ET DERNIER
Et comme il convient que je hisse respecter le nom que je vais porter, je m’engage de
femme , elle lui a livré Mme David à discrétion , dans un petit appariement dont elle dispose, rue d'Argenteuil. J’ignore ce que le prince a donné à cette dame pour sa vacation, mais elle en a paru contente. C’est le 2 de ce mois quenelle passade s’est faite.
Le bruit a couru, à Paris, que la demoiselle Varnier est accouchée d'un fils , et que le roi en est si satisfait qu’il ne lo quitte point. Ce qui cause beaucoup d'inquiétude à M1110 la marquise de Pompadour.
Nos demoiselles de spectacle sont si prodigieuses dans leurs dépenses, et nos seigneurs si courts d’argent, qu’aucun n’ose en approcher; les plus jolies se prêtent aujourd’hui à la passade, et elles accablent de révérences Brissault, qui tient son fier.
comte, le troisième celui de chevalier. Tout Paris attestera un fait qu’à peine il a cru. Le père putatif de cette arlequinade mourut huit mois après qu’il eut vendu son nom à la Defresne qui, tirant vanité de cet événement, drapa comme une duchesse.
u La marquise de Fleuri s’amouracha, nu sortir du couvent, de deux mousquetaires, puis les congédia pour M de Laborde, premier valet de chambre du roi ; mais il avait le défaut de vouloir de la constance et de ne point aimer l’ambre qui était le parfum favori de la Defresne. La guerre arriva, et les nobles furent remplacés chez elle par les financiers, les abbés, les auteurs; l’âge vint aussi sans amener une fortune plus solide, et la Fleuri, réduite aux petits vers d’Arnaud, privée de sa vaisselle d’argent qu’elle avait envoyée en bonne citoyenne à la monnaie, mourut presque de misère vers 1770, laissant deux fils capitaines dans l’armée. „
Les Demoiselles Parmentiee, Saint-Léon, la petite Loi.ison, Laceoix,
Dakcv, Lerolx, Dangeville, Mignon, ïrédébiqve dite Son ville,
Cocecï , Denesle, Saeox.
M. le comte de Bissv s’est arrangé, moyennant dix louis par mois, avec la demoiselle Parmentier, entretenue sur le pied de quinze louis par le marquis de Paolucci, ministre de Modène. L’argent est aujourd'hui si rare, que nos seigneurs, pour s’amuser, sont obligés de plier leurs idées à la misère du temps; aussi, la première condition dans tous ces marchés de galanterie , c’est de dire à une demoiselle : je vous donne tant, mais je ne prétends pas vous gêner.
M. Rouillé d’Orfeuil a pris les mêmes arrangements avec la demoiselle Saint-Léon, jeune fille fort aimable et qui vivait très-tranquillement, depuis près de trois ans, avec un nommé M. Durand, fils d’un négociant de la Rochelle : la mort lui a enlevé cet amant, il y a trois mois; elle demeure rue Tiquetone.
Lejeune comte de Sabran parait avoir quitté pour quelque temps les idées qu’il avait pour la demoiselle Louison , nièce du sieur Deshayes, comédien italien. Pour y faire distraction, il a commencé avec la demoiselle Lacroix, comédienne attachée à la comédie italienne, et aujourd'hui il est fort amoureux de la demoiselle Darcy, sœur de la demoiselle Turpin, demeurant faubourg Saint-Honoré, dont j'ai donné l’histoire en la faisant connaître, pour avoir été débauchée par M. Godeau,
lieutenant criminel de robe courte. M. de Sabran lui a fait présent , cette semaine, d’une très-belle montre d’or émaillée.
M. le duc de Grammont est infatigable dans les combats amoureux, car malgré ses exploits avec les demoiselles Dupont, Bellemot et Wolf, dimanche dernier, au bal de l'Opéra, il poursuivait vivement la demoiselle Leroux, demeurant rue du Bouilloir, chez le tonnelier, et parvint enfin à s’en aller avec elle , dans son carrosse. Je les fis suivre; il la conduisit chez elle, et y passa le reste de la nuit. Cette demoiselle est d’une jolie figure , et a vécu fort longtemps avec un genévois, qui commerçait à Paris des montres de son pays et dont elle a conservé le nom ; elle est originaire de Lyon, fille d'un ouvrier en soie nommé Laroche.
M. Farges de Polisy, maître des requêtes, depuis qu’il a perdu de vue la demoiselle Dangeville, éclipsée depuis peu de chez Brissault, a promis de donner douze louis par mois à la demoiselle Mignon , fille d’un coiffeur de femmes, demeurant rue d’Orléans-Saint-Honoré. Celte fille est déjà connue dans le monde par ses passades chez Brissault. Ce M. Farges est d’une exactitude singulière dans ses promesses et l'homme du monde le moins inquiétant pour une maîtresse.
M. d’Armantières voit régulièrement , une fois par semaine, la demoiselle Frédérique dite Sonville, entretenue par M. de Vouvray, ci-devant maître des requêtes, et par M. de Boisgelin , attaché à M. le duc de Berry. Elle a reçu pour ses étrennes de M. de Vouvray une très-belle écuelle d’argent , couverte, avec son plateau, et de M.'de Boisgelin un fort beau nœud de diamanls. M. d’Armantières, s'en accommode fort bien quoiqu'elle soit rousse, parce qu’elle est très-libertine au déduit.
La demoiselle Courcy, pensionnaire chez la Dubuisson, l’une des plus jolies. créatures du monde, mais méchante à l'excès, vient enfin de trouver le moyen de se dépayser de ces sortes de maisons de débauche. Un des fils de M. Vassal , que l'on nomme Saint-Hubert, pour le distinguer de ses autres frères, s’est chargé d’elle, le 1 3 de ce mois, et pour commencer, il l’a mise en chambre garnie, chez un tapissier, carré Saint- Martin, avec promesse, si elle se conduisait bien pendant trois mois, qu'il lui achèterait de son hôte les meubles de sa chambre ; en attendant, il lui donne dix louis par mois et lui paie une servante, sans compter beaucoup de provisions pour la vie, qu’il lui a promis de lui envoyer; il est certain que si cette petite fille savait se tenir tranquille, elle ferait la nargue aux plus jolies femmes.
Le \ 1 de ce mois, M. Fischer avec un monsieur dont les domestiques portent grande livrée, qu’on soupçonne être le duc de Grammont, a soupe chez la Eudes, rue du Four, à l'hôtel de la Chesnaye, avec les demoiselles Denesle et Cuvcxe.
Le 12 , M. Gautier, riche Américain , avec deux officiers de marine, ont soupe à la petite maison de la Iléquct, avec les demoiselles Henriette, Monlpansier et Bellecourt.
Le 13, MM. le marquis de Vaudrcuil (1), le marquis de Choiseul et M. de Fitz-James, ont soupé à la même petite maison, avec les demoiselles Monlpansier et L’Étoile.
Depuis mardi dernier, il court des estampes à l’Opéra qui ne sont point du tout agréables à la demoiselle Saron, figu-
(1) Louis Philippe Rigand, marquis de Vaudrcuil, né le 28 octobre 1721, enseigne de vaisseau en 1740.
ranle dans les ballets de ce spectacle. On prétend que celle demoiselle a donné une galanterie à un monsieur dont j’ignore encore le nom, et que pour s'en venger, il fait courir des estampes où la Saron est représentée à califourchon sur la brouette d'un rémouleur, dame nature jouant le rôle du sabot
du gagne-petit Pour sa part, cette demoiselle en a reçu six
pour figurer, dit-on, avec six galanteries qu'elle a distribuées. Je serai incessamment plus amplement informé, et j’en rendrai compte.
Les Demoiselles Élisabeth Garant, Lacroix, Ledoux, Gentil, St-Sauveur, Rossignol, La Goguais, Dubois, Coraline, Parmentier, Courcï.
La demoiselle Élisabeth Garant, native de Verdun, son père marchand de vin dans ladite ville, est grande, mince, déliée et parfaitement bien faite; sa figure, sans être régulière, a quelque chose qui plait infiniment; sa gorge est admirable, et elle n'est âgée tout au plus que de dix-huit ans. Dès l’âge de treize ans, elle perdit sa première fleur, avec un nommé Olivier, officier dans le régiment de Touraine, qui l’engagea à quitter scs parents pour le suivre à Paris, où il ne fut pas plutôt arrivé qu'il l'abandonna à la discrétion de la nommée Chedeville, femme du monde, qui la fit passer en revue à toutes ses pratiques. Ensuite, elle circula chez différentes femmes de la même espèce , y tenant cependant une certaine conduite qui la faisait distinguer de ses compagnes, tant par le ton que par la propreté dans ses ajustements, Enfin, en dernier lieu, se trouvant pensionnaire chez la Aimée, elle eut le bonheur de plaire à M. le comte de Montmorency, maréchal
des camps et armées du roi. Ce seigneur, sans se faire connaître de la maîtresse de la maison, proposa à cette demoiselle de l'entretenir; elle s’y prêta volontiers. En conséquence, il donna à la Aimée six louis d’or, exigeant toujours qu’elle no s'informerait pas qui il était, et il conduisit sa maîtresse rue des Orties, dans un appartement garni de 80 livres par mois. Il lui donne 500 livres par mois, paie son loyer et les gages de ses domestiques. En outre, il lui a fait faire plusieurs robes et beaucoup de linge. Il vient la voir tous les jours à cinq heures du soir. Il en est si content, qu’il lui a dit ces jours-ci de chercher un appartement, qu'il voulait lui donner des meubles; et ii lui a promis que si elle devenait enceinte, il lui ferait six cents livres de rente. Elle est connue présentement sous le nom de MmI de Maraudière; de son côté, elle tient une conduite régulière, et je sais nombre de passades avantageuses qu’elle a refusées, et elle promet bien qu'il n’aura jamais de reproches à lui faire sur sa fidélité.
La demoiselle Lacroix, figurante dans les ballets de la Comédie italienne, ne voit plus M. de Mailly ni M. de Sabran. C’est aujourd'hui le marquis de Persennat qui est en possession de ses charmes moyennant 300 livres par mois. On dit môme qu’elle va aller demeurer chez lui. Elle aura certainement grand tort , car je connais ce monsieur pour très-peu endurant, et cette clôture lui paraîtra pour le moins aussi dure que celle de Pincourt.
M. le marquis de Duras, ne pouvant trouver de crédit pour donner à la demoiselle Ledoux une paire de girandoles, a été obligé de battre la retraite, et cette demoiselle l'a remplacé par M. de Fontanieu le fils, intendant du garde-meuble de la couronne, qui lui donne vingt-cinq louis par mois. Cette demoiselle Ledoux ne pouvait pas mieux rencontrer, car comme
elle est connue pour être fort libertine, il lui fallait un homme peu soupçonneux, et M. de Fontanieu a bien prouvé, pendant trois ans qu’il a vécu avec la demoiselle Wolf, qu’il s'embarrassait peu de toutes ces misères-là.
La demoiselle Gentil, native de Paris, fille du nommé Dulieu, maître tapissier, d’une très-jolie figure, mais très-petite de taille, est, depuis le ii de ce mois, entretenue par M. le comte d’Uneville, sur le pied de 400 livres par mois , et ce , du consentement de sa mère qui demeure avec elle, dans de trèspetits meubles, que ce seigneur lui a donnés pour commencer ; lesquels sont placés dans un assez joli appartement, rue Pavée, en face de la rue Françoise. Ce M. d'Uneville se flatte d'être très-bien en cour, et que le roi doit, ces jours-ci , lui attacher lui-même la croix de Saint-Louis. Il est vrai que pour appuyer son dire, il fait voir souvent une très-belle boite émaillée, qui renferme le portrait de Sa Majesté.
M. de Rossignol, conseiller au grand conseil, a pris depuis peu des arrangements avec la demoiselle Saint-Sauveur, cidevant appelée du nom de Bragelonne. Celte demoiselle est encore en intrigue avec un certain abbé, qui demeure rue des Prouvaires , qu’on dit se nommer Lordal ou Lerat, et que l’on dit avoir été employé pour le mariage de la dauphine.
Depuis que M. de Gaze a été supprimé du nombre des fermiers généraux, il a diminué à la demoiselle Rossignol, sa maîtresse, dix louis par mois; comme cela ne se trouve point de son goût, elle a jugé à propos de réparer ce vide, en acceptant les offres de M. le marquis de Torcy, pour être en second. Au moyen de cet arrangement, elle gagne deux louis chaque mois et une augmentation de plaisir.
La dame La Goguais, femme d’un fournisseur , rue Coquii-
lot)
ljère, a conduit sa fille le 20 de ce mois chez le marquis de Saint-Gérant, demeurant Porte Montmartre, et ce, dans l’intention de la lui livrer pour l'entretenir. Mais elle ne lui a pas convenu. Cette demoiselle a été débauchée, il y a trois mois, du consentement de sa mère, chez la dame Gérard, marchande à la toilette, qui la fit voir à M. le chevalier de la Luzerne, et qui lui donna quinze louis d’or. La Lavarcune l’a conduite aussi chez M. le chevalier de Fleury, demeurant rue de la Villel’Évéque; mais elle a encore eu le malheur de ne point convenir. On prétend que la dame La Goguais ne se prête à prostituer sa fille que parce que sou mari est pressé par sa communauté de compter différentes sommes qu'il n’est pas en état de satisfaire. — C’est une bien liasse ressource.
M. le comte de Rochefort continue d’agir magnifiquement avec la demoiselle Dubois, sa maîtresse. Il lui a fait présent do plusieurs plats d’argent, de nombre do robes très-riches, et il lui fait faire un héron (\) avec un collier de diamants. — Tout cela pour faire pique à la demoiselle Masson, qui lui appartenait auparavant. — Cette vengeance ne déplait pas à la demoiselle Dubois.
Dimanche dernier, au bal de l'Opéra, le comte de la Marche y était, et la demoiselle Coraline aussi. Tant que le prince a resté, cette demoiselle s'y est très-bien comportée ; mais il n’a pas été plutôt sorti, queM. Lestorière (2), déguisé en domino noir ; est apparu. Elle a fait beaucoup la folle et a dansé plusieurs contredanses avec lui.
On assure que Mme de Boumel prend soin de l’éducation de M. le chevalier de Coigny. 11 est vrai qu’on a remarqué , au
(1) C’est-à-dire une aigrette.
(2) C’est le héros d’un roman d’E. Sue.
bal île l'Opéra , que cet aimable jeune homme lui faisait une cour assidue, et que cette dame y répondait avec complaisance.
Le 17 de ce mois, M. le duc de la T rémouille a donnée souper à sa petite maison , rue des Martyrs, à la demoiselle Parmen-tier.
Le 18, la demoiselle Courcy, dont la Dubuisson dispose, a élé souper à la petite Pologne, avec M. Moreau, procureur du roi, M. Godeau, lieutenant criminel de robe courte, etM. de Joinville.
Le duc de la Thémouille, la Demoiselle Lavavlt, M. de Sainte-Colombe la Demoiselle Hâte.
M. le duc dé la Trémouille (1), sans s’en apercevoir, prend beaucoup de goût pour la demoiselle Lavault, qui doit, à PAques prochain , entrer dans les ballets de l'Opéra- Souvent il la traite à sa petite maison de la Barrière Blanche, et a, assez sottement, pour elle toutes sortes de considérations. Cette demoiselle s’en amuse beaucoup, et se dédommage de l’ennui de sa conversation en lui soutirant quelques louis d’or.
(I ) Les Mémoires secrets de 1783 nous donnent la morale de scs folies :
" 23 juin 1783. Ou a parlé du dérangement de M. le duc de la Trémouille, qui l'oblige de quitter Paris et de vivre daus ses terres. On l’a proposé au roi pour être cordon bleu à la nomination de la Pentecôte. On a représenté à Sa Majesté qu’il serait liontcux qu’un si grand seigneur n’eût pas cette décoration, qu’il n’y en avait en ce moment aucune de cette espèce dans sa maison ; que, du reste, il se rangeait ■ il comlhençait à payer ses dettes. Le roi est demeuré inflexible et a répondu que quand le duc de la Trémouille les aurait payées entièrement, il serait temps de songer à lui. „
M. de Sainte-Colombe, mousquetaire, a, lundi dernier, saisi auprès de la demoiselle Raye un de scs caprices heureux. Elle avait envie d'un déshabillé de satin bleu (objet de trois louis) qu’une marchande à la toilette lui faisait voir. Il la pria de permettre qu'il lui fit ce cadeau, ce qu’elle agréa. Tour lui témoigner sa gratitude, elle lui permit à son tour de partager son lit pour la nuit. Notre mousquetaire s'est très-bien acquitté de son devoir, et, depuis ce moment, il jouit des prérogatives du guerluchon.
M. de Chanlot, valet de chambre du roi, et M. Mercier, fermier général, ont dîné à leur petite maison du Roule, le 13 de ce mois, avec les demoiselles Saint-Léon et Vaudeuil.
MM. Nouel, Roussel et Pélion ont soupé, le 14, à la petite maison qu’ils ont louée de Brissault, avec la demoiselle Lacour, des Français.
Le même jour, U, M. Mac-Carfney, anglais, a fait une passade avoc la demoiselle Saint-Martin , figurante à l’Opéra , qu’il a payée dix louis. — 11 en parait si satisfait qu'il parle de l’entretenir.
Note sur la Demoiselle Mabtigky, danseuse dans les t allcts de l’Opéra, entretenue par M. le marquis de Romcy.
La demoiselle Martigny, qui depuis peu est rentrée figurante dans les ballets de l'Opéra , jouissant cependant d'un bon millier d’écus de rente et d'un mobilier considérable, — et dont les charmes ne se soutiennent aujourd’hui que. par un
art infini et une parure étudiée, car elle n’est plus de cette première jeunesse, — vient d'enflammer M. le marquis de Romey. Il lui donne vingt-cinq louis par mois, et lui fait nombre de cadeaux en robes. Cette demoiselle est connue pour avoir depuis longtemps un vieux penchant pour le marquis do Vicrville; et M. de Romey court grand risque de n’ôtre^ pas plus heureux avec elle qu'il ne l’a été avec la demoiselle Raye, qui en très-peu de temps lui a soutiré 50 louis au moins, et qu'il n'a jamais pu approcher qu’une seule fois.
La Demoiselle Varenne dite Bentheim. — La Demoiselle Sonvillk. — Mesdames de I'la v acocrt et de La ValliÈrx. — Madame de Bournelee. — Soupers.
La demoiselle Varenne, surnommée Benthcim, pour avoir vécu plusieurs années avec ce seigneur, ensuite avec M. do Tange (1), trésorier de l’extraordinaire des guerres, qui l’a toujours conservé, malgré ses autres aventures, et vivant depuis quatre ans avec le marquis de Seignelay , qui l’aime à l'adoration , vient pour ainsi dire d’ôtre punie d’une iniquité quelle est dans le dessein de faire à ce dernier. Voici le fait : Cette demoiselle a connu, il y a environ sept ans, M. de Monlière, jeune homme fort aimable, aujourd'hui capitaine de carabiniers. Ce fut lui-môme qui lui fit perdre M. de Bentheim, qui lui faisait de gros biens, LesressourcesdeM.de Montière ayant été promptement épuisées , la raison les força de se séparer ; mais ils se jurèrent un amour éternel, et, toutes
(1) Thomas de Pungc, trésorier général de l’extraordinaire des guerres depuis 1719, rue Culture-Sainte-Cntlierine.
les fois qu'il est venu à Taris passer ses quartiers d’hiver, la demoiselle Varenne lui a toujours sacrifié ses plus précieux moments, Enfin ils ont résolu de se marier ensemble, et leurs arrangements étaient pris pour consommer cette sottise au mois de mai prochain, temps auquel M. de Seignelay doit ppartir pour l’armée. En conséquence, la Varenne a tiré de lui l’impossible, ainsi que de M. de l’ange, qu’elle a placé en rentes viagères; elle complait même ces jours-ci porter encore chez son notaire 6,000 livres; mais la demoiselle Lamothe, sa sœur, qui depuis huit ans est auprès d'elle sur le pied de femme de charge, en a ordonné autrement.
Comme elle était instruite des intentions de sa sœur, avec Montière, et que ce mariage dérangeait ses projets de fortune, elle a jugé à propos de se faire un sort, qui fut indépendant des fantaisies de la demoiselle Varenne; et pour y parvenir, elle s’est emparée à la sourdine des 6,000 livres destinées à être portées chez le notaire, avec nombre de bons effets, avec lesquels elle est disparu. Cependant, elle a eu la probité d'aller chez la blanchisseuse de sa sœur, la prier de lui dire qu’elle no soupçonnât point de ce vol ses domestiques, que c’était elle qui l’avait fait, parce qu’elle craignait qu’une fois ce mariage fait, on ne la mit à la porte, et qu’elle se trouverait, après avoir passé son temps auprès de sa sœur, être encore obligée, pour vivre, de se mettre en service chez les autres. La demoiselle Varenne voudrait bien découvrir sa retraite, afin de ravoir son argent et ses effets, car cet arrangement n’est pas du fout de son goût; mais elle ne voudrait cependant point la poursuivre au criminel. Ainsi , je crois qu’il faut qu'elle prenne patience et qu’elle se détache de ses deux mille écus. M. de Seignelay ignore absolument l'histoire du mariage et plaint fort sa maîtresse. Tour la demoiselle Lamothe, il y a lieu de croire que le nommé Maugien , soldat aux gardes de la compagnie de la rue Feydeau, n’ignore point où elle est, puisque.
depuis quatre ans, ils sont dans l’intention de se marier ensemble, et que la demoiselle Varenne n’a jamais voulu y consentir.
Il serait fort heureux pour M. de Montière, qui est homme de condition, capitaine de cavalerie, chevalier de Saint-Louis, avec une fortune honnête, si cette perte pouvait lui empêcher de faire une sottise qui le déshonorera complètement. 11 est vrai que la Varenne est encore aimable, qu’elle a 12,000 à 15,000 livres de bonnes rentes et un mobilier fort considérable; mais ces sortes de mariages ne vont jamais à un honnête homme.
M. le marquis d’Armantières, qui ci-devant se contentait de voir la demoiselle Sonvillc en passade chez Brissault, aujourd’hui va chez, elle lui rendre ses hommages et s’est chargé de sa dépense. M. d’Armanlières observe le plus grand mystère dans scs visites, et cette demoiselle fait de son mieux pour ne pas le compromettre.
M. le comte de Thiars (1), écuyer de monseigneurleducd'Orléans , est toujours parfaitement bien avec Mme la comtesse de Valenlinois (2). Cette dame même paraît s’être mise au-dessus
( 1 ) " Le comte de Thiars, — frère du comte de Bissy, — dit M. de Gcnlis, passait pour être l’homme le plus aimable de la société. Malgré une laideur remarquable, il avait inspiré des passions célèbres ; il n’avait qu’une sorte d’esprit, celui delà conversation, et c’est assez pour le monde; il faisait de mauvaises chansons de société, dont les vers manquaient souvent de mesure
et de rimes; c’est encore assez pour charmer quelques femmes Au reste
M. de Thiars était dans la société piqunnt, amusant, d’une gaieté douce, spirituelle, et en tout fort aimable. „
(2) Marie Christine Chrétienne de Rouvroy-Saint-Simon, grande d’Espagne et comtesse de Valcntinois, née le 17 mai 1728, mariée en 1754. Elle mourut en 1774, après avoir fait un testament qui ht beaucoup de bruit et dans lequel elle sembla avoir voulu exclure toute sa famille de sa succession, en instituant Mme la marquise de Fitz-James sa légataire universelle.
— iUG —
du (|u'en dira-t-on? Lundi dernier, elle était au bal de l'Opéra, déguisée en capote brune , et n'a point quitté le bras de M. do Thiars. Elle n’avait pas même le soin de déguiser sa voix , et plusieurs personnes l’ont reconnue. Pour M. le comte de Bissy,
{et ), Mme La Vallière (1) et Mmr de Flavacourt se disputent
la gloire de les posséder.
Ces deux seigneurs ne font aucun mystère de leur bonne fortune, car, dernièrement, la llrissault leur faisant des reproches de ce qu’elle ne les voyait pas souvent, ils lui répondirent, en plaisantant sur le tempérament de ces dames qu’ils nommèrent sans ménagements, qu'elles leur donnaient trop de besogne et qu’ils ne pouvaient venir chez elle que lorsqu’elles étaient incommodées.
M. le prince de Marsais (2) passe pour être au mieux avec Mrac de Bournelle ; effectivement, tous les jours gras il lui a servi d’écuyer au bal de l’Opéra, et les domestiques de cette dame que j'ai eu le soin de faire jaser, le regardaient comme l’amant de leur maîtresse.
Le 20 de ce mois, M. de Chimène a donné à souper, chez lui, à la demoiselle Saint-Léon.
(1) C'est à la duchesse de la Vallière que Voltaire dédia ce portrait, qui n’était, dit-on, qu’une contre-vérité :
Être femme sans jalousie Et belle sans coquetterie.
Bien juger sans beaucoup savoir Et bien parler snns le vouloir.
N’être haute ni familière,
N’avoir point d’inégalité :
C’est le portrait de la Vallière,
Il n’est ni fini ni flatté.
Anne Julie Françoise de Crussol d’Uzès, née à Faris le 14 décembre 1713, était mariée depuis le 19 février 1732 au duc de la Vallière. On voit que son âge ne laissait pas que d’être respectable.
(2) Camille Louis de Lorraine, ci-devant appelé prince Camille et prince de Afarsaie depuis le mois de février 1762. Il était né en 1725.
Le même jour, M. le comte de Bentheim etM. de Chambort, son ami, ont soupé dans le petit appartement de Lavarenne avec les demoiselles Lucile et Vauglant.
Le 24, M. le duc de Fronsac a donné à souper, à sa petite maison, à plusieurs de ses amis, avec les demoiselles Parmentier et Leclerc ; — elles ont été très-bien payées.
Le même jour, M. le marquis de Villelle a donné à souper chez lui à M. le prince de Marsais et à M. le prince de Rohan , avec les demoiselles Bcllevue et Julie.