‹ Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay, 1648-1652Chapitre 4 sur 120 · DE 1648 A · texte numérisé non relu

DE 1648 A

ANNÉE i65i.

L'an i65i esi le troisième du bissextile exclus. — La lettre dominicale est A. — Indiction romaine ou papale 4. — Epaae 8. Cycle solaire 8. — Cycle lunaire tS. — Lune en son dixième jour.

Janvibr.

M. du Plessis de Guénegaud entre en mois de secrétaire d'Etat.

Le marquis de Chandenier, en quartier de capitaine des gardes du corps, a eu congé et commandement de s'en aller chez lui, en Auvergne, le 30 de ce mois.

Maître de la garde-robe en semestre : M. de Monglas.

Premier gentilhomme de la chambre en année : M. de Souvré.

— Le premier jour, dimanche (.4cri), le Roi au sermon du père Maimbourg, jésuite, en l'église Saint-Louis, rue Saint-Antoine.

— Le lundi 2, conseil au soir à l'ordinaire chez la Reine, où vînt le duc d'Orléans, ayant ëié, de la pan de la Reine, envoyé quérir par le Garde des Sceaux chez la duchesse de Chevreuse. Il n'avoit point été chez la Reine depuis vendredi 3o décembre, où le soir il entra, le cardinal Mazarin avec lui, qui l'anendoit à l'entrée du grand cabinet et le reçut, lui faisant soumissions et excuses de n'avoir pas été lui faire la révérence au palais d'Orléans, où M. Le Tellicr fut le premier jour de Tan de sa part à S. A. R., la prier de vouloir défendre sa maison aux duc de

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Beaufort et coadjuteur de Paris, ou ne pas trouver mauvais si Son Éminence, ne trouvant sa sûreté, ne pouvoit lui venir rendre visite.

Cette froideur du duc d^Orléans est diversement interprétée; les uns disent que les frondeurs lui ont donné ombrage et jalousie de ce que, samedi dernier, ledit cardinal étant arrivé, on fit commandement à la brigade des gendarmes du Roi qui, conduits par le comte de Miossens, furent jusques au delà du Bourget le prendre pour l'escorter avec celle des chevau-légers aussi du Roi et demeurer en faaion, ou tout prêts, dans le Palais-Royal, ce soir-là et celui du lendemain.

Autres disent que c^est sur ce que la Reine lui dit, vendredi, qu^elle avoit promis le bâton de maréchal de France aux sieurs de Villequier, d'Hocquincoun et de la Ferté-Senneterre pour, leurs bons services (la femme de celui-ci qui, ci-devant, avoit fait paroître beaucoup de gentil esprit, est, depuis deux mois, devenue folle), sans parler du sieur de la Ferté-Imbault, à qui la Reine a promis le bâton dès la prise de Gravelines et celle de Mardick, où il servit fort bien sous Son Altesse Royale, à qui il est, la dame sa femme étant dame d'honneur de M™' la duchesse d'Orléans et son fils, marquis de Mauny, premier écuyer de S. A. R., et lui, ayant été enseigne puis lieutenant de sa compagnie de gendarmes dès Tan 1612 ou i6i5.

Avis que le duc de Mercœur revient de Catalogne, — vrai ; — que le duc d'Angouléme, jadis comte d'Alais, est sorti de Provence, ayant passé le Rhône, selon les ordres qu'il en avoit du Roi, et pris l'autre rive, qui est la droite, qui est le chemin d'Alais. Sa fille, unique héritière, mariée au duc de Joyeuse- Guise, grand chambellan, est devenue folle.

— Mardi et mercredi, 3 et 4, les trois premiers maréchaux ont passé et été reçus, et ont, le lendemain jeudi, prêté le serment au Roi, le comte de Brienne servant de secrétaire d'État au lieu de M. Le Tellier, auquel il appartenoit, comme ayant le département de la guerre et qui étoit absent.

Le sieur de Villequier, maréchal d'Aumont, est le premier, au préjudice du sieur de la Ferté-Imbault, que M. le duc d'Orléans vouloit faire passer devant, et qui est maréchal d'Estampes. Le troisième est le sieur d'Hocquincoun de Mouchy.

On a envoyé au comte de Grancey-Médavy, qui se méconten« toit, pour être le cinquième; le quatrième au sieur de la Ferté-

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Senneterre. qui est travaillant h la reprise et réduction des places de Lorraine : Mirecouri, Aigremoni. Remiremont, Epinal, Neufchâteau et Chastel-sur-MoscUe. (Voyez l'Extraordinaire Galette numéro 2, et la Galette numéro 5.)

— Jeudi, veille des Rois, 5 janvier, les trois maréchaux de France nouveaux ont prêté serment, et le Roi appela celui d'Aumont le premier.

Le duc de Mercœur arrive de Catalogne à Paris.

Bruit secret que la dame duchesse de Chevreuse a reçu lettres de l'archiduc, de Bruxelles, faisant mention de la paix générale.

Ce soir, le cardinal Mazarin donne à souper au Roi et à Monsieur son frère, qui y menèrent M. le duc d'Orléans, et y ont bien bu. Plusieurs seigneurs y furent commandés de la part du Roi, s'asseoir à table, et y fut le duc de Damville roi de la fève, « le marquis de Roquelaure agréable en son vin ei dont le Roi rit, quoique fort sérieux de son naturel. (Voy. la Galette du 7.)

— Samedi matin 7. les chambres assemblées, le président de Mesmes d'Irval fut reçu.

Les gens du Roi vont de la part du Parlement trouver la Reine pour prendre d'elle le jour qu'elle veut ouir leurs députés, suivant leur Aïïi\i du 3o déi:etnbre dernier. La Reine a dit qu'elle se irouvoit encore mal et les prioit d'attendre encore quelques jours et jusqu'à ce qu'elle eût assez de force pour être en état de leur donner audience.

Autres députés, dont le chef étoic le présideni de Novion, ont été trouver M. le duc d'Orléans et le prier de se joindre au Parlement et s'inierpos* vers la Reine, afin qu'elle ait agréables les remontrances que la Compagnie enverra faire à Sa Majesté pour la liberté des Princes; à quoi Monsieur répondit qu'il désiroit servir la Compagnie en toutes occasions et les Princes pour obtenir leur liberté, quand il verroit que les choses y seroient disposées; mais que, sachant que le parti formé et soulevé pour eux n'étoit pas encore assez réduit et calmé, il ne pouvoit pas à présent s'entremettre pour cela.

— Dimanche au soir, 8, le maréchal de Gramoni arrive, ayant le petit comte de Guiche, son fils, avec lui. Le sieur de Champlâtrcui éioit allé au-devani de lui.

— Lundi 9 et mardi 10, tout le monde va voir les trois nouveaux maréchaux et celui de Gramont nouvellement arrivé.

Le maréchal de Gramont envoyé quérir en Béarn, son gouvernement, pour être en cour et non sans sujet et mystère.

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On parte diversement du sujet de son rappel en cour, et quelques-uns se flattent d'un- envoi de lui vers les Princes, f>our traiter avec eiu touchant leur liberté. Ce qui est plus apparent est que l'on l'ôte de Béarn, son gouvernement, où l'on n'est pas sans soupçon de lui, à cause que l'on craint encore quelque chose du côté d'Espagne en ces quartiers-là, où l'on dit que tes marquis de Lusignan et de Sillery sont retournés de Bordeaux pour traiter.

Madame et mademoiselle de Bouillon se trouvent en liberté à Paris et font leur cour chez la Reine.

Députés de Reims arrivent à Paris pour se plaindre des maux que la Champagne souffre par tes gens de guerre.

Au Parlement, on parle de s'assembler pour donner ordre au prévôt des bandes d'arréier et punir tes soldats du régiment des gardes qui vont sur le chemin de Gonesse et autres des environs de Paris, ôtani le pain et les autres vivres qui vont en ville, si ce n'est que les paysans leur donnent de l'argent pour les racheter. Le Premier Président a dit là-dessus que l'on y avoit pourvu et quavant-hier on avoii fait loucher une demi-montre au régiment des gardes et que l'on en ferait encore autant toucher aprèsdemain, pour les empêcher de voler.

— Mercredi malin ii, service funèbre et harangue pour la dernière fois à feu Madame la Princesse, au grand couvent des filles Carmélites, où elle est enterrée.

— Mardi 1 7, il y a crierie, au Palais, des Enquêtes qui demandoieni l'assemblée pour remédier à la volerie que font les soldats des gardes vers Saint-Denis et Gonesse et celi a été remis au lendemain ou jour d'après; ou enfin aus remontrances que leurs députés doivent aller faire ù la Reine touchant leur arrêt du 3o décembre i65o, pour la liberté des Princes, suivant qu'ils en ont eu ce jour [licence] de la Reine.

— Mercredi 18, au fin matin, les arches du Pont-Neuf-au- Change venant à s'entr'ouvrir ès-endroits, où déjà elles étoient cnîr'ouvertes dés les grandes eaux de janvier à mars 1649, du côté oriental et supérieur, regardant le quai couvert de Gesvres et le pont Notre-Dame, quelques cabinets, attachés par dehors aux maisons, éboulés, et la pitié a été grande de voir les marchands sauvant leurs personnes et leurs meubles. Les deux bouts et avances du pont étoient gardés par des hallebardiers qui n'y laissoieni entrer qui que ce fût au monde. Quelques cabinets et pri-

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vés, attachés au dehors des maisons, tombèrent à l'eau et y eut des personnes noyées.

Inondation de la rivière, qui s'est accrue jusques à dimanche midi 22 et a été deux pieds plus haut qu'en l'an 1 649 ; tous les égouts de la ville regorgeant dans les mes où l'on n'a pu aller que par bateaux.

Tout le bas de l'île Notre-Dame tout noyé, jusques à La rue Poulleiier, les bateaux passant par-dessus le parapet et appui des deux quais ; l'Arsenal, la place devant le quai et rue Saint-Paul, celui de Saini-Gervais et rue de la Mortellerie et de la Grève, jusques au bas de la rue de la Coutellerie, la vallée de Misère et partie du quai de la Mégisserie, celui des Augustîns et hôtel de Nevers, tous inondés et non accessibles qu'avec bateaux; comme aussi celui de la Tournelle, jusques au faubourg Saint- Victor, le jardin Royal et toute la campagne interjacente à la Seine. Tous les chantiers de bois emportés et de même vers et dans le faubourg Saint-Antoine, marais de Bas-Froid et dehors du Temple; les fossés de la ville comblés ei regorgeants dans icelle par les égouts des rues, comme dit est. Les caves des maisons pleines.

L'aprës-dlner, les députés de l'assemblée du Clergé, Tarchevéque d'Embrun portant la parole, eurent audience du Roi et de la Reine. Ils donnent six cent mille livres tournois au Roi pour les frais de son sacre. — Libelle court par tes rues contre les ecclésiastiques de l'assemblée qui se lient â Paris et qui a tant donné de peine pour avoir d'elle un si modique secours au Roi, au lieu de quatre et cinq millions qu'elle a donnés es précédentes assemblées, en temps de bien moindre besoin qu'il n'est à présent.

— Vendredi 20, à deux heures du soir, les députés du Parlement ont été au Lit de la Reine, en sa chambre grise, lui parler par la bouche du Premier Président, qui a fait ses remontrances sur la détention des Princes au Havre, demandant leur liberté, puisqu'ils paroissoient plus malheureux que coupables; a traité le jour de leur arrêt de « funeste et fatal à l'État, " et la raison de les arrêter " infortunée politique; " a exagéré l'éloignement, dureté de leur prison et la rudesse de l'air et du lieu où ils étoient ; a parlé de Mademoiselle de Longueville, qui, par sa requête, demande permission de pouvoir être dans ia ville et solliciter les affaires de Monsieur son père, et enfin a conclu, par prières adressées au Roi , de ne point s'absenter de sa bonne ville de Paris.

6 XHJUI AL DES GUERRES CITILfS [janvicT l65l

La Reiœ a répooda qu'au premier jour elle assemMeroit son conseil et feroit savoir au Parlement le temps pour venir prendre n r^x>nse. Le Garde des Sceaux dit, comme il sortoit, que cela étoit insolent. Le Roi, tout en colère, dit après qu'il fut sorti : « Maman, si je n'eusse point craint de vous £àcher, j^eusse par « trois fois £ut taire et sortir le Premier Président. »

Le matin, sur le midi, M. du Plessis de Guénegaud, secrétaire d'État, ayant le dépanement de la Maison du Roi, a, par commandement de la Reine, £ût entendre au marquis de Chandenier de quitter son quartier de capitaine des gardes écossoises et se retirer, dans le lendemain, en Auvergne, chez soi. La cause est qu^il hante continuellement avec le coadjuteur de Paris. Il a répondu, qu^ayant la garde du corps du Roi, il ne la pouvoit atMindonner sans un commandement porté par écrit ; on lui a donc expédié une lettre de cachet du Roi. Il a ordre de s'en aller en ses terres d^Auvergne. 11 a eu, de la même bouche, depuis, permission de rester à Paris jusques après la décrue des eaux. (Voyez le 1 5 de ce mois.)

La duchesse de Montbazon grosse. M. de Montbazon, âgé de 8o ans ou plus. Il fut fait chevalier de Tordre du Saint-Esprit en iSgS.

— Le samedi 21, arrêt du Parlement portant défenses aux maîtres des Requêtes de passer outre à juger souverainement le nommé Eon, contrôleur du Sceau, pour fausseté par lui commise. II est prisonnier en la Bastille, et le Garde des Sceaux a donné commission auxdits maîtres des Requêtes de le juger, avec commination de les interdire de Tassistance au Sceau, s^ils y manquent.

— Le dimanche 22, assemblée chez le Premier Président, où fut résolu d'interdire du Parlement à jamais les maîtres des Requêtes s'ils passoient outre au jugement d'Éon, contrôleur au Sceau.

Ce jour, à midi, les eaux commencent à décroître, et lundi matin, elles étoient baissées de demi-pied et plus en des endroits larges, de deux ou trois pouces au Pont-au-Change-Neufet autres lieux de la rivière.

— Lundi 23, le Premier Président fait en rassemblée des Chambres relation de ce qui se passa vendredi chez la Reine, en leur députation et à sa harangue. Le duc de Beaufort y étoit.

Ce jour même, les gens du Roi ont été vers la Reine pour le différend du Garde des Sceaux et du Parlement; celui-là a la po8«

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session et Tusage de faire, de tous temps, souverainement et par ses commissaires, tels qu^il veut choisir, le procès aux officiers du Sceau : le Parlement prétend qu'en venu de la déclaration du mois d'octobre 1 64S, les maîtres des Requêtes, que le Garde des Sceaux a commis en ce procès, ne peuvent pas juger souverainement. M. Talon harangue la Reine, qui remet l'affaire à son conseil pour y Être jugée à la huitaine. On croit que cela s'accomodera par même voie.

Les mêmes gens du Roi prendront de la Reine le jour qu'elle donnera aux députés du Parlement pour retourner vers elle quérir la réponse à leur députation. On dit que c'est pour le 25.

Le sieur de Bar écrit du Havre, en cour, que Monsieur le Prince demande sa liberté et promet de l'accepter à quelque prix et condition qu'il plaise au Roi la lui donner.

On dit que le maréchal de Gramont a été, de la part de M. d'Orléans, demander à la Reine la liberté des Princes prisonniers au Havre et est allé vers M. le Cardinal pour ce même sujet, que l'on dit avoir été pour cela toute la nuit en alarme.

— Le 24, à 7 heures du soir, on envoya de la cour quérir M. du Plessis Guénegaud pour faire sortir Carnavalet de la Bastille, où il fut mis pour avoir laissé évader madame de Bouillon de chez elle.

C'est ce soir que l'on veut que le maréchal de Gramont ait fait allées et venues pour la liberté des Princes.

Ce même jour arriva de Bourgogne ici le duc de Vendôme, ce qui lit dire à la Reine que le marquis de Chandenîer s'en pourrait bien aller, nonobstant les eaux.

Les eaux décroissent de deux pieds au 25 matin ei le 26 emportent sept maisons de la rue de la Boucherie, avancées sur le cours de l'eau, et qui. par leur chute sur un grand bateau là attaché, tuèrent plusieurs lavandières. Autres maisons, aussi en avance sur la rivière, en la rue Saint-Louis, au-dessous du pont Saint-Michel, s'éboulèrent aussi en l'eau.

— Mercredi ï5, le Roi va au sermon que fait le curé de Saint- Paul, le sieur Mazure, maître de la chapelle de Sa Majesié, dans son église, où se célébroit la Conversion de ce saint.

— Vendredi 27. Parlement assemblé pour les affaires des maîtres des Requêtes, députe aussi vers M. d'Orléans le prier de se joindre pour la liberté des Princes.

La Reine, se ponant de mieux en mieux, se guérit entièrement.

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— Le lundi 3o, Conseil d'en haut; les députés du Parlement, qui avoieni été ouis par la Reine couchée en son lit le 20 dernier passé, furent mandés devant elle, qui se trouva debout en son cabinet et habillée de noir; et leur fut dit, par l'organe du Garde des Sceaux, qu'il ne fut oncques qu'en France on ne mît tes Princes du sang en prison, quand ils faillent ou donnent soupçon de pouvoir faillir; allégua lous ceux qui avoient été mis jM-isonniers, aucuns jugés, les uns absous, les autres condamnés, etc., et qu'en pas une de telles occurrences le Parlement ne s'étoit mêlé d'eux, étant vrai qu'il est seulement pour rendre la justice aux particuliers el nullement pour connoîire des affaires d'Etat; que néanmoins la Reine ne trouvoit point mauvais qu'il eût bit ses remontrances au Roi sur l'affaire présente de la libené des Princes, laquelle Sa Majesté marne désiroit et étoit très aise que l'on lui en ouvrit les moyens, lesquels elle croyoit ne devoir ni pouvoir être autres sinon que ceux qui s'éioient soulevés depuis cet emprisonnement missent bas les armes, revinssent en France, abandonnassent le parti des ennemis et remissent ce qu'ils avoient de places et de forces entre les mains du Roi ; ce qu'étant fait, et la Régence trouvant en cela la sûreté de la personne du Roi et de l'État, au point qu'elle y puisse prendre confiance, Sa Majesté remettra tout aussitôt les Princes en liberté; ei pour témoigner que Sa Majesté le veut ainsi, elle enverra au premier jour sa déclaration portant amnistie de tout le passé, aux conditions susdites, en son Parlement.

Ce soir même, le duc de Bouillon, mandé à Paris, y arrive de Turenne, les duc de La Rochefoucauld ei marquis de Sillery, son beau-frère, y sont depuis quelques jours ei ont vu la Reine.

Le même jour, tous tes colonels, seize en nombre, leurs lieutenants et officiers furent par les quartiers de la ville, chacun en l'étendue de sa compagnie, faire de maison en maison, sans aucune excepter, exacte perquisition de tous ceux qui étoient dedans, suivant le résultat de l'assemblée de Ville, faite le jour précédent en vertu dune lettre de cachet du Roi, portant que Sa Majesté étoit avenieque force gens étrangers et non avoués se trouvoient secrètement dans Paris.

Le duc de Candale est pourvu du gouvernement d'Auvergne, on dit que son père, le duc d'Kpernon, vient en cour et est venu en effet.

— Mardi 3i, assemblée en Parlement et arrêté que les gens du

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Roi iront incessameni vers le Garde des Sceaux solliciter la déclaration d'amnistie qu'il promit hier de la part de la Reine, ainsi que le Premier Président a dit, en la relation qu'il a faite de ce qui se passa hier avec les députés du Parlement devant le Roi et la Reine, au Palaîs-Royal.

Février.

M. Le Teilier en mois de secrétaire d'État.

— Le mercredi, i" jour de février {Danubium],le Pariement assemblé, comme le jour d'hier, continua à vouloir passer outre à déterminer de la liberté des Princes, puisque la Reine n'avoit point envoyé la déclaration par elle promise. Les gens du Roi, qui l'ont été solliciter vers le Garde des Sceaux, ont dit l'avoir vue minutée, mais qui n'avoit pu encore être mise en forme et que le Parlement l'aura dans vendredi prochain. Aucuns ont là-dessus dit qu'il falloit passer outre à voir les charges du procès des Princes et les juger. Le Premier Président les a retenus, et, s'adressant au rapporteur de la requête, le sieur Deslandes-Payen, lui a demandé son avis. Lui, a dit qu'auparavant le donner, il étoit à propos de voir s'il y avoit quelqu'un de la Compagnie qui dût proposer de députer vers M. le duc d'Orléans pour le prier d'assister à ce qui s'y feroit, parce que tel avis, venant à la traverse, romproit le cours de celui du rapporteur. Comme donc il s'en est trouvé qui ont été de cet avis d'inviter M. d'Orléans à venir au Parlement, cela a été arrêté de députer vers lui, et cependant l'assemblée remise à vendredi.

Le coadjuteur de Paris avec le duc de Beaufort ont protesté désirer et demander la liberté des Princes plus sincèrement que beaucoup d'autres qui en font semblant (il semble qu'ils aient voulu désigner le Premier Président, qui pourtant y va sans doute tout de bon) et en ont fait grande démonstration.

On cria <■ au Mazarîn, * au duc d'Epernon et aussi au duc de Vendôme, alors qu'ils sont passés sur le Pont-Neuf.

M, Le Teilier, secrétaire d'État, étant allé au palais d'Orléans vers Son .\ltesse Royale, lui a demandé de la part de la Reine s'il étoit vrai qu'il eût dit vouloir que les Princes sortent de prison ;

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à quoi il a répondu qu'oui et qu^il le vouloit, et qu^il le rapportât ainsi à la Reine.

On dit que le maréchal de Gramont part demain de Paris pour s'en aller au Havre vers les Princes prisonniers, — et il est vrai, — menant avec lui les sieurs de Lyonne, de la part de la Reine et Goulas, de la part de M. d'Orléans.

On parle aussi d'envoyer le duc de la Rochefoucauld vers madame de Longueville à Stenay.

Le mercredi soir, premier février, conseil d'en haut et au sortir le cardinal Mazarin regardant le Roi dit d'un ton triste qu'il étoit le plus infortuné Roi de la Chrétienté, puisqu'ayant une si haute naissance et de si belles qualités, il ne pouvoit gagner le cœur de ses p)euples entre lesquels il y avoit et dans sa ville capitale des Fairfax et des Cromwels qui tendoient à le faire périr. — M. le duc d'Orléans dit que les peuples aimoient le Roi et la Reine, mais haïssoient seulement le ministre qui étoit cause de tant de maux qu'ils avoient soufferts et soufFroient. — Le Cardinal répliqua que c'étoit le prétexte même des Cromwels et Fairfax qui avoient en Angleterre couru sus d'abord aux ministres, pour ensuite, dans leur perte, ensevelir le Roi, comme ils ont fait; mais que pour lui, sous les ordres de la Reine et l'autorité du Roi, il défendroit bien son terrain; à quoi M. d'Orléans répliqua : « Je ne doute <c point de vos bonnes intentions, mais je doute des moyens que « vous en pouvez avoir. »

— Jeudi 2 et vendredi 3, tout en armes au Palais-Royal, M. le duc d'Orléans n'y voulant plus aller, et le bruit courant qu'il a dit qu'il n'iroit point, que le Cardinal y fût. Tous les amis et serviteurs de l'Éminence sont là avec épées et poignards tous les jours dès le matin; le dernier desquels, avant jour, sont partis pour aller au Havre, le maréchal de Gramont de la part du Roi, et de la Reine, le sieur de Lyonne, secrétaire des commandements de la Reine, encore de sa part et de celle du Cardinal, et le sieur Goulas secrétaire des commandements de M. le duc d'Orléans, de la part de Son Altesse Royale, pour, avec les Princes, traiter de leur liberté.

Consentement de M. d'Orléans donné par écrit à la Noblesse pour s'assembler, à certaines conditions.

M. d'Orléans envoie quérir les ducs d'Épernon et de Schomberg auxquels il dit qu'ils n'eussent pas à recevoir aucun ordre que de lui. Le premier, comme le plus ancien, répondit que si le

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Roi et la Reine étoient hors de Paris, il n'auroit garde de recevoir ordre d'ailleurs que de Son Aliessc Royale ; mais Leurs Majestés y étant, il le recevroit d'Elles. On parle du retour de M. le Chancelier et de M. de Chavi-

gny-

Ce même jour, vendredi 3, le Parlement assemblé, M. d'Orléans n'y vint point, quoiqu'inviié ; mais le coadjuieur de Paris dit qu'il l'avoli chargé d'assurer la Compagnie qu'il étoit pour la liberté des Princes.

La Reine vouloii aller au Palais d'Orléans vers Son Altesse Royale, qui lui manda de n'y point aller et ne se montrer par les rues, ne lui répondant pas du peuple irrité.

Ce jour, le cardinal Mazarîn harangua dans le cabinet de la Reine, en présence de leurs Majestés, pour se jusiifier de tout ce qu'on lui imputoit et particulièrement sur ce qui s'éioit passé le soir précèdent entre M. le duc d'Orléans et lui. 11 ne s'en acquitta pas avec pleine satisfaction de ceus qui y étoient présents, au nombre de vingt ou trente.

Les ducs de Vendôme et d'Elbeuf allèrent de la part de la Reine vers Son Aliesse Royale, pour le gagner, car ceuj d'Elbeul sont pour la cour, et comme le premier vit résistance, il dit à Son Altesse Royale en l'oreille : « Ce n'est pas que, quoi qu'il arrive, je ne sois votre serviteur. » Ce que M. d'Orléans reprit tout haut en disant à ceux qui étoient là présents ; a M. de Vendôme me dit (elle chose. »

— Samedi 4 au matin, le Parlement s'assemble et M, le duc d'Orléans y va. La Reine envoie par M. de Brienne, secrétaire d'Eiat, leur dire qu'ils députent vers elle : ce qu'ils font par l'avis de M. d'Orléans ou de M. le Premier Président, ou de tous les deux, quoiqu'il y en eût qui le voulussent empêcher, entre autres le conseiller Broussel, de la Grande-Chambre. Cependant on a opiné sur les deux avis ouverts hier, l'un desquels alloit à députer vers la Reine pour la remercier de ce qu'elle avoit levé et Ole les conditions apposées à la liberté des Princes, laquelle elle accordoit pure et simple à présent, sans faire en celte députation vers Sa Majesté aucune mention du cardinal Mazarin. Autres, les plus turbulents, opinoient à un ajournement personnel au Cardinal, pour le faire venir rendre compte au Parlement de son administration. Sur quoi, le Premier Président les avertit que c'étoit aller au change et qu'il faltoit poursuivre leur thèse de la liberté

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des Princes, de peur de Pachopper par une autre proposition qui ruineroit la première.

En effet on a voulu que les auteurs de cette deuxième proposition l'aient faite comme craignant la liberté des Princes et pour Pempécher, en obligeant la Reine et le Cardinal à tenir ferme jusques au bout, voyant qu'on les pousse.

M. de Brienne survint aussi dans rassemblée parler à M. d'Orléans, — qui en faisoit quelque difficulté, et enfin Touït, — qui l'exhorta de la part de Sa Majesté à une conférence, à quoi le Premier Président porta Son Altesse Royale qui ne s'y voulut rendre.

Hier donc, en étant demeurés là à cause de Theure, aujourd'hui ils ont repris par le président de Blancmesnil, qui a le premier opiné et de suite les autres, jusques bien avant dans la relevée.

M. d'Orléans a dîné dans la buvette.

Enfin arrêt que très humbles prières, de la part du Parlement, seront faites au Roi et à la Reine pour envoyer les ordres nécessaires à la délivrance des Princes. Que déclaration de Sa Majesté seroit aussi faite et envoyée au Parlement pour leur innocence et que la Reine seroit aussi suppliée d'ôter des conseils et d'auprès la personne du Roi le cardinal Mazarin.

La Reine a dit aux députés du Parlement (le Premier Président les conduisant, et puis retournant à l'assemblée, qui cependant a toujours tenu), qu'elle les avoit envoyés quérir afin que leur Compagnie sût ce qui avoit été dit par M. le Cardinal à M. le duc d'Orléans, au sortir du dernier conseil; et là dessus commanda au sieur Du Plessis Guénegaud de lire une relation par écrit de ce que dessus, laquelle le Garde des Sceaux prit et lut avec ses lunettes : et y a apparence que ç'avoit été lui qui Tavoit faite et écrite ; et portoit que le Cardinal avoit dit mercredi soir, en sortant du conseil, au Roi que c'étoit chose étrange qu'ayant une si haute naissance et tant de belles qualités en sa personne, élevé qu'il a été dans les victoires, il ne pourroit éviter la haine et l'insulte d'aucuns de ses sujets ; que M. d'Orléans ayant dit qu'il n'y avoit personne des sujets du Roi qui ne l'aimât, et la Reine aussi, mais qu'ils en avoient au ministre, comme à l'auteur des maux de l'État, le Cardinal répliqua que c'étoit le prétexte ordinaire des révoltés et mauvais sujets que de se prendre en apparence aux ministres, quand en e£fet ils avoient mauvais dessein contre le Souverain; et que tous les temps fournissoient en toutes nations

février i65i]

DE DUBtlISSON-AUBENAV.

cent en Angle- Cromwels en

tels exemples et |>articulièrement un tout frais et i lerre, cic. : et qu'il n'a point parlé des Fairfas f France, comme on lut veut imputer.

Ce papier fut livré au Premier Prcsident qui le porta lire au Parlement, oli il fil relation, en l'assemblée qui l'attendoit, de sa légation.

Le soir, le Corps de Ville fut au Palais-Royal assurer leurs Majestés de leurs fidèles services.

Le maréchal d'Estampes y vient, de la pan du duc d'Orléans, dire aux maréchaux de Villeroy ei du Plessis-Praslîn, que s'ib permettent que le Roi et Monsieur son frère sortent de Paris, ils en répondront en leurs propres et privés noms.

— Dimanche au soir 5, les gens du Roi étant saisis de l'arrêt du samedi matin, furent au Palais-Royal, oCi l'avocat général Talon harangua fort bien sur tous les points dudîl arrêt. La Heine leur dit de retourner lundi sixième.

Dimanche, de relevée, la Reine envoya à l'Hôtel de Ville faire défense au Corps de recevoir aucuns ordres du duc d'Orléans, qui s'en plaint le lendemain lundi au Parlement, et proteste qu'il fera désormais sa charge de lieutenant-général par tout le Royaume pour les choses de milice; et envoie au sieur Le Tellier, secrétaire d'État, de ne donner aucuns ordres que de par Son Altesse Royale.

— Lundi 6, au soir, les gens du Roi furent au Palais-Royal, mais parce que le matin, en l'assemblée où M. d'Orléans étoit, on n'a pas approuvé la remontrance ou supplication faite hier par les gens du Roi sur l'éloigncmcnt du cardinal Mazarin, parce que l'inteniion du Parlement est de la faire par ses particuliers députés, et non par les gens du Roi, et que l'on y a arrêté que demain mardi lesdiis députés du Parlement iroieni, la Reine l'ayant su, n'a point rendu de réponse ce jourd'hui auidiis gens du Roi, attendant après avoir ouï les députés du Parlement demain au soir.

M. de la Rochefoucauld a été reçu duc et pair.

Cependant la nuit, le cardinal Mazarin accompagné de la ptupan de ses amis et courtisans, et de deux à trois cents chevaux, s'en alla à Saint-Germain-en-Laye, où il coucha le reste de la nuit, vedettes et sentinelles gardant les postes et avenues.

— Le lendemain mardi 7, le duc de Mercœur le fut trouver à

14 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [février r65i

Saint-Germain, et s^en est revenu le 8 à Paris, comme aussi le marquis de Gesvres et quelqu'autres.

Mademoiselle de Longueville sort des filles de la Visitation- Sainte-Marie, où il y a cinq mois qu'elle étoit, au foubourg Saint- Jacques, et s'en vient loger en Thôtel de Soissons.

Ledit jour 7, au matin, le Parlement assemblé, M. le duc d'Orléans présent, donne un semblable arrêt à celui de samedi 4, à savoir que, par les députés de la Compagnie, le Roi et la Reine seroient ce jourd'hui remerciés de l'éloignement du cardinal Mazarin, et suppliés qu'il sorte du Royaume, et que Leurs Majestés envoient une déclaration au Parlement, portant que tous étrangers sont exclus d'entrer aux conseils du Roi, même les naturalisés et autres qui ont attache ou dépendance d'autres princes que du Roi ; et que leursdites Majestés mettent les Princes hors du Havre en liberté, y envoyant les ordres pour ce nécessaires incessamment.

Il y eut aussi quelques réceptions de conseillers.

— Mercredi matin 8, le Parlement assemblé, M. d'Orléans présent réitère l'arrêt d'hier et ajoute que les députés iront (comme ils y ont été après midi et ont trouvé les neveu et nièces du Cardinal partis) supplier la Reine que les neveu et nièces et appartenant au Cardinal s'en aillent et vident le Royaume.

Divers bruits dans Paris, et jusques là que l'on disoit que M. d'Orléans vouloit aller assiéger le Palais-Royal et se saisir de la personne du Roi. Les gardes y sont très bonnes et avancées. Mais ledit duc d'Orléans a répondu à quelqu'un qui Tavertissoit qu'il s'approchoit des troupes de Paris et que ce pourroit être que la Reine voudroit s'en aller et emmener le Roi : « Je ne serai <c jamais si malheureux que d'empêcher le Roi et la Reine de ce faire ce qu'ils voudront. »

L'après-dîner, tous les ducs et pairs, maréchaux de France, ministres, secrétaires d'État et gens du Conseil du Roi ont été assemblés par la Reine en sa Galerie, où elle leur a dit que puisque M. d'Orléans n'avoit voulu venir voir le Roi ni accepter sa conférence en aucun lieu, elle les assembloit pour savoir d'eux quel étoit leur avis sur l'état des affaires présentes. Le maréchal d'Estrées a dit qu'il lui sembloit qu'il falloit aller vers M. d'Orléans le prier d'assister à cette assemblée et de les présider. Ils y sont donc tous allés, et M. de Vendôme portant la parole, M. d'Or-

février i65i] de dubuisson-aubenay. r5

léans a répondu qu'il étoit en négociation avec le Garde des Sceaux , venu vers lui, le sieur Le TeUier l'accompagnam, et qu'il falloit achever cette négociation. Voyant le duc d'Elbeuf entre les auires, il lui a dit qu'il étoit de tous écots : en la guerre de Paris, [il] avoit quitté la personne du Roi ; que lui qui parloit lui avoit moyenne pour cent mille écus le bois en Normandie, et le gouvernement de Montreuil pour son lïls, et qu'aujourd'hui il se montroit Mazarin.

Cène députation retournée au Palais-Royal a résolu de s'y retrouver demain et y délibérer au cas que la négociation du Garde des Sceaux ne réussisse pas avec M. d'Orléans.

— Jeudi matin 9, le Parlement assemblé, les gens du Roî ^ dirent que, le soir précédent, étant reiourné vers la Reine, elle les avoit assurés que tout de bon et en toute certitude le cardinal Mazarin s'en étoit allé pour ne retourner jamais, et que ses neveu et nièces éioieni aussi partis, et que s'il en resloit encore quelqu'un, il seroit demain parti, devant huit heuresdu matin. Arrêt donc a été donné que le cardinal de Mazarin videra le Royaume dans quinze jours pour tout délai ; défenses faites à tous gouverneurs de provinces et de places de le celer, protéger, ni favoriser, et lesdiis quinze jours passés, ordonné à toutes personnes de lui courre sus. Que ses parens et aussi ses domestiques étrangers, tous sans aucun excepter, se reiireroient dans ledit temps.

L'après-diner, M. d'Orléans a envoyé quérir le maréchal de Villeroy, le Garde des Sceaux et le secrétaire d'État M. Le TeUier, qui, arrivés au Palais d'Orléans, y ont trouvé les maréchal de La Moihe, président Viole, et le conseiller Fouquet, sieur de Croissy, tous m>is ayant pouvoir et se faisant fort de traiter de la part des j Princes prisonniers au Havre ; et ont convenu pour leur délivrance :

Que M. de Longueville abandonne tout à fait le gouvernement de Normandie et en donnera sa démission au Roi, ensemble toutes les places qu'il y avoit purement, fors Dieppe, de l'achat de laquelle il sera remboursé dans quatre années jusques à la somme de soixante-dix mille écus; et en récompense, le Roi le pourvoiera du gouvernement de Guyenne ou de Provence, au choix de Sa Majesté.

Que monsieur le Prince ne rentrera en son gouvernement de Bourgogne que deux ans après la majorité du Roî, ni pareillement dans Bellegardc.

g JOURNAL DES GUERRES CIVILES [janvier l65l

— Le lundi 3o, Conseil d^en haut; les députés du Parlement, qui avoient été ouis par la Reine couchée en son lit le 20 dernier passé, furent mandés devant elle, qui se trouva debout en son cabinet et habillée de noir; et leur fut dit, par Torgane du Garde des Sceaux, qu'il ne fiit oncques qu^en France on ne mît les Princes du sang en prison, quand ils faillent ou donnent soupçon de pouvoir faillir ; allégua tous ceux qui avoient été mis prisonniers, aucuns jugés, les uns absous, les autres condamnés, etc., et qu'en pas une de telles occurrences le Parlement ne sMtoit mêlé d^eux, étant vrai qu^il est seulement pour rendre la justice aux particuliers et nullement pour connoître des affaires d^État; que néanmoins la Reine ne trouvoit point mauvais qu'il eût fait ses remontrances au Roi sur l'affaire présente de la liberté des Princes, laquelle Sa Majesté même désiroit et étott très aise que Ton lui en ouvrît les moyens, lesquels elle croyoit ne devoir ni pouvoir être autres sinon que ceux qui s'étoient soulevés depuis cet emprisonnement missent bas les armes, revinssent en France, abandonnassent le parti des ennemis et remissent ce qu'ils avoient de places et de forces entre les mains du Roi; ce qu*étant feiit, et la Régence trouvant en cela la sûreté de la personne du Roi et de rÉtat, au point qu^elle y puisse prendre confiance. Sa Majesté remettra tout aussitôt les Princes en liberté; et pour témoigner que Sa Majesté le veut ainsi, elle enverra au premier jour sa déclaration portant amnistie de tout le passé, aux conditions susdites, en son Parlement.

Ce soir même, le duc de Bouillon, mandé à Paris, y arrive de Turenne, les duc de La Rochefoucauld et marquis de Sillery, son beau-frère, y sont depuis quelques jours et ont vu la Reine.

Le même jour, tous les colonels, seize en nombre, leurs lieutenants et officiers furent par les quartiers de la ville, chacun en rétendue de sa compagnie, faire de maison en maison, sans aucune excepter, exacte perquisition de tous ceux qui étoient dedans, suivant le résultat de l'assemblée de Ville, faite le jour précédent en vertu d'une lettre de cachet du Roi, portant que Sa Majesté étoit avertie que force gens étrangers et non avoués se trouvoient secrètement dans Paris.

Le duc de Caudale est pourvu du gouvernement d^ Auvergne, on dit que son père, le duc d'Épernon, vient en cour et est venu en effet.

— Mardi 3i, assemblée en Parlement et arrêté que les gens du

février i65i] de dubuis!

I Roi iront incessameni vers le Garde des Sceaux solliciter la décla- J ration d'amnistie qu'il promit hier de la pan de la Reine, ainsi l^que le Premier Président a dit, en la relation qu'il a faite de ce t qui se passa hier avec les députés du Parlement devant le Roi et lis Reine, au Palais-Royal.

Février.

M. Le Tcllier en mois de secrétaire d'État.

— Le mercredi, i" jour de février [Daiiubium), le Parlement j «semblé, comme le jour d'hier, continua à vouloir passer outre |:* déterminer de la liberté des Princes, puisque la Reine n'avoit oint envoyé la déclaration par elle promise. Les gens du Roi, nt été solliciter vers le Garde des Sceaux, ont dit l'avoir vue ie, mais qui n'avoit pu encore être mise en forme et que le Parlement l'aura dans vendredi prochain. Aucuns oni là-dessus dit qu'il falloit passer outre à voir les charges du procès des Princes et tes juger. Le Premier Président les a retenus, et, s'adressant au rapporteur de la requête, le sieur Deslandes-Payen, lui a demandé son avis. Lui, a dit qu'auparavant le donner, il étoit à propos de voir s'il y avoit quelqu'un de la Compagnie qui dût proposer de députer vers M. le duc d'Orléans pour le prier d'assister à ce qui s'y feroit, parce que tel avis, venant à la traverse, romproit le cours de celui du rapporteur. Comme donc il s'en est trouvé qui ont été de cet avis d'inviter M. d'Orléans à venir ■u Parlement, cela a été arrêté de députer vers lui, et cependant l^issemblée remise à vendredi.

Le coadjutcur de Paris avec le duc de Beaufort ont protesté désirer et demander la liberté des Princes plus sincèrement que beaucoup d'autres qui en font semblant (il semble qu'ils aient voulu désigner le Premier Président, qui pourtant y va sans doute tout de bon) et en ont fait grande démonstration.

On cria « au Mazarin, b au duc d'Epernon et aussi au duc de Vendôme, alors qu'ils sont passes sur le Pont-Neuf.

M. LeTelller, secrétaire d'État, étant allé au palais d'Orléans vers Son Altesse Royale, lui a demandé de la part de la Reine s'il étoit vrai qu'il eût dit vouloir que les Princes sortent de prison ;

i8 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [février t65i

pour faire redoubler sa garde. Le jour venu, Ton a oui dire parmi le peuple que l'enlèvement du Roi se devoit faire par eau cette nuit là.

Le président des Comptes, le sieur Perrault, ci-devant prisonnier au donjon de Vincennes avec le Prince de Condé, dont il est intendant pour sa maison, mené à la Bastille durant que les princes étoient à Marcoussis, puis, comme ils furent menés au Havre, reconduit à Vincennes, en est sorti et est en sa maison à Paris.

— Samedi donc ii, au matin, le Parlement s'est encore assemblé^ mais n^a point tardé. Les gens du Roi ont référé de leur députation vers la Reine, qu^elle assuroit le Panement que le Roi ni elle ne partiroient jamais de Paris.

Toute Taprès dîner, la cour grosse au Palais-Royal y a attendu la venue promise de M. le duc d'Orléans, qui a eu longtemps son carrosse prêt pour y aller et enfin n^a bougé de chez lui. L^on dit qu'il a été dissuadé d^aller là sur un avis venu que le cardinal Mazarin étoit arrivé au Havre.

Dès le matin, le duc de la Rochefoucauld et les sieurs de la Vrillière, secrétaire d'État, ayant le département de Normandie, président Viole, Arnaud-Corbeville et Comminge, capitaine des gardes de la Reine en survivance de son oncle Guitaut, sont partis, avec les ordres nécessaires, pour aller au Havre &ire sortir les Princes.

La nuit, alarme par la ville; le coadjuteur a été à la porte Saint-Jacques, le duc de Beaufort par la ville à cheval, le marquis de Vitry aussi, et le maréchal de La Mothe ou le sieur d'Almon, son écuyer, d'un côté, le comte de Fiesque, de Pautre, le sieur de Chamboy, qui est à M. de Longueville, d^un autre, faisant leurs rondes sur un bruit que Ton vouloit faire en aller le Roi ; aucuns soutenant qu^il y avoit même un bateau préparé pour lui, au cas quMl ne pût sortir autrement. Gardes redoublées es portes.

Le sieur des Ouches, envoyé par Son Altesse vers la Reine, Ta trouvée encore toute habillée avec ses gens et disant qu'elle ne s'osoit coucher à cause du bruit que Ton faisoit par la ville.

Les gardes suisses du Palais-Royal, avancées jusques à la barrière des Sergents de Saint- Honoré se chaufibient es feux que les bourgeois, aussi alertes et prêts à prendre les armes, avoient devant les maisons des quarteniers ou autres ses officiers.

Tier i65i]

E DURttSSON-AUBKNAy-

Cene nuîi, comme un lot de cavalerie venoudc passer en la rue des Francs- Bourgeois, Rochefort, courrier du secrétaire d'État M. du Piessis de Guénegaud, y est arrivé devant sa porte et appelant Boulard et le petit valet de chambre leur a dit qu'il y avoit de la rumeur vers le Palais-Royal, maïs que ça ne seroii rien et que si le bruit en venoit jusques à eux ils assurassent M. du Piessis qu'il n'y avoit sujet de se mettre en peine.

Avis de Rouen par lettre du 1 1, que le Cardinal cioii encore ce jour-là au Pont-de-l" Arche et que les chambres [du parlement] demandoieni à s'assembler pour donner arrêt semblable à celui de Paris,

— Dimanche 12, le duc d'Elbeuf avec ses enfants est, de chez lui, allé au Palais-Royal, ayant vingt cavaliers, le pistolet à l'arçon de la selle qui l'accompagnoient et un carrosse qui suivoit rempli de mousquetaires. On a semé par le peuple qu'il est de parti avec son frère, le comte d'Harcourt, les ducs de Vendôme et Mercœur, d'Epernon, de Candale et de Schombcrg, le maréchal d'Estrées, etc., pour l'enlèvement du Roi hors de Paris.

M. d'Orléans se trouve mal et se fait saigner.

Mon de la duchesse de Damville, jadis vicomtesse de Corn blisy.

La nuit encore cavalerie en forme de ronde va p^r la ville.

Le duc de Vendôme se retire à coucher au Palais-Royal.

Le sieur des Ouches étant, de la part de Son Altesse Royale, allé voir l'état de la Reine, l'a trouvée à deux heur'.s après minuit encore habillée.

— Lundi i3, par ordre de la Ville, les compagnies bourgeoises commencent à monter la garde es portes de la ville.

M. le duc d'Orléans met en délibération s'il iroit voir la Reine et U en est dissuadé ; le bruit d'aucuns étant que non seulement on l'y arrêteroii, mais même poignarderoit.

Lundi |3, ce jour, à ce que l'on a su depuis, le cardinal Mazarin arriva du matin au Havre, ayant devancé de six heures les duc de la Rochefoucauld et sieur de la Vrillière, qui y alloient, avec les articles ci-dessus, samedi 11. Il a vu les Princes et les a mis en liberté et fait partirdu Havre; en sonequ'ils rencontrèrent à trois lieues sur le chemin de Rouen ledit duc et autres qui les alloient trouver. Ils furent ce jour coucher chez le sieur de Grosmesnil et le lendemain vinrent à Rouen.

Gardes continuées de jour aussi bien que de nuit par toutes les portes de Paris.

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Saint-Germain, et s^en est revenu le 8 à Paris, comme aussi le marquis de Gesvres et quelqu'autres.

Mademoiselle de Longueville sort des filles de la Visitation- Sainte-Marie, où il y a cinq mois qu'elle étoit, au faubourg Saint- Jacques, et s'en vient loger en Phôtel de Soissons.

Ledit jour 7, au matin, le Parlement assemblé, M. le duc d'Orléans présent, donne un semblable arrêt à celui de samedi 4, à savoir que, par les députés de la Compagnie, le Roi et la Reine seroient ce jourd'hui remerciés de Téloignement du cardinal Mazarin, et suppliés quMl sorte du Royaume, et que Leurs Majestés envoient une déclaration au Parlement, portant que tous étrangers sont exclus d'entrer aux conseils du Roi, même les naturalisés et autres qui ont attache ou dépendance d'autres princes que du Roi ; et que leursdites Majestés mettent les Princes hors du Havre en liberté, y envoyant les ordres pour ce nécessaires incessamment.

11 y eut aussi quelques réceptions de conseillers.

— Mercredi matin 8, le Parlement assemblé, M. d'Orléans présent réitère l'arrêt d'hier et ajoute que les députés iront (comme ils y ont été après midi et ont trouvé les neveu et nièces du Cardinal partis) supplier la Reine que les neveu et nièces et appartenant au Cardinal s^en aillent et vident le Royaume.

Divers bruits dans Paris, et jusques là que Ton disoit que M. d'Orléans vouloit aller assiéger le Palais-Royal et se saisir de la personne du Roi. Les gardes y sont très bonnes et avancées. Mais ledit duc d'Orléans a répondu à quelqu'un qui Tavertissoit qu'il s'approchoit des troupes de Paris et que ce pourroit être que la Reine voudroit s'en aller et emmener le Roi : « Je ne serai <c jamais si malheureux que d'empêcher le Roi et la Reine de « Éaire ce qu'ils voudront. »

L'après-dîner, tous les ducs et pairs, maréchaux de France, ministres, secrétaires d'État et gens du Conseil du Roi ont été assemblés par la Reine en sa Galerie, où elle leur a dit que puisque M. d'Orléans n'avoit voulu venir voir le Roi ni accepter sa conférence en aucun lieu, elle les assembloit pour savoir d'eux quel étoit leur avis sur l'état des affaires présentes. Le maréchal d'Estrées a dit qu'il lui sembloit qu'il falloit aller vers M. d'Orléans le prier d'assister à cette assemblée et de les présider. Ils y sont donc tous allés, et M. de Vendôme portant la parole, M. d'Or-

février i65i]

DE DUBUrsSON-AUBENAV.

léans a répondu qu'il étoit en négociation avec le Garde des Sceaux , venu vers lui, le sieur Le Teliier l'accompagnant, et qu'il falloit achever cette négociation. Voyant le duc d'EIbeuf entre les autres, il lui a dit qu'il étoii de tous écots : en la guerre de Paris, [il] avoit quitté la personne du Roi ; que lui qui parloit lui avoit moyenne pour cent mille écus le bois en Normandie, et le gouvernement de Momreuil pour son tils, et qu'aujourd'hui îl se momroit Mazarin.

Cette députation retournée au Palais-Royal a résolu de s'y retrouver demain et y délibérer au cas que la négociation du Garde des Sceaux ne réussisse pas avec M. d'Orléans.

— Jeudi matin 9, le Parlement assemblé, les gens du Roi dirent que, le soir précédent, étant retourné vers la Reine, elle les avoit assurés que tout de bon et en toute certitude le cardinal Mazarin s'en éioii allé pour ne retourner jamais, et que ses neveu ei nièces étoient aussi partis, et que s'il en restoii encore quelqu'un, il seroit demain parti, devant huit heuresdu matin. Arrêt donc a été donné que le cardinal de Mazarin videra le Royaume dans quinze jours pour tout délai ; défenses faites à tous gouverneurs de provinces et de places de le celer, protéger, ni favoriser, et lesdits quinze jours passés, ordonné à toutes personnes de lui courre sus. Que ses parens et aussi ses domestiques étrangers, tous sans aucun excepter, se retîreroient dans ledit temps.

L'aprés -dîner, M. d'Orléans a envoyé quérir le maréchal de Villeroy, le Garde des Sceaux et le secrétaire d'État M. Le Teliier, qui, arrivés au Palais d'Orléans, y ont trouvé les maréchal de La Mothe, président Viole, et le conseiller Fouquei, sieur de Croissy, tous trois ayant pouvoir et se faisant fort de traiter de la part des Princes prisonniers au Havre; et ont convenu pour leur déli-

Que M. de Longueville abandonne toutà fait le gouvernement de Normandie et en donnera sa démission au Roi, ensemble toutes les places qu'il y avoit purement, fors Dieppe, de l'achat de laquelle il sera remboursé dans quatre années jusques à la somme de soixante-dix mille écus; et en récompense, le Roi le pourvoiera du gouvernement de Guyenne ou de Provence, au choix de Sa Majesté.

Que monsieur le Prince ne rentrera en son gouvernement de , Bourgogne que deux ans après la majorité du Roi, ni pareille- | meni dans Bellegarde.

22 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [février l65l

Le Clergé s^assemble sur le point qui le regarde en ladite dédarSition.

Garde bourgeoise es portes de la ville continue et redouble.

Lundi 20 au soir, conseil d^en haut chez la Reine, où le ministre Servien et le secrétaire d'État Le Tellier ne furent point.

— Mardi gras 21, grande assemblée et dévotion es Jésuites tout le jour et le soir au salut de grand apparat.

Avis certain que le cardinal Mazarin, avec quatre-vingts gardes à cheval et cinquante cavaliers de ses amis, partit vendredi 17 du Havre et coucha à Cany, le 18 dîna dans le château de Dieppe et fut coucher sur paille à Saint-Quentin, village près la ville d'Eu, d'oti Popinion est qu'il prit le chemin de Doullens.

Le lundi ou mardi gras, les trois Princes soupent chez Tarchevéque de Sens, où les duc de Beaufort et Coadjuteur invités ne furent point.

— Mercredi 22, à quatre heures du soir, la compagnie colonelle du quartier Saint- Antoine, conduite par le lieutenant-colonel, vient prendre M. le président de Guénegaud, son colonel, qui marche en tête d'elle le juste-au-corps de velours noir à passement d'or sur le corps, le hausse-col au col et la pîque au poing. Le lendemain il revient avec sadite compagnie en son logis maternel, rue des Francs-Bourgeois, en même manière qu'il étoit allé. (Voyez aux 5 et i3 mars ci-après.)

< — Mercredi 22 et jeudi 23, grand bruit du mariage du prince de Conti avec mademoiselle de Chevreuse; il envoie à Rome pour conserver ses bénéfices.

Les Princes résolurent de mettre M. Le Tellier hors du secrétariat d'État.

roriginal les mots ici omis de f notre très cher et féal cousin le cardinal Mazarin •, y étoient et aussi c rorgueil des peuples i : et que de plus y étoit omis de déclarer précisément que tous cardinaux, mais même françois, étoient interdits du ministère. Sur quoi fut fait un arrêt qui fut imprimé et publié ce même jour, portant que le Roi enverroit une autre déclaration conforme aux désirs du Parlement, dont quelques-uns s'étant pris garde et que cet arrêt, étant pris sans les termes de supplication ou très humble remontrance au Roi, il h'étoit pas dans les formes, ni soutenable, on en supprima les exemplaires, et le Premier Président en parla puis après au Parlement.

[Cette note, jointe à Tédit imprimé, est de la main de Dubuisson- Aubcnay.]

février i65i'

IDISSON-XUBENAY.

La Reine envoie M. de Béringhen, premier écuyer de la petite écurie du Roi, vers le cardinal Mazarin lui dire quM ait à se retirer hors du Royaume.

Le sieur de Ruvigny doit panir en ce même temps pour aller , vers ledit Cardinal et on ne sait si c'est de sa propre affection o}^ ^ par l'envoi de la Reine.

Le sieur de Béringhen part jeudi 33 et a ses relais de carrosse ] à Luzarche pour Clermont en Beauvoisis. — Il n'est parti que le | vendredi 24, non plus que le sieur de Ruvigny.

Ce matin M. Perrault fit en pleine Chambre des Comptes son remerciemcni 4 la Compagnie pour la peine que deux ou trois ! fois elle a prise de faire des remontrances à la Reine pour 1 liberté. Le premier président Nicolai, chef et ayant porté lesdites remomrances, ne s'est pas trouvé à la Chambre ce matin, étant malade; ce qui a clé cause aussi que M. de Vendôme, qui faisoit ses sollicitations pour la vérification de ses lettres d'Amirauté, et le duc de Beaufort, qui, à pan et sans jonction avec son père, faisoit les siennes pour sa survivance, ont été remis à lundi prochain.

— Vendredi matin 24, les sieurs de Béringhen et de Ruvigny partent pour aller vers M. le Cardinal, le dernier en poste, droit k Doullens.

— Samedi matin 35, conseil des Finances et pour les affaires des Suisses, où le Garde des Sceaux, le sieur Le Tellier et les trois autres secrétaires d'État assistent avec les ministres.

Aprèsdincr, conseil de guerre au palais d'Orléans où tous les susdits du matin assistent et delà vont avec tous les Princes chez la Reine où fut tenu le troisième pour voir les moyens de trouver de l'argent ei pourvoir à toutes les places que l'Espagnol menace en cette prochaine campagne, notamment à Casai, dont le gouverneur, sieur de Montpezat, est ici venu représenter la nécessité de cette place et s'en décharger.

M. du Plessis, après avoir dîné avec madame de Guénegaud sa mère, lui a déclaré qu'elle pouvoit louer ce qu'il avoit jusques alors tenu d'elle en sa maison ; et aussitôt M. de Saint-Robert fut visiter les chambres et y conduisit l'abbé de Coulanges.

— Dimanche 26, les deux frères, princes de Condé et de Conti furent à l'hôtel de Chevreuse publier la recherche de la fille de la

Le Roi présente un petit ballet pour son palais, et se danse ce soir deux fois de suite devant et après souper.

24 JOURNAL Dv^ GUERRES CIVILES [février l65l

— Lundi 27, M. du Plessis Je Guénegaud, secrétaire d'État fut invité à dîner en Thôtel de Chevreuse, où il se réjouit avec le maître du logis du mariage de sa fille. — Le matin, assemblée en Parlement, où le duc d'Orléans s'est trouvé pour assister les Princes à se faire déclarer innocents; — (elle est ci imprimée).

Le soir, bruit du retour de Doullens du sieur de Béringhen, mais c'est le sieur de Ruvigny qui a vu la Reine dès ce matin et assuré que le Cardinal obéira à se retirer du Royaume.

Retour du comte d'Alais et de sa femme avec leur petit-fils à Paris, en Thôtel d'Angouléme, ayant laissé en leur maison de Chaumont en Bourgogne leur fille unique, mère de ce petit enfant et femme du duc de Joyeuse, grand chambellan.

La nuit, jusques à trois heures, bal chez madame de Vitry, près les Minimes de la place Royale, dont on est sorti à trois heures. Le duc de Beaufort donnoit les violons à Mademoiselle. Tout le beau monde de Paris et de la cour y étoit.

-V- Mardi matin 28, assemblée en Parlement sur la déclaration y présentée et renvoyée pour être refaite, dès le lundi gras 20 de ce mois, différée au mercredi premier mars ci-après. Celle de l'innocence des Princes fiit enregistrée.

Le duc de Vendôme reçu en la charge d'amiral de France, surintendant des mers et le duc de Beaufort en la survivance. Et, eux reçus, prirent leurs séances en la Chambre des Comptes, assis au-devant du doyen des maîtres.

Nouvelles que ce jour le cardinal Mazarin doit être à La Fèresur-Oise, dont le sieur de Manicamp est naguères gouverneur par le bienfait de Son Éminence, à cause de la prise de Rethel en décembre i65o.

Arrivée à Paris du prince François de Lorraine, frère du marquis de Mouy et cousin du duc Charles. Il est doyen de Cologne et évêque de Verdun, dont il a été mis hors dès le règne du feu Roi et vers l'an i63o, qu'il excommunia les officiers qui faisoient travailler à la citadelle de Verdun. Il vient ici pour voir s'il y pourra rentrer de la part du Roi.

Bruit, dont on dit que le prince de Condé est auteur, portant que madame de Longueville sera bientôt en son retour ici, apportant des propositions de paix de la part d'Espagne et une suspension d'armes entre les provinces de Champagne et de Luxembourg. Mais ce dernier point ne seroit que pour empêcher que nous n'entreprissions sur Mouzon et Stenay.

mars i65i] de dubuisson-aubenay. aS

Don Esieban de Gamarra et autres prisonniers de la bataille de Rethel sont, sous leur parole, à Paris, comme y sont aussi MM.de Bournonville, dès le mois de janvier.

Fouquet, sieur de Croisy, conseiller en Parlement à Paris et ci-devant employé à Munster, est envoyé vers elle', ou à Brulelles vers l'archiduc.

Le chevalier de Gramont est arrivé de Bruxelles à Paris vers les Princes pour y retourner.

Mademoiselle s'emploie pour faire subsister M. LeTellier dans le secrétariat d'État.

Liste de la Noblesse assemblée à Paris, signée et collationnée par les secrétaires de ladite assemblée le dernier de ce mois, suivant la permission de M. le duc d'Orléans du 2 ; le tout imprimé. — Voyez le 4 mars.

M. lec

d'État.

: de Brienne de Loménie, en mois de secrétaire

— Mercredi, premier jour du mois de mars, [domuit], le Parlement assemblé et y viennent les Princes avec le duc d'Orléans, lequel apporte la déclaration, non telle qu'après le refus du lundi 20 février on l'avoii désirée pour exclure tous cardinaux du ministère d'Etat en France, même les françois, mais conçue d'une autre manière et excluant des conseils du Roi tous étrangers, sans dire cardinaux. Et a ledit duc d'Orléans représenté à la Compagnie que sur ce que le nonce du Pape s'gtoil ému et avoit fait bruit, on avoir trouvé au conseil du Roi qu'il n'étoit point à propos de s'attirer le Pape et le collège des Cardinaux sur les bras en cette saison ctconjoncture d'atfaire; même qu'il y auroit à craindre que l'assemblée du Clergé, se tenant encore à Paris, ne se remuât de cette affaire. Nonobstant quoi, la Compagnie est demeurée en opinion que c'est le coadjuteur de Paris, là présent, qui faisoit ainsi parler et agir M. d'Orléans, comme ayant visée tant au ministériat et gouvernement de l'Eiat en France, (

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