé du Prévôt des Marchands et semble que Ton s^en est tenu à Téleaion faite du vieux conseiller Broussel, le 6 ou 8 juillet, par la démission et retraite en Cour du sieur Le Fèvre, qui Pétoit.

Le comte de Miossens, capitaine-lieutenant des gendarmes du Roi et maître de la garde-robe du duc d'Anjou, malade ; on lui envoie des cordiaux de Paris et un passeport pour s'y faire apporter. Cependant, le cardinal le visite deux fois et on l'assure du bâton de maréchal de France et du payement des gages, dès à présent, avec le brevet.

Le Chancelier de France, M. Séguier, voyant, comme il est vraisemblable, la lieutenance générale de M. d'Orléans cessante, les armes des Princes à bas et leur crédit à bas dans le Parlement de Paris, où la meilleure partie passera à l'autre déjà établie à Pontoise par le départ du cardinal Mazarin, et qu'ainsi il ne pourroit pas y faire faire la vérification du duché-pairie de Saint-Liébaut^ qui est à lui, qui lui étoit promise, écrit une grande lettre de soumission au Roi qui lui fait réponse par M. Le Tellier, secré-

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