‹ Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay, 1648-1652Chapitre 24 sur 120 · Blanc au manuscrit · texte numérisé non relu

Blanc au manuscrit

septembre 1652] de dubuisson-aubbnay. 289

Ruel, Nanierre et toute cette comriîe. On en amène le vin à mesure qu'il est mis aux muids, voire étant encore dans les cuves, à sauveté dans Paris, à cause du retour des gens de guerre que l'on dit être prêts à y retourner,

— Dimanche i5, le curé de Saint-Jean-en-Grève, l'un des curés députés de Paris, témoigne en son prône l'inclination que la Reine a de voir tout pacifié et le Roi dans Paris.

Ce jour, le duc Charles étoii à Paris et passa sur le Pont-Neuf, seul en un carrosse de M. d'Orléans. Quelques bourgeois alloient disant hautement qu'il le falloit jeter dans la rivière.

Le cardinal de Retz fait, ce jour, sa visite à M. d'Orléans avec camail et rochet et sa grande chappe rouge et le bonnet de cardinal, qui a semblé fort petit. Il s'est couven avec Son Altesse Royale.

Lettres de Son Altesse Royale au Roi du 7, à Paris, avec une réponse du Roi du la, à Compiègne, très précise et sévère, et parlant en Roi, se voient à Paris cejourd'hui, imprimées à Compiègne toutes deux.

M. le baron de Capres-Bournonville, amené malade d'une petite lièvre en cette ville, rue du Mail-Montmanre, au logis du duc son frère, y guérit dans trots jours— (le vicomte de Barlin son frère, plus âgé, et colonel d'un régiment allemand entretenu, y vient aussi du camp de Boissy le 19), — me vient voir le 18. Leig, M. le comte de Hennin, son frère aine, arrive à Paris et me vient voir dès le soir et m'apprend toutes les particularités des postes et forces des deux partis.

— Lundi 16, publication de la harangue faite au Roi à Compiègne, le 12, par le cardinal de Retz, qui est une pièce vraie et bonne, venue deux jours après une fausse et supposée, fort méchante.

Assemblée au Parlement de Paris, où le duc d'Orléans se trouve et où il y a eu tant de divers avis s'entrechoquant, qu'enfin l'on en est demeuré à celui du maréchal d'Estampes, que Le Boindre, conseiller de la troisième, a relevé et poussé, qu'il falloît attendre le retour de Rolin et de Joyeuse, envoyés de M. d'Orléans en Cour depuis deux jours, avec lettres de sa pan; et que, en attendant leur retour, il écriroit et y enverroii encore presser qu'il plût au Rot recevoir les députés de deçà pour l'ai dément.

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Le bruit continue que les Princes ont envoyé des troupes pour reprendre les postes de Saint-Cloud et des environs ; pour cela, l'on hâte tant qu'on le [)eut la vendange.

Ce jour, Mademoiselle fut voir les camps de Lorraine et de Winemberg. Madame du Plessis de Guénegaud, qui 7 (ut par cette occasion, entretint fort, de la portière de son carrosse, le comte de Hennin-Boumonville, dont elle a une estime incroyaUe; duquel, ce même jour, je reçus lettres contenant quelques particularités de la précédente dernière visite que M. d'Orléans fit en son camp, qui fut de faire attaquer escarmouches et tirer force volées de canons d'un camp dans l'autre; car ils sont près l'un de Tautre.

M. le Prince donna à Mademoiselle à dîner dans Grosbois.

Le maréchal de Turenne, si bien posté, retranché et muni, que plus de vingt mille hommes ne le sauroient forcer, au-dessus de Villeneuve-Saint-Georges, oti il a triple pont sur Seine, quand il n^en avoit que quatre mille ; mais il en a plus de six mille, et le maréchal de la Ferté-Senneaerre plus de deux mille.

— Mardi soir 17, force fusées sur le Pont-Neuf.

Ce soir, sur les dix heures, les camps des armées prirent l'alarme; M. le Prince, qui est à Boissy et à Limeil, mêlé an corps de Wirtembcrg, qui est de plus de quatre mille hommes, et le sien avec celui de M. d'Orléans, commandé par le duc de Beaufort, de plus de trois mille, sans M. de Lorraine, qui en a sept mille, à savoir quarante cornettes de cavalerie, qui font quatre mille et huit, et dix escadrons d'infanterie, chacun de trois à quatre cents hommes.

L'armée de nos deux maréchaux est de huit mille, le tout, de confession mutuelle et constante entre les deux panis.

En cette alarme, le marquis de Lauresse-Montmorency fut tué par le grand feu des lignes des maréchaux, et Saint-Ybar blessé, ce qui fît retirer M. le Prince; mais les maréchaux, craignant qu'il ne retournât à l'attaque, prirent encore l'alarme à minuit, sans que le Prince, se contentant de sa perte et de cinquante chevaux de plus, se remuât.

Le duc de Wirtemberg, malade à Paris en l'hôtel de Condé. Son corps d'armée est posté à Boissy et Limeil, ou Limey, avec celui des Princes, commandé par le duc de Beaufort, qui a réputation d'être fort sur ses gardes, vigilant et continuellement faisant

ssi d'ordinaire, parle

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patrouille, dont M. le Prince, qui y est au assez souvent.

Le duc Charles â Paris, logé chez les Plessis, baigneurs, près les Comédiens du Marais.

Les étrangers et Princes ont leur poste plus proche de Paris, et leur pont aussi passant sur une île en Seine vis-à-vis de Choisy.

— Jeudi et vendredi, divers bruits du secours de Dunkerque par Tarmée navale du duc de Vendôme; et au contraire, de la prise de cette armée, au passage de Calais, par les Anglois, et de la reddition de Dunkerque aux Flamands, qui vont assiéger La Bassée.

Barcelone se perd et Casai est fort pressé.

Les Lorrains portent Técharpe jaune, les Princes et tous François et Lorrains, Wallons, Allemands de Tavanes et Clinchamp, la portent bleue. Wirtemberg a quitté la rouge et n'en porte point du tout. M. le Prince a donné des galons bleus aux écharpes jaunes des Lorrains, et le duc Charles des galons jaunes aux écharpes bleues des François et première armée des Wallons, Lorrains et Allemands des ducs de Nemours et BeauforI, Clinchamp et Tavanes.

Mademoiselle et toutes les filles et femmes qui l'accompa* gnèrent prirent des galons bleus et jaunes.

— Jeudi 19, en assemblée qui tint au Palais, à Paris, on ne parla que de paix. En celle de l'Hâtel de Ville, après dîner, tout de même, le président es Comptes Aubry, homme royal, et de son naturel hardi, le premier et doyen des conseillers de Ville, insista qu'il falloit faire dépuiation et instance continuelle au Roi pour l'obliger à revenir en sa ville de Paris; aucuns rebatant cela, demandant que cette délibération fût remise à lundi prochain, comme elle a été, et celle aussi du Parlement, afin que M. d'Orléans y puisse être. Ledit président a dit qu'il falloit donc trouver les moyens de chasser les armées étrangères qui éioient à la vue de Paris et dévoroient, non seulement la campagne, mais aussi la ville {car la ville leur fournit des vivres, nonobstant Topposition d'aucuns échevins), laquelle il falloit empêcher qu'elle ne leur fournît plus de vivres, lesquels, à la fin, nous afemeroient; cela tirant de long, comme il y a apparence, attendu que le Parlement n'a plus d'entremise vers le Roi, ni de pouvoir pour l'accomtnodement.

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Sur lesquelles paroles, le conseiller Quélin, à présent de PÉdit, s'est levé et a appelé ledit président mal avisé et Ta voulu comme frapper. Un échevin s'est mis entre deux et a dit que M. d'Orléans Tavoit envoyé quérir et dire qu^il désiroit de se trouver à rassemblée, et qu'il prioit que l'on la remette à lundi prochain.

— Samedi 21, ordre de M. le Prince, qui est demeuré au camp, tandis que les ducs de Lorraine et de Wirtemberg sont à Paris, et même le comte de Hennin et le vicomte de Barlin, son frère, qui n^en partira que demain, après avoir dîné chez le duc de Sully, de s'y rendre demain,

— dimanche 22, sous peine de perdre leurs charges. On croit qu'il y. aura quelques remuements des camps.

Hier 21, le maréchal de Turenne chassa, défit et prit mille chevaux du Prince, dont on supprime la nouvelle à Paris; mais il n^y en a, à la vérité, tant.

C'est le maréchal qui s'est saisi du passage et environs de Lagny avec quinze cents chevaux, et court dans la Brie, où il prend les fourrageurs des ennemis; et, d^une autre part, le long de la rive droite de Marne, vient enlever ceux qui, par Charenton et bois de Vincennes, vont à Paris recevoir les vivres que Ton leur y fournit.

Hier, M. d'Orléans se laissa persuader d^écrire à la Reine une lettre, dit-on, pleine de douceurs et de soumissions.

— Lundi 23, assemblée au Palais à Paris, où Tabolition que M. d^Orléans a fait donner au duc de Beaufort pour son duel avec le duc de Nemours, qu'il a tué, a été enregistrée, quoi qu'elle ne soit pas scellée. C'est comme lieutenant général du Roi et de l'État, ou comme généralissime des armes et général du parti, dans lequel le cas s'est commis, entre chefs qui étoient sous lui. Elle a été, disent les autres, expédiée en la forme de celte du Roi, mais en la petite Chancellerie du Palais.

Arrêt de la Cour des Aides pour sortir de Paris et obéir à la translation de leur séance dans Pontoise.

— Mardi matin 24, assemblée de trois à quatre cents personnes, simples et notables bourgeois, dans le Palais Royal, maison du Roi, méditée dès hier. Le maréchal d'Èlstampes y étant allé, de la part du duc d'Orléans, savoir quelle étoit cette assemblée et sous quelle autorité elle se faisoit, ils lui ont répondu que c'étoit sous celle du Roi, et pour le ramener en sa bonne ville de Paris, afin

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qu'il lui donnât la paix. Et lui ont montré en leurs chapeaux des petites enseignes de papier, disant que la paille étoit rompue.

Aucuns m'ont dît qu'on a crié : « Point de Princes! Vive le s Roi, notre seul souverain, i

Autres disent que Mademoiselle y passa, fit ôier le papier et reprendre la paille, et qu'aucuns bourgeois délibèrent de se jeter sur cette assemblée, qu'ils appelèrent Mazarins.

Le conseiller de la Grande Chambre, le sieur Prévost, abbé de Samer et chanoine de Noire- Dame, y ctoit comme chef ou notable. Ils parlent de se rassembler vendredi prochain.

— Mercredi aS, on dit que M. d'Orléans a fait cette nuit prendre quelques-uns de l'assemblée d'hier, ce qui ne se confirme pas.

Avis de Pontoise que les sieurs Fraguier, conseiller en Is première, et Godard- Petit-Marais sont arrivés à Pontoise, en leur séance.

— Ce soir, le jeune duc de Bournonville arrive à Paris; et, le lendemain matin, jeudi 26, l'abbé Fouquet, après avoir été trois heures en conférence avec le sieur Goulas, en est parti pour la Cour avec un trompette de Son Altesse Royale.

Le Roi, parti de CompiÈgne le 23, couche à Creil-sur-Oîse et tire à Manies.

M. du Plessis-Guénegaud, secrétaire d'État, couche à Pontoise, avec M. le président son frère, le 34.

Avis que l'avocat Constant, bordelois, fort habile homme et royal, est parti de Compiégne avec force dépêches; et que le duc de Candale en est aussi parti le 3 r , pour aller en Guyenne commander Tarmée, que Ton a nouvelles être toute jointe.

— La Cour écrit, du vendredi 27, de Mantes, que le lendemain 28, au soir, elle sera à Pontoise.

— La nuit du 37 au 38, le premier imprimeur du Roi, A. Estîennc, allant avec ses gens par les rues, affichant en placard une déclaration nouvelle du Roi donnée ce 26, à Mantes, par

laquelle le Roi lève la ' et modification apposée à Tédit de

son amnistie par son Parlement séant à Pontoise, en réservant les cas commis les 3 5 juin au Palais et 4 juillet ensuivant derniers,

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Lettres de Dubuis

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Ad'Uover*.

Monsieur, Je vous aurois rendu mes debvoirs de lettre depuis que je suis par

tletà, si je n'avois espéré de vous y venir, une fois que nous avons sceu que vous veniez jusques à Monis en Haynaut, et dcsespérti, ou pour le moins tenu fort difiicile de vous faire tenir de nos nouvelles une autre fois que le Roy allant à C h Qsleau -Thierry el de là en Lorraine, je ne sfay quelle opinion me vint que vous seriez du voyage. Depuis que je suis en ceste ville, j'ay fait deux divers voyages aux ciiamps, auK (erres les plus voisines que M. le duc de Bou mon ville ayt îcy, et je pars dans six jours sans faute pour l'aller trouver à Lille, où je scray justement à temps pour y recevoir l'honneur de vos com-

I. Cabinet dei Titres, Lettres adressées à d'Hozier, t. 12, p. Si, Les trois premières lettres à d'Hozier sont certainement de 1634. — La première lettre, malheureusement mutilée, est antérieure â la iuitc de Bournonville de Lille qui eut lieu au milieu de cette année. Elle lait allusion à la mission secrète de d'Hoiier aux Pajrs-Bas pour décider le retour de Gaston, à l'expédition en Lorraine de Louis .Xlll et à la soumission définitive du duché eetie même année. — La seconde, datée du ig octobre, se rapporte à la rentrée de Gaston, à son passage à La Fére et au voyage de Bouthillier au-devant du prince jusqu'à Soissons en octobre 1634. — La troisième, du 7 décembre, parle du siège de Macstricht par les Espagnols et de l'arrivée du Cardinal Infant qui prit le gouveroement des Pays-Bas .t de 1635.

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mandements, si tant est que vous m'en vouliez charger par le courier de Lille, qui part comme celuy de Bnisselles et n'a qu'un mesme et seul facteyr, au f Fer à chenal, i Vous Taddresserez chez M. Despraia- Salomé, vis-à-vis de Saint-Maurice, à Lille, parce que toute la âimille de M. le duc est à Bondu, une lieue à costé.

Les nouvelles icy ne sont pas gayes depuis la rendition de ^

le retour du Roy, qui emmène à Paris

Le fort de la Philippine que l'on pensoit

Don Gonçales et le comte de la Feira estoient allés avec force

monde dem Hollandois qui l'ont incroyablement rendu plus fort

en moins de rien, et ont repoussé et battu iceux des nostres qui le vouloicnt approcher.

Ce que Ton peut faire, c'est un contrefort pour brider leurs sorties et courses vers Gand.

Leur armée de terre a passé la Meuse et tire vers Luxembourg, ce qui fait croire qu'elle se grossira du licenciement de la françoise pour, puis aprez, entreprendre par Namur ou Juilliers ou mesme par TÎiionville et Luxembourg.

L'armée de deçà, commandée par le marquis d'Ayetona, est vers Namur et Liège, qui suit l'autre et ne l'esloigne guères de place, non plus qu'elle a fait jusques à icy de puissance; mesme on tient icy constamment qu'elle est plus forte que l'autre depuis que la cavalerie suédoise s'est retirée. On croit que c'est pour estre ou au siège de Constance, pour le subject duquel les Suisses catholiques et protestans sont divisés et prests de s'entrebattre, ou en Suabe, sur le passage du duc de Feria, que l'on croit debvoir estre dans peu de jours à Brissac.

Quelques soldats à cheval retournés par deçà et à grandes journées, comme ils m'ont raconté, ont asseuré que Schaifenbergh, lieutenant d'Aldringer, avoit deffait mille chevaux du parti suédois dont les quatre cents estoient françois et puis avoit joint le duc de Feria. Je m'asseure que vostre Galette conte le contraire.

Obligez M. le duc de vos nouvelles, car je les luy feray * comme

vostrcs et surtout n'oubliez l'arrivée du de Lorraine.

Vous me permettez bien de baiser les mains à Madame vostre femme, et à me dire comme je suis véritablement

Vostre très humble et affectionné serviteur.

Du Buisson.

Je vous escris du lict, où une légère m'a condamné depuis

quelques jours.

1. Le feuillet est écorné par en bas, de sorte que les cinq dernières lignes de la page sont tronquées.

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