DU 19 MARS 17G
Les Demoiselles Maktiqny, Lacouk, Désirée, Fontenay. — Soupers.
M. le marquis de Thomerv a quitté la demoiselle Martigny , figurante dans les ballets de l'Opéra , pour prendre la demoiselle Frontau , cadette, dite Saint-Lo, à laquelle il donne vingt louis par mois. Cette demoiselle est déjà entretenue, ainsi que je l’ai annoncé , par M. Fargès de Polisy (1) , maître des requêtes , qui lui donne vingt-cinq louis par mois. Mais, comme ce robin ne vient la voir que deux fois par semaine , elle espère conduire facilement cette double intrigue, et ménager encore de doux moments à M. de Rupière, son guerluchon. Cette demoiselle est d’une très-jolie figure, grande, bien faite, et doit entrer à Pâques à l’Opéra , pour figurer dans les ballets ; -- elle y fera certainement du bruit.
M. Maussion de Candé (2), conseiller au Parlement, a quitté assez promptement la demoiselle Lacour, figurante à la Comédie italienne, ci-devant entretenue par M. de Vassal fils. C’est aujourd’hui RI. Pelhion fils qui s’est chargé de défrayer
(1) Fargès de Polisy, vue des Dons-Enfants, maître des requêtes depuis 172G.
(2) Maussion de Candé, conseiller à la troisième chambre des enquêtes depuis 1751, rue du Hasard-Richelieu.
les charmes de celle demoiselle, et qui s’est débarrassé, en sa faveur, de la Mcssaline Saron , figurante à l'Opéra. M. Pelhion , pour faire bonne bouche à la demoiselle Lacour, lui a fait présent d’une plume de héron de diamants, estimée G, 000 livres, et lui passe 25 louis par mois pour ses appointements.
M. Ledoux, receveur des tailles de la généralité de Paris, vient de perdre par la mort la demoiselle Désirée, son ancienne maltresse, avec laquelle il vivait depuis plus de douze ans. Cette demoiselle avait été autrefois figurante à l’Opéra dans les ballets; elle passait pour jouir de 8;000 à 9,000 livres de rente, dont la ptus grande partie provenait des bienfaits de M. Ledoux. Elle était âgée d'environ 36 ans. C'est en mettant au monde une petite fille que la mort l’a enlevée; celte enfant n'a survécu à sa mère que le temps nécessaire pour recevoir le baptême. M. Ledoux, en annonçant cette nouvelle à la demoiselle Fontenay, qu'il entretient aussi depuis près de trois ans, lui a fait entendre que son sort en augmenterait, et qu’il allait lui faire 3,000 livres de rente et lui donner d'autres meubles, qu'il voulait dorénavant coucher chez elle ou qu’elle vint tous les soirs coucher chez lui.
Le 12 de ce mois , M. de Lignerac , son beau-frère, M. Duthillet, le marquis de Gaucourt (t) , ont soupé à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Parmentier, Lucile et Dulieu.
Le 17, M. le marquis d'Étampes et M. de Valençay, son frère, ont soupé au Palais-Royal avec les demoiselles Parmentier et Lucile.
(1) Enseigne aux gendarmes de ta garde, marié depuis 1732.
Les Demoiselles Victoire Bénard dite Joly, Fleury.
La demoiselle Victoire Bénard, dite Joly, dont j’ai donné les dernières aventures le 2 novembre 1739, en la faisant connaître pour être entretenue par M. le comte de Mailly d’Haucourt, à qui elle fut présentée par la Deslongrais, femme tenant maison publique , — qui passa pour une prêteuse sur gages, qui se débarrassait de celte pensionnaire moyennant dix-buil louis, — qu'elle reçut comme pour acquit de dettes de la demoiselle, qui sur-le-champ fut installée rue Guénegaud, en hôtel garni. Ensuite, elle fut meublée rue de Varenne, où ce seigneur avait très-soin que rien ne lui manquât. 11 venait rarement chez elle , mais cette demoiselle allait souvent chez lui. ElleVest très-bien conduite pendant deux anuées ; enfin l’oisiveté ou le tempérament la fit s'abandonner à un jeune homme nommé Langlois, qu’elle a connu ci-devant chez la Deslongrais. Ce guerluchon a dérangé sa santé ; M. le comte s’en ressentit lui-méme. En conséquence, la semaine dernière, il a fait déguerpir cette demoiselle de l'appartement quelle occupait, en ne lui laissant que ses hardes et quelques louis pour apaiser la grosse faim. Elle s’en est prise à ses yeux , et s’est acheminée rue Pavée, près la Comédie italienne, chez une nommée Villouse , femme à intrigues, dans les ressources de laquelle elle espère pour ellemême. Comme elle est fort jolie, et que son dérangement de santé actuel est de nature à se passer en peu de temps , il y a lieu de croire qu’on ne tardera pas à en entendre parler dans le peuple galant.
La demoiselle Fleury, de chez la Lasalle, a été dîner dimanche dernier à la Haute-Borne, à la petite maison de M. le duc de Grammont, qui l'a fait prendre. Son-intention était de l’entretenir , mais à présent il n’y pense plus. La Surville, appareilleuse sous le, manteau, doit conduire à Clichy , à la petite maison de ce duc, une nommée Mlle Desnoyers, demeurant rue Saint-Honoré , vis-à-vis le grand conseil , chez un bijoutier. Elle a été figurante dans les ballets aux deux comédies. Elle est jeune et jolie , est dans des meubles assez propres et demeure avec sa mère. Ce duc tourmente aussi la Surville pour lui ménager une passade avec la demoiselle Beauvoisin , entretenue par le marquis de Duras ; mais il ne voudrait dépenser que dix louis d'or. — Je suis certain qu'elle n’y consentira pas.
M. le marquis de Romey, — après avoir été trompé par les demoiselles Martigny, Baye et Saint-Lo, qui lui ont attrapé vingt-cinq louis d’or pour le premier mois, sans vouloir lo voir plus d'une fois, — commence à être plus circonspect dans ses galanteries. 11 vient de prendre la demoiselle Lavault , dont j’ai souvent parlé; mais il ne lui a donné d’abord que six louis, et , chaque semaine, il doit lui en donner autant. — Cette demoiselle lui a témoigné être très-satisfaite de cet arrangement.
M le marquis de Monlmirail (1) a absolument quitté la demoiselle Dornay, parce qu’il a appris l'ingratitude dont elle a usé envers M. le comte de Benlheim-Stoinfurt, son prédécesseur, qui lui a donné, en moins de six semaines, mieux do 15,000 livres. Il a craint qu’elle ne lui en fit autant. 11 aurait
(I) Charles François César Tellier-Courtcnvau, appelé marquis de Mont mirait, capitaine colonel des Cent-Suisses, né le 11 septembre 1731. Il se maria eu 1763 et mourut en 1765.
bien dû faire ces réflexions-là plus tôt, car il en est pour 7,000 ou 8,000 livres de meubles , qui ont été joints à ceux qu’elle avait, et qui ont été placés dans un appartement fort honnête, rue Neuve-des-Petits-Champs. J’ai fouillé autant que j’ai pu les raisons de celte rupture; j'en ai même fait parler à M. le marquis de Montmirail, par un de ses amis, à qui il a répondu simplement : elle est trop occupée de ses intérêts, et cela ne me va point.
Cette demoiselle en est dans le plus grand chagrin , parce qu'elle prétend que le cœur était de moitié dans cette intrigue. Pour moi, j’imagine que ce qui l'afflige le plus est parce qu’elle a été remerciée de l'Opéra, où elle figurait dans les ballets ; — par conséquent, les occasions de fortune deviendront pour elle bien plus rares. Quoiqu’il en soit, elle va aller passer quelques joursà Chenevières (1), chez le marquis de Wangen, pour se distraire. Toute la bande joyeuse doit s’y trouver, et le baron a dit qu’il voulait bien s'en donner avant son départ pour l’armée.
Le 30 mars, MM. d’Etampes, de Valençay, d’Autichamp (2) , de Lignerac et un de leurs amis ont soupé <à la petite maison de Brissault avec les demoiselles d'Héricourt, Dulicu et Lucile.
Le même jour, M. le comte de Yinlimille et M. le comte de Lacoste ont soupé à la petite maison de la Héquet , avec les demoiselles Lucile et Julie.
(1) Marmontel parle aussi îles lionnes parties qu’on faisait à cette maison de Clicucvièrcs, voisine d’Andrcsay (Seine-et-Oise’, d’abord rendez-vous de citasse, appartenant à M. de Curis.
Quant à M. de Wangen, il avait d’autant plus de raison de se méfier des hasards de la guerre, que le 25 octobre 1760, il avait été blessé et fait prisonnier au combat de Ilosinbcrg. Le baron de Wangen était brigadier aux armées.
(2) Jean Thérèse Louis Beaumont, marquis d’Auticliamp, colonel du régiment de dragons de son nom, né le 17 niai 1738, marié en 1763.
Le 31 dudit mois , je marquis de Caraman (I) a soupé chez Orissa u H avec la demoiselle Vaudreuil.
J’ai l’honneur de vous informer que j’ai appris que M. le comte deSabran était à la Haye avec la demoiselle Louison, qu’il y a conduite. Elle y porte le nom de Oarsan, qui est le nom de Sabran anagrammisé. 11 est question queM. deSabran doit la laisser à la Haye et lui, retourner à l’armée, et qu’il doit aller la reprendre à la fin do la campagne pour la ramener à Paris.
30 avril 1702. ( Signé) Bourgoing (2).
Les Demoiselles Beauvoisin, Valentin, Dubois, Saint-Lo. — Souper de MM. de Valençai et Cabon.
La demoiselle Beauvoisin se tient toujours cachée à Vincenncs , chez des gens de la connaissance de sa mère, pour fuir la recherche de M. le marquis de Duras. La Surville, courtière d’amour, qui, depuis huit jours, la faisait tourmenter pour qu’elle acceptât M. le duc de Grammont, à raison de <f00 livres par mois, vient d’ètre expulsée par le refus de cette demoiselle qui ne veut recevoir les visites du duc que lorsqu’il lui aura donné des girandoles de diamants et vingt-cinq louis pour le premier mois. M. le duc est furieux que cetlo petite personne ait déjà oublié qu'elle était servante, il y a trois ans, chez le sieur Cadet, chirurgien, rue Montmartre.
(1) Marie Jean Louis Riquct, dit le marquis de C araman, né le 20 novembre 1731, colonel-lieutenant du colonel général dcB dragons en 1759, marié.
(2) Ce Bourgoing parait avoir remplacé Marais. V. p. 120.
Depuis la mort de la demoiselle Riquet, en son vivant danseuse à l'Opéra, son père et sa mère se sont retirés à la Courtille , avec 2,500 livres de rente qu’elle leur a laissées. Ces bonnes gens n’avant plus do filles à pourvoir dans le peuple libertin, se sont jetés dans l'extrême dévotion, et au point qu'ils ont mis la demoiselle Valentin (ci-devant danseuse à l’Opéra et amie de feu leur fille) dans la même frénésie. Cette dernière a séduit aussi son frère , qui était danseur au même spectacle. Toute celte pacotille doit partir incessamment pour Marseille, afin d'y voir les débris de leur famille, et de là , s’aller installer à demeure à Avignon. La semaine dernière, la demoiselle Valentin a fait prier M. Leguav, premier commis de la marine , de se rendre un des jours de la semaine dernière chez elle , à heure nommée. Il s’y est rendu. Le confesseur de cette demoiselle y était, et, en sa présence, elle lui a fait un long discours sur sa vie passée, avec les expressions d'une vraie Madeleine repentante, et encore plus sur la ferme résolution où elle était de se donner à Dieu pour toujours. Après quoi , elle a représenté à ce monsieur tous les présents qu'elle en a reçus et a voulu l’engager à tes reprendre. M. Leguay, saisi d’admiration, non-seulement n'en a rien voulu faire, mais au contraire, quelques jours après, il lui a fait présent de quatre actions des fermes de 1,000 livres, payables d’année en année, et d’un contrat de 500 livres de rentes qu’il l’a forcée d’accepter en se recommandant à ses prières. Cette nouvelle prosélyte , par ce petit arrangement , se retire avec 6.000 livres de rentes bien claires. — On peut bien devenir dévote et modeste à ce prix. — La suite justifiera de la vérité de cette conversion. l’eu de personnes la croient sincère , et, malgré que les meubles soient emballés, que le voyage de Marseille soit apparent, les uns croient qu'il n'aura pas lieu ; les autres, que c’est une nouvelle tournure pour s’assurer de la générosité de M. Leguav.
Cette feuille fera encore mention de M. le comte de Rochefort et de la demoiselle Dubois. — Lundi dernier , le comte étant allé chez elle, et, ne l’ayant pas trouvée, en sortit avec humeur. Ses rêveries le conduisirent aux Tuileries. Au deuxième tour d’allée , il se trouva nez à nez de sa perfide maîtresse, qui était accompagnée du beau Lestorière, officier aux gardes. 11 se répandit en reproches contre elle, et se relira. M. Lestorière le suivit, et a la sortie du jardin lui demanda l'explication du propos qu’il venait de tenir à la demoiselle Dubois. Le comte lui répliqua qu’il croyait être le maître de dire ce qu’il, voulait à sa maîtresse , et qu'il payait bien surlout; — ensuite il monta dans sa voiture. On a remarqué que, depuis ce jour-là, M. le comte se trouve partout où va la demoiselle Saint-Lo , et l’on en augure qu’il pourra fort bien en revenir à lui faire la cour. — Pour peu qu'il parle, il sera bien reçu. On est fâché de l’avoir perdu sans l’avoir mérité, ainsi que cela a été dit au dernier travail.
Le 26 de ce mois, M. de Valençay et un de scs amis, avec deux filles qui leur avaient été fournies par la Hermand, ont été pour souper dans le parc de Meudon. Ils avaient fait porter la bonne chère dans leur voiture. Le suisse du parc no les y voulut point souffrir. Ils furent obligés de venir à Vaugirard , dans une guinguette, où ils furent servis en vin par pintes, et en vaisselle de fer et d’étain ; — point de chaises, les bancs de bois ont servi de lit de plumes à leurs plaisirs. Ils ont été enchantés de cette partie, quoique les reins brisés, et ont fini par bien payer la Hermand, qui les avait accompagnés. M. do Valençay a emmené coucher chez lui la demoiselle Emilie, afin de se remettre tous deux de la fatigue qu'ils avaient éprouvée ; et. son ami, nommé M. Caron, s'est fait conduire par l'autre jusqu’à la Villelte, où sa chaise de poste l’attendait pour aller à l’armée.
M. le baron de Wungen, M. le comte de Sarsalle, M. le marquis de Vierville, M. Begon , directeur de la marine à Dunkerque, M. de Curis (t), M. de Yillemur et M. de Sernegal, étranger, ont soupé et se sont très-bien amusés à la petite maison de Brissault, à la Barrière Blanche, avec les demoiselles Dorfée, d'Iléricourt et Maisonville.
Le 29 , M. le comte de Vintimille et M. de Lacoste , avec un officier de leurs amis, ont soupé, au même endroit, avec les demoiselles Dorfée et Maisonville.
Le même jour, 29, M. Pelhion fds a donné un grand souper à sa petite maison de la Barrière Blanche. MM. de Pressigny, Boussel (2) et Auvrav fils en étaient, ainsi que les demoiselles Saron, Siam, sa sœur, et Lacour, des Italiens. Elles en ont fait les délices, ainsi qu’une caisse remplie de vin de champagne. A la fin de ce festin, on a tiré un feu d’artifice dans le jardin , et chacun s’est retiré au jour.
Le 21, il y avait eu un grand souper à la petite maison de Brissault, dont on oubliait de rendre compte. Il a été composé, eu hommes, de MM. de Roquemont, commandant la garde de Paris, de Savagnac, Clauze, Cavaignac et deChêteau-Renaud; en femmes, les demoiselles Lucile, Maisonville et d’Héricourt.
(1) Les mémoires de Marmontcl font souvent mention de M. de Curis, pour lequel il se vit disgracié à la suite d’une altercation avec le duc d'Aumont. C’était le chef de la bande joyeuse, dit-il en parlant des intendants des menus, au nombre desquels il comptait ; il était homme d’esprit, bon, plaisant, d’un sel fin dans son sérieux ironique et plus espiègle que malin.
(2) De Fressigny et Roussel étaient tous deux fermiers généraux.
Los Demoiselles Favif.r, Laeoeest, Rossignol, Eellevue.
La demoiselle Favier, native de Lyon, connue à Paris depuis environ deux ans et demi, pour avoir été à la discrétion de Brissault et de Lavarenne, — et de là, pour avoir été figurante dans les ballets à l'Opéra-Comique, alors en intrigue avec les sieurs Délais et Beguinet, jeunes gens faisant la banque, et qui ensuite en fut vexée par des couplets historiques sur son compte et des épithètes verbales en public assez désagréables, — est actuellement figurante aux Italiens, et assez bien entretenue par un nommé M. Villingue, l’un des membres de la Compagnie des Indes, qui depuis quelques mois lui donne beaucoup. Elle est très-bien meublée, et demeure rue de Beaune, faubourg Saint-Germain , au coin de celle de Verneuil. Ce monsieur a tous les soins possibles de la mère, et, pour témoigner à la fille la vérité de son attachement et de l’intention qu'il a de lui faire \ ,200 livres de rente, au mois de janvier prochain, il lui a donné en dépôt un contrat de 20,000 livres en principal, à lui appartenant, lorsqu'il est parti pour la campagne , où il doit rester encore quelques mois. Cette demoiselle, malgré les vexations des sieurs Delnis et Beguinet, en reçoit journellement des hommages et lire d’eux tout l’argent qu’il lui est possible. En outre, elle guerluchonne avec le sieur Moët (I) , ci-devant directeur de l’Opéra-Comique. reconnu pour un garçon d'esprit, mais de qui tout au plus elle ne doit tirer que la petite vie de ses ajus-
(1) Moët était en effet avec Corby l’un des deux directeurs de l’Opéra-Coïuique.
temenls. Et, comme cette demoiselle est d'une grande dépense. elle fait aussi la roue autour de Brissault, pour qu'il lui fasse faire quelques riches passades. C’est à quoi cet intrigant d’amour pense sérieusement pour ces jours-ci. On assure que cette demoiselle Faviera toujours la même infirmité que les années précédentes. Le sieur Marais en a souvent parlé dans ses feuilles périodiques.
La demoiselle Laforest, danseuse, figurante à l’Opéra, qui se trouvait vacante, c’est-à-dire sans entreteneur, et dont souvent il a été rendu compte lors de son avènement au spectacle, vient, depuis quinze jours, de passer aux appointements du sieur Lafontaine, ci-devant sellier du roi, à raison do vingt louis par mois , en attendant meilleure aubaine. Elle ne regarde même cette aventure que comme une fleurette de convalescence, car, par parenthèse, cette demoiselle, par ses prompts et fréquents exercices, a couru à grands pas aux réchaux de Saint-Cosme, dont elle vient de faire la triste épreuve.
La demoiselle Rossignol , dont il a souvent été parlé dans les parties de souper de chez Brissault l’année dernière, et qui, depuis plus de six mois, était entretenue par M. Caze, fermier général, vient d’en être quittée par son inconstance ordinaire, sans mécontentement, après lui avoir donné Beaucoup de bons effets et meubles. Elle demeure actuellement rue des Bons-Enfants, même maison que la demoiselle Legendre. Elle a fait avertir Brissault qu’elle allait reprendre ses anciens errements chez lui , afin d’y passer à quelques autres aventures.
M. de Langeais, chevalier de Saint-Louis, retiré du service, demeurant rue de l'Égout, ami particulier de M. de Roq ue-
mont, a pour maîtresse une petite personne fort jolie, connue ci-devant chez Lavarenne, rue Feydeau, sous le nom de Bellevue, et pour avoir été entretenue par le marquis de Persennat, qui l’avait mise au couvent il y a dix-huit mois pendant toute une campagne, mais qui en était sortie par ennui et aux sollicitations de la Lavarenne, qui voulait en disposer pour quelques autres dupes opulentes qui la lui demandaient. Les arrangements de M. de Langeais sont qu’elle ne sorte jamais : elle est logée et nourrie chez lui pendant trois ans, après quoi il en prendra une autre , donnera des robes et des meubles à celle-ci , et lui fera C00 livres de rente ; c’est là sa manie ordinaire. Il dit lui-méme qu’une personne qui aurait huit jours de moins que les trois ans, qui prévariquerait, serait par lui renvoyée les mains vides. Et comme la satisfaction de ce monsieur est de voir deux femmes s’amuser ensemble , c’en est toujours une de celte espèce qu'il choisit pour être à demeure chez lui , et alors il paie les vacations d’une autre qu’il envoie chercher dans les maisons publiques. La demoiselle Bellevue y était connue pour être de ce calibre, et c’est sans doute ce plaisir permis qui l’a captivée chez M. de Langeais, d’où elle ne bouge pas depuis un an.
Un des jours de la semaine dernière, M. de Monville, grand maître des eaux et forêts, donna à souper chez lui à la demoiselle Arnould , actrice à l'Opéra , qu’il a avouée publiquement pour sa maîtresse. On assure que deux dames de condition, dont on saura sous peu les noms, étaient de ce souper.
Le 2 du présent, M. le comte de Rochefort a soupé chez lui tête à tête avec MUe de Maisonneuve. Ce seigneur a encore une fois quitté Mlle Dubois, de la Comédie-Française. Il ne prendra point la demoiselle Saint-Lo comme il y avait lieu de le croire parce qu'il dit lui-même s’être aperçu qu'elle a une
odeur de peau trop forte dans le particulier, à laquelle il n’avait d’abord pas fait attention. Brissault est en mouvement pour faire une découverte en faveur de ce comte généreux dont il a gagné la confiance.
Le 6 , M. le baron de Wangen avec son cousin , M. de Villemur, M. de Seriniga et M. Dangé (1), fermier général, ont soupé à la petite maison de Brissault avec les demoiselles d’Héricourt, Maisonville et d'Orfée.
(1) 11 9 mars 1777. Le sieur Dangé, fermier général, mort ces jours-ci, avait 62 ans et a toujours joui et usé de sa bonne et excellente santé. La veille de sa mort, il recevait encore du monde : il était sur sa clmisc longue, dans une robe de chambre a fleurs d’or, jouant a la bouillote et parlant filles. 11 disait qu’il voulait s'en aller gainient, ce qui, dans ce Turcaret était moins l’effet d’une vraie philosophie que de l’apathie d'une âme dure et racornie, n’ayant jamais eu aucune sensibilité.
" 11 a institué son légataire universel, le sieur Dangé d’Onay, son neveu chéri, outre 5 millions de legs particuliers qu’il donne; ce qui n’enipôchera pas le successeur d’avoir encore une fortune de 8 millions.
11 Du 23 mars. On parle encore du sieur Dangé, dont le testament a des dispositions assez originales. On cite entre autres un article de 50 bouteilles de vin d’un cru exquis, qu’il laisse en rente viagère à Mme de Coigny. Ce don a été motivé sur une plaisanterie de cette dame, se plaignant qu’après la mort de cet excellent amphytrion, elle ne pourrait plus boire d’aussi bon vin.
11 11 supplie aussi S. A. Mgr le prince de Conti de lui permettre de lui léguer 1,000 bouteilles de vin. On ajoute qu’il y a un zéro de rayé.
" Enfin, M. de Bièvre a fait un calembour et a dit que ce n’était que depuis peu qu’on pouvait passer la place Vendôme sans danger ; et ce quolibet a d’autant plus de sens, que le financier défunt était un grand coupeur de bourse par son bonheur inouï au jeu. „ (Extrait des Ment, secrets.)
Les Demoiselles Dubois dite Hbbebt, Pabmentiek, Lackoix, Raïmohd, Buaju), Daschkb, Rave, Agathe Mabbovbg.
M"' Marie Dubois, connue depuis plusieurs années sous le nom de Mlle Hébert, fille de l’ancienne Dubois, sur laquelle, il y a plus de vingt ans, on avait fait d'assez sales couplets de chanson , dont on a donné les aventures en même temps que celles dont il est question le 17 février 1758, en annonçant que cette dernière était entretenue par M. Pelhion, fils du conseiller au Parlement, à raison de vingt-cinq louis par mois, et qu'il lui avait donné des meubles superbes, et en outre faisait 1,200 livres de rente à ladite Dubois mère, pour qu'elle ne vint point chez sa fille , — a eu le chagrin , il y a environ dix-huit mois, de perdre ce bienfaiteur par la circonstance de son mariage. Pour se distraire, elle accepta la proposition que lui fit le nommé Hébrard , directeur de l'Opéra , pour qu’elle s'y rendit afin d’y jouer les premiers rôles, — ce quelle a fait avec succès étant très-bonne musicienne et ayant une fort jolie voix soutenue par une physionomie douce et fort aimable. Mais, ne se voyant point payée de ses appointements, elle a quitté le spectacle et est revenue en cette ville depuis trois semaines environ, et, ayant fait savoir son retour à M. Pelhion, ils se sont renoués avec les mômes arrangements hors la pension qu'il faisait précédemment à la mère. La demoiselle Hébert demeure rue Neuve-Luxembourg, vis-à-vis les murs du jardin de la Chancellerie. Sou intention est d’entrer à l'Opéra, et M. Pelhion qui, dans le commencement de leur connaissance , lui avait fait quitter ce spectacle où elle était depuis
plusieurs années , a changé d'idée à ce sujet et ne s’y oppose point. Il voit tous les jours sa maîtresse, mais cependant il s’y rend avec mystère, par égard pour son épouse que l’on prétend qu'il aime aussi.
M. le marquis de Paolucci , envoyé de Modène, qui, depuis environ huit mois, entretenait à douze louis par mois la demoiselle Parmentier, connue pour être à la disposition de lîrissault, vient do la quitter décidément celte semaine, pour être venu plusieurs fois chez elle sans l’y avoir trouvée. Brissault espere lui réparer ce tort en lui procurant promptement un successeur au marquis, dans la personne de M. de Pernon, à qui il se propose de la donner comme en second, afin dé ne rien déranger de ses arrangements ordinaires, — et, connaissant d’ailleurs M. de Pernon toujours susceptible de cette place de second en intrigue amoureuse , par raison même d’économie , prétendant par là être à l’abri de satisfaire à toutes les fantaisies d’une jolie femme. — Cette demoiselle Parmentier est une grande fille, bien faite et fort aimable.
M. le marquis de Persennat vient de faire quitter le spectacle de la Comédie italienne à la jeune Lacroix , danseuse, sa maltresse , par la raison de sa grossesse dans laquelle elle est très-avancée, et par son attachement personnel pour cette demoiselle, qui se conduit très-bien avec lui. Depuis qu’il l'a , il lui promet 1,200 livres de rente tant sur sa tète que sur celle de son enfant, dès que ses couches seront faites. — Il a toujours été de parole avec ses maîtresses. Elle est allée demeurer dans sa petite maison , rue Neuve-Saint-Lazare , à la Barrière Blanche. M. le marquis prend soin de ses père et mère qui sont en leur particulier. Cette demoiselle Lacroix est la même qui fut mise au couvent des dames religieuses de Pincourt , en vertu d’ordres du Roi , il y a environ quinze mois ,
et sa mère à la Salpêtrière pour l'avoir prostituée. Sa pension était payée par un jeune homme nommé de Guérin , qui en voulait faire une sainte ou sa femme , après en avoir fait sa mal tresse.
M. de Champeron (1) , demeurant rue de Cléry , à la Villeneuve, est en train de faire un grand mariage , à ce qu’il dit lui-môme, en observant cependant, quant à présent, le plus grand silence sur le nom de la personne qu’il doit épouser. C’est pourquoi il vient de quitter décidément la demoiselle Raymond , qui était sa maîtresse depuis plusieurs années , en lui faisant \ ,500 livres de rente , et pareille somme aussi sur la tête de trois enfants qu’il a eus d’elle , desquelles elle jouira sa vie durant. Cette demoiselle Raymond est très-bien en bijoux pt en diamants, et, ayant eu le soin de placer tous les ans une somme, elle se trouve à présent jouir, tout compris, d’environ 6.000 livres de rente. La retraite est honnête pour la fille d’un fort mauvais cuisinier de maison. Elle ne s’est jamais fait aimer de ses semblables par sa hauteur. Elle n’avait pour toute liaison que la demoiselle Rousse , sa voisine , aussi méchante et aussi impérieuse qu’elle.
M. de Pressigny fils, qui, d’après la perte qu’il avait faite de la demoiselle Buard et de la demoiselle Parmentier, avait juré de ne plus prendre de maîtresse en titre, vient de rompre son serment en faveur de la demoiselle Dascher, du pays do Caux, âgée de dix-neuf ans, d’une très-jolie figure, — connue depuis deux ans par différentes passades à elles procurées par la Braisée et par Brissault, avec différents seigneurs, — ensuite pour avoir été entretenue légèrement par le marquis de Perscnnat, qui l’a quittée, s’étant aperçu de son guerluchonnage
(I) l)o Coste de Champeron, capitaine de vaisseau de 1757.
avec un sieur Capron, ancien musicien de l'Opéra. Les arrangements de M. de Pressigny avec cette demoiselle sont de vingt louis par mois , et les gens qui sont du mystère assurent que tous deux vont faire une retraite de deux mois à la petite maison de monsieur, à la Barrière Blanche, pour la purification de leur santé , par les soins du sieur Keyser (1 ). Corbiu , tapissier, doit meubler richement cette maison. Ladite demoiselle Dascher demeure à Paris , rue des Bons-Enfants , maison près celle de Marchai, et est fort proprement meublée. Dans le temps, M. de Villemur contribua de beaucoup à ce mobilier, et, si elle avait eu une certaine bonne conduite, un seigneur de la connaissance de Brissault, qui avait du goût pour elle , lui aurait fait du bien.
M. Clarye, connu comme notaire, quoique simple premier clerc, rue Saint-Martin, vis-à-vis Saint-Julien-de-Ménétriers, vient de renouer avec la demoiselle Raye, dite Louison, danseuse à l’Opéra, avec laquelle il a déjà vécu pendant quelques mois et pour laquelle il a déjà dépensé beaucoup en bijoux et en robes, après que cette demoiselle eut perdu M. le marquis do Polignac (2) qui l’entretenait l’année dernière. Comme elle t n’aime pas le fixe, par un arrangement extraordinaire à toutes ses semblables, elle tire souvent des bottes de vingt à trente louis à toutes ses connaissances, etM. Clarye dépensa pour elle en ce genre, à la première prise ou crise, plus de 1,000 livres en très-peu de temps. — C’est le même qui depuis onze ans entretient la demoiselle Agathe Marbourg, et lui donne 300 livres par mois, avec lesquels, par économie, elle s’est fait environ 700 livres de rentes. Ii ne la voit que les fêtes et dimanches , et donne les autres jours à ses plaisirs. Cette défi) Keyser était le Giraudeau-Saint-Gervais de ce temps-là.
(2) François Camille, marquis de Polignac, né en 1719, ancien lieutenant de gendarmerie, marié depuis 1742.
moiselle Marbourg a été ci-devant entretenue par M. de Klint glin (I) , ci-devant prêteur de Strasbourg ; — on croit qu’elle en a 400 livres de rente.
M. de Chaulx , M. de Savagniac et M. d'Orfeuil ont soupé hier à la petite maison de M. de Chanlon, au Roule, avec les demoiselles Parmentier et d'Héricourt, que Brissault a fournies.
Le môme jour, M. le chevalier de Govon est venu prier Brissault de lui prêter sa petite maison de la Barrière Blanche, eu lui disant que c’était pour souper et coucher avec une demoiselle de condition qui ne voulait pas se rendre à ses empressements chez elle , par crainte de faire jaser ses gens, et à qui il avait fait entendre avoir une jolie petite maison à sa disposition , où elle avait consenti de passer la nuit avec lui. Brissault, obligeant comme à son ordinaire, ne se fit pas tirer l’oreille, et tout fut préparé pour bien recevoir cette dame, dont il n’a pu tirer le nom du chevalier. Mais, ayant été prévenu, on a posé dès le malin un observateur poursuivre le carrosse , qui a conduit d'abord le chevalier rue Neuve-dcs- Petits-Champs, et la dame rue du Petit-Lion-Sainl-Germaindes-Prés, même maison que le perruquier et l’apothicaire. Elle s’appelle Mme de Ferrière, est veuve d’un officier dont on n’a pu savoir ni le régiment ou le corps ni le grade; elle occupe le premier, appariement dont la vue est sur la rue des Qualre-Vents. Elle a un seul laquais portant habit couleur jaune, avec un petit bordé noir sur les manches, une femme de chambre et une cuisinière. Cette dame parait âgée de vingtdeux ans, quoiqu’elle en ait vingt-huit, est de petite taille, mais d'un embonpoiut charmant, la peau très-blanche, d'uno
(1) Probablement un des deux fils de Christophe Klingün, chef du conseil souverain d’Alsace, marié en 172».
fort jolie figure, les yeux noirs et vifs, quoique blonde de cheveux. Elle n'a pu être remarquée que lorsqu’elle est descendue à sa porte, où rien ne lui a paru suspect, ne croyant pas être si bien observée ; — elle avait un bouquet à la main qu ello portait avec gaieté.
Les Demoiselles De Sarpe, Rousse, Bourcelle, d A-li.ency.
La demoiselle de Sarpe est ûgée d'environ trente ans, native do Paris , fille d'un sieur Laballe , anciennement notaire, rue Saint-Honoré , qui fit mal ses affaires et mourut ensuite. Madame sa mère était jolie et coquette, et avec les débris de leur fortune, elle éleva ses deux filles et leur donna beaucoup de talents. L'aînée entra à la Comédie-Française comme actrice; elle était très-jolie et connue sous le nom de Mélanie. Elle fut entretenue par M. de la Bouexière, fermier général, qui lui fit beaucoup de bien ; ensuite par M. Berlin, trésorier des parties casuelles, avec qui elle mourut en couches et de la petite vérole. La mère vendit le mobilier de la défunte et s’en fit 3,000 livres de rentes , avec lesquelles elle vit et demeure rue Neuve-des-Petits-Champs , près de la petite porte du Palais- Royal.
La dame de Sarpe, dont il a été question, s'est mariée fort jeune. Son mari acheta une charge de valet de chambre chez le roi et était eu outre pourvoyeur chez la reine. Les grands airs et la grande dépense de ces nouveaux mariés les ruinèrent en très-peu de temps, et M. de Sarpe d'Esparon en resta rede-
vable de plus de 60,000 livres aux fournisseurs et aux gagistes qui dépendaient de lui. On prétend qu’il est à Venise, en attendant que ses affaires puissent se remonter, ayant donné toutes les procurations nécessaires à cet effet. Son épouse, dont on assure qu’il n'avait pas eu les gants, se mit facilement dans la galanterie, soutenue d'une jolie mine et de la plus belle peau du monde, en outre ayant de l’esprit. Ses premières connaissances furent des premiers commis des bureaux de la guerre et de la marine. Elle parvint ensuite à devenir la maîtresse de feu M. de Macharde, contrôleur général, qui lui donna beaucoup, et auprès de qui sa faveur lui valut des présents considérables. Mais sa trop grande dépense lui fit perdre ce bienfaiteur, lequel , pour s'en débarrasser noblement, lui fit 3,000 livres de rente viagère en plaçant 30,000 livres sur sa tète. Comme alors elle avait plus de coquetterie dans ses actions que d’intérêt, elle dissipa promptement ce qui lui restait d'effets de sa première magnificence, et fut obligée de venir se restreindre à Paris, pour y chercher quelques bonnes aventures. Effectivement, elle fit la connaissance de M. Fontaine , secrétaire de M. le duc d'Orléans, qui la meubla superbement et lui fit occuper un bel appartement rue Neuve- Saint-Eustache. 11 vécut avec elle environ deux ans; — elle lui coûta plus de 80,000 livres, pour quoi précisément elle le perdit. C’est dans ce temps qu'elle devint amoureuse d’un jeune homme nommé le chevalier de Mézières, alors un des élégants. Elle consomma tout son avoir en meubles et en bijoux, et se réduisit à un très-petit appartement rue des Bons- Enfants, au troisième étage. Elle avait aussi pour liaison Mm* la comtesse de Bonne, dont la conduite a toujours été bien tarée par ses basses amours; elles ne se voyaient plus. La dame de Sarpe n’a eu depuis ce temps que des passades indifférentes, et l’on prétend que ses plus réelles ressources actuellement sont ses connaissances à Versailles dans les bu-
reaux ci-dessus nommés , et que M. de Ménard y entre pour quelque chose ou qu'il lui a été de quelque secours par le passé. Elle demeure actuellement rue du Four-Saint-Honoré, maison du sieur Clément, procureur. Elle reçoit fort bonne compagnie; M. de Roquemont est un de ceux qui y vont quelquefois. Elle est galamment meublée, sans cependant rien qui paraisse extraordinaire, n’a que deux domestiques, et l'on assure aussi qu'allant journellement chez la demoiselle Dupral , rue des Bons-Enfants, où il se rassemble une compagnie choisie d'honnêtes gens et d'ùge, elle y trouve l'utile et l’agréable, aimant le jeu et n'y ayant point de malheur. Comme elle a de l'esprit, elle se produira en bonne compagnie. Jeudi dernier, elle était en carrosse sur le boulevard avec des dames qui ont paru respectables. Cette dame est toujours d’une grande dépense, surtout pour sa parure. Elle est aussi connue pour être d'un tempérament fort amoureux, et souvent elle fait des voyages à Versailles, sous le spécieux prétexte des affaires de son mari, qui lui procurent la satisfaction de voir tous ses anciens amis, et d’en recueillir en tout genre les fruits de sa visite. On ne lui connaît actuellement personne en titre. Elle passe dans son domestique pour bonne maîtresse et pour jouir de 7,000 à 8,000 livres de rente; — elle en fait la dépense au moins.
Dans le courant de la semaine dernière, M. le marquis d'Aubigny , amant de la demoiselle Rousse , prenant intérêt à ce que M. le comte de Rochefort se dissipât à la campagne, où ils allaient ensemble passer quelques jours , lui a procure la connaissance d’une nommée MUc Bourcelle, qu'ils y ont emmenée avec eux. Le comte écrit journellement à Brissault de lui chercher dans le bourgeois quelque jolie personne qui lui fasse oublier M,le Dubois. Cet intrigant, offensé de ce que M. d’Aubigny s’est mêlé de fournir la demoiselle Bourcelle,
qu’il traite de vieux mouvement de Genève (c’est ainsi qu’il s’exprime) , court du matin au soir pour chercher ce qu’il faut au comte. Mais il prétend que jamais les jolies femmes n’ont été si rares. Il est en pourparler à ce sujet avec la fille de La Goguais, fourbisseur, rue Coquillère, au coin de celle des Vieux-Augustins , qui est jeune, coquette, et dont les parents sont complaisants par misère.
La demoiselle Dallency, très-jolie, allemande, entretenue depuis environ un an par le sieur Lecointe, ci-devant notaire, demeurant rue du Four-Saint-Honoré, près l’hôtel de la Chesnave , est allé s’installer , depuis dix à douze jours, dans une petite maison près la Barrière Blanche , pour y achever le temps de sa grossesse et y passer l'été. C'est le nommé Corbin qui a meublé cette maison ; et il a fourni précédemment audit sieur Lecointe pour cette demoiselle susdite, rue du Four, un meuble de damas cramoisi qui monte à 5,000 livres. Au retour de cette campagne , M. Lecointe doit venir demeurer même maison que sa maîtresse et y occuper le premier appartement. Il couche tous les jours à la Barrière Blanche et revient tous les matins chez lui sur les dix heures. C’est de celte demoiselle dont on a parlé dans de précédentes feuilles, en l’annonçant comme souffrant que l’on joue chez elle à des jeux de hasard, et ce, fort avant dans la nuit.
Le 14, MM. le marquis de Marigny, de Mondorge, de Villemur, Begon et Francœur (1), de l’Opéra, avec un de leurs amis, ont fait un souper à la petite maison de la Héquet, avec les dames l’Étoile, la Hollandaise et Julie; — toutes les trois fort jolies. Ces messieurs se sont parfaitement amusés et ont
(1) Francœur, û’aljord inspecteur à l’Opéra, avait été, en 1739, promu directeur de ce théâtre. C’est l’oncle du compositeur de ce nom.
dit à cette Héquet que, si elle rendait compte de ce souper, jamais elle ne les reverrait et perdrait leur amitié , qu’ils seraient instruits de son indiscrétion si elle en commettait une à leur égard.
Le 18, M. le baron de Wangen, de Vierville, de Villemur, le marquis de Flavacourt père et Begon , ont soupé à la petite maison de Brissault, avec les demoiselles Delisse et d’Héricourt.
Le 20, M. le duc et M. le comte de Coigny, M. le duc de Fronsac, M. de Voyer d'Argeuson, M. de la Vaupalière (1) et M. le marquis de Persennat ont soupé à la petite maison de ce dernier avec les demoiselles l'Étoile et J ulie , de chez la Héquet; Beaulieu et Saint-Sauveur, de chez la Lavarenne.
Les Demoiselles Pouponne, De Saint-Jean, Philippe, Saint-Lo,
La Goguais, Bouhcklle.
La demoiselle Pouponne , danseuse à l'Opéra , est allé s'installer pour tout l’été à la maison de campagne de M. le duc de Brancas (2). Elle ne viendra à Paris que les jours de spectacle ; elle s’est fait faire de très-jolis habits d'homme , et c’est
(1) L’un des familiers du duc d'Orléans et l’un des acteurs de son petit théâtre de Bagnolct dont Collé était l’impresario. On Ut dans les Mémoires secrets du 4 novembre 1780 : “ Le jeu a été meurtrier à Marly. M. de la Vaupalière et M. de la Chalobre, nos deux plus gros joueurs, ont été écrasés. Le dernier a perdu quarante-deux mille louis. „
(2) Louis, duc de Brancas-Villars, lieutenant-général, né le 5 mai 1714, veuf en 1733, remarié en 1742 îi Diane de Mailly, dame d’atours de la dauphine. C’est le père du comte de Lauraguais.
dans ces vêtements qu’elle doit passer tout l’été. — M. de Brancas en est toujours fort amoureux.
La dame de Saint-Jean , femme d’un conseiller au Parlement d'Aix, demeurant en cette ville rue Royale, est dans une très-grande affliction depuis dix à douze jours. Une nommée Mme Philippe, sa rivale, vieut de l'emporter encore une fois sur elle auprès du chevalier de Meré, leur amant, qui s’est trouvé forcé de lui écrire que, craignant les éclats et les extravagances de Mm* Philippe qu'il n’aimait pas, mais à qui il doit des égards par reconnaissance, il fallait qu'il cessât de la voir jusqu’à ce que ce nouvel orage fut passé. 11 a même eu la cruauté de l’engager à lui renvoyer son habit d'étoffe de soie qu’elle se plaisait à lui broder. Mrae Saint-Jean, dont la passion est au plus haut degré, ne cesse de pleurer et ne mange point depuis plus de dix jours.
La demoiselle Saint-Lo , demeurant rue de Richelieu , dont il a été ci-devant parlé dans différentes feuilles, a hier, 28 mai, pris des arrangements par le canal de la femme Brissaultavec M. de Morfontaine, maître des requêtes, à raison de quinze louis par mois et sous la condition qu'elle irait trois fois par semaine chez lui. — La saison de la guerre, qui fait un tort considérable au commerce de la galanterie, a forcé cette demoiselle à accepter une aussi modique somme. M. de Morfontaine a recommandé à la Brissault et à la demoiselle Saint-Lo le plus profond mystère sur cette intrigue. Il doit partir aujourd’hui pour la campagne , et ce ne sera que pour jeudi prochain que cette affaire se consommera dans son appartement, vieille rue du Temple, près celle des Blancs-Manteaux.
La demoiselle La Goguais, fille d’un fourbisseur, a réussi enfin à être entretenue — par le canal de la Héquet, du Cul-
dc-Sac-Saint-Fiacre, — de M. Chabannat de la Malmaison, conseiller à la première des enquêtes, qui, d'entrée de jeu, aux deux premières visites qu’il a rendues à cette demoiselle chez son père, lui a donné chaque fois douze louis, et qui depuis lui a fait changer de demeure en lui donnant des meubles, placés rue des Petits-Carreaux , chez le marchand grainetier. Ses appointements seront fixés, à ce que dit la Héquet , à vingt louis par mois. Cette dernière a été gracieusée des deux nouveaux amants, de chacun six louis d’or.
Le 2i du présent, M. le comte de Rochefort, revenu de la campagne, a remercié la demoiselle Hourcelle et est accouru chez Brissault lui dire que la demoiselle La Goguais, dont est ci-devant parlé , ne lui convenait point, et que très-promptement il lui en fallait une autre. Brissault, pris au dépourvu , s'avisa de lui faire passer la demoiselle Delisse , l’une de ses demoiselles à passades ordinaires , pour être une jeune veuve d'un marchand tapissier et qui n’était pas aisée à déterminer, laquelle demeurait chez sa sœur, rue Croix-des-Petils-Champs. Les difficultés qu'il opposa au comte l'ayant porté au point qu'il souhaitait, la demoiselle Delisse, prévenue, fut conduite chez ce seigneur, rue de la Bonne-Morue, à qui elle plut infiniment, et à qui cependant elle refusa de passer la nuit chez lui, mais prit des arrangements pour le lendemain. Le comte, à son lever, fut chez elle, accueillit sa sœur très-gracieusement, qui, de son côté, jouant très-bien son rôle, le mit dans le cas de lui demander la permission de lui présenter une tabatière d'or. Il emmena ensuite la demoiselle Delisse chez lui, où elle est restée. — Il lui donne trente louis par mois. Hier, il lui a fait présent d’une belle montre d'or; — depuis trois jours, les ouvriers travaillent à lui faire plusieurs robes de saison et du linge dont elle avait grand besoin. Cette demoiselle Delisse est native de Versailles, âgée de dix-sept ans, d'une
fort jolie figure , et remarquable par la plus belle maiu qui se puisse voir. Elle a été la maltresse du sieur Lany , maître de ballet à l'Opéra , de qui elle a eu un enfant , dont elle est accouchée il y a environ quatre mois. Elle a de l'esprit ; — elle saura tirer parti du comte. Mais ce seigneur est si changeant depuis sa rupture avec Mlle Dubois que, même en prenant cette demoiselle Delisse , il a dit à Brissault qu'il lui en fallait une autre pour la Saint-Jean prochain , et qu'il tâche de lui procurer une intrigue soit avec une bourgeoise, soit avec quelque demoiselle de condition dont la fortune ait besoin de ses secours. Et c'est ce à quoi l’appareilleur travaille avec application, regardant le comte comme une de ses meilleures pratiques.
La nommée Dupuis, dite Montigny, de la rue de Vendôme, amoureuse depuis trois ans d'un jeune homme d’une fort jolie figure et assez bien fait, — que l’on appelle le Moul du Boulloir, fils du garde-marteau (1) d’A vallon en Bourgogne, et qui s’est sacrifiée pour ce jeune homme au point de s'ètre endettée de plus de 12,000 livres pour le soutenir dans les grands airs qu’il avait pris — après s'être prêtée elle-même aux fantaisies amoureuses que feu M. le duc de Montmorency avait pour elle, afin que, par son crédit, son amant put entrer dans les gendarmes de garde, — vient d’éprouver, par lui, les plus cruels chagrins. Depuis la mort de M. le duc, la conduite de du Boulloir ayant déplu à son corps, on lui a dit de prendre parti ailleurs; mais étant lié avec Saint-Cric, ci-devant gendarme, connu pour homme de ressource et fort lié avec M,ue de Vernège, ce dernier, en se faisant donner par la Montigny quarante louis , a obtenu à du Boulloir un congé en bonne forme et ensuite lui a maquignonné, à l’insu de celle
(I) Le marteau était un fer avec lequel on marquait Ica arbres qu’il fallait couper lors des vente» et adjudications de bois. l)e là le nom de garde-marteau donné à l’oflicier des eaux et forêts qui se trouvait dans chaque maîtrise.
femme , un fort bon mariage en apparence , avec la fille d’une nommée Mrae de Villaiue , riche veuve demeurant rue Courteau-Villain, à qui l'on dit plus de 400,000 francs de bien, et qui t cependant n'a donné à sa fille que 24,000 livres, desquelles Saint-Cric a déjà, par convention antérieure, retiré 3,000 livres; — et ce, mercredi dernier, jour de la célébration du mariage. Cette Montigny jette feu et flamme contre Saint- Cric, qui, depuis un an , a fait faire à du Boulloir différentes affaires dans lesquelles elle a même eu la simplicité de donner sa signature. Mais pour se venger, elle se propose de chicaner son parjure amant avec un dédit de 10,000 livres qu’il lui avait fait jadis de n’en épouser jamais d’autre qu’elle, lorsqu’elle l’avait fait recevoir gendarme. Ce nouveau marié va mener sa jeune épouse à Avallon, où elle restera pendant qu’il reviendra à Paris cherchera se faire un état. 11 a fait proposer à la Montigny de la revoir à son retour comme à l'ordinaire. Cette proposition a fait frémir cette femme d'horreur. [La vertu peut se trouver partout.) Elle s'en prend à ses yeux, et se reproche sa mauvaise conduite. — Ce jeune homme lui a coûté plus de 20,000 livres.
Le 25 mai, M. le comte de Vintimille, M. de la Coste et M. d’Esqueville , ont soupé à la petite maison de la Héquet, faubourg Saint-Laurent, avec les demoiselles l’Étoile , Julie et la Hollandaise, ses pensionnaires.
Le 27 , M. de la Touche, anglais , avec trois autres dont on n’a pu savoir les noms , — parmi lesquels en est un d’un certain âge, picotté de petite vérole, et qui demeure rue de Tournon, à l’hôtel d’Entragues, — ont soupé à la petite maison de firissault, avec les demoiselles Parmentier et Maisonville. Celui qui loge à l'hôtel d’Entragues a dit à la Brissault que , depuis son arrivée en cette ville, on ne cessait de l’observer, qu'il
s’en apercevait journellement, et qu’il ne serait pas venu chez elle si on ne lui avait pas dit que cela serait ignoré. Comme ces messieurs doivent revenir, elle espère en savoir davantage une autre fois.
Les Demoiselles Suavt, Delisse, St-Sauvxuil, Favieb, Mathieu dite Txs-
TAJLD, DU U EU. — MM. DE ROCHETOBT, LaMBEBT, VlLLINOUE, ToQUINET.
La demoiselle Suavi , danseuse dans les ballets de l'Opéra , est à Paris depuis trois ans. Elle est de Boulogne-sur-Mer, a été amenée en cette ville par le prince de Rozoolfe, russe qui lui avait toujours donné beaucoup d’argent et qui en a considérablement dépensé avec elle. Mais, depuis un an qu’il est allé à Montpellier, il ne lui a rien envoyé; c’est ce qui l’a déterminée à entrer à l’Opéra et à accepter la connaissance du chevalier Lambert , banquier anglais, qui lui a fait faire chez elle plusieurs passades avec différents étrangers. Elle est trèsbien en diamants et bijoux. Elle demeurait ci-devant rue et hôtel des Prouvâmes, en garni. Actuellement, elle occupe le même appartement qu’occupait, il y a quelques mois , la demoiselle Deschamps, rue de Richelieu. Elle en a accepté la plus belle partie des meubles, et n’a pour tout domestique qu’un laquais et un valet de chambre. Elle n’a point actuellement d’entreteneur; il vient très-peu de monde la voir. Le sieur Marigny, mousquetaire noir, son guerluchon, est à l’armée, et l'on assure qu’ayant toujours eu précédemment du goût pour Auguste, son valet de chambre, ce garçon couche journellement avec elle. Cette demoiselle est âgée d’environ vingt-six ans, brune de cheveux, blanche de peau, d’une bonne taille et d’une fort jolie figure; le caractère très-vif. Elle
ta.
espèro que la richesse de ses appartements lui procurera incessamment quelque bonne dupe, en état de lui faire soutenir tout ce grand étalage.
M. le comte de Rochefort a pris pour la demoiselle Delisse le plus vif attachement. Elle est actuellement connue sous le nom de Ducharley. Il l’envoie à tous les spectacles dans son carrosse, et rien n’est épargné pour sa parure. Enfin , il l'affiche pour maltresse en titre et veut désespérer par elle la demoiselle Dubois, qui est moins jolie. Cette demoiselle Ducharley arbore toutes les complaisances possibles pour le comto, mais c’est pour lui tirer des meubles et un certain collier de 20,000 livres qu’il avait fait faire pour la Dubois et qu’il lui a déjà fait voir plusieurs fois.
M. le duc de Grammont parait vouloir s’occuper sérieusement de s’attacher pour maîtresse la demoiselle Saint-Sauveur, demeurant rue Poissonnière, au coin de celle de Cléry, ci-devant connue sous le nom de Petin chez la Lavarenne, de la rue Feydeau , et ensuite entretenue par M. de Bragelonne, mousquetaire , qui l’a laissée pendant dix-huit mois dans la misère. Cette demoiselle est fort aimable ; c’est la Surville qui en a procuré la connaissance à M. le duc, et l’on doit, demain ou après-demain, prendre des arrangements certains, à raison de dix louis par mois sans les présents.
La demoiselle Favier a quitté le spectacle des Italiens, où elle était figurante dans les ballets , pour complaire à M. Villingue, qui allait la quitter décidément, et qui effectivement s'en était déjà allé à quarante lieues d’ici. Ou a été le joindre, on a versé beaucoup de larmes, et, la paix s’étant faite, on est revenu ensemble à Paris, la demoiselle Favier comblée de présents tant pour elle que pour ses frères et sa mère; et
incessamment tout ce monde doit s’en aller à Lyon, pour y rester à demeure. Alors M. Villingue fera constitution en faveur de Mlle Favier , ainsi qu'il le promet depuis longtemps.
La demoiselle Marie-Anne Mathieu , dite Testard, âgée de quinze ans et demi , est native de Rouen ; parfaitement bien faite , belle peau , d’une jolie figure, cheveux châtains. A été emmenée en cette ville, il y a environ quatre à cinq ans, par ses père et mère, jouissant de 7,000 à 8,000 livres de rente. La mère, femme d'intrigue, à son arrivée à Paris, fit apprendre à dansera sa fille, la fit entrer à l’Opéra-Comique. Ensuite, la Lavarenne lui procura M. Toquinet, riche banquier, qui lui donna pour 12,000 livres de meubles, il y a de cela dix-huit mois, et qui n’épargna rien pour la parure de cette demoiselle ; mais, s'apercevant que sa mère la censurait trop, il se retira. Il fut remplacé par un sieur de Sormarry, que l'on appelle communément le Colonel, et connu pour joueur, qui, dans les premiers mois, dépensa très-gros, et qui parvint à expulser de chez elle ses père et mère. Elle demeure à présent rue Montorgueil, au coin de celle du Bout-du-Monde. Le colonel y couche tous les jours; il en est fou, et elle ne l’aime point; mais elle lui soutire beaucoup d’argent, et espère toujours qu’il se présentera quelqu'un qui joindra l'ulile à l’agréable. Et quoique, pour complaire à M. de Sormarry, elle ait quitté la Comédie-Française, où elle était figurante, elle cherche actuellement toutes les occasions d’y rentrer, malgré que son jaloux l’obsède sans cesse pour l’en détourner.
La demoiselle Dulieu, dont il a souvent été question dans le travail de Brissault, comme faisant journellement des passades chez lui et demeurant actuellement rue Beaurepaire , a fait la connaissance, il y a environ deux mois, d’un étranger qu’elle regarde comme très-important et qui demeure rue
d’Antin, hôte] Gaillon. 11 dit que son vrai nom est le comte Mandelli , de l’ancienne maison qui est en Lombardie. Il dit aussi en celte ville être Suisse de nation, en se faisant appeler le comte d’Alm. II a fait quelques présents à cette demoiselle et beaucoup de promesses. Elle imagine qu’il va l’emmener en Allemagne; — elle se trompe, car ayant tout consommé l'argent qu’il a gagné en jouant chez le maître d’hôtel de l’ambassadeur de Sardaigne, il se propose de disparaître bientôt de cette ville, où, quoique foncièrement escroc et chevalier d’industrie, il n’a pas fait grand mal.
Les Demoiselles Robebt, Deschamps, Beadliec, Leblanc. — la Marquise
de Melin. — MM. l’abbc de Fitzmokisse, le comte de Vojsenon
De Maknes, Vestbis, de la Vallièke.
La demoiselle Geneviève Robert , dite Gérard , Agée de dixneuf ans, native de Soissons; de moyenne taille, mais bien faite, blonds cheveux, de beaux yeux bleus, le nez bien fait, la bouche parfaitement ornée. A Paris depuis trois ans, fille naturelle d’un nommé Robert et d’une nommée Clodion, demeurant alors audit Soissons, qui l’ont élevée jusqu'à l’âge de douze ans, qu’elle se libertina avec un des neveux de son père putatif et avec qui elle disparut de Soissons. Leur paquet derrière le dos , ils roulèrent ensemble sur la route de Paris, et ils étaient enchantés l’un de l’autre. 11 fallut se séparer au bout d’une douzaine de lieues, au grand chagrin du jeune amoureux , par un funeste accident. Dans une auberge où ils arrivèrent, un freluquet qui s’y trouva ayant lorgné notre amoureuse, s’en empara sous la moustache même de son
conducteur, en se contentant cependant de lui donner quelques taloches pour apaiser ses cris. La petite demoiselle qui commençait à se sentir de la misère qu’il n'avait pas su parer, ne refusa pas le nouvel amant qui se présentait. Elle vint donc à Paris, et abandonna son cousin qui la suivit de loin la larme à l’œil. Arrivée dans celte grande ville, son nouveau conducteur s’en trouvant lui-même embarrassé, lui donna un écu de six livres, avec la liberté de prendre son mors (1) et de tirer parti de ses charmes. Ce qu’elle fit, en se donnant à la première aventure qu’elle trouva, qui fut une appareilleuse qui l’ayant rencontrée, la conduisit chez la Lavarenne, rue Feydeau , où elle resta quelques mois. Ensuite , elle se mit en chambre garnie dans le quartier du Palais. Elle y fit la connaissance d’un principal clerc de procureur qui, avec ses épargnes, en prit soin et lui donna quelques hardes. Elle connut peu de temps après M. le chevalier de Bermont, mousquetaire noir, homme âgé de quarante ans, qui voulut qu’elle expulsât de chez elle son clerc. Ce dernier céda la place au militaire, il y a de cela deux ans, et M. de Bermont lui donna 150 livres par mois pour toute sa dépense. Ensuite il lui a donné des meubles qu’elle occupe rue Croix-des-Petits-Champs, maison du sieur Bonnet. Elle vit très-tranquillement en attendant une occasion plus opulente.
L’abbé de Fitzmorisse, demeurant au Collège de Justice, rue de la Harpe, connu pour être de la plus jolie figure du monde, est en intrigue depuis plus de deux ans avec Mme la marquise de Melun, dont le mari (2) est aveugle. Et comme, dans les commencements de cette liaison, on en jasa tout haut, la marquise engagea M"* de Buclerc, anglaise, son amie, demeurant place Saint-Sulpice, au grand bâtiment neuf, fille très-riche-
(1) Sans doute pour prendre son mors aux dente.
(2) I.ouis, marquis de Mciun, né le 7 mars 1703. 11 venait de se remarier en 1760 avec une De Quiry ; c’est de cette dernière qu’il est ici question.
ment entretenue par M. le comte de Beaufort (t) , de souffrir chez elle l’épanchement de ses caresses pour son cher abbé. C’est là où ils se voient régulièrement deux ou trois fois par semaine. Cet abbé coûte très-gros à la marquise, qui en est folle; — elle n’est ni jeune ni jolie ; elle passe dans son domestique pour être méchante. Il y a plusieurs abbés qui ont accès chez elle et qui lui font la cour, mais inutilement. Son cher de Fitzmorisse l’emporte sur tous ; elle envoie journellement chez lui savoir l'état de sa sauté et ses confidents n'y vont jamais les mains vides ; — elle le comble de présents.
Par une parfaite et dernière vérification, on est absolument sûr que le dimanche G du présent mois, le sieur Brunet, intendant de M. le marquis de Livry, fut chercher dans un fiacre numéroté 57 F, la demoiselle Deschamps et le sieur de Salice, officier suisse, chez le sieur Fages, chirurgien à l'Université, où, depuis leur disparition , ils avaient passé le temps à se faire soigner pour leurs fautes passées. 11 les conduisit à Chaillol , du côté de la rivière , dans la maison d’une nommée M1»* Josse, que l’on a louée toute meublée 400 livres jusqu'au mois d’octobre prochain , où cependant ces convalescents ne garderont l’incognito que six semaines. La demoiselle Deschamps s'y fait appeler Mme de Saint-Germain. Brunet, seul et digne confident de pareils mystères, y a établi son domicile pendant toutes les vacances et veut engager la demoiselle Bourgoin, sa maîtresse , d’y rester aussi ; — ce qu’elle refuse, par l’antipathie qu’elle a pour M. de Salice, qu’elle ne peut supporter.
Le 4 de ce mois , M. le comte de Voisenon , capitaine aux gardes, M. d’Ivry, maître des requêtes, et deux de leurs amis, maîtres des requêtes, ont soupé à la Petite Pologne, avec les demoiselles Beaulieu et Vaugland, que la Lavarenne leur a profil Louis Eugène, comte de Beaufort, né en 1728, marié en 1748. Il fut député à la cour par la noblesse des états d’Artois eu 1755 et 1760.
curées. Ces demoiselles ne sont point du nombre de ses pensionnaires. Toutes deux ont été entretenues , mais abandonnées depuis peu, savoir : la demoiselle Beaulieu, de M. du Metz de Rosney, président à la Chambre des Comptes, pour sa mauvaise conduite; et l’autre, d'un Américain, pour môme cause.
Le 7, M. France fils, M. de Marnes et un de leurs amis, ont soupé à la petite maison de Brissault, à la Barrière Blanche, avec les demoiselles Parmentier et Maisonville.
Le même jour, l’élégant Vestris, danseur à l’Opéra, a été coucher avec Mme Razetti (1) , qui demeure à la Chaussée
(I) Du 25 janvier 1765 :
Vers à Mme Razetti pour le jour de sa fête, par M. Poiruinet.
Chacun s’empresse 5 vous chanter,
Des sons brillants se font entendre, de ne sais trop comment m’y prendre,
Moi qui n’ai que l’art de cont er :
Du moins on le dit à Versailles;
Je dois le croire; ainsi vaille que vaille,
Je vais rapporter de mon mieux Une anecdote de Cythère. , ,
Elle est d’hier, le fait n’est pas bien vieux.
Tout en jouant, l’Amour dit à sa mère:
Je veux, maman, faire votre portrait.
C’est en pastel : Latour dont j’ai pris la manière,
De mon dernier ouvrage a paru satisfait;
Un portrait de ma main est toujours sûr de plaire.
A ce discours Vénus sourit :
Je ne puis qu’approuver ton zèle.
Mon cher enfant, mais crois-moi, lui dit-elle,
Si tu peins la beauté, les grâces et l’esprit,
Razetti, comme moi, peut servir de modèle.
" Qu’cst-ce que c’est que cette madame Razetti ? C’est la maltresse de M. de la Ferté. Qu’on juge delà avec quelle infamie M. Poinsinet prostitue sa musc. A quelle bassesse ne se dégrade-t-on pas quand on a perdu les mœurs ! „
(Extrait des Jlém. secret»,)
d’Antin, et qui est entretenue par M. de la Ferlé, intendant des Menus.
Le 11 , M. le duc de la Vallière ayant fait savoir à Brissault qu’il lui fallait une jolie personne pour passer la soirée avec lui à Montrouge , cet agent lui a détaché la demoiselle Leblanc , demeurant rue Ncuve-Saint-Roch , celle connue pour avoir été à Bordeaux à différentes reprises et que l’on regarde comme une des plus jolies filles à parties que nous ayons. Elle a du revenir ce matin et se rendre sur les dix heures chez M. Ferrand, ci-devant fermier général, qui a témoigné au même Brissault de l'empressement à faire une passade avec elle.
Il y a eu un souper de galanterie chez l'ambassadeur de Venise ; — le ministre de Modène en était. — On n'a pu savoir les noms des deux demoiselles qui y ont joué leurs rôles.
Il y a une sécheresse générale chez toutes nos femmes de spectacle. Celles qui ont le bonheur d’être pourvues s’y tiennent avec soin , car les mutations opulentes ne se présentent point, et même elles se plaignent amèrement de la disette des gens pécunieux. La mère Raye pleure chaque semaine lorsqu'elle est obligée de se priver de bijoux en bijoux pour la subsistance de son considérable ménage, sans cependant avoir à se reprocher de ne pas procurer ses filles à tous venants beau-jeu.
Le3 Demoiselles Rosalie, Victoire de Croisy, Lafont, Razetti, Vallée.
— MM. Vatelier, Pelhion père, de la Perte, Saixson, Belozixski,
De Goïok, Farges de Polisï, le prince de Conti.
Le 14 de ce mois , un nommé M. Vatelier, officier dans le régiment de Normandie, ayant été chez la d’Héricourt, rue des Boucheries-Saint-Honoré , et y ayant trouvé la demoiselle Rosalie, l’une de ses pensionnaires, à son goût, il paya à cette femme ce qu'elle lui devait et l’emmena sur-le-champ chez lui, à l’hôtel d’Espagne , rue Dauphine , où il l’a fait habiller en homme , et est parti avec elle le 16 pour aller à Nancy. Cette demoiselle , en son vrai nom , s’appelle Rosalie Jaurelle , est native d’Àuneuil , diocèse de Beauvais, âgée de dix-neuf ans, orpheline de père et de mère. Fut débauchée dans son pays par un nommé Bourguignon, commis aux Aides, et est venue à Paris en juillet 1760. Trois semaines après, elle se mit chez la demoiselle d’Héricourt. Elle est de taille ordinaire, d’une assez jolie figure et d’un bon caractère. Son arrangement avec M. Vatelier a été de voyager avec lui pendant deux ans, et qu'à leur retour il lui donnera des meubles et lui fera 600 livres de renie. — Il y a de cela un acte passé par-devant notaires à Paris, dont la d’Héricourt a vu l’expédition.
Depuis environ trois mois et demi , M. Pelhion père a fait une nouvelle maîtresse en la personne de la demoiselle Victoire de Croisy, âgée de vingt et un an, native de Bayeux en Normandie, dont les père et mère vivaient de leur bien. Après la mort desquels elle vint à Paris, il y a de cela un an , avec un jeune homme nommé Sinard DoufTairo , seigneur de Chapeau-Rouge, qui l’avait débauchée et qui la quitta six mois
après, lui laissant une chambre garnie, rue Traversière, à payer, et ce dans une maison remplie de filles du monde, qui la déterminèrent à faire comme elles, c’est-à-dire à aller jouer des prunelles dans les promenades. C’est là où elle a fait la connaissance de M. Pelhion , qui la fit déloger le lendemain , et la fit demeurer chez la nommée Douzeau , rue d’Argenteuil. La conduite qu'elle y tint lui ayant plu , il lui a fait louer un appartement rue de Grenelle-Saint-Honoré, chez l’épicier, et lui apporta cent louis pour se mettre dans ses meubles, qui ont de beaucoup surpassé cette somme par les augmentations qu’il y a faites, sans compter beaucoup de hardes et de linge qu’il lui adonné. Cette demoiselle est actuellement connue sous le nom de Saint-Ililaire. Elle est d’une figure intéressante, grande, bien faite, bien élevée et d'un commerce doux et honnête. Ce M. Pelhion aime les Normandes , car Mme de Saint-Germain , avec qui il vit depuis plus de treize ans et qu’il a retirée de chez la Paris (1), où elle
(1) Casanova a laissé dans ses Mémoires un détail circonstancié d’une visite cliez cette Paris. Nous en extrairons une partie qui peut être regardée comme un tableau curieux des mœurs de l’époque :
" L’hôtel du Roule était fameux à Paris. La maîtresse l’avait meublé avec élégance et elle y tenait douze à quatorze nymphes choisies avec toutes les commodités qu’on peut désirer : bonne table, bons lits, propreté, solitude dans de superbes bosquets Son cuisinier était excellent et ses vins exquis. Elle s’appelait madame Paris; nom de guerre, sans doute, niais qui satisfaisait à tout. Protégée par la police, elle était assez loin de Paris pour être sûre que ceux qui venaient visiter son établissement étaient des gens au-dessus de la classe moyenne. La police intérieure était réglée comme un papier de musique et tous les plaisirs y étaient soumis à un tarif raisonnable. On payait six francs pour déjeuner avec une nymphe, douze pour y dîner et le double pour y passer la nuit. Je trouvai que la maison était au-dessus de sa réputation et qu’elle valait mieux que la Garenne.
11 Nous montons dans un fiacre et Patu dit au cocher :
"ÀChaillot!
" — J’entends, mon bourgeois.
" Après une demi-heure de course, il s’arrêta à une porte coclière sur laquelle on lisait : llôtel du Roule.
•' La porte était fermée. Un suisse à grosses moustaches sort d’une porte
était connue sous le nom de Forgeville, l'est aussi. Elle est riche à présent de mieux de 12,000 livres de rente. On assure que la demoiselle Saint-Hilaire a vingt louis par mois pour ses appointements, tant pour la dépense de sa maison que pour les gages de ses domestiques, composés d’une servante et d’un laquais, — M. Pelhion s'étant chargé de payer le loyer, qui est de 500 livres par an.
Le dimanche de la Trinité dernière, fêle de la demoiselle Lafont, danseuse de la comédie Italienne, M. de la Ferlé, intendant des Menus, son premier bienfaiteur et par qui elle est entretenue quoique légèrement, fut pour lui porter un bouquet accompagné d’un présent, et ayant trouvé les portes de son appartement ouvertes et pénétré jusqu’à la chambre à coucher, il fut très-surpris en ouvrant les rideaux du lit, d’y trouver le sieur Sainson, mousquetaire noir. La parole lui manquant, son bouquet lui tomba des mains et, revenu à lui, il se retira sans mot dire, la rage dans le cœur. Emportant son présent, il s'achemina dans ses tristes pensées jusque chez Mrae Razetti, son ancienne maîtresse, et celle en titre, mais il eut le chagrin d’y trouver la comte de Belozinski, qui
bâtarde et vient gravement nous toiser. Nous jugeant gens de mine, il ouvre et nous entrons. Une femme borgne d’environ cinquante ans, mais qui portait encore les restes d’une belle femme, nous aborde, et, après nous avoir salués poliment, nous demande si nous venons dîner chez elle. Sur notre réponse affirmative, elle nous mène dans une belle salle où nous voyons quatorze jeunes personnes, toutes belles et uniformément mises en robes de mousseline. A notre aspect, elles se levèrent et nous firent une révérence très-gracieuse. Toutes à peu près du même âge, les unes brunes, les antres blondes ou châtaines, il y avait de quoi contenter tous les gofits. Les deux élues poussent un cri de joie, nous embrassent avec une volupté qu’on aurait pu prendre pour de la tendresse et nous entraînent dans le jardin en attendant qu’ou vint nous appeler pour dincr. Ce jardin était vaste et artistement distribué pour servir les amours. Mme Paris nous dit : Allez, messieurs ; allez jouir du bel air et de la sécurité sous tous les rapports; ma maison est le temple de la tranquillité et de la santé. »
finissait sa toilette, et qui venait de se lever. Il sortit à peu près de môme que de chez M"e Lafont et revint chez lui se confondre dans son désespoir. M. Sainson et le seigneur russe, assez jeunes pour être étourdis, s'étant fait confidence de leur aventure, n’ont pas cru devoir la laisser dans le silence, et l’ont débitée au foyer des Italiens à qui a voulu l’entendre.
Le lundi, 14 de ce mois, les deux belles boulangères de l’Ile-Adam, sont arrivées à Paris au Temple à sept heures précises du soir, au rendez-vous du prince de Conti, dans l’appartement du sieur Russ, son écuyer. Le prince y est resté en particulier avec la cadette jusqu'à onze heures. Ces deux sœurs ont couché dans cet appartement, et elles ont du partir de Paris mercredi dernier, pour retourner à lTle-Adam.
Le 17, M. le chevalier de Govon, sur les deux heures aprèsmidi, amena chez la Brissault la plus jolie des bouquetières du Boulevard avec laquelle il s’amusa et à qui il donna deux louis et rendez-vous pour demain dimanche. Il a dit à la Brissault, qui le badinait sur son nouveau choix, qu’il donnerait cent duchesses et trente marquises pour cette bouquetière qu'il trouve charmante. — La Brissault dit qu’effectivement elle est gentille et fort proprement ajustée.
Le 18, M. Farges de Polisy a pris, par le canal de la Brissault, la demoiselle Vallée, ci-devant danseuse dans les ballets aux Français, demeurant rue Montorgueil, sur le pied de douze louis par mois en qualité de second. Cette demoiselle est entretenue depuis quinze .mois par M. le comte de Rangrave qui est actuellement dans ses terres où il a des procès à faire juger, et c’est sans doute par raison d’économie quelle accepte les offres de M. de Polisy, afin de ménager l’argent que le comte lui a laissé en partant et en attendant son retour.
Les Demoiselles Lavault, St-Martin, Bonhomme, Muller, Yom dite d’Allairville, Louison et Huet. — MM. Rousseau, Nouit, Dangé, Bonrepos, Danet, de Chateaunect, de Tournon, de Yillekur, de Curis, de Flavacourt, de Goïon.
Le 19 de ce mois, M. Rousseau, l’une des pratiques de Brissault, a pris des arrangements avec la demoiselle Lavault, jolie brune dont il a été souvent question l'année dernière dans les capitulaires dudit Brissault en fait de passades. Elle doit débuter pour la danse dans le premier opéra et M. Rousseau ne se charge auprès d’elle que de la petite oie nécessaire aux filles de spectacle, sans lui empêcher de profiter des occasions pécuniaires qui se pourront rencontrer, ses générosités ne devant pas dépasser deux cents livres par mois, son ambition se bornant à la qualité de guerluchon pour les pompons. — Cette demoiselle a été entretenue par M. de Bauche jusqu’au moment où il a été marié. Il en a été rendu compte dans le temps.
Le 20, M. Nouet, conseiller au Parlement, à la troisième des enquêtes, a pris des arrangements, par le même canal, avec la demoiselle Saint-Marlin , figurante dans les ballets de l’Opéra, pour l’entretenir à raison de dix louis par mois. Cette demoiselle demeure cul de sac du Coq, à la maison neuve, près du Louvre, au-dessus de la nommée Meunier, actuellement sage-femme. M. Moreau, procureur du roi, lui rend des soins depuis environ un an, et jusqu'à présent, elle a passé pour lui appartenir en titre.
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— ISO —
Le 23, M. Dangé, fermier général, a fait demandera Brissault sa petite maison pour tout l'après-midi, avec ordre de n’y laisser qu’un seul domestique et de n’y pas paraître ni lui ni sa femme Ayant été prévenu, un observateur a été posé sur cette maison, et, sur les six heures du soir, M. Dangé y est arrivé seul en fiacre. Trois quarts d’heure après un autre fiacre est arrivé. 11 en est descendu une grande femme dont on n’a pu voir alors la physionomie. Ils sont restés ensemble jusqu’à huit heures et demie, et sont sortis dans un fiacre exactement fermé. Cette dame en est descendue seule rue Saint-Roch, près l’église et est allée à pied chez le quincailler, rue Saint-Honoré, au-dessus de l’hôtel de Noailles, et est montée au second étage. Le lendemain, on a vérifié et on a su de cette demoiselle elle-même, qui est jeune, jolie et brune, que son mari est le sieur Bonhomme, secrétaire du même M. Dangé, avec qui, la veille, elle avait passé certains moments intéressants. Elle est fort bien meublée et doit aller joindre son mari qui est dans les terres du financier pour une couple de mois.
La dame Muller dont il a été question en dernier lieu le 12 septembre 1760, — comme étant allée à Toulouse réclamer M. de Bonrepos, procureur général du parlement, qui avait pris la liberté de la quitter après avoir dépensé pour elle, en cinq mois de temps, douze à quatorze mille livres et s’être aperçu de son guerluchonnage avec un sieur Danet, chirurgien, qu’elle n’a pas quitté depuis, sinon la semaine dernière pour retourner en ladite ville de Toulouse, — afin de faire contracter en sa faveur l’homme de robe avec qui elle a toujours entretenu un commerce do lettres depuis son retour pour le tenir en haleine, et dont il sera parfaitement la dupe, et à qui il a eu la bonté d’avoir tant de confiance qu’il a toujours eu le soin de lui faire tenir de temps en temps quelques
louis avec promesse de lui assurer des rentes pour sa vie durant. Comme cette demoiselle est bien changée de figure, elle se propose d'assurer à M. de Bonrepos que c’est le chagrin de sa longue absence qui a détruit ses charmes. Le Danet attend cette dame sous deux mois et doit ensuite la déterminer à le suivre en province (il est de Perpignan), pour y finir tranquillement des jours qu’ils ont fort avancé par leur précédent libertinage.
La demoiselle Yon, dite d'Allainville , dont il a été parlé dans la feuille du 8 août! 760, comme partant de Paris pour aller à Bordeaux avec un petit juif nommé Jacques, et ce dans l’espérance d’y faire quelque connaissance utile, y a effectivement captivé la tendresse de M. le marquis de Chateauneuf, capitaine dans le régiment de Montmorin, connu pour fameux joueur et qui, à ce métier, s’est fait environ 25,000 fr. de rentes desquelles il jouit fort noblement. De retour avec lui do cette ville à Paris depuis environ deux mois, ce monsieur l'a mise sur le ton le plus brillant. Elle demeure chez lui, rue Hyacinthe, à la place Saint-Michel ; il lui donne vingt louis par mois pour ses menus plaisirs et fournit à toute sa garde robe. Elle se sert continuellement de son carrosse, on la voit à tous les spectacles et promenades faire nargue à ses anciennes camarades de chez les différentes femmes du monde où elle a circulé avec elles.
M. le président de Tournon s’est réconcilié la semaine dernière avec une petite paysanne fort jolie, native des environs de Versailles, que l’on appelle Louison, — qui lui avait été procurée, il y a quelques mois, par une nommée Lefebvre, courtière sous le manteau, demeurant rue de Bourbon-Villeneuve, — avec qui il s’était brouillé l’ayant rencontrée en la compagnie d’un jeune homme sur les boulevards, et dont elle
a eu l’esprit de se justifier par une menterie à l’ordinaire. Comme elle est enceinte et quelle a eu pour agréable de faire croire au robin que c’était de lui, dans son enthousiasme, quoique fort peu généreux, il l’a placée sur le champ chez la nommée Lebreton, sage-femme, rue de Bourbon, au coin de celle des Filles-Dieu, où il paie sa pension et satisfera aux frais de ses couches. En attendant, il la voit deux fois par semaine chez cette Lefebvre, ne voulant pas être connu de la sage-femme. La Lefebvre, à son insu, se sert toujours de sa Louison en passades avec ses connaissances.
Le 24 de ce mois, M. le comte de Sarsalle, M. Dangé, fermier général, M. de Villemur, M. Neuville, M. de Curis, M. Fenand, ci-devant fermier général, M. Flavacourt père, et M. Creuset, leur ami, ont soupé à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Leblanc, d’Héricourt et Dupin, du faubourg Saint-Honoré, entretenue par M. Saget, conseiller au parlement.
Le 25, M. le duc de Grammont a donné à dîner, à sa maison de Clichy, à M. le comte du Luc et à trois autres messieurs de ses amis. Les demoiselles Parmentier et Rabatet, filles à parties, s’y sont trouvées. — On y a poussé les plaisirs fort avant dans la nuit.
Aujourd’hui, 26 juin, M. le chevalier de Goyon est venu chez Brissault, à neuf heures du matin , avec une dame qui est de petite taille , blanche de peau , les cheveux châtains bruns, l’œil vif, le nez un peu écrasé dans le milieu, mais malgré cela jolie femme. Ils sont restés près de deux heures ensemble; ensuite ils sont allés sous les charniers des Innocents acheter des poupées. Après différentes autres emplettes dans la ville, et chez Dulac, parfumeur, rue Saint-Honoré, le
chevalier a conduit cette dame chez elle, rue Thévenot, la seconde porte cochère a gauche par la rue Saint-Denis. Vérification faite, elle est l’épouse d’un M. Huet, faisant la banque, et qui se trouve être actuellement à la campagne. Il passe dans son quartier pour avoir des embarras de dettes par rapport à un bien de campagne qu'il a acquis. On le dit jaloux. Quel embarras de plus n'aurait-il pas s'il venait à savoir l’histoire des poupées d’aujourd'hui?
Les Demoiselles Descitamps, Rosalie, Lavault, Dchàrleï, Beavvoisin, Parmentier. — Mil. De Salice, Bbunet, de Chimène, l’envoyé de Modène, de Rochepoet, D’Allois, de Pontanteux fils.
Il est très-certain que la demoiselle Deschamps , qui s’était réfugiée sous le nom de Saint-Germain depuis le 6 juin dernier au village de Chaillot avec M. de Salice, officier suisse, son amant , à leur sortie de chez le sieur Fages , chirurgien , rue de l’Université, est partie de Paris lundi dernier, au soir, dans un carrosse de remise jusqu'à la première poste sur la route de Lyon , où elle doit être rendue actuellement et où elle attend M. de Salice, qui doit aller l'y joindre, pour de là s’en aller en Suisse , à ce que l'on présume , pour y faire vendre à ce jeune homme son bien, s'il est dans la possibilité de le faire , ou pour y tenter de grandes aventures avec ses charmes (1). Une lettre qu'elle a adressée de Fontainebleau à
(I ) C’est à propos de cet événement que Pavai t écrivait au comte de Durazzo la lettre suivante (8 août 1762). Plie complétera utilement pour le lecteur le rapport de l’agent de M. de Sartincs :
« L’illustre l’hryné de nos jours, la sublime Deschamps, a fixé l’attention
Brunet , son Ame damnée, jeudi de celle semaine , — el qui a été décachetée adroitement par la demoiselle Bourgoin , sa maîtresse, pendant qu’il était à Livrv, où il est encore, — annonce, à cet agent, son dessein ci-dessus détaillé. Elle lui
des nouvellistes du Palais-Royal tout autant que la révolution de Russie. Cette fameuse courtisane, dont l’histoire est plus intéressante que celle de la Fouine de Séville, vient d’ajouter de nouveaux traits a sa célébrité. Monseigneur l'évêque P. de L. voulut être amoureux de la Deschamps afin de sc donner une réputation à la française, et Mlle Deschamps voulut le corriger do ses folies en en profitant; elle donna au bon prince une leçon de décence en lui escroquant beaucoup d'argent et de diamauts. L’intention était bonne mais elle fut mal prise. On n’aime point à passer pour dupe; ce digne prélat se fâcha, comme de raison. On mit des émissaires en campagne pour arrêter Mlle Dcschamps qui s’était évadée, et qui, par une suite de combinaisons raisonnables, s’était fait accompagner par M. de S. (Salice', jeune homme dont elle voulait faire l’éducation. Cependant la famille du petit élève n'entra pas dans les idées charitables de la directrice et obtint un ordre pour la faire arrêter à Lyon; ce qui fut exécuté, au moment qu’ils prenaient des mesures pour passer en Italie. Mlle Deschamps reçut cet ordre avec toute la dignité d’une princesse de coulisse ; elle fit meubler la prison de ses meubles les plus précieux; tous les jours table ouverte, compagnie nombreuse et choisie; son réduit était devenu le temple de la volupté ; mais la privation de la liberté qui semblait borner ses conquêtes, la faisait gémir en secret : elle s’en procura la jouissaucc, comme on va le voir dans l'extrait d’une lettre écrite de Lyon :
w Lyon, 26 juillet.
11 La Deschamps a trouvé que l’air des prisons de l’Archevêché lui était contraire; elle en a changé vendredi à 7 heures du soir, et voici comment : elle avait annoncé qu’elle avait besoin d’argent et fit mettre des gens à la quête de quelqu’un qui voulut lui en prêter. On lui dit que l’on avait trouvé un prêteur, mais qu’il ne voulait donner son argent qu’autant qu’on lui remettrait en dépôt de la vaisselle d’argent et des effets à concurrence de la valeur de la somme qu’il prêterait.
" La Deschamps avait eu soin de faire part de tout au geôlier, qui lui avait conseillé de livrer scs effets puisqu’elle ne pouvait faire autrement. Elle fit sortir vendredi trois grandes malles dans l’une desquelles elle s’était mise elle-même. On la porta au logis de la Bombarde qui est près de là, et l’on coûte que le lendemain elle est partie pour Avignon. Elle avait eu la précaution de dire la veille qu’elle était incommodée, qu’elle s’allait mettre au lit. Le lendemain, ses domestiques sortirent à quatre heures du matin, sous prétexte de s’aller baigner et recommandèrent que l’on n’entrût pas dans la chambre de leur maîtresse, qui ne sc lèverait qu’à neuf heures. Ce n’a été qu’à cette heure que l’on a été instruit de son évasion. " ( Mémoires , t. II, p. 14.)
mande même qu’il ait le soin de donner par écrit une instruction à M. deSalice, de toute la conduite qu’il faudra qu’elle tienne dans les différents endroits où elle se rendra. Elle promet de lui écrire souvent et de l’instruire des progrès qu’elle fera. Elle lui annonce aussi que, dès son arrivée à Lyon, elle lui enverra une procuration par-devant notaire pour toucher ses revenus chez M. le duc d'Orléans et ailleurs.
Le 23 du présent, M. le marquis de Chimènes (1) a pris des arrangements par le canal de Brissàult avec M11* Rosalie, danseuse dans les ballets de la Comédie-Française , à raison de vingt louis par mois pour toute dépense. 11 y avait longtemps, que le marquis n’avait eu de maîtresse en titre; mais, ayant dit à Brissàult qu'il se lassait de la vie dissipée qu'il menait, ce dernier lui a annoncé la demoiselle Rosalie comme une personne dont il serait très-satisfait par la bonté do son caractère et de sa conduite. Il s’est déterminé en sa faveur et parait en être fort amoureux , à ce qu’il a dit depuis au môme Bri.«sault. t
Le 27 , l’envoyé de Modène , par le même canal , a pris à ses appointements la demoiselle Lavaull , danseuse dans les ballets de l'Opéra, demeurant rue du Boudoir, à raison do 400 livres par mois sans les présents. Cette demoiselle est connue depuis plus de deux ans par les précédentes feuilles du sieur Marais ; elle est grande, bien faite, brune de cheveux et d'une assez jolie ligure.
M. le comte de Ilochefort, dont il a été parlé dans les pré-
(l J M. (l’Autrcp disait de M. de Ximenez (Chimènes) : C’est un homme qui aime mieux la pluie que le beau temps et qui, entendant chanter le rossisrnol, dit : " Ah ! la vilaine hôte! „ (CltAUïOKT.)
cédentes feuilles, et définitivement comme ayant pris un goût infini pour la demoiselle Duharley , à lui procurée par Brissault, vient de la combler en lui faisant présent de deux boucles d'oreilles achetées 3,000 livres argent comptant, et, en même temps, lui a donné le collier de 20,000 livres qu’il avait fait faire pour la demoiselle Dubois. Jeudi dernier , la jeune Duharley était parée de toutes ces pierreries, et on la vit à la Comédie-Italienne où elle occasionna un chuchottement parmi les autres demoiselles de son espèce , qui parut satisfaire son petit amour-propre. M. le comte, qui y était aussi, la couvait de ses yeux ; il en est amoureux fou.
M. le duc de Grammout pourchasse de très-près la demoiselle Beauvoisin qui , depuis le départ du marquis de Duras, reparaît sur l'horizon , mais sans aucun succès, cette demoiselle ne voulant entendre à aucune de ses propositions, par antipathie, à ce qu'elle dit. La Surville et Brissault sont en mouvement chacun de leur côté , afin de lui procurer quelqu’un qui réunisse pour elle l’utile et l’agréable.
La demoiselle Parmentier, demeurant rue de Bourbon, qui, depuis sa rupture avec M. l’envoyé deModène, était passée aux appointements de M. Dallois, négociant de Lyon, en a été quittée hier à cause de son départ pour sa province, après toutefois lui avoir fait présent de vingt louis par forme d'adieux. Aujourd'hui , cette demoiselle doit prendre des arrangements fixes avecM. de Fontanieux fils, qui l’attendait comme à l’affût depuis environ un mois. Ce monsieur est connu par ses générosités avec les demoiselles Wolf et Ledoux, danseuses à l'Opéra. 11 donne ordinairement vingt-cinq louis par mois à ses maltresses, sans les présents.
Les Demoiselles Ledoux, Doboèbes, Mabanville, Dihablay, Laeobest,
Camille Vesian, Deville, Maison ville, Coukcv, Danosanoes et Sabon.
— MM. TlTON, DK S KO U B, DE KOCHEEOBT, BeLOSINSKI, WaI.SEBKBO,
Walxeub, d’Étbehan, l’abbé d’Abtv, Paolucci, de Viebville, ÎJovet,
DE VlLLEMUB, DE SABSALLE, PANTALON.
Il y a eu jeudi dernier huit jours que la demoiselle Ledoux, ci-devant danseuse dans les ballets de l’Opéra, étant au bal de Vincennes avec la demoiselle Dorgères, son amie, prêta à rire à toute l’assemblée. M. Titon le fils, avec qui elle a vécu longtemps, y était, et attendait la demoiselle Maranvilie, sa nouvelle maîtresse. Il gardait pour elle deux chaises. La demoiselle Ledoux prétendit les avoir, et, sur le refus qu’il lui en fit, elle se mit dans une telle colère qu’elle proféra quelques gros mots , et promit de souffleter avant sou départ du bal la nymphe qui devait survenir. Il n’en fut pourtant rien, par les sages représentations qui lui furent faites, afin qu’elle ne se déshonorât pas en public par une scène de cette espèce. Elle prit le parti du mépris et se retira avec dignité. Cette demoiselle a toujours été fort impérieuse depuis sa sortie do chez la Montigny où elle était connue sous le nom A' Agathe , ainsi qu’à la Salpêtrière, où elle fut ensuite du temps de la magistrature de M. Berryer, et c’est elle, avec la demoiselle Buart, qui occasionnent souvent des rumeurs dans les promenades et ailleurs , entre autres celle que M. de Ségur, mousquetaire, eut dans le Palais-Royal, il y a environ cinq semaines, avec un grand jeune homme qu’elles méprisaient et qui s’en offensa.
La semaine dernièro, il s’en est peu fallu que M. le comte de Rochefort ne passât à de nouvelles amours. La demoiselle Duharlay, sa dernière maltresse, dont il a été question dans la feuille du 3 de ce mois, ayant eu l’habileté de lui faire une bonne infidélité avec le prince de Bclosinski, bien que le comte ait eu la précaution de la prendre à demeure chez lui et de la combler de présents. Le rendez-vous entre elle et le seigneur fut prisa la Comédie-Italienne pour le lendemain, chez la demoiselle Dubois, sa sœur, demeurant rue Croix-des- Petits-Champs. Il eut son exécution par le prétexte qu’elle prit de l’aller voir le soir à la sortie de l’Opéra. Comme on avait oublié de se défaire d’un laquais incommode, ce dernier, ayant aperçu le prince chez cette sœur , en rendit compte au comte à son retour, lequel commença par retirer tous les diamants qu’il avait donnés la semaine précédente. A cette funeste aventure , on se jeta à ses genoux, on lui avoua sa faute avec tant de grâce et d’ingénuité , — car cette demoiselle est charmante et il en est amoureux fou, — qu'elle fut pardonnée dans les vingt-quatre heures du délit. Elle eut même l’esprit de faire donner à sa sœur 300 livres qu’elle lui avait demandées à toute force. Cette crise aurait été ignorée si , dans le temps qu’elle durait encore, la femme Brissault n’eût pas été faire visite au comte qui lui conta le tout la larme à l’œil et qui la chargea d’aller reprocher à la demoiselle Dubois ses honteuses complaisances. Enfin, la paix est faite, et les diamants sont rendus. — Faiblesse humaine est puissante I
Le ministre ou le magistrat vont être sollicités ces jours-ci pour décider du sort ou punir la demoiselle Laforest, ci-devant danseuse dans les ballets de l’Opéra , d’une supercherie dont l’objet est une somme de 13,000 livres. Tout le monde sait le bien que lui a fait M. de Walseberg tant qu’il l’a eue pour maîtresse, la quantité de diamants qu’il lui a donnés, mais l’on a
ignoré que, peu de jours avant leur séparation , elle s’accusa avec toutes les simagrées nécessaires d'étre enceinte , en demandant une somme pour la subsistance de ce petit infortuné qui devait paraître au monde sous peu de temps. La noblesse ordinaire des procédés de M. de Walseberg le porta à lui donner un titre qui produisit en sa faveur une rentrée de 15,000 livres, dans la persuasion qu’elle était effectivement enceinte. Il lui fit donc un billet à son profit, mais, pour que son nom ne parut pas, ce fut M. de Walxeur, son ami particulier, qui le signa d’après les arrangements sur parole d'honneur qu’ils prirent ensemble. L’échéance de ce billet approche ou est expirée. La demoiselle n’est pas enceinte et cependant elle en exige le payement. La bonne volonté do son bienfaiteur était en faveur de l’enfant qui devait venir, et, n’en étant pas question , il y a contestation. La demoiselle Laforest ne demande rien à M. do Walseberg ; elle attaque tout uniment M. do Walxeur, qui crie comme un démon ne rtcn devoir. M. de Walseberg , comme Allemand , c'est-à-dire dans la bonne foi et entêté, assure ne rien devoir puisqu’il n’y a pas de grossesse, et menace au contraire de se plaindre et de faire punir. Cependant, ce billet parait en valeur, puisqu’il n’y a point de convention écrite séparément qui annonçât des conditions particulières entre les parties qui le fasse annuler. La demoiselle espère triompher par son adresse. Ses camarades, jalouses de son bien-être, la déchirent à belles donts sur sa prétendue mauvaise foi et lui souhaitent toutes sortes de peines.
Il y a environ cinq à six mois que M. le marquis d’Etrehan se brouilla avec Mlle Camille Vésian, qu’il entretenait depuis plusieurs années, dans le cours desquelles elle a eu plusieurs enfants. La chronique scandaleuse assure que M. le marquis d’Etrehan aime mieux le jeu et les liqueurs que la propagation de l’espèce; — on ne croit point enfin à sa paternité. La que-
relie qu’il eut avec sa maîtresse provient de ce qu’il l'a trouvée couchée avec M. l’abbé d'Arty , fils naturel de M. le prince de Conti et de Mra® la comtesse d’Arlv, qui la guerluchonnait depuis longtemps sans qu’il s’en fût méfié. Cependant le marquis, en s'en séparant, lui laissa la liberté de se servir toujours de son équipage et lui continua toujours vingt-cinq louis par mois, par égard pour la petite famille dont il est question cidessus. Mu® Vésian a continué son intrigue en liberté avec l’abbé. Le marquis, malgré cela, lui a toujours rendu quelques visites. L’on assure qu’il la voit depuis environ un mois fort souvent; l'on parle même d’une réconciliation qui remettra les choses en leur premier état. Celte demoiselle demeure actuellement rue Saint-Marc. Elle est connue pour avoir de l’esprit comme un ange, et, dans le commencement des amours de M. le duc d'Orléans avec M11" Marquise, c'était elle qui donnait lo ton au cercle qui composait sa cour. Mais la hauteur de cette souveraine lui étant devenue insupportable, elle se retira peu à peu de cette société où effectivement M. le marquis l'avait présentée. Elle était regardée de bon œil du prince et en a obtenu des grâces pour différentes personnes. Sans être jolie, elle a une petite figure qui plaît; elle est bien faite, pleine d’art et de coqucttçrie dans sa parure et d'une politesse infinie. Elle est originaire d'Italie ; feu son père était gentilhomme et officier de mérite dans le génie. Son frère, dont elle a pris soin dès que l’opulence s’est fait sentir, a un très-bon emploi aux Fermes. 11 devait, il y a deux ou trois ans, épouser la demoiselle Deville, Piémontaise, dite la Savoyarde, et connue pour être fort riche à présent. On a rendu compte dans le temps de leur brouille. Ce détail, dans tous ses points, est de la plus grande vérité.
Le 4 de ce mois, M. de Paolucci, envoyé de Modène, a donné un grand souper à Mu® de Villemont (t) et à plusieurs ambas-
(1) Mlle Beauvoisin dite de Villemont.
sadeurs. Celui de la reine de Hongrie (1) a fait sa cour à cette jolie femme, mais celui d’Espagne (2) étant survenu, s’en est pour ainsi dire emparé. Il n'a plus été possible de lui parler de toute la soirée. Cependant, le 7, celui de la reine de Hongrie a prié toute la même compagnie à souper à sa petite maison d’Epinav où madame son épouse était. Le lendemain , l’ambassadeur d’Espagne a pris sa revanche, et , le surlendemain , celui de la reine l’a encore traitée à sa même campagne ; — son rival n’y était pas. — On ne sait pour lequel de ces deux seigneurs cette belle penchera.
Avant la fin de ce mois, il doit arriver à Paris une jeûne et jolie Anglaise qui a déjà été, pendant plusieurs années, la maîtresse de M. de Paolucci et qui reprendra auprès de lui la même qualité.
Le 6 de ce mois, M. de Vierville, à qui M. je comte de la Trémouille avait prêté sa petite maison rue des Martyrs, aux Porcherons, y a donné à souper à plusieurs de ses amis, parmi lesquels M-. de Courcy etM. de Quérissv étaient. Ils eurent en femmes les demoiselles Maisonville et Courcy sœurs, demeurant carré Saint-Martin, toutes deux fort jolies, avec qui ils s’amusèrent.
Le 13, la même compagnie fit un pareil souper au pavillon de M. le comte de la Marche, dans le bois de Boulogne, à Madrid. Ce prince lui en avait prêté les cfefs. Les mêmes demoi-
(1) M. le comte de Starhcnbcrg, ambassadeur de l’Empereur et de S. M. l’Impératrice, Reine de Hongrie et de Bohème, rue de l’Université, hôtel de Soyecourt. Il étajt né il Londres le 10 août 1784, et venait de se remarier le 1er juin 1761 à une princesse de Salni-Salm.
(2) M. le marquis de Crimaldi, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du roi d’Espagne, rue Saint-Dominique, hôtel de Molé.
selles y assistèrent avec la demoiselle Camille, leur amie, qu’elles y menèrent. — Elles disent que cet endroit est un lieu enchanté, qui parait fait pour les plaisirs.
Le 14, M. Ferrand, ci-devant fermier général, et M. de Curis, ci-devant intendant des Menus, ont dîné à la petite maison do Brissault avec les demoiselles Maisonville et Courcy.
Hier, 16, M. de Villemur, M. le comte de Sarsalle, M. Ferrand etM. de Curis ont soupéà la même petite maison avec les mêmes demoiselles et la demoiselle d’Héricourt.
Le même jour, on a vu et entendu au Palais-Royal M. Nouet, conseiller, qui proposait aux demoiselles Danosanges, Lavault, Saron , Saint-Martin et la petite Delahaye de leur donner à souper à sa petite maison de la Barrière Blanche, ce qui a été accepté, après toutefois qu'il leur a eu fait manger beaucoup de glaces que la demoiselle Saron avait demandées avant de répondre à sa proposition. On ignore quels ont été les autres acteurs en hommes de ce souper.
Le même jour, 16, Pantalon (1), des Italiens, la demoiselle
(I) Ce Pantalon doit être le troisième que posséda notre Théltre-Italien. Il s’appelait Colalto et avait succédé en cette même année 1762 au fameux Pantalon Véronèsc, père de Camille et de Coralinc, dont il est souvent question ici. — Colalto était un garçon d’esprit qui travailla comme auteur pour le répertoire de la scène italienne.
Quant à la demoiselle Rozetti, voici l’inimitable portrait que Favart on a laissé à la date du 6 août 1760 :
" Mlle Rozetti a débuté à l’Opéra dans dc3 airs détachés il la fin de Pygmnlio n. C’est une grande fille de dix-huit à. vingt ans, point jolie, qui a l’air d’un petit lion nouveou-né; mais elle a une voix étonnante, un volume harmonieux, deux octaves pleins, et la même aisance dans le haut et le bas ; les cadences un peu lourdes, comme les ont toutes ces grandes voix. Elle serait excellente
Rozetti et deux autres Italiennes ont soupé chez le Suisse au Palais- Royal. Le jeune Vésian, nouveau guerluchon de la demoiselle Rozetti, y était; on l’en dit fort amoureux. Ce jeune homme est d’une jolie figuro et a de l’esprit ; en outre, il est en réputation depuis quelques années par ses intrigues avec beaucoup de nos demoiselles sur le haut trottoir.
La demoiselle Suavi , logée dans l’appartement occupé en dernier liou par la demoiselle Deschamps , — que l'on a fait observer, — reçoit fort souvent la visite de M. le chevalier de Saint-Sulpice. On n’est pas encore instruit s’il y a des arrangements de pris.
Hier, 4 6, M. Happe, que l’on dit Anglais, y a soupé et en est sorti fort tard.
Les Demoiselles Vii.lettk, Laeorest, Leclerc, Arnould, Parmentier, Raimond, Beauvoisin, Rossignol, Lacour, Lyonnais. — MM. de Commicourt, Fontaine, Monville, de Rocheeort, d’Hallais, Ciiamperon, Galitzin, Lant, d’Aligre, de la Pelleterie, Lali ve de la Briciie.
La demoiselle Villette , danseuse dans les ballets de l’Opéra depuis Pftques dernier, demeurant rue neuve Saint-Honoré, chezDulac, parfumeur, connue pour jeune et jolie et dont lo sieur Marais a parlé dans différentes feuilles , est passée de la
pour les rôles à baguette, si elle avait plus d’action. Elle ne fait que lever les bras et les pose ensuite sur son honneur en liounôte fille étonnée de se trouver dans un lieu où il court tant de risques. „ — On voit que cet étonnement ne dura point deux années.
semaine dernière aux appointements de M. de Commicourt , actuellement intéressé dans les affaires du Roi et ci-devant intendant de 3t. le duc de Chaulnes, à raison de 15 louis par mois. La saison est si dure pour nos demoiselles de spectacle , qu'elles acceptent tout ce qui se présente. Cette demoiselle a un frère qui va débuter aux Français dans les seconds rôles ; — on le dit être aussi d’une fort jolie figure.
Il y a environ un mois, M. Fontaine, actuellement receveur général des finances, a quitté la demoiselle Laforest, ci-devant danseuse dans les ballets de l’Opéra, à qui il faisait beaucoup de bien, mais avec qui il est impossible de vivre par son caractère acariâtre, sa méchanceté et son libertinage. Ensuite, sa discussion avec le baron de Walseberg a ouvert les yeux à ce dernier bienfaiteur, sur le compte d’une femme capable de tant de fourberie. Au dernier travail, on est entré dans le détail do cette affaire. Cette demoiselle aura de la peine à l’avenir à trouver d’aussi bonnes occasions.
M. de Monville a cessé décidément son intrigue avec Mlle Leclerc, ci-devant danseuse à la Comédie-Italienne, et M. le comte de Rochefort lui-méme assure qu’il a pris à ses appointements la demoiselle Lyonnais (1), de l’Opéra. Elle va journellement chez lui le malin. II y avait longtemps que cette demoiselle n’avait trouvé une aussi bonne occasion; elle se contentait du peu que lui donnait un chevalier de Saint-Louis, demeurant rue Saint-Nicaise, dont on ne se rappelle pas le nom, qui la voyait depuis un an et dont le sieur Marais a rendu compte dans le temps. Elle est connue pour fort économe et d’un bon caractère.
(I) La demoiselle Lyonnais était iU’Opéra cdmmc danseuse seule ou en pas de deux depuis 1744. Les mémoires du temps vantent son enjouement et sa gaîté. 11 y avait à l’Opéra un danseur du même nom.
La demoiselle Arnould, de l’Opéra, n'a personne. Le seul Lacroix, son friseur, très-aisé dans son état, est devenu l’ami du cœur et le monsieur. 11 dépense même gros avec elle, et celte demoiselle arbore ordinairement l’air de bourgeoisie, à tel point qu’elle se promène en petite robe dans les jardins publics avec sa mère et sa sœur.
La demoiselle Parmentier, de la rue de Bourbon, dont il a été parlé tant de fois, va partir de cette ville avec M. d'Hallais, négociant de Lyon, avec qui elle s’est raccommodée depuis quinze jours, qui lui donne vingt-cinq louis par mois. Et, comme ce négociant l'aime beaucoup, elle espère que sa complaisance actuelle le déterminera à lui faire cent pistoles de rente, qu'il lui a promises dans deux ans, si elle reste avec lui. Mais, craignant do ne pouvoir se dispenser de succomber aux tentations de Paris, elle presse son amant de l’en expatrier promptement. — Le départ est fixé à la semaine prochaine.
M. de Champeron ne se marie point, ainsi qu’on l’avait annoncé dans la feuille du t5 mai dernier. Il cherche à reprendre de nouvelles chaînes amoureuses et devient journellement plus galant. Jeudi de la semaine dernière, il donna à Vinccnnes un grand souper dans la salle même du bal, après qu’il fut fini, à ce qu’il y avait de meilleure compagnie et qu’il en avait prié. Tous ses amis assurent que, malgré l’air de dissipation qu’il a voulu arborer depuis sa séparation d'avec la demoiselle Raymond, on les verra renouer ensemble. Et cette demoiselle, qui le connaît de longue main, a de son côté affecté de ne point chercher à le remplacer ni à le rappeler à elle par ces agaceries intéressantes qui réussissent toujours aux jolies femmes, dans la persuasion qu’elle a de le voir revenir de lui-môme.
La demoiselle Beauvoisin, à force de revirer et de lorgner
dans les spectacles, a enfin amené dans ses filets le prince Galitzin, il y a de cela environ huit à dix jours. On ne sait point encore à fond les arrangements. Elle reçoit aussi les visites de M. de Marsan, ci-devant prince de Turenne, et celles d’un homme de robe dont prochainement on saura le nom. Ce dernier va souvent chez elle. En sus de tous ces détails, elle va régulièrement tous les matins chez le sieur Lany (I), maître de ballets de l’Opéra, qui a pris du goût pour elle et qui lui montre à danser par reconnaissance.
Le 29 de ce mois, M. le président d’Aligre (2) fit , par le canal de Brissault, une passade de dix louis avec Mlle Rossignol, ci-devant entretenue par M. Caze, fermier général,' et qu’ila quittée par disette d’argent pour lui-méme. Cette demoiselle est grande, bien faite, et même de bon ton. Il en a été question l’année dernière dans les feuilles de M. Marais. Elle est fille d’un chirurgien de Paris.
Hier 30, elle a dû souper en très-bonne compagnie chez M. delà Pelleterie, riche Américain, demeurant rue du Cherche-Midi, souper qu’elle aurait cependant refusé si elle avait su sa nouvelle bonne fortune. M. le prince de Belozinski, l’ayant rencontrée au spectacle, en est devenu amoureux fou, et faisait hier courir partout pour en savoir la demeure. Il s’y est présenté, rue des Bons-Enfants, et doit prendre des arrangements et possession sous peu de jours. On ne le dit pas à présent trop en argent comptant; cependant, on espère le mettre dans
(1) « Vcstris et lany, dit Bachaumont, passent pour les premiers danseurs
de l’Europe. Toutes les nations étrangères qui contestent le reste, sont
d’accord sur ceci. »
(2) Messire Étienne François d’Aligre, président de 1752 en .la grand’ cliamhrc du parlement. 11 était renommé pour sa paresse, et sous de spécieuses raisons de santé, il faisait volontiers retomber sur son collègue d’Ormessou tout lo poids de sa charge.
le cas des ressources de nos étrangers d’importance, comme il est. On lui a refusé la passade pour l’engager plus loin. Ses bienfaits pour la demoiselle Lacour, ci-devant à l’Opéra, le font regarder de bon œil et donnent des espérances de fortune qu’on ne négligera pas.
A propos de cette demoiselle Lacour, l'on assure queM. Lalive de la Briche, qui doit incessamment faire un grand mariage, va la quitter si ce n’est déjà fait. Il est question même d’augmentation.de rentes. Ainsi, en fort peu de temps, cette demoiselle lui aura coûté gros. On prétend que M. le duc de la Vallière a toujours beaucoup de faible pour elle, et qu’il se pourra bien faire qu’il y ait une reprise entre eux deux. Il a toujours continué de la voir de temps en temps, malgré la convention queM. de la Briche avait faite du contraire, et cette demoiselle, de son côté, a toujours aussi continué son guerluchonnage avec M. de Chabrillant, mousquetaire, mais avec tout le mystère possible.
Le marquis de la Pelleterie, dont il a été ci-devant question à l’article de la demoiselle Rossignol, est le même dont M. le duc d’Olonne (1) devait épouser la fille, il y a environ trois ans. Dans ce temps, c’est-à-dire en octobre 1759, cet Américain s’adressa avec mystère au sieur Danet, chirurgien, dont il était inconnu , pour qu’il lui fournît quelques drogues , essence ou breuvage, dont on se peut servir pour rendre à une jeune fille toutes les apparences d’une véritable virginité. Danet le
(1) Charles Anne Sigismond de Montmorency-Luxembourg, fils unique du duc de Montmorency-Bouteville, né le 81 août 1721, marié en 1735 et titré due d’Olonne. C’était le père du marquis de Boyau et du chevalier de Luxembourg. 11 était prédestiné du reste à être trompé par sa femme, car Marie Jeanne De Lcspiuay de Marteville, veuve d’un cousin germain de son père, avec laquelle il se remaria en 1762, mourut en laissant une assez triste réputation.
satisfit, mais ne le fut pas de sa générosité. Il en fut rendu compte alors.
Le 16 de ce mois, M. le président de Salaberry (1) a fait une passade dans la petite maison de Brissault, avec la demoiselle Dubuisson, de la Comédie-Italienne. Il y av^p longtemps qu’il en avait envie, mais cette demoiselle était devenue plus difficile à aborder, parce qu'elle espérait soutirer à M. d’Harnoncourtune paire do boucles d’oreilles de diamants, qu'il lui a refusée net, sans cependant cesser de lui donner ses petits appointements ordinaires, qui sont de six louis par mois, et une robe de chaque saison.
Le 18, le sieur Pellot père (2), conseiller au parlement, a fait une passade chez la Desrameaux, rue des Boucheries-Saint- Honoré, avec une particulière qui demeure rue des Maçons, en chambre garnie, à l’hôtel Saint-Louis, qui se fait appeler madame la marquise ou comtesse de Marvillc, et qui vit avec un particulier que l’on nomme M. le comte de Corteuil, officier d’artillerie. On assure qu’elle est la femme d’un laquais et qu’elle a été ci-devant couturière en robes. Le même jour, cette Desrameaux la produisit aussi à M. d’Arnay (3) „ fermier général, qui paie généreusement, à ce qu’elle dit.
Le 21' de ce mois, le procureur du Roi a passé deux heures, le matin, à la petite maison de la Iléquet, faubourg Saint-Honoré, avec la demoiselle Alexandrine, une de ses pensionnaires. — C'est peut-être pour se consoler de la préférence que la défi) Messire Charles Victor François de Salaherry, président de 17S0 en ls chambre des comptes, rue Sainte-Anne, près les Nouvelles-Catholiques.
<2) Pellot, conseillera la grand’ chambre depuis le 23 février 1720, rue de Seine-Saint -C ermaiu.
i3) D’Arnay, rue Ncuve-Saint-Eustache, prés la rue de3 Petits-Carreaux.
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moiselle Saint-Martin, de l'Opéra, donne à M. Nouet (1), conseiller au parlement.
Le 12, M. Hoop, Hollandais, avec deux de ses parents, dont un loge à l’hôtel des Quatre-Provinces, au carrefour des Quatre-Cheminées, ontsoupé à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Courcy, Maisonville et d’Héricourt. — Le 2-4, M. Hoop y a couché avec la demoiselle d’Héricourt.
Le 23, M. de Viilemur et M. de Neuville ont diné à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Maisonville et Courcy.
L’ambassadeur de Naples a été mercredi dernier, sur les huit heures du soir, voir la demoiselle Vestris, la chanteuse. Il y avait très-longtemps qu’il n’y avait ôté. Ils ont renoué ensemble, mais avec d’autres arrangements quo par le passé ; c'est-à-dire qu’il lui fera présent d’une forte pincée de louis, chaque fois qu’il la verra.
La demoiselle Valentin est enfin partie de Paris, jeudi dernier,-avec toute sa famille, pour Lyon, par la diligence, et en partant, elle a encore eu le soin do tirer très-précieusement, à M. Legré, premier commis de la marine, pour environ 13,000 livres de bons billets payables au porteur. La plus parfaite dévotion de cette vieille renégate théâtrale a été de s’occuper entièrement à la ruine de ce particulier, qui ne pourra jamais se relever des trop fortes saignées d’argent que cette demoiselle lui a faites. — C’est du moins le sentiment de beaucoup d’honnôtes gens qui connaissent ses facultés.
Hier 30, il y a eu au château du Val, près Saint-Germain-en- Laye, une très-belle fête donnée par M. le comte de la Marche,
(1) Nouet, conseiller à la première des enquêtes depuis le 28 août 17-18, rue Ponlletièrc, lia Kotre-Dame.
à madame son épouse, dont la patronne est sainte Anne. Elle s’est passée dans le bois du château, et il s’y est mêlé une noce réelle et villageoise qui l’a rendue charmante, en ce que l’on a confondu au môme couvert les seigneurs et les bergères. A neuf heures, un beau feu d’artifice, suivi d’un spectacle d’opéracomique et d’un bal général, ont diversifié les plaisirs jusqu'au lendemain matin. Mrae la comtesse, enchantée de cette galanterie, se propose de reprendre sa revanche incessamment et pour même cause.
Aujourd’hui 31 , la demoiselle Lacroix , connue pour être actuellement la maltresse de M. Séguier, avocat général, pour qui il fait une très-grosse dépense , déménage tumultueusement pour aller demeurer faubourg Saint- Lazare, près les Récollets, dans la maison appartenant à ce magistrat. Son carrosse a été toute la matinée occupé à transporter les hardes de celte demoiselle dans la nouvelle demeure. Au prochain travail, on saura à fond les raisons de ce déménagement. L’on sait aussi que l’ambassadeur de Venise lui a donné, il n’y a pas longtemps, 200 louis, et c’est peut-être la jalousie qui occasionne ce revirement de logement. On assure aussi que le baron de Malkaw, qui a commandé les Croates à la dernière guerre, la guerluchonne toujours.
Les Demoiselles Mainvillé, Desciiamps, Lanoix, Dïsmabes, Tkstart.
La demoiselle Mainvillé (1), anciennement connue sous le nom de Rozette, est native de Paris, — ûgée présentement de plus de 40 ans, brune de cheveux, a été d’une jolie figure; — fille d’un soldat au régiment de Provence. Il y a environ 23 ans qu’elle quitta l’Opéra-Comique pour vivre avec feu M. le duc d'Uzès, alors duc de Crussol, qui fit tant de fautes par rapport à elle, qu’il fut relégué dans ses terres, où elle le suivit, et s'y maria avec un de ses domestiques pour parer aux coups de foudre que la famille du duc voulait lui faire essuyer. Elle y demeura environ quatre ans, y eut plusieurs enfants. Elle était alors guerluchonnée par un abbé au service du duc. Elle revint à Paris et tint son mariage secret. Elle prit à cette époque le nom de Mainvillé, et elle eut successivement M. Legindre d’Ormoy, le sieur Rondé, fils de Rondé, orfèvre du roi, le marquis de Chambonnas, qui en sa faveur voulut bien changer de religion, — ou il faut croire qu’elle eut la complaisance de s’y prêter (elle no serait pas la seule); le marquis de Ximenès, M. d’Ambray, capitaine aux gardes, le marquis de Chimènes (2), qui s’est achevé avec elle, et une infinité d’autres qui
{ 1 ) Mme d’Epinay en parle dans scs Lettres. C’était la maltresse de son mari.
(2) Le marquis de Ximenés et celui de Chimènes ne font qu’une seule et même personne, comme le prouve cette note du Calendrier de la noblesse de 176*:
" X] MENES qu’il faut prononcer Chiménes. Famille originaire de Catalogne,
venaient à huis-clos, desquels elle a eu au moins une douzaine d’enfants. Ensuite, elle passa aux appointements de M. de Walbelle, qu’elle fît succéder par M. le comte de Coubert, qui fit pour elle une dépense prodigieuse, et qui, la trouvant enfin trop vieille, mais trop tard, la quitta pour la Deschamps. Pendant cette intrigue, M. de Flavacourt passa pour l’ami du coeur. De là elle passa au vieux chambellan de Pologne (1), et eut pour guerluchon, M. Dumetz, capitaine au régiment de Barbançon. Mais, s’étant brouillée avec le chambellan, M. de la Bouexière (2) l'eut, et lui donna 1,000 livres par mois. Elle soupçonna la demoiselle Fauconnier, l’atnée, dite Joyeuse, de l'avoir desservie, et lui en conserva une haine implacable. Elle l’a débusquée à son tour, en remettant dans ses filets le chambellan, à raison de Îj0 louis par mois, qu’elle a eus jusqu’à sa mort, avec la méchanceté d'envoyer journellement à diner à la demoiselle Fauconnier, comme générosité du chambellan. Cette demoiselle Mainville passe pour être une de celles que le libertinage a le plus enrichies ; elle a de bonnes rentes et un mobilier immense. Son premier mari étant mort, elle vient d’en prendre un second dans la personne du sieur Labbé, violon à l'Opéra, qui la fréquentait depuis longtemps. Elle lui a fait une donation de tout son bien , au préjifdice môme de ses enfants légitimes.
dont est. le marquis de Ximenès, Augustin Louis, né le 28 février 1726. „
Le 17 avril 1768, les Mémoires secrets en parlent en ces termes : " M. le marquis de Ximenès, fort connu dans la république des lettres comme auteur et comme protecteur, est sur le point de se marier avec la fille d’un nommé Jourdan, dont on a quelques romans et autres ouvrages peu connus. Son peu de fortune et sa très-mince réputation donnent à cet hymen un air de désintéressement qui fait beaucoup d’honneur à Al de Ximenès. La mère était une madame Duhalley, fort renommée autrefois pour sa beauté, son esprit, sa galanterie et ses intrigues.
(1 ) Ce vieux chambellan serait-il le général de Fontenay, alors envoyé extraordinaire du roi de Pologne? • .
(2) De la Bouexière, fermier général, rue d’Antin.
La demoiselle Deschamps, actuellement actrice à la Comédie-Italienne, a épousé cette semaine le sieur Berrard, aussi violon. Les femmes galantes ont eu cette année beaucoup do vocation pour le sacrement ; — il y en a eu une infinité de mariées. Cesdeux derniers maris ont fait chacun une bonue affaire; ils n’étaient pas fort opulents.
M. de Pelhion fils vient de donner cette semaine à la demoiselle Pellin, de l'Opéra, 4,000 livres, en lui disant qu'il voulait dorénavant jouir de la vie et ne plus entretenir. Cette demoiselle, a répliqué à ce papillonnage par une cabriole, en lui disant qu’une conversation marquée au môme coin serait toujours bien reçue.
Malgré le respect dû au caractère de M. Séguier, l’emprisonnement de milord Taff fait jaser haut dans tous les cercles, sur la frénésie amoureuse de ce grand homme pour la demoiselle Lanoix, pour laquelle il fait une dépense ruineuse. On prétend que ce milord a été arrêté en revenant de la chasso à l’He Adam, que M. le prince de Conti le considère beaucoup et qu'il a été de bien mauvaise humeur de cette aventure. Des amis de M. Séguier lui ont rendu les propos qui se tenaient sur lui à cet égard. Il leur a protesté n’avoir eu aucune part à ce qui s’est passé. Les parleurs disent qu'il a donné les moyens de réussir aux créanciers de M. Taff, qui leur paraissait inattaquable à présent. On ne rend ce compte que par écho; ce quo l’on assure seulement, c’est quo M. Séguier s'est obligé pour une somme de 4,000 livres, pour laquelle la demoiselle Lafioix était engagée avec milord Taff envers le sieur Bugnet.
Le 3 de ce mois, M. le comte de Bussy (1), ci-devant mous-
(1) Le comte de Bussy û’Agoncau, colonel au service étranger avec l’agrément de Louis XV.
" 28 mars 1780. M. Bussy-Putain, ainsi surnommé à cause de son goût pour