‹ Journal des inspecteurs de M. de SartinesChapitre 10 sur 27 · I)U 2G MARS · texte numérisé non relu

I)U 2G MARS

Les Demoiselles La cour, Dubois, Saron. — Soupers.

La demoiselle Lacour, de l’Opéra , ayant perdu toute espérance de retrouver ses diamants qui lui ont été volés par lo nommé Davril, se remue tant qu’elle peut pour réparer cette perte (I). On compte aujourd’hui au nombre de ses fermiers le prince de Belosinski (2), M. le duc de la Vallière, qui pour elle a fait banqueroute à Brissault ; M. de la Chàtaignerie ;

(1) Chamfort fait allusion à cette anecdote dans les lignes suivantes :

" Le duc de la Vallière, voyant à l’Opéra la petite Lacour sans diamants, s’approcha d’elle et lui demanda comment cela se fait. C’est, lui dit-elle, que les diamants sont la croix de Saint-Louis de notre état. Sur ce mot, il devint amoureux fou d’elle. Il a vécu avec elle longtemps; elle le subjuguait par les mômes moyens qui réussirent à Mme Dubarry près de Louis XV. Elle lui ôtait son cordon bleu, le mettait à terre, et lui disait : Mcts-toi a genoux là-dessus, vieille ducaille. „

(2) N’cst-ce pas celui qui rima en l’honneur de Voltaire, ainsi que nous l’apprend une lettre de ce dernier ? ( Corresp ., t. LXIX, p. 239.) Il y est appelé Belowselki ou Bclosclki.

M. de Beaumarchais; M. de Chabrillant (4), mousquetaire, guerluchon en faveur, et M. Lalive de Labriche, en instance pour entretenir, mais à qui, comme il n'est pas fort aimable, elle tient la dragée très-haute. Cependant, on compte que l’affaire se fera, car il a dit lui-mèmc que le marché ne tenait plus qu'à un diamant de 3,000 livres.

C’est à tort que le public, ou pour mieux dire les citoyens de la Comédie-Française, se persuadent que M. le comte de Rochefort a quitté la demoiselle Dubois, actrice à ce spectacle. Au contraire, ce seigneur en est plus amoureux que jamais, et ne sait quelle fêle lui faire pour se l’attacher. Ses amis mêmes conviennent qu’ils ne le reconnaissent plus ; il est vrai qu’il est payé de peu de retour, et que cette demoiselle ne le ménage point du tout. M. le chevalier de Durford (2), chambellan de monseigueur le duc d'Orléans, possède toutes ses affections. M. de Rochefort, qui n'ignore point cette intrigue, et qui voudrait la rompre, se rend très-assidu auprès d’elle et voudrait coucher tous les jours avec elle. Celte conduite est insupportable à cette demoiselle, et elle dit hautement qu'elle ne peut le souffrir, qu’elle serait même charmée qu’il prit son parti. M. de Rochefort, à force de bienfaits, espère la ramener à des sentiments plus favorables pour lui. Mais il se trompe. — Cette demoiselle est foncièrement mauvais sujet.

(1) Nous ne croyons pas qu’il appartienne aux Moreton-Chabrillant.

(2) " Le chevalier dcDurfort avait peu d’esprit, mais de l’instruction, des manières fort nobles, de bonnes mœurs (suivant le monde) et avec les femmes une galanterie de fort bon goût : aussi avait-il beaucoup de succès auprès d’elles...

" M; le duc de Chartres s'attacha sincèrement û lui. C’est le seul homme qu’il ait véritablement aimé, quoique le chevalier n’ait jamais voulu Être de ses parties clandestines ; mais il s’en dispensait avec des ménagements qui ne donnaient pus au jeune prince des idées bien morales : il lui disait qu’un attachement particulier ne lui permettait pas de se livrer à ce genre de dissipation. a (Mé/tt, de Genlif.)

La demoiselle Saron , figurante à l’Opéra dans les ballets , sans être jolie et n'ayant pour elle que d’être d’un tempérament prodigieux, vient de réparer avec avantage la perte que lui avait occasionné la retraite de M. Pelhion fils, trésorier des bâtiments du roi, qui entretient aujourd’hui la demoiselle Lacour, des Italiens, par la connaissance qu’elle a faite de M. de Laborde, officier, fils du fermier général , qui lui donne considérablement.

Le 20 de ce mois, M. le marquis d’Étampes, M. de Valençay (1), M. de Lignerac (2) et un de leurs amis ont soupé à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Parmentier et Saint-Sauveur.

Le 23 , le baron de Wangen a donné à souper, à la petite maison de Brissault, à MM. de Barbantane (3), de Valbelle (4),

(1) 11 Lecomte de Valençay, frère du marquis d’Etampes et parent de MM. de Geulis, était aussi attaché au Palais-Royal. Il avait un caractère plein de douceur et de bonté, qui donnait un agrément infini à sa société. 11 était doué d’un véritable goût pour les arts, surtout pour la peinture; il en parlait bien et s’y connaissait. Personne, à la Comédie-Française, ne jouait mieux que lui les rôles d’amoureux dans les pièces de Marivaux. „ {Mém. de Genlis.)

(2) Charles François Marie Robert de Lignerac, né le 18 septembre 1737, frère du marquis de ce nom, qui était lieutenant-général et grand bailli d’épée d’Auvergne.

(3; 11 Frère du marquis de Barbantane, attaché au Palais-Royal, le chevalier était aussi aimable que son frère l’était peu. 11 joignait à beaucoup d’esprit une gaieté franche et spirituelle, une manière charmante de conter, et le caractère le plus estimable. Scs saillies, toujours vives et plaisantes, contrastaient singulièrement avec son maintien noble et grave, et avec sa figure qui avait quelque chose de sévère. „ (3fém. de Genlis.)

Le marquis de Barbantane devait, en 1706, quitter Bon poste de chambellan près le duc d’Orléans, pour aller exercer en Toscane les fonctions de ministre plénipotentiaire.

(4) Le comte de Valbelle, d’une famille distinguée de Provence, quitta la carrière militaire pour se livrer à la littérature; il laissa uu legs de 24,000 livres une fois payées, atin qu’il fût disposé tous les ans du revenu de ce capita] en faveur d'un homme de lettres. 11 mourut en 1778.

de Vierville, de Villemur et Regon, avec les demoiselles Saint- Gérand, Saint-Léon etMonlplaisir. Le baron s’est amusé complètement avec ces trois demoiselles. Le souper a été des plus splendides et s'est passé dans la joie. C'est la cuisinière du baron qui l'a fait et y a travaillé pendant trois jours.

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