‹ Journal des inspecteurs de M. de SartinesChapitre 12 sur 27 · IB · texte numérisé non relu

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quetairc, a été furtivement introduit chez mademoiselle Desmares, maîtresse du prince Camille, avec laquelle il a passé une heure en tôte-à-tête, fort bien sans doute. Car cette demoiselle est venue chez lui, le S, faire une plus longue séance. On les a vus ensuite monter en carrosse, les stores baissés, pour aller promener au dehors de la ville. Ils sont revenus souper chez lui, d'où elle n’est sortie qu'à deux heures du matin.

les filles et de la maladie grave qu’il a gagnée dans leur commerce, pour le distinguer aussi de Bussy-Rabutin que tout le monde connaît, de Bussy-Ragotin, l’ancien premier commis des affaires étrangères, et enfin de Bussy-Butin, celui de l’Inde : M. Bussy-Putain donc est un goguenard fécond en saillies et en méchancetés. M. Roucher lui ayant fait présent de son poème des 3fois , dont toutes les sociétés voulaient entendre la lecture avant qu’il fut imprimé et que personne ne lit depuis qu’il l’est, il lui a répondu par le quatrain suivant : " De vos vers, triste destinée,

" Les reprenant cent et cent fois,

11 Enfin, j’ai lu vos douze Mois,

" Et je suis vieilli d’une année. „

Si nous en croyons cct autre extrait, il avait d’ailleurs le droit de persifler M. Roucher :

11 31 décembre 1783. Mme la comtesse déBussy (d’Agoneau) vient de mourir. On a eu plusieurs fois occasion de parler du mari, homme de beaucoup d’esprit, poète libertin et l’un des plus aimables roués qu’on puisse voir. Sa femme le valait dans son genre. Elle périt victime d’une maladie cruelle qu’on ne gagne point dans le cloître ni dans le célibat. Ou trouve dans les journaux des pièces de poésie de sa façon. C’est elle qui a formé M. Roucher et à la galanterie et au commerce des muses. On prétend même qu’il a composé les vers qui passaient dans les ouvrages périodiques sous le nom de la comtesse et en étaient mieux accueillis. „

A en juger par ce troisième et dernier extrait, M. de Bussy finit par expier cruellement ses désordres :

" 29 juin 1786. On peut se rappeler un certain comte de Bussy d’Agoncau, un des plus grands roués do France, mais rempli d’esprit, faisant de jolis vers, et séduisant au possible auprès des femmes et même des hommes, déshonorant les unes et escroquant les autres, li avait été longtemps tourmenté des suites affreuses de ses débauches et avait pensé y succomber. Depuis plusieurs années qu’on n’avait point entendu parler de lui, on le croyait mort. Il réveille enfin le public sur son compte par un petit pamphlet imprimé oit il apprend son sort. 11 a pour titre : Le plus court et le plus vrai des mémoires . Quelqu’un de ses amis, sans doute zélé pour sa liberté, a fait imprimer cette feuille. On lit dans une note que M. de Bussy est à Picrre-Encise. „

La demoiselle Testart, dont il a été parlé dans la feuille du S juin dernier, annoncée entretenue par le sieur de Sormany, qu’il avait lié avec la maîtresse du sieur Valÿitin, ci-devant danseur à l’Opéra, frère de la nouvelle convertie et dont le départ a été annoncé au travail dernier, avait aussi écouté les chimères de toute cette gent provençale qui, pour l'accoutumer à renoncer aux vanités du monde, lui avait persuadé de confier à la masse ses bijoux et ses plus beaux effets ; — ce qu'elle avait fait en deux heures de temps, en consentant que le tout fut mis dans une malle adressée à la demoiselle Valentin, à Bordeaux, où l’on fera quelque séjour, et à être sur-le-champ elle-même embarquée dans le coche d'eau pour Auxerre. Mais, s’étant enfin aperçue qu’elle était dupée, elle écrivit sous-main au sieur Sormany, qui se désolait et qui, dès la réception de sa lettre, prit la poste et fut la joindre. Il trouva les ravisseurs de son bien, leur parla durement, et se fit donner par Valentin une reconnaissance détaillée des effets emballés, qu’il fera valoir à Bordeaux pour leur restitution. Il est si bon qu’il ne peut se persuader que cette petite péronelle ne l’aime point et le chambrera à la première bonne occasion.

Le 5 de ce mois, M. de Sèves de Fléchères (1) et M. Pasquier fils , conseiller au Parlement, ont soupe à leur petite maison avec les demoiselles Maisonville et Courcy , que Brissault leur avait procurées.

(1) De Sèves de fléchères, conseiller honoraire de 1788, rue du Grand-CUauticr. U avait un fils conseiller de 1789 & la première des enquêtes.

Les Demoiselles Latiebbb, Hugues, Bbuslé, Chevalieb.

M. de Sennozan (1), conseiller d’État, est sans maîtresse depuis environ un mois, par le départ de Mmc la marquise de La Salle pour Lille en Flandres, où elle est allée s’installer à demeure, et avec qui il était en intrigue depuis le mois d’avril Î759. 11 en a été rendu compte dans le temps, en annonçant cette marquise comme très-aimable et remplie d’esprit, jouissant par elle-même de 13,000 à 16,000 livres de rente, qui vont être augmentées par une succession qui lui est échue nouvellement, raison pour laquelle elle change de résidence. On assure que les adieux ont été fort touchants de part et d’autre, au point même que M. de Sennozan a fait sermentde ne jamais s’attacher à aucune femme.

M. le duc de Grammont a fait une nouvelle conquête; -il a actuellement pour maîtresse une jeune et jolie femme, que l’on appelle Lapierre, dont le mari est valet de chambre de M. le marquis de Persennat, et qui demeure rue Royale, en chambre garnie, — en attendant que l'on ait trouvé un appar-: tement convenable, dont M. le duc a ordonné la recherche, avec promesse de le faire meubler proprement. On n’a pas grande confiance au sacrement de M. et de Mme Lapierre. On s'imagine que c’est une manœuvre de plus de M. le duc, et

(1) OUivier de Sennozan, conseiller de 1755, rue Richelieu, vis-h-vis la rue Colbert. 11 était aussi président honoraire au parlement.

que ce prétendu mari est une couverture de convenance pour cacher celte nouvelle intrigue. La demoiselle est grande , bien faite et d’une très-jolie figure. Elle était ci-devant blanchisseuse de bas de soie et de dentelles et demeurait à la Barrière Blanche. Lapicrre, devenu son amant, lui a fait quitter ses parents et la produisit lui-mème à M. te duc de Grammont, qui n’est pas fort susceptible de ces sortes de rivalités, et qui, par lui-méme , est trop inconstant pour être délicat en amour. Cependant, il parait occupé sérieusement à faire du bien à cette demoiselle. Rien n'est épargné en bons effets et en parures ; — il lui donne journellement.

La demoiselle Hugues , danseuse à la Comédie-Italienne, et dont il a été parlé dans la feuille du 24 avril dernier, en la faisant connaître pour la sœur de celui qui avait volé les diamants de feu la demoiselle Riquet, et connue pour être entretenue par M. Germain , orfèvre du roi , et en pourparler avec M. Roussel , le fils du fermier général , vient de faire une bien meilleure connaissance dans la personne de M. de Rochemaure (1), capitaine de vaisseau et chevalier de Saint-Louis, revenant depuis peu de la Martinique , et qui , dans la traversée , a été fait prisonnier de guerre. En France sur sa parole ou échangé, il passe pour être fort riche, et, d’entrée de jeu, il vient de donner à cette demoiselle un meuble de 10,000 livres, et lui donne en outre 100 pistoles par mois pour défrayer sa maison, sàhs y comprendre sa garde-robe qu’il a de beaucoup augmentée.

M. de Vallier, ami particulier du sieur Clause, notaire, connu pour un garçon fort riche, ayant fait connaissance de la demoiselle Bruslé, qui a vécu plusieurs années avec M. l’abbé

(1) Alexandre Henri Pierre, marquis de Rochemaure-Saint-Cosiuc, officier des vaisseaux du roi, né le 30 avril 1728, marié eu 1758.

de Zézames, et ensuite avec M. l’abbé do lîaresse, consoillerclerc au Parlement de Toulouse , vient de lui faire cesser tout commerce avec cet ecclésiastique et de lui donner des meubles fort honnêtes, placés dans un joli appartement, rue Mazarine, — avec promesse de ne rien lui laisser à désirer, si elle se comporte sagement. Elle a fait les serments ordinaires en pareil cas, et cependant, demain dimanche , elle doit faire une visite à M. l’abbé de Baresse, qui lui a promis 25 louis pour se précautionner d’une belle robe d'automne et pour laquelle on fera encore quelque menterie à M. de Vallier. C’est là la marche ordinaire»

La demoiselle Marguerite Chevalier , âgée de dix-neuf ans, native du Havre ; — son père entrepreneur des bestiaux do l’armée, — a été débauchée dans son pays par un sieur de Toufreville, capitaine dans le régiment de Normandie, qui l’amena à Paris après lui avoir dépensé environ 1,600 livres qu’elle avait pris chez son père avant de fuir , et qui , s’en étant détaché, la donna au jeune d’Erlae (1) , officier suisse, avec qui elle est restée jusqu’à ce qu'il ail été mis en prison pour dettes. Elle vient de faire la connaissance de M. le baron d’Enghien , homme fort ûgé, qui lui a donné pour 12,000 livres de meubles et qui a une petite maison à Clichy , où elle va souvent passer deux ou trois jours ; il en est fort jaloux ; mais malgré toutes ses précautions, elle guerluchonne avec le jeune Pierre, artificier, demeurant au faubourg Montmartre, que ce vieux seigneur lui a fait connaître, et qu'il a la simplicité de croire incapable d’aider à le tromper.

Le 8 de ce mois, M. de Neuville et M. le marquis de la Vau-

(I) Louis Auguste, capitaine aux gardes suisses, dont son frère Pierre commandait une demi-compagnie.

palièreont soupé chez M. le marquis de Persennat , avec les demoiselles l'Étoile et Alexandrine, de chez la Héquet.

Le 9 , M. de la Bouexière a fait venir à son pavillon de Clichy , la demoiselle Alexandrine, avec laquelle il s’est amusé toute l’après-midi.

Les Demoiselles Paganini, David, Deschamps, De la Haïe, Lacoub, Pahmextieb, Sirebead, Raïe, Thieehy, Mazaeelli. — Les sieurs Saua.ni> Latour, Brunet, Hauvienn'e, Pelhiox, d’Haixaï, de Baeesse, Robert, Pissabt, etc.

La dame Paganini, Italienne, assez belle femme, mais âgée de quarante ans, en cette ville depuis six semaines, logée avec son mari rue et hôtel Saint-Thomas-du-Louvre, revenant de Londres, où elle chantait à l’Opéra , va souvent, à des heures indues, rendre des visites à M. l’ambassadeur de Naples (1), où elle est introduite par le grison de Son Excellence , mais à qui, le 19 de ce mois, elle fit infidélité, eu faveur du sieur abbé Saliani, son secrétaire d'ambassade, qui ne fut pas émerveillé de sa bonne fortune, et qui s’est bien promis de ne plus être en concurrence avec son supérieur, chose à laquelle il dit qu'il ne s’était prêté que par la satisfaction qu'il avait eue de connaître tout le mérite que cette demoiselle démontrait dans le particulier à Son Excellence et parce que, par contre-coup, il cocufiait deux personnes à la fois; son mari étant alors à se promener sur la terrasse des Tuileries et l’ambassa-

(I ) M. le comte de Cantillana, ambassadeur extraordinaire du roi des Dcux- Siciles, rue de la Planche, hôtel de Novion,

deur à faire le pied de grue dans son appartement, où elle avait dû se rendre de préférence. Comme l'ambassadeur est fort peu généreux et que cette dame a des prétentions de fortune qu’elle ne pourra remplir avec lui, on présume que cette intrigue ne sera pas de longue durée.

La demoiselle David , qui demeurait depuis quelque tempsrue Poissonnière , à qui un nommé M. Latour, médecin, avait donné des meubles assez propres et avait soin de sa dépense , a fait disparition de cette ville avec son laquais , dont elle est amoureuse, pour s'en aller en Bourgogne, après avoir vendu tous ses effets. Comme pour la tirer précédemment d'embarras, ledit sieur Latour avait fait pour elle-même , il a pris la poste pour la faire arrêter à Auxerre. Cette demoiselle David est la même qui demeurait, il y a près de deux ans, rue du Chantre, connue pour une méchante fille et pour avoir fait contracter au sieur comte d’Auteville, mousquetaire gris, beaucoup do dettes et d'escroqueries, pour lesquelles il est encore renfermé, d'ordre du roi, à la sollicitation de- sa famille. Ladite David a déterminé la demoiselle Saint-Sevrin , son amie , à en faire autant. Elles sont parties ensemble le 4 8 de ce mois. Ou a donné les dernières aventures de cette ■ demoiselle Saint- Sevrin le t6 avril dernier, alors entretenue par M. de Givry, ci-devant intendant à la Martinique , et qu'elle a perdu par sa mauvaise conduite. Elle est la nièce de l’ancienne Pechard , qui a été maîtresse de feu Mehemet-Effendi (1) , ambassadeur turc en France.

Brunet, âme damnée de la demoiselle Deschamps, en a reçu

(1) Mehemet-Effendi, grand trésorier de l’empire ottoman, arrivé comme ambassadeur en France, dans le courant d’octobre 1720. Après une année de séjour à Paris, où il reçut le meilleur accueil, il publia une relation de Bon voyage qui donna aux Turcs une haute idée des Français. La révolution de 1730 l’envoya mourir dans l’exil, à Chypre.

la semaine dernière une seconde lettre, datée de Nice, dans laquelle en était incluse une pour M. de Salice, le croyant toujours à Paris, qui sans doute ne l'avait encore pu joindre par les difficultés qu'il a rencontrées à Lyon pour le recouvrement de ses effets personnels, ou qui y est resté pour attendre ce qu’il pourra recouvrer de ceux de sa maîtresse, laquelle lettre Brunet a renvoyé à cette demoiselle, à Nice, et sans plus de raison, a mené si bien la trame qu'il avait ourdie, de s’emparer, à son profit, du contenu des malles qu’il avait chez lui, à elle appartenant, que lundi dernier un commissaire, un huissier, un serrurier et des témoins, sont venus chez lui, avec autorité de jugement, en faire l'ouverture et l'en rendre propriétaire, comme seul saisissant; mais il a été bien trompé dans ses espérances; il avait cru y trouver des dentelles pour une somme considérable ; tout au contraire , ces trois malles ne contenaient que du linge de ménage et quelques chemises. La vente s’en fait aujourd'hui sur le pont $aint-Michel , au profit dudit Brunet; par tous ces arrangements, la demoiselle Deschamps se trouve privée d'une partie de son nécessaire. Cela ne fait point de peine à toutes nos femmes, par la bonne amitié qu’elles lui portent ; au contraire, elles sont furieuses quelle ait échappé à la punition quelle avait si bien méritée. On imagine que de Nice elle doit aller à Turin. Si cela était , il faudra qu'elle passe sur terre do France, et la maréchausséo prévenue , pourrait réussir à l’arrêter en route, avant de gagner celles étrangères; alors ses ressources ne lui seraient peut-être pas aussi favorables qu’à Lyon.

Le sieur de Mauvienne, gentilhomme, gendarme de la garde, qui depuis plusieurs années vit avec la demoiselle Delabaye, vient d'acheter pour elle de fort beaux meubles, qui sont placés rue Montmartre, dans une maison appartenant au père de cette demoiselle, dans l'appartement du

troisième étage, loué 300 livres par an. Cette demoiselle Delahaye est d'une fort jolie figure, grande, bien faite ; son père était ci-devant marchand de vin , et l’un de ses frères est actuellement inspecteur de police (t). Pour gazer dans le public cette intrigue qui a existé longtemps chez le père môme de la demoiselle, on dit que M. de Mauvienne doit incessamment l'épouser. Il y a pourtant lieu do croire qu’il n’en sera jamais rien , puisque les père et mère de ce jeune homme ont , jusqu’à présent, constamment refusé leur consentement, et que la crainte de leur autorité fait qu’il a lui-môme l’air de s’ôtre détaché de ses prétentions en leur présence.

M. de Pelhion fils, dont le père est mort depuis peu, qui vivait l’année dernière avec la demoiselle Lacour, danseuse à la Comédie-Italienne, et ensuite avec la demoiselle Pellin, de l'Opéra, vient de prendre des arrangements avec la demoiselle Dornay, dont il a été parlé ci-devant par le sieur Marais, comme entretenue successivement par M. de ^ illemur, M. de Forceville et par M. de Courlenvaux (2) fils, du consentement de M. son père, mais par qui elle a été brusquement quittée pour des raisons de santé dérangée, par la faute de cette demoiselle, ce qui avait fait bruit dans le peuple galant et qui lui avait fait un tort considérable parmi les paillards opulents. M. de Pelhion a cru, en la prenant, la remettre en chance , mais on en doute , quoiqu’elle soit fort aimable. Elle est actuellement logée rue Neuve-dcs-Petits-Champs , près celle Saint-Roch allant à la place Vendôme , la seconde porte

(1) De la Haye, inspecteur du quartier du Luxembourg, rue aux Ouës, visîi— vis la Vierge.

12} F. M. César Le Tellier de Louvois, appelé le marquis de Courtenvaux, né en février 1718, ancien capitaine-colonel des cent-suisscs, veuf d’uue Goûtant, sœur unique du duc de Lauzun. Le seul lils qu’il en avait eu était lo marquis de Montmirel, né en 1781, et son successeur dans la charge de capitainecolonel.

cochère à gauche , et occupe deux appartements au-dessus l’un de l'autre, richement meublés, à l'augmentation desquels meubles, en partant de ceux à elle donnés par M. de Forceville, M. de Courtenvaux a beaucoup contribué.

La demoisello Parmentier, demeurant rue de Bourbon, dont il a été parlé dans la feuille du 3t juillet dernier comme devant partir avec M. d'Hallay, négociant de Lyon, qui l'entretenait, a changé d'idée ainsi qu'il est ordinaire aux jolies femmes, et a accepté les propositions de M. l'abbé de Barcsse, conseillerclerc au Parlement de Toulouse, demeurant rue et hôtel Sainte-Anne, qui lui donne 20 louis par mois, sans les présents, et qui souvent lui donne un remise pour aller en promenade. Celte dernière galanterie est essentielle actuellement parmi les demoiselles aimant les bals des environs de Paris. Celte connaissance lui a été procurée par la Gourdan, appareilleuse sous le manteau , qui demeure actuellement rue Sainte-Anne, chez Lerat, rôtisseur, qui reçoit bonno compagnie et qui est superbement meublée.

La chronique parle indistinctement de toute âme qui respire. Depuis environ six mois, le sieur Ilobert', médecin sans pratiques, mais garçon jouissant d’un certain revenu, est venu se loger même maison que M. le commissaire Sirebeau (1) , et ayant d’abord pris intérêt à la santé de la jeune femme, qui par parenthèse, est fort aimable, y est devenu ensuite très-familier. Son appartement étant en aile et sur le môme pallier, cela produisit une communication à celui de la dame dont il a une clef vraisemblablement, et dont il peut sortir sans être aperçu mémo du mari, parce que celui de ce dernier est en

(1) Sirebeau, nommé en 1753 l'un des trois commissaires au Châtelet qui avaient le Palais-Royal dans leur département. 11 demeurait rue Sainte-Anne, butte Saint-Rocli.

tournant et a deux escaliers. Dans les propos qui se tiennent sur toutes ces petites circonstances, on démôle que le commissaire, de son côté, se contente d'une cuisinière assez drôlette, qui a pour lui des complaisances nécessaires ordinairement à des vieillards, et auxquelles vraisemblablement il n’aura pas osé accoutumer son épouse.

Le jour de la Saint-Louis, la demoiselle Raye, danseuse, espérait un présent honnête de M. Clauze, maître clerc de notaire, garçon fort riche, par la raison que depuis l’année dernière, il lui promettait un bracelet de diamants, mais qui n’a pas paru, parce qu’il n’a pas voulu y mettre plus de 2,000 livres Cette demoiselle, qui en a un de plus haut prix, a refusé la difformité du parallèle. Cette économie deM. Clauze a donné de l’humeur; cependant la demoiselle Raye, ne perdant pas la tète, lui a demandé celle somme de 2,000 livres en argent comptant. Elle ne l'a pas encore reçue, elle l'espère. La mère Raye, à qui il donne quelquefois d'assez mauvaises épithètes, quoique vraies, prétend qu’il lui soit incessamment donné audience de congé. Cette bonne femme a la complaisance d’oublier que depuis deux ans, elle et sa fille lui ont soutiré plus de 10,000 livres.’ Cette grande journée de fête s’est enfin passée sans aucun cadeau ; le sieur Léger, danseur à l’Opéra, et guerluchon en titre de ladite demoiselle Raye, lui a donné une sérénade exécutée par la meilleure partie des musiciens de l’Opéra, et un riche marchand de fer du faubourg Saint-Antoine, qui soupait chez elle, lui a fait la galanterie d’un joli feu d'artifice à l’italienne. On prétend que depuis quelque temps, M. le procureur du Roi l'envoie quelquefois chercher et qu’il vient souvent la voir.

Le même jour de Saint-Louis, le sieur Pissart, marchand de draps, rue Saint-Honoré, a donné un grand dîner et ensuite le

souper, dans la petite maison de Brissault, à un baron allemand, que l'on appelle Vaxman, et à un autre monsieur de ses amis. La demoiselle Thierry, maîtresse du traiteur, y était habillée en homme, avec la demoiselle Uoureelle, son amie, qui a dû peloter avec les deux autres messieurs. Après le souper, il y eut un feu d’artifice, qui a coûté au moins 200 livres, et M. Pissart a donné à sa maltresse, pour son bouquet, six couverts, deux grandes cuillères et quatre salières d’argent, qu’il avait fait apporter dans cette maison, pour la surprendre et pour que les conviés eussent connaissance de sa générosité.

L'on annonce dans un certain monde comme quelque chose de positif, le futur mariage de la demoiselle Mazarelli, chanteuse italienne, fille de Pantalon, du spectacle italien de cette ville, avec le frère de la demoiselle Camille Vesian, lequel est commis aux fermes. Apparemment que ce jeune homme n'en a pu faire sa maîtresse, puisqu’il pense au sacrement. Il est vrai de dire que la mère de celle demoiselle veille de près et n’a pas voulu entendre les lleureltes que Vesian voulait lui conter, comme il a fait à tant d'autres.

DU i SEPTEMBRE 1762.

Les Demoiselles Lamothe, Thiïkiiï, Bka.ndkllk, Laeoiusst.

M. de Saint-Julien, agent général du clergé, a pour maîtresse, depuis un an, une jeune personne de 20 ans, femme d’un nommé de Foury, ci-devant négociant à Lyon, où il a fait banqueroute, et d’où ils sont venus en cette ville, il y a

quatre ans. Le mari eut un emploi dans les vivres à l’armée, dans lequel il est encore, par le canal de M"e Lamothe (t) dite la générale , demeurant rue de Richelieu, près celle Neuve- Saint-Augustin, et la jeune femmo resta chez elle en pension, son mari ne lui envoyant point d'argent. La demoiselle Lamothe elle-même lui procura la connaissance de M. de Saint- Julien, qui lui donne environ 40 louis par mois; il l’a fixée à une seule domestique, qui lui sert de femme de chambre et de cuisinière, pour qu’il y ait plus de mystère dans cette intrigue. Il n'y va que deux ou trois fois par semaine et lorsque la nuit est close ; il n'y couche jamais et ne veut pas qu’elle sorte de dessous les yeux de la demoiselle Lamothe, dans les meubles de qui elle est et qui, pour ainsi dire, lui sertd’Argus. Cette jeune dameest native de Lyon; on en ignorele nom de famille; elle est grande, bien faite et de la plus belle figure; les cheveux châtains, blanche de peau, la gorge et la main belles; le caractère doux et le maintien honnête. Klle a pour toute société la demoiselle Lamothe, qui reçoit peu de monde et dont la compagnie n’est pas fort agréable pour une jeunesse. On assure que M. de Saint-Julien lui est fort attaché et que cette dame parait avoir de l’amour pour lui. On assure aussi que, de son côté, Mn"= de Saint-Julien, qui est allée prendre les eaux à Aix-la-Chapelle, s’y amuse beaucoup, quoique monsieur son mari ne lui ait voulu donner que 10,000 livres pour la défrayer.

(I) Mlle Lamothe, actrice de la Comédie-Française depuis 1722 jusqu’à 1759. Elle y tint avec talent des rôles dont aucune femme, avant elle, n’avait voulu se charger, c'est-à-dire ceux qui, du temps de Molière, étaient joués par un acteur travesti. — Mlles Lamothe et Fleuri avaient autrefois reçu du public galant le nom de poureoyêvses du maréchal de Saxe ; la première avait Paris, et la seconde la province dans son département. Ainsi s’expliquent le sobriquet de la générale qui est donné ci-dessus, et l’obtention de cet emploi aux vivres de l’armée obtenu par le seul crédit de Mlle Lamothe. — Cette dernière jouait souvent aussi sur le petit théâtre du duc d’Orléans, lorsqu’il entretenait Marquise à Bagnolet.

La demoiselle Thierry, autrefois connue sous le ÿom de Fontaine, est native de Paris; on la prétend de noble extraction. Son père est mort; sa mère, vivant de son bien, demeure dans le Marais, et n’a jamais voulu entendre parler d’elle depois qu'elle s’est éclipsée de la maison paternelle. Aussi a-t-elle fait toutes ses classes dans le libertinage. Elle a demeuré longtemps en chambre garnie; alors elle cherchait des connaissances dans les jardins publics, et c'est là qu’elle connut M. le président Leclerc de Lesseville (t) qui, ayant pris du goût pour elle, l'engagea à se retirer de la foule et à venir s'installer chez lui-mémo en qualité de femme de charge, place qu’elle a occupée pendant quinze mois; ensuite il lui a donné de forts beaux meubles, et lui fit 1.500 livres de rente. Il y a de cela un an; il en est si fortement épris, qu’elle lui fait croire tout ce qu’elle veut et que, quoiqu'il ait appris que depuis environ six mois elle est guerluchonnée par M. l’issart, marchand de draps, et par d’autres, il lui a encore fait un contrat de 1,500 livres de rente, il y a dix à douze jours, hypothéqués sur le plus clair de ses biens. Il la fait souvent habiller en homme et mange régulièrement chez elle tous les soirs. Elle dit au président, au sujet des présents qu’elle reçoit journellement de M. Pissart, qu’ils lui viennent de la part d’un prince amoureux, à qui elle refuse sa porte. Elle a fait la connaissance de ce M. Pissart dans le Palais-Royal, où, elle allait souvent, avec une nommée Julienne, son amie, maîtresse en titre du nommé Godeau, marchand limonadier, rue et vis-à-vis le cloître Saint- IIonoré, dans le dessein de trouver un jeune homme qui fournisse aux folles dépenses, le président ne donnant de l’argent que fort peu a la fois, par l’arrangement qu’il a de fournir à tous les frais du ménage. Cette demoiselle est de grande (aille, la peau fort blanche, mais laide de figure tant qu’on veut,

(1) Leclerc de Lesseville, président honoraire des enquêtes et requêtes, depuis 17-12, rue de la Planche.

ayant le visage tout cicatrisé par la petite vérole , l’esprit méchant et hautain. Elle est actuellement folio amoureuse de ce M. Pissart, qui a pris pour elle la même frénésie , et qui lui donne beaucoup malgré son insolence Lorsqu’il lui fut enjoint de la part du magistrat de ne plus se mettre en homme , elle en a pourtant pris l'alarme, puisque dès le lendemain on a su qu’elle avait fait présent de son habillement à son tailleur.

La semaine dernière, il. Rouillé d’Orfeuil, actuellement intendant de la Rochelle et qui est sur son départ, donna 20 louis à M"° Raymond , ci-devant entretenue par M. de Champeron, pour coucher trois matinées de suite avec elle ; ce qu’elle a fait.

M. V iard , ci-devant receveur des tailles de la généralité de Paris, vient de prendre des arrangements avec une jeune veuve nommée Brandelle , qui était marchande de tabac rue Tire-Boudin ; il l'a fait quitter ce commerce et a augmenté son mobilier actuellement placé rue Montmartre, au second étage, sur le derrière, même maison où demeurait feue la nommée Clovis. Comme il a quelques affaires de dettes, il n'v vient que la nuit. 11 fournit à toute la dépense. Celte veuve est fort aimable, mais elle est coquette, et la santé de M. Viard s’est aperçue sensiblement de son incontinence. Il lui a donné un domestique aflidé, qui ne la quitte point, et un chirurgien.

Le 30 août dernier, M. de Roquemont, commandant la garde de Paris, avec deux de ses amis dont on ignore les noms, ont dîné dans une petite maison à Popincourt, n° 12, avec les demoiselles Marquise, Vermandois et Lallemand, de chez la Dupuis, rue de Vendôme, et avec qui ils se sont amusés.

Le 1er de ce mois, M. Stuard , riche anglais, logé à l’hôlel d'Entragues , rue de Tournon , a donné à souper à M,lc Laforesl, danseuse à l’Opéra, et à deux autres Anglais ses amis, dont on ignore les noms. Ils sont tous trois amoureux de cette demoiselle, et dans le cours de la semaine ils en ont tous été favorisés. L'un d'eux croit déjà avoir à s’en repentir du côté de la santé , et M. Stuard , qui voit qu’elle ne tire qu’à l’argent, paraît disposé à diminuer ses empressements auprès d’elle.

Le 2, les mômes trois Anglais soupèrent chez l'envoyé de Modène ; la demoiselle Lavault, sa maîtresse, fit les honneurs, ainsi que la demoiselle Laforcst, que l’envoyé avait invité pour leur faire plaisir et s’en amuser lui-même.

Le 1er septembre, la demoiselle Julie, de chez la Iléquel, du cul de sac Saint-Fiacre, a été chez M. de la Bouexière (1) , à son pavillon de Clichy, où elle a été passer deux heures avec lui.

Le 4 , M. Morienval , fermier du roi, M. Bataille et deux de ses amis ont soupé à la petite maison de Brissault, à la Barrière Blanche , avec les demoiselles Parmentier , Dangeville , Leblanc et Théophile, avec qui ils se sont amusés.

(i J M. de la lîoucxière était fermier général. Son Îi6tcl était rue d’Antin.

DU il SEPTEMBRE 1762.

Les Demoiselles VintNGUE, I'aili.on, Dklaike, d’IIébicovet.

La veuve Viringue, dont il a 616 parlé les 30 avril et 15 mai derniers, demeurant alors rue Neuve-Saint-Roch , chez un ébéniste, entretenue parM. Bernard, comte de Couberl (1) , est déménagée et demeure actuellement rue des Brodeurs , près la barrière de Sèvres, dans une petite maison qu’elle occupe seule et que lui a loué son bienfaiteur. 11 lui a donné depuis trois mois plus de 6,000 livres , qu’elle a dépensés on ne sait à quoi. Lors de son déménagement, elle n’avait pas le sou. M. de Coubert lui a fait une scène des plus fortes , il y a environ douze à quinze jours, ayant rencontré chez elle un particulier vêtu en noir et que l'on nomme Ballu, procureur, qu'il prit pour un guerluchon. Il ne se trompait pas, car cette demoiselle est encore enceinte et croit l’ôtre de ce jeune homme, qui prit la fuite voyant l’entreteneur tirer l epée, voulant tout tuer , mais qui sortit lui-même en jetant à son infidèle maîtresse seize louis, qu'elle ramassa avec une grande présence d’esprit, quoiqu’il la menaçât que ce serait le dernier de ses bienfaits. Cependant , le lendemain , étant revenu chez elle , la paix se fit , et il lui promit , pour le jour de l’an prochain, une somme de 3,000 livres, sans préjudice de ce qu’il lui donne régulièrement par mois. Depuis cette réconciliation , toutes les fois qu’il vient chez elle il met son épée

(1) Ce Bernaril-Coulicrt était le frire aîné du président de Bonlainrillers; il naquit en 1730. Leur père fut mtdtrc des requêtes et intendant de In maison de la Reine.

nue sur son lit, disant qu’il craint d’être arrêté (il est reconnu pour être un peu faible d'esprit), ensuite se met en robe de chambre et tous deux boivent du punch jusqu’à l'ivresse. Les domestiques se louent de la générosité de \1. de Coubert, mais se plaignent de la méchanceté de sa maîtresse. Elle vieut d’en renvoyer deux , mari et femme, nommés Marchant*, par le canal de qui l'on a appris tout ce qui vient d’être dit.

La demoiselle Faillon , ci-devant connue sous le nom de Laforest, alors entretenue par M. Duvaucel (1), ci-devant trésorier des Aumônes du roi, et dont on a donné les premières aventures le 13 août 1700, est actuellement figurante dans les ballets de la Comédie-Italienne, rue Beaurepaire, et est entretenue depuis trois mois parM. Ménard fils, conseiller au Parlement, qui vient de lui donner environ 1,200 livres de meubles, pour faire nargue à la demoiselle Valigny, méchante italienne contre qui il va suivre, malgré lui, un procès assez désobligeant pour un homme de son état, et qu’il aurait bien voulu faire assoupir par l’autorité de la police. Il paraît même désespéré de la réponse du magistrat, sur l’exposé qu’il lui a fait d'une lettre d’un M. de Culant, qui caractérise la friponnerie de cette fille. Cette demoiselle Faillon est fort aimable et d’un bon caractère; elle est économe; c'est ce qu’il faut à M. de Ménard. Elle ne lui coûte pas six louis par mois, et il n’est point question quelle lui ait fait d'infidélité depuis qu'ils sont ensemble.

(1) Il était sans doute le frère d’un autre Duvaucel non moins galant, dont les Mémoires secrets font en ces termes l’oraison funèbre :

" 1er janvier 1704. M. Duvaucel, grand maître enquêteur général reformateur des eaux et forêts au département de Paris et Ile-de-France, vient de mourir. C’était un grand amateur de biles, qui avait mangé beaucoup d'argent arec elles, et laissé par conséquent une succession en très-mauvais ordre. 11 était garçon et est père d’un abbé Duvaucel, homme de lettres, prédicateur qui a déjà, fait un grand chemin dans l’Église. „

La demoiselle Delaure, autrefois connue sous le nom de Rozettc Marcours, chez la Paris , qui en fut retirée par M. le comte de Benlheim et qui lui fit 100 pistoles de rente lorsqu'il la quitta pour la demoiselle Victoire, dite Varenne, est revenue de Bordeaux , où elle était depuis plusieurs années , pour venir reprendre l’air natal, ayant le tempérament fatigué des services pénibles par elle rendus à gros frais de leur part, à MM. les négociants de la ville qu'elle quitte. Elle s'est installée chez la demoiselle Saint-Germain , son amie , ci-devant entretenue par M. de Pelhion père , qui demeure rue Saint- Honoré, au bureau des coches de Saint-Germain. M. de Bentheim la promène et lui donne la main aux spectacles. Cela donne de l'humeur à la demoiselle Leclerc qu'il entretient depuis un an ou deux, et cela a déjà occasionné quelques querelles entre eux qui annoncent une prochaine rupture. Cette demoiselle Delaure est encore jolie et pourra bien lui donner du dessous. Feu M. le comte de Charolais a eu beaucoup de goût pour elle.

M. de Pressigny, fils de M. de Maisonrouge, est encore nouvellement en brouille avec M,le Buhart , et pour s’en consoler, il a emmené à sa petite maison de campagne la demoiselle Vierval, demeurant rue Tire-Boudin, ci-devant entretenue par M. le duc de Bouteville, et actuellement par un M. de Launay, capitaine de dragons, présentement à l’armée.

Le sieur Menissier, maître d’armes, nouvellement attaché en cette qualité à M. le comte de Clermont, pour ses pages, marié depuis dix-huit mois, dont la femme est fort aimable et très-sage, vient de prendre pour maltresse la demoiselle d’Héricourt, fille à parties d’une très-jolie figure, demeurant rue du Boulloir, chez le tonnelier. 11 trouvera sa punition dans son plaisir, car il est certain que Brissault,

appareilleur, ne se sert plus de celte demoiselle, par la connaissance qu'il a du dérangement de sa santé. Menissier va régulièrement chez elle sur le minuit et en sort sur les quatre à cinq heures du matin.

L'ancienne (I) demoiselle Lemaure est mariée depuis peu à un M. de Monlbreuil , ci-devant officier dans les volontaires de Soubise. à qui elle a fait une donation de tout son mobilier et de ce dont elle a pu disposer. Il y a beaucoup de gens qui disent non sur ce mariage. On assure qu'il a été fait secrètement et on n'en parle ici que pour mémoire.

On dit aussi dans le monde que la demoiselle Arnould, de l'Opéra, est sur le point de se marier avec le nommé Lacroix, son friseur, si cela n’est pas déjà fait. Ce beau choix la fait regarder comme une imbécile et lui fera du tort pour sa fortune. Il ajoute à sa stupidité de conduite tant avec M. de Lauraguais qu’avec M. Bertin, trésorier des parties casuelles.

La très-vieille Dubois, demeurant rue Sainte-Anne, Butte Saint-Boch , mère de celle nouvellement actrice de l'Opéra et

fl) Ancienne en effet, s’il s'agit, ce que tout porte à croire, de la fameuse cantatrice qui passa pour avoir la plus belle voix de son temps. Retirée de l’Opéra depuis dix-huit ans, elle touchait alors à la soixantaine (elle était née en 170-4). — On s’en étonnera moins en apprenant qu’en 1771, l’annonce seule de sa présence à un concert du Colisée, attira plus de cinq mille auditeurs, aux applaudissements desquels elle chanta le monologue du Sylphe. — C’était cependant presque une septuagénaire.

Dans une épitre écrite le 1er avril 1740, à M. de Formont, Voltaire disait d<yà :

Vous entendrez les vendredis Ces clameurs longues et touchantes Dont Lemaure enchante Paris.

Bnchaumont annonce le même mariage dans ses Mémoires, mais avec une légère variante dans le nom du mari : " Cette sublime actrice si connue par sa belle voix, sa luideur et ses caprices, vient de se marier à un jeune homme, chevalier de Suint-Louis, M. de Monrose. Elle a plus de 50 ans. „ ;10 septembre 1762.)

celle sur laquelle on fit, il y a plus de vingt-cinq ans , de si sales couplets, jouissant par elle-même d’un très-petit revenu , augmenté journellement par la générosité de sa fille, prétend aussi mettre fin à son libertinage par le sacrement. Elle doit épouser un jeune homme d’une belle figure, avec qui elle vit depuis trois ans et que l’on nomme Lebrelon, ci-devant commis au bureau des Caries, qu'il a quitté pour ne s’occuper que de sa vieille conquête, chez qui il demeure. 11 passe pour avoir de l’esprit ; il souhaita d’entrer l’année dernière chez quelque inspecteur de police ; il est encore sans place actuellement ; il se présente partout pour en avoir une.

Le 3 de ce%ois, M. Eusébie, étranger, logé rue Dauphine, à l’hôtel d’Anjou , avec deux de ses amis, étrangers comme lui, ontsoupé et couché à la petite maison de la Héquet avec les demoiselles Henriette, Julie et Alexandrine.

Le 5, M'“ Julie, de chez cette même Héquet, a été chez M. de la Bouexière, à sa petite maison de Clichy ; elle y est restée deux heures, et ce monsieur s’y est amusé avec elle.

Le même jour, 5 de ce mois, Mllc Desmares, maîtresse de M. le prince Camille, a soupé chez M. le comte de Bussy, rue du Ponceau. Ce monsieur a fait une affaire de GO, 000 livres en vins de Bourgogne, sur laquelle, au lieu de perdre, il a bénéficié ; mais n’importe , l’argent se consomme et les échéances viendront peut-être trop tôt.

Le 8, M. le marquis de Brezé(l)a donné à souper chez lui à plusieurs amis, et il y a joint les demoiselles l'Étoile et Alexandrine, de chez la Héquet, avec qui ils se sont amusés fort avant dans la nuit.

(1) Joachim de Dreux-Brezé, lieutenant-général de 1759 et grand maitre <le9 cérémonies de France.

Les Demoiselles Michel , Sf.ribert , Gautier, Siam, Lavault, Laïorist.

La demoiselle Félicité Michel , dont les père et mère sont morts marchands limonadiers à Paris, âgée de dix-sept ans, d’une taille ordinaire, bien faite et d’une jolie figure, la peau très-blanche, débauchée il y a dix-huit mois par un nommé Rohinot , graveur, et depuis ce temps faisant des parties chez différentes femmes du monde, — vient de faire la connaissance, par le canal de la Desrameaux, d’un jeune homme fort aimable, nommé M. de Tourne, neveu de l'envoyé de Genève (t) , qui, d’entrée de jeu, lui a donné 12 louis pour ses premiers besoins, avec promesse de lui donner iOO livres par mois d’appointcmenls, sur lesquels elle payera un maître de musique, car elle a une très-jolie voix, propre même à devenir un sujet pour le spectacle. Elle demeure rue Neuve-des-Petits- Champs, en chambre garnie, vis-à-vis l’hôlel du contrôleur général, et attend qu’il lui donne des meubles, ce qu'il a promis de faire sous deux ou trois mois s’il continue d'en être content.

La demoiselle Élisabeth Seriberl, âgée de dix-huit ans , native de Metz, fille d’un cordonnier de chez qui elle s’est sauvée il y a deux mois , pour venir à Paris, ayant perdu sa sagesse en route avec un jeune homme nommé Godefrjn, qui en arrivant la mit en chambre garnie rue Froidmanteau, où la

(1) Sellou.

nommée Grammont, fille du monde, lui a donné la connaissance d’un M. de Magny, riche marchand de bois d'exploitation dans les provinces, et de ceux de M. le duc d'Orléans, — qui, à compter de la première entrevue, lui donne 10 louis par mois pour ses menus plaisirs, et paie sa pension à ladite Grammont en attendant son retour d'un voyage qu’il est allé faire en Bourgogne. Cette demoiselle Serihert est grande, bien faite et de la plus jolie ligure, brune de cheveux , la peau un peu brune, mais animée, les dents belles et l’œil très-vif.

La demoiselle Gautier de Signorée, fille d’un maître d’armes de cette ville, débauchée il y a environ deux ans par M. de Mondoux, ci-devant mousquetaire et à présent détenu d'ordre du roi à la citadelle de nie de lié, cl qui, depuis la mort de sa mère, s’est sauvée de la maison paternelle pour se mettre eu chambre garnie chez la Ponthois, couturière, rue Sainte- Anne, ou elle a fait la connaissance, il y a deux mois, de M. ltichard, intéressé dans les affaires du roi, demeurant rue des Rosiers, qui lui a donné en argent comptant environ 1,200 livres et une chambre toute meublée. Le guerluchonnagede cette demoiselle avec le jeune Labussière, fils du marchand de chevaux, les avait brouillés ensemble. M. Richard s’étant adressé au magistrat pour qu’il voulut bien lui faire rendre une montre et des agraires d’or de bracelets , la personne chargée de ces ordres , pour vérifier les faits , a appris que ce M. Richard , amoureux fou de celte demoiselle, s’est réconcilié avec elle, et qu'il lui fait meubler un appartement de quatre pièces de plein pied rue Bourlibourg; il a écrit une lettre ci-jointe par laquelle il semble vouloir faire croire que les reflexions que le magistrat a bien voulu lui faire faire par bonté, le déterminèrent à abandonner les restitutions qu’il demandait. Sa maîtresse, au devant de qui il a été dans cette circonstance, se promet bien de continuer de voir son cher

Labussière, qui par lui-même est un joli cavalier, qu'elle a enlevé à la demoiselle Delorme , dite Beaulieu , sa meilleure amie, qui en était folle, et c'est ce qui le lui rend beaucoup plus intéressant. Voilà la lettre de ce M. Bichard dont l’extérieurest raisonnable auprès de beaucoup d'autres entreteneurs.

Paris, le 16 septembre 1762.

« Je comptais avoir l'honneur de vous voir ce matin pour

• avoir celui de vous observer, qu’avant réfléchi mûrement ■> sur l'observation que M. de Sarlines a daigné me faire sur la

• plainte que j'ai eu l’honneur de lui faire contre Mlle Gautier, » qui est d'avoir couru les risques des effets que je réclame, « cette grande judiciaire de la part d’un si digne magistrat tel » que lui, me met dans le cas de ne plus rien réclamer, et je » prendrai cette aventure pour correction, en vous faisant » mille remerciements des importunités que je vous ai causées,

• comme ayant celui detre très-sincèrement, monsieur, » votre, etc.

» Richard »

La nuit du mercredi à jeudi dernier, M. le prince de Belozinski a eu la faveur, pour quelques louis, de coucher avec Mlle Siam , de l’Opéra, demeurant rue du Chantre-Saintllonoré, connue pour être actuellement entretenue par M. le comte de Limbourg, demeurant place des Victoires, et cidevant par le prince de Chilkouski, seigneur Polonais. Sur le malin , celte demoiselle s’étant levée précipitamment, est montée chez la demoiselle Buhart, sa voisine, où elle a trouvé son guerluchon, qui de son côté avait couché avec elle. Alors il va eu une forte querelle entre ces deux femelles. La Buhart voulait nier le fait ; la demoiselle Siam voulait voir même jusqu’à sa chemise, et cette querelle bruyante ayant fait sortir du lit M. de Belosinski, il s'est joint à tout le voisinage pour leur rire au nez. C’est ce qui a séparé les combattantes.

La demoiselle Lavault, entretenue par M. de Paolucci, envoyé deModéne, et la demoiselle Darcy, toutes deux figurantes à l'Opéra, en ont été renvoyées la semaine dernière par une querelle entre elles , une sentinelle des coulisses et un moucheur de chandelles, à qui elles avaient refusé de donner pour boire comme nouvelles danseuses.

Le sieur Clauze, maître clerc de notaire, est stupéfait de la reconnaissance que la demoiselle Raye, dite Louison, a eu pour le sieur Leger. danseur, de la sérénade qu’il lui avait donnée le jour de sa fête, en lui accordant ses dernières faveurs la semaine dernière sous le théâtre même de l'Opéra, pendant une des scènes de la pièce qui se répétait. Le public instruit n'en a fait que rire, mais la mère Raye a pris la chose au tragique et lui a frotté les oreilles d'importance.

La demoiselle Laforest, de l'Opéra , vient de perdre M. de Bauclers, Anglais, demeurant rue Jacob, qu'elle a eu une vingtaine de jours , et de qui pendant ce temps elle a tiré plus de 200 louis, parce que mardi dernier elle lui demandait une croix de diamants de prix qu'il lui a refusée, par la connaissance parfaite qu'il a des infidélités qu’elle lui a faites avec deux de scs amis, dont milord Stuart en est un. Ce dernier lui a donné environ 20 louis pour deux ou trois séances. Il loge à rhôtel de Tours, rue du Paon ; il est jeune, beau et bien fait.

Le 10 de ce mois, M. Gaudot (I ), lieutenant criminel de robe courte , M. Creuset , M. Parmentier et un de leurs amis se sont amusés, après avoir soupe chez M. Collet, près les jésuites, avec les demoiselles Parmentier, Dusablé , Petitpas et Chateauville de chez la Dubuisson, de la rue du Ponceau.

(1 ) M. Gaudot de la Bruire, lieutenant criminel de robe courte , au Châtelet, rue Saint-Louis au Marais.

Les Demoiselles Collet, àlkxandbine, l’Étoile, Rate, Lafoeest.

La demoiselle Collet (t) , de la Comédie Italienne , ne paraît plus depuis quelques jours et se trouve forcée de faire un séminaire de six semaines chez un chirurgien. Ces besoins lui ont été procurés par le sieur Rozetti, mari de la maîtresse en titre de \1. le duc de la Ferlé, avec qui elle était liée depuis quelques mois. La chronique affirme que ce mal impur lui vient en droite ligne de M. de la Ferlé , que Ton dit en être entiché depuis longtemps.

>1) Voici le portrait qu’en faisait l'avai t le 2ô décembre 1761 : " C’est une tille de quinze ans et demi, ni grande ni petite ; sa taille est bien prise et svelte t il n’est pas encore question des grâces de l'embonpoint, mais elles s’annoncent. Quoique ses yeux soient petits, ils ont de la douceur, de l’expression et quelquefois du feu. A travers sa mine naïve, on voit certaines petites friponneries dont elle ne se doute pas Ce n’est pas une grande voix, mais elle chante avec goût et justesse: elle est d’ailleurs fort bonne musicienne etjouetrèsjoliment du dessus de viole. „

Les renseignements relatés ci-dessus nous donnent peut-être la clef de la fin prématurée de cette pauvre fille, qui mourut à vingt-deux ans.

Du reste, il était écrit que M. de la Ferté devait être pour quelque chose dans sa vie, car voici une anecdote racontée par Favart sur le même sujet :

" Voici un trait de sa simplcsse. Mlle Collet, piquée des préférences que M. de la l'erté accordait à Mlle Lafond, sa bonne amie, alla le trouver un matin et lui dit en laissant échapper quelques larmes : " Je sais, monsieur, que vous avez des bontés pour Mlle Lafond , parce qu’elle en a pour vous. Tout le monde dit que vous voulez me nuire, parce que je n’ai pas voulu ; mais ce sont de vilains propos. Vous savez bien, monsieur, que cela n’est pas vrai, et si vous m’aviez fait l’iionnehr de me demander quelque chose, je suis trop attachée à mes devoirs et trop honnête fille pour avoir osé prendre la liberté de vous refuser. „

M. le chevalier de Brezé, capitaine au service du roi de Sardaigne, a passé toute la semaine dernière, soit chez lui, soit à la petite maison de la Héquet, rue du Faubourg-Saint-Laurent, avec la demoiselle l'Étoile, l’une de ses pensionnaires, et mardi dernier il est parti pour s’en retournera Turin.

Le 19 , M. de Chaulot , premier valet de chambre du roi , et M. de Moncrif (I), lecteur de la reine, ont dîné au château des Tuileries avec la demoiselle Alcxandrine, de chez cette môme Héquet.

Le 21 , Aiexandrine et l’Étoile ont été souper chez M. Bontemps, gouverneur des Tuileries. M. de la Boche, premier valet de garde-robe du roi, en était.

Le 22, M. le marquis de Romcy , M. le président de Salaberry et M. le Magnan ont soupé à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Leblanc et Maisouville.

Hier, 24 septembre, M1 11* Montplaisir, demeurant rue du Four-Saint-Honoré , à l’hôtel de la C.hesnaie , a été à midi chez M. d’Harnoncourt, rue de Vendôme, et l’après-midi , à cinq heures, chez M. le marquis de Vierville, demeurant au Palais- Royal, avec qui elle a passé le reste de la soirée.

La Gourdan a fait faire aujourd’hui une entrevue chez elle, entre Mme Coindé, de l’Opéra , et M. l’abbé de Baresse, conseiller clerc au Parlement de Toulouse, que la demoiselle Par-

(1) L’historiographe des Chats ne sc gênait guère plus à l’Académie. Un recueil du temps dit, à la date du 25 août de cette infime année : " Cette aprèsmidi, l’Académie française a tenu sa séance publique, peu brillante aujourd’hui, et l’on a vu, au grand étonnement de tous les spectateurs, deux filles

(Mlle Mazarelli et sa compagne) dans la loge du directeur (Moncrif). — Depuis quand le temple des muses devient-il celui des courtisanes? „

inentier a renvoyé de chez elle parce qu'il tirait trop à l'économie. Mm' Coindé veut que l’abbé lui donne au moins vingt livres par mois ; il a promis de s’y soumettre.

Aujourd'hui MM. Bauclers. Stuart et un autre Anglais, ont dîné chez lîrissault avec les demoiselles Leblanc, Dangeville et Dupin. Cette dernière est entretenue par M. Farges de Polisy, maître des requêtes. La demoiselle Leblanc n'a rien épargné pour mettre dans scs champs M. Stuart , qui est fort riche et fort aimable, et à qui elle n'a pas été indifférente.

Nos femmes de spectacle sont désolées et restent la bouche ouverte du sang-froid de MM. les Anglais qui ne se sont point encore préparés à s'évertuer avec elles. 11 n’y a encore que la demoiselle Laforest qui en a ébréché quelques-uns, ainsi qu’il en a été rendu compte dans le dernier travail; elles espèrent toutes qu’après le voyage de Fontainebleau (1) ils se répandront davantage. La mère Raye est d’un chagrin à périr de la disette d'hommes qui règne chez elle et donne à tous les diables le guerluchonnage du sieur Leger, danseur.

Sous quinze jours, le mariage du sieur Yésian se terminera avec la fille de Pantalon. Ce jeune homme assure lui-même qu’il y trouve un avantage de 400,000 livres, tant en nippes qu’argent et bijoux. La demoiselle Deville, son ancienne maîtresse, en est d’autant plus de mauvaise humeur, que c’est elle qui fit les frais de naturalisation de ce jeune homme qui est étranger (2) , il y a trois ou quatre ans , dans le dessein

(1) Quelques lignes de Bachaumont nous expliquent pourquoi on espérait tant de ce voyage où la cour séjournait une partie de l'automne :

" 18 octobre. L'Opéra va en voyage à Fontainebleau, et pour que les plaisirs du public ne souffrent point de l’absence des meilleurs acteurs, qui sont eu très-petit nombre, la cour les fait aller et revenir en poste. „ l2) Les Mémoires de Casanova contiennent des détails fort curieux et fort circonstanciés sur l’arrivée de ce jeune homme à Paris.

qu'elle avait alors de l’épouser. Ce qui'n'eut pas lieu , parce qu'il ne voulait plus lui permettre de continuer aucune galanterie avec qui que ce soit, ainsi qu'il en a été rendu compte dans le temps.

Les Demoiselles Masson, Yksian, Girard, Cot aies, Ul: bois, Tjucot.

La demoiselle Masson , ci-devant connue à l'Opcra comme figurante, demeurant à l’entrée du faubourg Montmartre , est prête d’accoucher, et l’on assure que c’est des faits de M. d’Avarey (1), beau-frère de M. de Coislin (2), avec qui elle vit depuis environ un an et qui fournit à toute sa dépense.

La demoiselle Camille Vésian est aussi prête d’accoucher, cl ce des faits de M. le comte de Maillé (3), premier écuyer et gentilhomme de M. le prince de Condé, qui , d’enlrée de jeu, lui a fait présent d'une somme de 10,000 livres, quoiqu’il ne soit pas connu pour riche, et l'a prise en outre aux appointements de 20 louis par mois; ceux de M. le marquis d’Etrchan ont cessé sitôt les arrangements pris avec le comte. Ces deux seigneurs sont amis. Le marquis a si bien pris la chose, qu’il

( I ) Cl. Antoine de Béziade, marquis d’Avarey, grand bailli d’Orléans, colonel aux grenadiers de France.

(2) Ch. G. marquis de Coislin , nommé brigadier d’infanterie cette même année.

Ils avaient tous deux épousé une fille du comte de MaiUy-Neslc.

(3) C’est un comte de Maillé-d’Entrasmes, bcau-frére du comte de Maillé- Latour- Landry.

lui continue le carrosse qu'il lui a toujours entretenu. On observe dans la maison de M11* Vésian un profond mystère sur cette dernière intrigue. Le comte laisse son carrosse au loin ; ses gens ne l’accompagnent point chez sa maîtresse. Cette demoiselle elle-même ne sort presque plus. Le marquis lui rend toujours de temps en temps quelques visites.

Le frère de cette demoiselle Vésian, dont il a été parlé quelquefois dans les précédentes feuilles, a épousé aujourd'hui, samedi, la demoiselle Picinelli (i), chanteuse aux Italiens. Par une plus parfaite vérification , on a appris que l’on s'était trompé en disant que cette demoiselle était la fille de Pantalon. Ses père et mère sont Napolitains et demeurent en celle ville rue Comtesse-d’Artois. Ils ne sont point attachés au spectacle; ils sont même à leur aise et ne se seraient pas déterminés à marie!- leur fille à Vésian, si ce jeune homme, qui est d’une jolie figure , n’avait pas pris avec elle les devants. Elle est enceinte de quelques mois, et a eu l’air, depuis deux ans qu’elle habite Paris, d’arborer une espèce de sagesse qui n’est pas familière dans le peuple sémillant qui habite les coulisses.

La demoiselle Girard , dont on a parlé il y a plusieurs an- * nées, alors vivant avec M. de Lalive de la Briche.et depuis

(1) La célébration de ce mariage fut signalée par les incidents les plus grotesques. Au dernier moment, on découvrit que Mlle Picinelli n’était point baptisée. 11 fallut procéder au préalable à cette cérémonie. Le lendemain, lorsqu’on fit à la future la demande d’usage : " Êtes-vous fille? — Non, monsieur, répondit-elle. — Eh! pourquoi dis-tu cela? dit sa mère en lui donnant un grand coup de coude. — Mais vous savez bien que j’ai eu un enfant. — Qu’est-ce que ça fait! En es-tu moins fille pour cela? „ Et là-dessus la mère se croit obligée de narrer à l’assistance les intrigues de sa fille.

„ Le célébrant eut beaucoup de peine à la faire taire, et prononça le r os conjuügo eu riant sous ses doigts, " ajoute Favart, qui raconte l’affaire tout au long dans ses Mémoires.

11 est bon de faire observer que les succès de la Picinelli au Théâtre-Italien lui avaient fait surgir trois mères adoptives différentes à chacune desquelles elle s’était vu obligée de Bervir une pension.

avec M. le comte de Luc , a vendu tous ses meubles et une partie de ses bijoux dont elle s’est fait 2,000 livres de rente, et est allée se mettre pensionnaire au couvent de Sainte-Anne, faubourg Saint-Marcel. On assure que la botte secrète de cette disparition, à laquelle on a donné l’air d’une conversion opérée par les représentations du curé de Bonne-Nouvelle, sur la paroisse de qui elle demeurait en dernier lieu, n'est au fond qu'une mystérieuse nécessité entre M. le comte du Luc, qui se trouve pour raisons à lui connues, à présent dans le cas d'observer certains ménagements, et la demoiselle Girard, à qui il a promis que le sacrifice ne durerait pas longtemps. On rendra compte de ce qui viendra de nouveau au fur et à mesure.

La demoiselle Couslon ou Couslou, demeurant avec sa mère rue de Grenelle-Saint-Ilonoré, dont le sieur Marais a parlé l’hiver dernier, en rapportant que Brissault, l'appareilleur , s’était transporté dans un couvent, faubourg Saint-Jacques, pour la voir, en se servant du prétexte de lui prendre mesure d'un corset, à abandonné sa mère, d'accord avec son fils, et ce la semaine dernière, en la laissant maîtresse de tous les meubles que M. Begon , intendant de la marine à Dunkerque, lui avait donnés. Elle n'a encore donné aucun signe de vie à sa mère depuis sa disparition. On la croit à la dévotion de M. de la Ferté, intendant des Menus, et à celjç de M. le procureur du roi (1), avec qui l'on assure quelle a soupé plusieurs fois depuis quelques mois à la Petite Pologne. Elle est jeune, jolie, et l'on regarde ces commencements comme de mauvais présages pour sa fortune. Ces messieurs n'enrichissent depuis longtemps aucune de leurs maîtresses , notamment la demoiselle Laforesl, danseuse de la Comédie Italienne, et la demoiselle Saint-Martin , de l'Opéra.

(I) M. Murera.

Il est certain que la demoiselle Allard, l’une des premières danseuses de l'Opéra , ayant donné dans l’œil de M. de Cramayel, fermier général , en a tiré 30,000 livres argent comptant pour trois séances à l'insu du duc de Mazarin. Cela a très-bien arrangé les affaires de cette demoiselle, qui ne laissait pas que de devoir et qui a tout acquitté. On assure que le financier, quoiqu'il payât fort bien, a encore pris beaucoup de mesures pour que le duc ne se méfiât de rien.

M. Fontaine, à présent trésorier des États de Bretagne, a pris des arrangements définitifs avant son départ pour les États avec la demoiselle Dubois, actrice de la Comédie Française. Il lui a fait présent d’un joli équipage auquel on travaille encore et qui coûtera 8,000 livres. Il a donné des ordres pour que rien ne manque à cette demoiselle pendant son absence , sans avoir oublié de lui laisser une bourse bien garnie. Depuis sa rupture avec M. le comte de Rochefort, cette demoiselle n’avait trouvé personne qui voulut se charger d’essuyer toutes ses méchancetés. Cette aventure la fera remonter sur l’eau. Le sieur Bauclers, Anglais, met tout en œuvre pour tâcher de profiter de l’absence de M. Fontaine. Le sieur Laneton, de son côté, fait sa cour à MUa Martin, et le sieur Stuart serait charmé d'étre agréé de la demoiselle Lafont, danseuse aux Italiens. Mais ces trois messieurs, quoique bien fournis d’argent, pourront échouer par la raison qu’ils ne le savent pas prodiguer à propos. Ils donnent demain dimanche, un très-grand souper aux sieurs Préville et Brissard , comédiens, et autres de leurs camarades, dans l’idée qu’ils se faufileront avec les demoiselles dont ils ont tant d’envie.

Il y a environ six semaines que M. le comte du Barry a donné des meubles à une demoiselle nommée Sophie Tricot , âgée de dix-huit ans, qui était fille de boutique chez Mrac Maillet,

marchande de modes rue Saint-Honoré, près celle de Grenelle, Il a confié le soin et la garde de cette demoiselle à la nommée

Pilet, ci-devant prêteuse sur gages et marchande à la toilette, demeurant rue Montmartre, au Cadran Bleu, à qui il paie pension pour elle. Cette femme assure que le comte lui a fait entendre que celte demoiselle est sa fille adultérine , que ses père et mère sont morts, et que devant incessamment recevoir une somme considérable, il l'établira. Il a refusé, dit-il, de la donner à un jeune avocat, habitué chez M"10 Maillet, qui la recherchait en mariage. Il y a lieu de croire qu'avec ces beaux propos il chambre la Pilet, qui par elle-même est une bavarde dont il se sert pour l’instant. C'est une jolie maîtresse de plus et qu'il produira sans doute par la suite à quelques seigneurs, comme il a fait des précédentes.

La dame comtesse de Rannes (1) a enfin rendu cette semaine à la Lavarenne, de la rue Feydeau, ses deux matelas. .Mais comme cette femme avait été plusieurs fois pour les chercher sans trouver la comtesse, et qu’elle avait parlé haut à ses domestiques, cette dame lui a écrit avec menacés, en lui défendant de prononcer son nom. Elle ne lui a pas cependant fait toucher les six louis d’or qu’elle lui doit et qu’elle a reçus eh détail suivant ses besoins. Quatre billets de la comtesse restent joints à cette note.

« J'envoie, madame, savoir si vous avez eu bonne issue ce matin, et si vous êtes contente, comme je l’espère.

» J'imagine que vos affaires ne vous ont pas permis de penser aux miennes, ni de faire attention au billet que je vous ai écrit ; vous n’aurez sûrement point pensé à envoyer cher-

(1) Nous ne voyons ce titre porté alors que par un d’Argouges, titré comte Je Rannes, gouverneur d’Alençon, marié en 1750 à une d’Autemarre d'Ervillé et mort en 1767. ' . '

cher la marchande de modes pour lui parler et me l'envoyer. Je suis forcée, malgré moi, de sortir demain pour mes affaires et pour quelques visites pressantes. Voudriez-\ous me rendre le service de me prêter un mantelet tout noir dessus et dessous; étant obligée de me mettre en noir, un mantelet doublé de couleur n’irait pas. 11 y avait dans mon billet un article encore bien intéressant pour moi , et comptant sur votre amitié, j'espère que vous y aurez égard.

» Avez-vous ici réponse d'hier au soir et le jour est-il pris pour notre dîner. Adieu, belle dame, je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur.

■> Le vendredi après-midi. »

« J’envoie, madame, chercher l’exécution de vos offres; j eu ai d'autant plus besoin, que je suis obligée de courir demain une partie de la journée pour mes affaires, et que sans ce secours, je ne le pourrai pas faire.

» Je n’ai pas pu m'acquitter de votre commission envers M. le baron ; il n’était point chez moi, et ne devait point venir; ce sera pour demain, si je le vois, et si vous ne vous eu êtes pas acquittée vous-même. Je compte toujours sur vous pour manger la matelote mercredi. Je vous souhaite le bonsoir. »

« Voudriez-vous bien , madame, me rendre le plus grand service du monde pour l'instant. Je suis, comme vous savez, malade et très-fort. J'ai été saignée trois fois et purgée ce matin. Eu vérité , c’est tout ce que je puis faire que de tenir ma plume. Je viens d’essuyer le plus marqué de tous les désagréments. Un homme qui m'avait prêté deux matelas vient de me les envoyer chercher et de les emporter. Je suis exactement sur la paille. Voudriez-vous, pour quelques jours, me prêter ceux que vous avez dans le petit appartement. Je suis sans le sol, sans quoi j’en achèterais. J’ai bien de l'impa-

tience de vous voir et bien des choses à vous dire. Je vous souhaite une meilleure santé que moi.

» Ce samedi à 3 heures. »

« L'on m’a dit hier, en rentrant chez moi , que vous vous étiez donné la peine d’v venir deux fois dans la journée, et que vous y aviez fait bruit et tapage. Je suis fâchée de ne m’y être pas trouvée , car je vous aurais fait mettre à l’abri d'en aller faire ailleurs ; mais je vous avertis que cela vous arrivera si vous osez reparaître ou si j’apprends que vous prononciez mou nom. »

11 y a environ quinze jours que la Montigny , dite Dupuis , rue de Vendôme , a passé une nuit des plus lucratives pour une femme de son état et de son âge. Le sieur Cordier, procureur au Châtelet, avait contre elle une lettre de change de 600 livres, par elle ci-devant acceptée en faveur et pour le nommé Duboulloir, alors son guerluchon. Ce procureur s’étant présenté pour en recevoir le montant, est tombé amoureux de cette femme et lui a remis pour l’acquit des complaisances qu’il a exigées d’elle, la lettre de change.

L’un des jours de cette semaine, M. de Baresse, conseillerclerc au Parlement de Toulouse, a fait une passade avec la demoiselle Derizelle, demeurant rue des Bourguignons, au Champ-des-Capucins du faubourg Saint-Jacques, et ce par le canal de la Gourdon, de la rue Sainte-Anne. Cette demoiselle Derizelle a été ci-devant entretenue parM. Michel (1), directeur de la Compagnie des Indes. Cette même Gourdon espère ces jours-ci un entreteneur.

(1 ) M. Michel était l’un des huit directeur» de la Compagnie. Il demeurait rue du Faubourg-Saint-Honorc, vis-à-vis la rue d’Anjou.

Le 24 septembre, M. le procureur du roi, M. Gaudon, lieutenant criminel de robe courte, et plusieurs de leurs amis, ont soupé en petite maison à la Petite Pologne avec les demoiselles Alexandrine et l’Étoile, de chez la Héquet du cul-de-sac Saint- Fiacre.

Bfissault a reçu chez lui cette semaine :

Le 26 septembre , M. Bauclers, Anglais, s’est amusé avec Mu* Durancy, ci-devant Lapierre, demeurant rue d’Argenteuil, vis-à-vis le passage de l’église Saint-Roch. C’est une des plus jolies femmes que nous ayons actuellement sur le trottoir. C’est M. le duc de Grammont qui en a eu les prémices, à peu de chose près. Elle lui a donné son audience de congé parce qu’il la laissait en chambre garnie, quoiqu’il lui eût promis des meubles.

Le 27, M. de Morinval s’est amusé avec Mlle Dangeville, demeurant rue Mauconseil.

Le 28, M. le marquis de Chimène (t) s’est amusé avec la même Dangeville.

Le 2 octobre, M. Ferrant, ci-devant fermier général , s'est amusé avec Mlle Maisonville.

(2) C’est le même marquis de Chimène qui fut ridiculisé dans une comédie de Rochon de Chabannes (la Munir, des arts ) à propos d’un pari fait par lui de faire et versifier une tragédie en trente-six heure». L’enjeu était de deux cents louis.

tes.

Des Demoiselles Alexandrins:, Kebt, Leclerc, Arnould, Tricot.

Le 30 septembre, tes demoiselles Alexandrine et l’Étoile, de chez la Hoquet, ont été souper à la Petite-Pologne avec M. le procureur du Itoi et avec cinq de ses amis. M. Godeau, lieutenant criminel de robe courte en était.

Le 3 octobre, M. le président Boutin a soupé avec la demoiselle Keri, celle qui était entretenue par M. le président de Lesseville, et ce par le canal de la Gourdon, de la rue Sainte- Anne.

Le même jour, M. Mercier, fermier général, a fait une passade à la petite maisou de Brissault avec M11' Durancy, celle dont il a été déjà parlé comme ayant été entretenue par M. le duc de Grammont, quelle délaissa, faute par lui, de lui avoir donné les meubles qu'il lui avait promis.

Le G, M. de Morainval, fermier du roi, avec deux do ses amis, ont soupé à la même petite maison de Brissault avec les demoiselles Maisonville etDanosan, demeurant rue Sainte- Anne, en pension chez, la Ponthois, couturière.

Le 6, M. l'abbé de Baresse, conseiller clerc au parlement de Toulouse, demeurant rue Sainte-Anne , à l’hôtel de Suède, a donné à M11* Keri, ci-devant nommée, une robe de gros de Tours brochée superbe. C’est pourquoi elle a dîné et soupé

chez lui. Quoiqu'elle soit brouillée avec M. le président de Lesseville, elle ne voit M. l’issart, son second entreteneur, que par rendez-vous. 11 parait qu’elle voudrait aussi chambrer l'abbé deBaresse, puisqu'elle l’engagea aller loger dans le faubourg Saint-Germain, près de l’endroit où elle demeure actuellement. Malgré tous ces petits arrangements, cette demoiselle fait journellement des passades chez la Gourdon.

Le 8, M. Rousseau, connu pour un homme aisé, a fait une passade chez Brissault avec la demoiselle Durancy.

Le 9, M. Ferrand, ci-devant fermier général, a couché toute la matinée chez le même Brissault avec la même demoiselle, dont il a été très-satisfait, car il l’a payée très-généreusement.

M. deMontbrun, officier aux gardes françaises, faisant sa cour très-régulièrement à M,,e Leclerc (1), ci-devant danseuse et actrice a la Comédie-Italienne, a donné, à ce que l’on prétend, de l’ombrage à M. le comte de Bentheim, au point que ce seigneur va la quitter, si cela n'est pas déjà fait. 11 est à douter que cette demoiselle puisse réparer une semblable perte. M. le comte lui a considérablement donné et les appas de cette demoiselle commencent à baisser beaucoup.

M. de Saint-Christ, ci-devant gendarme de la garde, connu pour joueur très-adroit et qui est actuellement à Fontainebleau pour y exercer ses subtils talents, y est tombé amoureux

(1) Metra rapporte sur elle le bon mot que voici. Mlle Leclerc recevait une pension d’un prince d'Allemagne qui avait honoré sa couche. Le paiement ayant été interrompu à la mort dudit prince, elle en fit demander par un tiers la continuation à son successeur. „ Mon prince, dit a ce dernier l’entremetteur, elle mérite le maintien de cette pension et promet, en reconnaissance, de fermer sa porte à tout le monde. — Qu’on ne m’en parle plus, s’écrie le prince impatienté, et que Mlle Leclerc ouvre, tant qu’elle le voudra, sa porte. M

de la demoiselle Leclerc, l'une des pensionnaires de recrue de la Hermand, et doit l’en retirer la semaine prochaine pour l'entretenir; il aura peu d’envieux. Cette demoiselle est d’une complexion sèche et d'un très-petit esprit, jouant la petite maîtresse le plus gauchement du monde. Ce M. de Saint-Christ est celui de qui, dit-on, M1"' de Varnege a fait la fortune en unissant ses talents aux siens pour la ruine de toutes les dupes qui tombent dans leurs filets.

Beaucoup de gens, depuis environ un mois , ont assuré que la demoiselle Arnould était mariée au nommé Lacroix, son fri— seur. Le ministre même l’en a badinée lorsqu’elle a eu l’honneur de se présenter devant lui en dernier lieu et de qui elle assure avoir été reçue avec bonté. Elle espère avoir dissuadé ce seigneur sur le compte du mariage. Mardi dernier et hier vendredi, le public la reçut avec applaudissements (1). Lacroix n’a pas manqué une de ses représentations et n’a pas été le dernier à frapper des mains. Il est certain que si ce mariage n’a pas été réalisé ou rendu public, s’il est fait, qu’au moins il y a de l'intelligence, même de l'amour entre ces deux personnes. Elles se connaissent dès l'enfance.

Ce qui a fait rentrer cette demoiselle à l'Opéra, n’est autre chose que la crainte qu'on lui a donnée, en lui disant que la famille de M. de Lauraguais serait plus à portée de lui faire de la peine lorsqu'elle ne serait plus attachée au spectacle. Cette demoiselle a 6,Ü0Ü livres de rentes, constatées sur sa tète et sur celles de ses deux enfants par M. de Lauraguais, 4,000 livres que l’Opéra lui donne et 3,000 livres pour les concerts de la Reine, cela fait 13,000 livres de rente sans les cadeaux. Le vernisseur achève pour elle un très-joli carrosse ; elle a vendu une vieille berline qu’elle avait avant.

(I) Elle reparut en février 1762, dans un fragment de l’opéra de Pygmalion.

M. le comte du Barry a fait déménager la semaine dernière la demoiselle Sophie Tricot, sa nouvelle maltresse, qu’il avait installée chez la nommée Pilet, rue Montmartre, en lui faisant accroire qu’elle était sa bâtarde, et il lui a fait occuper un fort joli appartement près la porte Saint-Martin.

Lavarenne a cédé son restant de bail pour deux ans de la maison qu'elle occupait depuis quatre ans rue Feydeau , à la nommée Delangrais. Cette dernière a toujours été remplie d’ordre dans l’intérieur de sa maison, et pour que rien ne respire chez elle le même air de désordre de Lavarenne, a tout chasséjusqu’aux domestiques. Cette Lavarenne, qui depuis cinq ans a au moins reçu 150,000 livres, a été forcée d’abandonner cette maison à cause de ses dettes, et la Delangrais a été obligée, mercredi dernier, delà retirer des prisons de Saint- Éloy (1), pour la somme de sept louis, et il y a encore d'autres sentences par corps contre elle. Sa mauvaise conduite et ses gueriuchons qu'elle a toujours payés cher la réduisent à cetlo misère.

Les Demoiselles Dciiablay, Fillon, Dcïancï, Testa ht, Desouque, 1)ei, aire.

Le 21 du présent mois, M. le comte de Rochefort s’est enfin déterminé à renvoyer de chez lui la demoiselle Duharlay, sa maltresse, de laquelle il a été parlé en détail dans la feuille du 5 juin dernier, et ce par la raison que depuis que cette pe-

(I) Ces prisons étaient me Saint-Paul au Marais.

tile personne a eu de lui un fort bel ameublement, placé dans un appartement de 500 livres de loyer, rue Saint-Honoré, près le cul-de-sac de l’Orangerie, et pour environ 30,000 livres de diamants, elle est devenue d'une insolence extrême pour tous les amis de ce seigneur, et particulièrement pour leurs mattresses, lorsqu’elles se trouvent avec elle. Brissault et sa femme se sont chargés sur-le-champ de sa consolation, et ont commencé par la faire entrer en lice avec la demoiselle Fillon, l'une des danseuses de la Comédie-Italienne, actuellement entretenue par M. Ménard fils, conseiller au parlement, et se proposent bien de lui faire passer en revue toutes leurs nouvelles connaissances. Ces habiles courtiers d’amour n'ont point négligé de ne se point brouiller avec la demoiselle Duharlay, et pour lui donner des preuves de leur attachement, ils lui ont fait faire une passade de dix louis, le 24 du présent , avec M. le prince de Belozinski. Ce dernier mène grand train les 50,000 livres qu’il a reçues il n’y a pas quinze jours, et dont il avait grand besoin.

Le 22, M. Mercier, fermier général, a soupé et s’est amusé chez Brissault avec M,le Durancy, demeurant rue d’Argenleuil. Elle reçoit toujours les visites de M. le duc de Grammont, cjui l’aime beaucoup et qui lui donne très-peu.

Le 28, M. le comte de Rochefort a donné à souper chez lui, à M. le marquis d’Aubigny et a M. Desfontaines. Brissault lui a procuré les demoiselles Leblanc et Marantes, toutes deux fort jolies.

La demoiselle Testart, dont il a été parlé dans la feuille du 5 juin dernier, connue pour'ètre la maîtresse du sieur de Sormanie, actuellement à Fontainebleau, est partie de Paris, la semaine dernière, pour aller l’y trouver et réparer les petites

escapades dont il a eu sujet de se plaipdre depuis son absence. Desquelles il a été informé par un de ses domestiques qu'il avait laissé auprès d’elle.

M. le président de, Lesseville, pour se consoler de sa rupture avec M1" lveri, a présenté ses hommages à la demoiselle Desouque, ci-devant Desouches, et plus anciennement Léonore ou Duchesse, chez la Carlier, où elle avait demeuré longtemps avant d’avoir été renfermée à la Salpétrière, à la réquisition de M,ne la marquise de Breleuil, veuve du ministre, comme punition du dérangement par elle causé, dans la conduite du marquis son fils, et depuis plus de six à sept ans entretenue parM. le marquis de Persan, qui lui fait beaucoup de bien. Elle se fait actuellement appeler la baronne de Soucques. Cette demoiselle n'a pu tenir à la générosité du président qui, d'entrée de jeu, lui a donné un papier au porteur de 8,000 livres, qu'elle a fait escompter sur-le-champ, et le lendemain lui a témoigné sa reconnaissance à l'ordinaire avec une foule de choses attrayantes, que M, de Lesseville fit apporter chez elle avec environ la moitié de son argenterie, quelle aurait gardée avec le même sangfroid que le billet, si le valet de chambre du président, gémissant de la bonhommic de son maître, ne lui eut fait entendre que M. de. Persan, connu pour très-violent, venant à s'apercevoir de l'infidélité de sa maîtresse, par quelques-unes de ces pièces d'argenterie, commencerait par la corriger et pourrait bien le jeter lui-même par les fenêtres, s’il le trouvait sur son chemin (ce sont les expressions mômes de ce domestique). A ce récit, le président ayant frémi de peur, est accouru chez cette demoiselle, d'où il a remporté sa vaisselle, avec promesse de la dédommager en argent comptant. On le mènera loin dans cette maison s'il ne fait une prompte retraite (t).

(1) Ce qui n’empêcha point Soucqvet de quitter un peu plus tard Paris, où. elle laissait pour plus de 400,000 livres de dettes. Après avoir parcouru différents

La demoiselle Marie-Étiennette Josse, connue depuis 1758 sous le nom de Roussillon et pour être une brune piquante d’une fort jolie figure, est actuellement pour la première fois entretenue par un nommé M. Leblain du Tremblay, demeurant dans le bâtiment des Prémontrés à la Croix-Rouge, faubourg Saint-Germain, à raison de 200 livres par mois et promesse de lui donner des meubles pour le terme prochain. Elle loge actuellement rue de Beauvais, près le Louvre, au Petit de Bourgogne.

La demoiselle Delaure, ci-devant Rosette Marcourt, est partie de Paris, il y a dix jours, pour retourner à Bordeaux, sans avoir pu réussir à se faire guérir d'un ver solitaire que l'on prétend qu'elle a, quoiqu'elle ait dépensé pour cela plus de dix mille livres en six semaines. Elle a déterminé la demoiselle Saint-Germain à la suivre, ce que cette demoiselle a accepté pour se distraire des chagrins que lui a causés la mort de M. Pelhion, avec qui elle a vécu environ douze ans, à qui elle était fort attachée et qui lui a fait beaucoup de bien, puisque cette demoiselle jouit de plus de 1,500 livres de rente, et d’un mobilier considérable.

Les présentes feuilles sont stériles. 11 n’y a personne à Paris ; les demoiselles de spectacle crient misère et les plus légères galanteries sont acceptées d’elles par raison d’économie.

petits États d’Allemagne, elle eut à Berlin le bonheur de plaire au prince Henri de Prusse, qui rétablit une seconde fois sa fortune et lui permit de revenir en France plus brillante que jamais. Elle sacrifia généreusement en 177C une grande partie de ces richesses au rétablissement de Mlle Raucourt, sa bonne amie.

Les Demoiselles llus, Dubois, Duhablay, Leblanc.

La demoiselle Hus, actrice à la Comédie-Française, commence à prendre un ton de suffisance qui annonce sa bonne fortune. Effectivement, le duc de Bedford (i), à ce qu’on assure, a pour elle des bontés qui lui sont très-avantageuses. Cette demoiselle voudrait bien que ce ministre se déclarât pour elle authentiquement, mais il y a lieu de croire que cette intrigue se conduira dans le mystère. Le domestique de cette demoiselle, qu’on a fait jaser, prétend que sa maîtresse n'a encore reçu la visite de ce seigneur que deux fois, mais qu’elle en a paru extrêmement satisfaite, et a môme soldé plusieurs objets qu’elle devait depuis longtemps. Le retour du voyage de Fontainebleau confirmera cette intrigue.

M. l’ambassadeur d’Espagne s'humanise aussi avec la demoiselle Dubois, actrice de la Comédie-Française, entretenue par M. Fontaine, receveur général des finances, qui ne lui fait pas grand bien. C’est, à ce qu’on prétend, M. de Sarsalle qui lui a procuré la connaissance de M. l'ambassadeur, dont elle a

(I) Le duc de Bedford, ambassadeur extraordinaire de la Grande-Bretagne rue Saint-Dominique, hôtel de Grimberghc.

Les grands airs que ce rapport signale chez Mlle llus, étaient portés à un tel point que, le 1er janvier suivaut, elle prétendit avoir le pas sur Mlle Clairon dans la distribution des rôles du Comte d'Essex. Lui jouant l’excellent tour d’accéder à ses vaniteuses prétentions, la grande tragédienne se contenta d’un rôle de confidente oii elle fut fort applaudie, quoique n’ayant rien à dire, au grand désappointement de sa rivale (15 novembre 1762).

tiré déjà plus de 6,000 livres, et qu’elle espère mener fort loin s’il vient une fois à prendre de l'attachement pour elle. M. de Sarsalle continue à donner à cette demçiselle un double louis chaque fois qu’elle joue la comédie à son goût.

M. le comte de Rochefort, le 9 de ce mois, a donné à dîner à la demoiselle Duharlav, ci-devant sa maltresse. Son intention était de se raccommoder avec elle, mais cette demoiselle, qui connaît son faible, n’a pas voulu y consentir à moins qu'il ne lui assure 1 ,500 livres de rente, et peut-être y viendra-t-il, car il convient lui-même que c’est, de toutes ses maîtresses, relie qui lui a procuré le plus de plaisir.

M. le marquis de Romev, qui avait vu chez Rrissault la semaine dernière la demoiselle Leblanc, a été la voir chez elle, et lui a donné 12 louis d'or sans prétendre la gêner. C'est le vrai moyen de se la conserver longtemps pour amie.

M. le président de Salaberrv, sous les mêmes conditions que ci-dessus, a pris des arrangements à six louis par mois avec la demoiselle Marantes, laquelle continue toujours d'aller chez Rrissault. *

Les femmes galantes se plaignent cruellement de la disette d'argent. Le peu d'Anglais qui sont ici ne paraissent point se fixer à aucune d’elles, et sont d'une économie insoutenable. Elles espèrent que le retour de la paix fera cesser celte calamité générale, car depuis longtemps presque toutes vivent de ménage.

Les Demoiselles Dtli A RL Aï, Siam, I’ïlin, Fo.ntksav.

M. le comte de Kochefort s'est rembarque de nouveau avec la demoiselle Duharlay. Comme cette jeune personne s'est aperçue de l’ascendant qu'elle avait sur le cœur de M. le comte, elle u’a point voulu se prêter à rien, que sur la promesse qu'il lui a faite de lui donner un meuble de damas et de lui faire 800 livres de rente viagère, l.e comte , plein de désirs, a acquiescé à tout ce qu’elle a voulu. Elle aurait mieux fait de le faire contracter avant la consommation; le moindre caprice entre amants peut faire évanouir tous les serments jurés sur un autel déplumé. Enfin, quoiqu'il en soit, les voici encore une fois renoués ensemble.

Le prince de Bélosinski, ces jours derniers, a fait présent de plusieurs belles pièces d'étoffe à la demoiselle Siam, figurante dans les ballets de l'Opéra, entretenue par le prince de Lirnbourg. Cette demoiselle était mercredi dernier à la Comédie- Italienne, dans une parure des [dus élégantes. Le prince de Belosinski était dans une loge vis-à-vis d’elle , et rien n'était plus plaisant que de voir ce Russe, qui est assez épais de son naturel, vouloir par ses mines copier nos petits maîtres. La demoiselle Siam, lotit en recevant ses cadeaux, s’en amusait beaucoup et se tuait de dire au chevalier de Bussy : « Vous devriez bien lui donner quelques leçons; si vous pouvez en faire un élégant, cela vous immortalisera. — Son air gauche

est incurable, lui dit Bussy; lu uu lui laisse pas un sou pour payer son maître. »

Le sieur Schmit, Allemand, jouant très-bien de la flûte traversière (l), et connu avant cette guerre pour être le Mercure de presque tous les seigneurs étrangers qui arrivaient à Paris, depuis les préliminaires de la paix, commence à reprendre ses anciens errements. En conséquence, il est venu se loger à rhûlel de Londres, faubourg Saint-Germain, qui est le quartier des étrangers, et a débuté par annoncer au prince de Limbotirg une certaine Allemande, connue ci-devant chez la Héquet sous le nom de Coring, aujourd'hui vivant avec un perruquier de femmes, dont je ne me rappelle pas le nom. Il lui a vanté cette fille comme un morceau précieux. Effectivement, elle est très-jolie, mais encore plus mauvais sujet. Le prince a donné volontiers dans le piège, et a fait présent à cette sultane d’une fort belle montre et de 12 louis. Schmit, pour ne point exposer la santé du prince, avait eu soin, quelques jours auparavant, de vérifier les appas de cette princesse, car il n’aime point les reproches; il a cela de bon.

La demoiselle Pelin, danseuse à l'Opéra, depuis que M. Pelhion l’a abandonnée pour prendre la demoiselle Dornay, figurante au môme spectacle, a fondé sa cuisine avec le nommé Barré, boucher, qui lui fournit, outre d’excellente viande, tout ce dont elle peut avoir besoin. Cette demoiselle parait faite tout exprès pour ces sortes de gens. Sa taille raccourcie, son embonpoint, jusqu’à son teint reluisant, tout annonce en elle qu’elle est carnassière.

(1 I,a flûte allemande ou traversière est celle dont on se sert encore aujourd'hui. On l’appelait ainsi parce qu’on la maintient pour en jouer sur nne ligne horizontale.

La demoiselle Fontenay, ci-devant connue sous le nom de la baronne de Mistouflet, entretenue à très-gros frais par M. Ledoux, receveur des tailles de la généralité de Paris, est dans une grande inquiétude pour s'être brouillée avec la demoiselle Ducret, demeurant même maison qu’elle, rue de Bourbon; elle craint que cette demoiselle n'instruise M. Ledoux qu’elle reçoit journellement les visites de M. le marquis de Rosmades (1), gentilhomme breton fort riche, qui, malgré sa fortune et qu'il soit déjà avancé en âge, a toujours voulu s'en tenir eu second avec cette demoiselle Fontenay. Ses appréhensions me paraissent fondées , car la demoiselle Ducret est une grande babillarde, et M. Ledoux ne s’accommoderait point du tout d'un substitut auprès de sa maltresse, pour laquelle il a un véritable attachement.

Les Demoiselles Laioekst, Buiiart, Sarot, DksgRANGïs, Cordiek, Leblanc.

Le il de ce mois, le sieur de Saint-Cric, ci-devant gendarme de la garde, a donné chez lui un grand dîner. Le sieur Saint-Angel, de Bordeaux, le sieur Sainson et plusieurs autres jeunes mousquetaires, en étaient. Ils avaient pour actrices les demoiselles Laforest, Buhart, Sarot et Desgranges, sœur de la demoiselle Siam. de l'Opéra. C'était la demoiselle Laforest qui jouait le premier rôle. Après le diner, on a dansé, et toute la nuit on a fait une débauche sans pareille. On espérait que

(1 ) La Chenaye Dubois le cite comme ayant été le dernier de son nom.

différentes personnes à argent se trouveraient à cette fête, mais ils ont manqué et on s'est séparé sans jouer, malgré que ce fut le projet du fondateur. Sainson a beaucoup parlé des persécutions que M. le comte de Sarsalle faisait subir à la demoiselle Lafond, sa maîtresse, jusqu'à dire qu'il lui avait fait offrir 300 louis pour coucher avec elle, mais que par amour pour lui , elle les avait refusés généreusement. Le fait est croyable, elle est assez bête pour cela, et malgré sa jolie figure, je doute fort qu’elle réussisse dans le monde.

M. l'ambassadeur d'Espagne ne fréquente plus avec tant d’ardeur \lme la comtesse de Valentinois. Il tourne actuellement tous ses soins vers Mn" la comtesse de Brionne, qui s’amuse et prend beaucoup de plaisir à se voir faire la cour par cet ambassadeur.

Il y a deux Flamandes fort coquettes qui demeurent rue Jacob, à côté de Galant, baigneur ; elles ont fait tout ce qu'elles ont pu pour mettre dans leurs filets un Anglais , M. Bauclers. N'ayant pu y réussir, c'est actuellement M. Heicher, capitaine anglais qui est venu ici avec le duc de Bedford, qui est en pourparler avec la cadette. Elle espère en faire un amant dans toutes les formes et le mener loin ; mais lui, au contraire, déclare à ses amis qu'il ne cherche qu'un plaisir passager, j’aurai soin d’être instruit de l’origine et des desseins de ces deux femmes, et j’en rendrai compte.

M. de Marbeuf (1) , malgré son attachement pour la demoiselle Cordier, dont j’ai rendu compte dans mes feuilles du 15) de

(1) Est -ce le marquis île Marbeuf que scs talents militaires venaient de faire comprendre comme maréchal de camp dans la promotion de 17611 11 n’avait alors qne vingt-cinq ans et ne devait partir que plusieurs années après pour la Corse. Tout nous autorise donc à le supposer.

ce mois, a fait une passade avec la demoiselle Leblanc, à qui M. le marquis de Romey fait quelque bien. C'est la demoiselle IJnrigny qui lui a procuré cetle bonne fortune, qu’elle lui a fait payer fort cher. Chez Brissault il en aurait été quitte pour un louis.

Lui Demoiselles Masson, Lkdocx, Doknaï, Dibois, Flïlrï, Fontes at.

Monseigneur le comte de la Marche, pour ne point laisser d’intervalle dans ses galanteries, s' est chargé depuis quelque temps de la demoiselle Masson , ci-devant figurante à l'Opéra , demeurant faubourg Montmartre, et connue pour avoir été entretenue par M. de Vougnv, par M. le prince de Condé et, par M. de Rochefort. M. le comte de la Marche va tous les jours la voir. On assure qu’il lui donne 51) louis par mois. Cette demoiselle est toujours aimable, et depuis cetle intrigue elle parait vivre assez retirée.

Mllc Ledoux , ci-devant figurante à l'Opéra, eut retenue depuis un an par M. de Fontanieu fils, vient de prendre un trèsbel appariement rue de l'Échelle , qu’elle fait meubler magniliquement. M. de Fonlanieu dernièrement lui a fait présent d'un service en argent de distinction , et lui paie avec exactitude 2a louis par mois. Cela n'empêche pas que cette demoiselle le trompe impunément. Kilo couche journellement avec M. Varnier, fils de la dame Varnier, demeurant rue de Riclie-

lieu, donnant à jouer et si connue dans l'histoire par M,,e sa sœur. Ce jeune homme fournit à la demoiselle l.cdoux toute la petite oie. M. de Fontanieu ne doute nullement de cette intrigue; il en témoigne souvent et hautement son mécontentement. Le penchant cependant l'emporte encore sur son ressentiment, mais scs visites deviennent plus rares, et malgré qu'elle soit enceinte de sept mois , soi-disant de ses faits , je crois que si elle tient encore la même conduite, il ne tardera pas à la quitter. Cette demoiselle a toujours été l'infidélité incarnée. M. Titon deVillotran, sonpremieramantetpeu riche, par conséquent complaisant par nécessité, dans l’intention de se la conserver , lui a si fort imprimé cette méthode de se conduire, que quand bien même elle aurait un millionnaire qui se ruinerait pour elle, l’habitude l’entraînerait toujours à lui manquer.

M. de Pelhion, qui entretient à gros frais la demoiselle Dornay, figurante à l’Opéra , n’est point du tout content que la campagne soit finie; il se plaint très-fort du retour de MM. les officiers et de l’ascendant qu’ils conservent sur les belles, au mépris de la finance. Il paraît toujours étonné de l’air d'aisance de nos jeunes seigneurs , qui , sans égards pour les dépenses énormes que tous ces Midas font pour les coulisses, ne respectent pas plus leurs plaisirs qu’ils feraient d’un pays ennemi. Mais il paraît que la demoiselte Dornay veut bien entreprendre de former son éducation. M. de Pelhion , à la vérité , est un fort bon enfant, qui donne tout bonnement son argent et qui croit que cela suffit pour être aimé. A la bonne heure, ce sont des qualités qui ont leur bon ; encore faut-il des manières, malheureusement il est tout rond. Aussi cette demoiselle, pour le façonner et lui donner de l’élégance, se fait un plaisir de recevoir les visites de M. le marquis de Montmirel. Il y a lieu de croire que M. de Pelhion se formera

promptement , car cette demoiselle demeure eu face de chez lui, et le modèle qu'elle lui présente est des plus parfaits. Mais il a la conception dure ; il ne prend leçon qu'avec humeur, et ceux qui le connaissent craignent fort qu'il n’envoie bientôt à tous les diables la mal tresse et ses principes. On n'ignore point qu'avant la campagne, M. do Montmirel avait beaucoup de goût pour cette demoiselle et avait môme fait une certaine dépense pour elle.

La demoiselle Dubois, de la Comédie Française, a, depuis huit jours, un carrosse à elle, très-élégant, ainsi que les chevaux. C’est M. Fontaine, receveur général des finances, qui est réputé le lui avoir donné ; cela est dans la règle, il l’entretient. Mais comme la demoiselle Dubois ne manque ni de ton, ni de manières, et que cette dernière guerre a inspiré à toute la nation une espèce d’antipathie contre les Anglais, elle qui est bonne Française et qui serait fâchée qu’on imaginât qu’elle ne pense pas comme tout le monde, a mis à contribution la bourse de M. Bauclers, Anglais, dont elle a touché 100 louis. Elle a encore poussé plus loin son zèle. Comme elle n’a point été contente de la révolution qui s’est passée en llussje, elle a fait payer 50 louis de douceurs au prince de Belosinski; on peut juger de là comme elle traiterait un Prussien s’il lui en tombait un sous la main.

M. Bannoir, Anglais, logé à l'hôtel du Parc-Royal, depuis quinze jours s’est pris de belle passion pour la demoiselle Fleury, demeurant rue d’Argenteuil , chez le marchand de tabac. 11 en a fait la connaissance chez Brissault. Chaque fois qu’il va la voir, il lui donne 4 louis. 11 lui a fait présent en outre d’une fort belle robe de satin et dune très-bonne montre d'or. Cette demoiselle non plus ne manque pas d’antipathie, car malgré ces cadeaux et cet argent, elle a été cette

semaine à Versailles se délasser de l'air gauche et raide de M. l’Anglais, avec M. lion temps et autres, ainsi qu'il en est rendu compte dans le journal des filles publiques, à l’article de la femme Darignÿ.

La demoiselle Fonlenav, entretenue par M. le receveur des tailles de la généralité de Paris, est fort inquiète de la maladie de M. le marquis de Rosmadec, gentilhomme breton. Ce vieux seigneur, depuis quatre ans que cette demoiselle est sortie de chez la dame Héquet, n’a pas cessé de lui faire du bien. Il lui a toujours donné au moins 300 livres par mois. Aujourd’hui il est retenu au lit par la goutte et dans un état très-triste, ayant les jambes plus grosses que le corps. La demoiselle Fontenay craint que ce mal ne remonte et ne l’étouffe, et que, comme elle ne peut pas aller chez lui, elle ne vienne à être frustrée du contrat de 1 ,200 livres de rente qu’il lui a toujours promis.

Les Dames Dr B.vcciie, de Wahsebekg, de Coasun.

Monseigneur le prince de Condé cultive avec un soin tout particulier Mme de Bauchc, femme du conseiller honoraire, et il en est parfaitement bien traité, malgré la jalousie du mari. Ce prince a couché avec elle plusieurs fois depuis qu'elle est revenue de la campagne. Ainsi, il y a lieu de croire que M. le duc de Fronsac ne réussira point dans sa recherche, car cette dame parait toute entière à monseigneur et décidée à risquer

tout pour se le conserver. Cependant le prince voit toujours Mm« de Honcherolles , et quelquefois aussi Mm* de Itoncey. Mais il convient lui-même que c'est aujourd'hui Moie de Hanche qui le flatte le plus, et qu'il ne voit Mn,t de Roncherolles que par suite de bons procédés et Mme de Roncev pour contenter la grosse faim (t).

Mme la baronne de Warseberg commence à faire du bruit à Paris. Effectivement, elle peut passer pour une jolie femme et M. son mari pour un très-sot personnage. La chronique prétend que M. le prince de Soubise a obtenu ses faveurs en Allemagne pendant la dernière campagne, et que c'est lui qui est cause qu'elle est venue à Paris. M. le duc de Coigny (2) n'a pu voir celte dame sans ressentir l’effet de ses charmes, et met tout en usage pour lui plaire. Monseigneur le comte de la Marche (3), de son côté la pourchasse vigoureusement et met tous ses grisons en campagne pour y parvenir. Le mari en est exlrêmemenl jaloux ; mais la princesse de Kinski, que cette dame fréquente , favorise la recherche de ce prince. Il paraît même que Mme de Warseberg ressent pour Son Altesse un tendre mouvement, mais elle est fort embarrassée. Elle sait, à n'en point douter, que son cocher est l’espion de son mari et lui rend compte de toutes ses démarches. Cependant M. le comte de la Marche l'assiège dans toutes les règles, et il n'épargne rien pour former des intelligences dans l’intérieur de la place. Ce prince me disait dernièrement : « En vérité, si

lli Ceue pouvait être que la sœur du licutcuaut-géuéral, Marie Amelot mariée en 17»2.

Elle était attachée à la personne de la princesse de Condé. Son salon était assez lettré : on y vit Lcmierre, Champfort et Mme de Genlis.

(2) Le duc de Coigny avait de la douceur, une politesse aimable et un caractère qui le faisait généralement aimer. 1 Genlis.)

(8) M. le comte de la Marche était sauvage et obligeant : il avait de la singularité et de l’insipidité, ce que je n’ai vu qu’à lui. (Id.)

ces animaux de maris savaient la peine qu’on se donne pour caresser leurs femmes sans qu'ils s'en aperçoivent, loin de s’en fâcher, ils en auraient de la reconnaissance. » Je pris la liberté do lui répliquer que cela était certain , mais que ces gens-là avaient toujours été ingrats et que je croyais que c’était un bien pour Son Altesse, que sans cette manie il y aurait lieu à craindre qu’elle ne succombât bientôt sous le poids de la reconnaissance. « 11 est vrai, me dit-il, que plus d’un serait dans le cas de m'avoir obligation , mais laissons-là ces bonnes gens et revenons à Mm* de Warseberg. » En attendant qu’elle puisse familiariser son mari au bon ton , elle se délasse de toutes ses importunités avec un sieur de Lauinur, jeune homme fort agréable, fils d'une ancienne femme de chambre connue pour avoir été sur la fin du règne de la fameuse Paris, son guerluchon, et pour s'être embarqué avec M. de Lally en qualité d'aide-de-camp. Arrivé à Pondichéry, il se brouilla avec son général et a trouvé moyen, à ce qu’on dit, de faire dans ce pays un mariage de 25,000 livres de rente. 11 est ici fort bien couvert et fort ami du baron de Warseberg, qui a une pleine confiance en lui. C'était lui qui, mardi dernier, au bal de l'ambassadeur d'Espagne, donnait le bras à la baronne, et on peut dire de lui que, malgré sa basse extraction, peu de seigneurs ont l’air plus noble.

M. le chevalier de Durfert, colonel des dragons d'Orléans , depuis son retour de l’armée a repris tous ses droits sur Mn,e de Coaslin (1). Pendant son absence, cette dame avait assez bien traité M. le prince de Conti , mais c'est uue affaire finie, de

(1) Mme (le Coaslin avait une figure de Minerve, une manière emphatique et lente de parler, qui contrastaient singulièrement avec des discours trèsvulgaires et les contes grivois dont sou entretien était toujours semé. Elle avait fort peu d'esprit, mais de la beauté, un air imposant, de la causticité et beaucoup de hardiesse. (Gjînlis.)

môme que sa liaison avec M. le comte de Coigny a été de trèspeu de durée. On assure que ce jeune seigneur , malgré sa belle apparence, est d'une très-faible complexion pour les combats amoureux et que Mme de Coaslin n’a pas eu lieu d'en être satisfaite (1).

Je suis aussi instruit que la demoiselle Lemière depuis son mariage avec le sieur Larrivey n’a point voulu se prêter aux désirs de M. le prince de Conti, et que Son Altesse en est trèsmortifié.

M”' la marquise de Voyer d'Argenson traite avec toute sorte de complaisance M. de Perignv , ci-devant maître des requêtes, demeurant rue de Richelieu. Cette dame a pour lui les plus grands égards lorsqu'il vient la voir. 11 est ordonné à sa porte de dire à tout le monde qu’elle n'y est pas, et parmi ses plus intimes amis elle est regardée comme la maîtresse de ce Robin. Mais cette intrigue se conduit avec beaucoup de mystère.

M. le marquis de Lugeac (2) , commandant les grenadiers à cheval, fait une cour assidue à Mmc de la Reynière (3), femme

(1) Mme la comtesse de Coigny avait sans doute de non moins bonnes raisons pour en être peu satisfaite, car elle divorça plus tard aussi. Sa mort prématurée fut attribuée au mauvais air que lui faisait souvent respirer sou étrange passion pour l’anatomie. Elle passait pour ne jamais voyager sans avoir un cadavre sous la bûche de sa voiture. ,

(2) Ch. A. de Guenu, marquis de Lugcac, né en 1720, ancien page de Louis XV, nommé colonel à Eonlenoy. Cette année 1763 devait lui valoir le grade de lieutenant général et le gouvernement de Toul.

(3) Très-vaporeuse, très-fâcliée de n’être pas mariée à la cour, mais belle, obligeante, polie, se plaignant toujours de sa santé, mais aussi ne sc plaignant jamais de personne et faisant les honneurs d’une grande maison avec beaucoup de noblesse et de grâce... Toutes ces dames étaient jalouses de l’extrême magnificence de sa maison et de la riche élégance de sa toilette.

Quant à M. de la Reynière, c’était un excellent homme qui aimait les talents et les arts, qui avait une très-bonne maison et le meilleur Bouper de Paris.

du fermier général des postes. (1 n’y a cependant encore rien de consommé. Cette dame paraît faire une belle défense. 11 est vrai qu'elle est encore remplie de préjugés et s'imagine bonnement que c’est un crime capital de manquer à son mari; cependant elle parait flattée des douceurs que lui débite M. de Lugeac, et il y a lieu de présumer que s'il persévère, il bannira de son esprit les terreurs que lui fait son confesseur. Je crois qu'on peut s’en rapporter à lui.

Le baron de Warseberg est très-humilié des procédés que Mlle Dubois, de la Comédie Française, vient d’avoir pour lui. Il était convenu avec elle, moyennant 1,000 louis d’or qu’il lui a donnés, de rester pendant deux ans l'ami particulier de la maison, sans cependant prétendre la gêner; mais lorsque cette demoiselle a été nantie, elle lui a fait comprendre au bout de trois ou quatre jours que ses visites lui déplaisaient souverainement et n’a plus voulu le recevoir. Ma foi , on conviendra que, malgré les privilèges du théâtre, ce trait-là est vigoureux.

Lea Dames di WàesïBïrg, se Bezons, Patee Les Demoiselles Dubois

et Lebon.

Monseigneur le comte de la Marche, favorisé par Mme la princesse de Kinski et secondé par Mlle Lebrun, femme de chambre de MD,e la baronne de Warseberg, a emporté le dessus sur tous ses rivaux , et cette belle baronne a consenti enfin à combler tous les vœux de ce prince. Voici comment la chose s’est passée. La demoiselle Lebrun a pour amie ou parente, la

dame Pauquet, marchande de modes, rue Saint-Denis, près Saint-Magloire { laquelle est très-complaisante. La baronne, entraînée par son penchant pour le prince, a goûté, pour tromper sou mari , le projet de se rendre chez celte femme sous prétexte d’acquisition. Ce qui a été exécuté hier, 13 du présent, à dix heures du matin. Monseigneur s’y était rendu à neuf heures. La baronne a d'abord fuit semblant de marchander dans la boutique quelques drogues qui ne lui ont pas convenu. On lui a proposé de monter au magasin ; elle a accepté la proposition, et le prince lui a fait voir des marchandises qui lui ont plu infiniment, car elle doit revenir encore demain matin à la même heure en faire emplette. Le prince m'a paru comblé de sa bonne fortune, surtout parce qu’il croit avoir devancé M. son père, chez qui cette dame va trèssouvent souper avec sou mari. La demoiselle Lebrun parait aussi très-satisfaite de la générosité de Monseigneur, qui sûrement n’aura pas oublié la complaisance de la demoiselle Pauquet. 11 a donné aussi quatre louis à un de mes gens, qui a remis fort adroitement plusieurs de ses lettres à la demoiselle Lebrun pour les remettre à sa maîtresse.

M. de Courrai, conseiller au Parlement, cultive toujours avec soin Mme la présidente Hocquart (4), et il est certain qu'il en est bien traité.

On assure de même que Mme la marquise de Bezons a toutes sortes de complaisances (2) pour M. de Boulogne, intendant des finances. J’ai voulu paraitre incrédule sur ce sujet. On

(1) Son mari était président it la seconde chambre des requêtes depuis 1758.

(2) Est-ce à ces complaisances que M. de Boulogne, chevalier, comte de Kogent-sur-Seine et baron de Marigny-Ic-Chatel, dut de mourir presque insolvable en 1787, malgré scs charges nombreuses et scs quatorze seigneuries?

Digitiz

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m'a plaisanté comme un homme qui revenait de l’autre monde, eu m’assurant que c'était une affaire arrangée depuis longtemps, et qu'au dernier voyage de Fontainebleau , où cette dame voyait la compagnie la plus brillante, M. de Boulogne était regardé très-exactement pour être l'ami particulier de madame et très-peu celui du mari.

M">* Pater (1), à son grand regret, va s'en retourner dans son pays. Son mari trouve qu’elle s'amuse trop ici pour son repos, et si il a évité l’apanage, c’est qu’il y avait trop de prétendants. M. le prince de Condé était dans l’intention delà battre en brèche, mais la foule lui a fait peur. Son Altesse parait ne point aimer l’éclat dans les combats amoureux et est un peu taciturne de son naturel.

M. le comte de Sarsalle, qui avait toujours paru prendre le plus vif intérêt à la demoiselle Dubois, de la Comédie Française , en est aujourd'hui absolument détaché, et c’est la de-

(1) Mme Pater était la femme d’un riche négociant hollandais. Son esprit ses grAces et sa beauté firent au commencement de 1763 l’entretien de tout Paris. Voici un des madrigaux les moins mauvais qui furent faits eu son honneur :

Ta ter est dans notre cité,

Spiritus je voudrais bien être.

Et pour former la Trinité Filiits on en verrait naître.

Les seigneurs les plus brillants allaient en procession chez elle, au grand mécontentement du mari, qui dit un jour en les reconduisant : 11 Je suis trèssensible, messieurs, à l’honneur que vous me faites de venir ici; mais je ne crois pas que vous vous y amusiez beaucoup; je suis toute la journée avec madame Pater, et la nuit je couche avec elle. "

Malgré et peut-être môme à cause de cette constance héroïque, ce mariage ne dura point. Connue, depuis sa dissolution, sous le nom de baronne de Neukerk, Mme Pater finit par épouser Champcenetz en 1777. l’oublions pas qu’il était marquis, gouverneur de Bcllcvue et l’un des premiers valets de chambre du roi.

moiselle Hus, du même théâtre, qui a opéré ce miracle; il lui donne 30 louis par mois sans les cadeaux.

M. Bauclers, Anglais, a quitté aussi la Dubois et s’est chargé de la demoiselle Lebon, qu'on a vue en passade chez Brissault. Il lui donne 30 louis par mois. Cette demoiselle était ci-devant la maîtresse de l’abbé de Méran, prieur de Cézanneen-Brie. Elle est d'une très-jolie figure.

SOUPERS

Le 7 de ce mois, M. le duc de Fronsac a donné à souper , à sa petite maison de Pincourt, à M. le marquis de Confions. Ils avaient en filles les demoiselles l’Étoile et Dangeville, de chez la Héquet.

Ledit jour, M. le marquis de Persennat a donné à souper, à sa petite maison , à M. le procureur du roi, à M. de Lessigny et à plusieurs autres dont on ignore les noms, avec les demoiselles Julie et Saint-Cyr, de chez la Héquet.

Ledit jour, M. le comte de Turpin (1), M. de Lusignan (2) et M. de Lugeac ont soupé à la petite maison de la Héquet, avec les demoiselles Bellomme, Lucile et Dangeville.

Le 11, M. le marquis de Duras, M. du Ilallay etM. Duquesnay sont venus prendre chez la Héquet les demoiselles l'Étoile et Clarisse et ont été souper chez Maguy.

(I) Lancelot, comte de Turpin et nicstre de camp de cavalerie. 11 était licaufrérc de Lusignan.

1 2) " M . de Lusignan, qu’on appelait la grosse fêle, n’était pas dépourvu d'esprit, mais il manquait absolument de réllexion, et il avait pris l’habitude de dire naïvement tout ce qui se présentait à son imagination. Comme il n’avait point de méchanceté, on lui passait ce caractère qui lui donnait une teinte d’originalité. „ (Gf.nx.iso

Le 8, le baron de Wangen, M. de Paolucci, ambassadeur de Panne et le comte de Sarsalle ont soupé à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Parmentier , Lebon et Montplaisir.

Les Dames D£ Warsebero, de Vargemont et de Làstron. — Les * Demoiselles Leclerc et Dubois;

Mme de Warseberg fait éprouver mille tracasseries à Monseigneur le comte de la Marche, et on peut dire qu'elle exerce « ses grisons. Jour et nuil ils sont en campagne pour parvenir à lui faire remettre quelques-unes de ses lettres par le canal de la demoiselle Lebrun, sa femme de chambre. Mal à propos a-t-on annoncé dans la feuillo du 14 de ce mois que cette affaire avait été consommée lors de l’entrevue chez la demoiselle Pauquet, marchande de modes rue Saint-Denis. On sait très-certainement aujourd'hui qu’il n’v a eu que des arrangements préliminaires de pris et qui ont été dérangés par queiqu'indiscret , qui a fait entendre à cette dame que le prince était l'homme de son siècle le plus volage, et qu’il n'aurait pas plutôt obtenu ses faveurs qu’il chercherait une autre conquête. Cela lui donne mille craintes qu’elle a toutes les peines du monde à surmonter, car il est certain cependant qu’elle sent du penchant pour le prince. Elle s’en est même expliquée avec sa femmo de chambre, qui parait servir Son Altesse de tout son cœur , et il y a lieu de croire qu’avec de la persévérance Monseigneur en viendra à son honneur (toute femmo qui compose est aux trois quarts subjuguée). Et le prince la

poursuit avec un acharnement peu commun. Lundi dernier, après avoir soupe chez M. le prince de Conti . il partit à une heure après minuit pour se rendre à Versailles au bal que donnait Mme la princesse de Marsan, dans l'espérance d’y trouver Mme de Warseberg. Cependant un de mes gens l’avait averti que cette dame, qui effectivement était allée ce jour-là à Versailles, ne resterait pas au bal et qu’elle reviendrait souper à Paris. 11 ne voulut point l’en croire. Le fait s’est pourtant trouvé vrai ; il le tenait de la femme de chambre et le prince en a été pour sa course. Hier, 20 de ce mois, Son Altesse a . été plus heureuse; elle a soupé avec cette dame chez M. le président de Boulainvilliers (1), rue Notre-Dame-des-Victoires. Mais malgré cette aventure et le penchant de la baronne, cette conquête lui coûtera bien des soins, car j’ai ap- „ pris que cette dame avait des liaisons très-étroites avec M. le duc de Choiseul. On dit même qu’elles éclateront avant peu. Je me suis bien gardé d’en parler au prince.

M.deTourny (2), coloneldu régiment de la reine (cavalerie), depuis longtemps faisait une cour assidue à Mme la marquise de Vargemont, femme du colonel honoraire du régiment de Soubise. La campagne dernière avait empêché la conclusion de cette intrigue Mais au retour, M. de Tourny ayant toujours paru aussi empressé, celte dame a enfin comblé tousses désirs, et ils vivent jusqu'à présent les plus heureux amants du monde.

Mn,e la présidente de Lastron , demeurant rue de Richelieu, entretient parfaitement bien M. le chevalier Grisson, gendarme

(1) "On ne l'aimait pas dans le monde; mais il m’a toujours paru un bonhomme et il faisait fort bien les honneurs de chez lui. " (Gexlis.)

(2) Auber, marquis de Tourny. C’était le fils de l’ancien intendant de Bordeaux.

de la garde du roi. Il est hébergé, logé et bien vêtu, et a l'agrément de pouvoir amener manger chez elle ses amis. Aussi en use-t-il bien avec tous ses camarades, et l’on peut dire que la maison de cette présidente est exactement l’auberge de tous les gendarmes. Si dans tous les corps il se trouvait des femmes aussi complaisantes, les majors n'entendraient pas tant parler des dettes de leurs subordonnés , et ce serait fort commode pour aider à passer le quartier d’hiver.

M. le comte de Bentheim a quitté totalement, dimanche dernier, la demoiselle Leclerc qu’il entretenait depuis plusieurs années à gros frais. En voici la raison : M. de Bentheim étant resté à coucher chez elle dimanche, il ne fut pas plutôt endormi que cette demoiselle se lève sans bruit et s'en va avec sa femme de chambre au bal de l’Opéra. Lecomte, une heure après, se réveille, et ne la trouvant pas à côté de lui, il se doute de l’aventure , se lève à son tour et s’en va au bal bien masqué. Il aperçoit son infidèle qui donnait le bras à M. Montville; il s’approche d’elle et lui dit tranquillement : il faut croire que jusqu’à présent vous avez regardé le comte de Bentheim comme une bassinoire , mais vous vous ôtes trompée , car il pisse au lit. Et il s'est retiré sans lui rien dire de plus. La demoiselle Leclerc a paru très-interdite de ce propos, et à l’encolure elle a parfaitement reconnu le comte de Bentheim. Elle a fait tout le reste du bal une triste figure et s'est retirée chez elle, assez confuse, où effectivement elle, a trouvé son lit tout imbibé. C’est ainsi qu’on raconte cette rupture.

M. Fontaine, receveur général des finances, a repris la demoiselle Dubois, de la Comédie Française. Elle lui a fait toutes les promesses du monde de lui être fidèle; mais s’il se présente encore un Warseberg qui veuille lui donner 2-t.OOÜ livres, elle oubliera bientôt ses serments.

SOUPERS

Le 14, M. de Valence a donné à souper, chez lui, à M. le duc de Coigny, à M. son frère et à deux autres seigueurs dont on ignore les noms, à sa petite maison de Pincourt, avec les demoiselles Victoire, Elmirc et Lallemande, de chez la Deslongrais.

Le 1 5, le baron de Wangen, M. de Vierville, M. Begon, M. de Lalive d'Épinay (4) , M. de Villemur et M. Paolucci ont soupé à la petite maison de Brissatilt avec les demoiselles Durancy et David.

Le 20, le duc de la Trémouille, M. de Vierville et deux autres ont soupé à la petite maison du duc avec les demoiselles Verdault et Fleurier.

Les Demoiselles Benoit, Tisson, d'Albimcï, Damour et Lïho.n.

M. le duc de la \ .illiùre, depuis environ un mois, est lié avec une jeune personne Ûgée de dix-sept ans, grande, bien faite et d une très-jolie figure, qui demeure à Paris, rue Poissonnière, avec sa mère qu'on nomme Benoit et qu’on dit être native de Landau en Alsace. Ce seigneur en a fait la première

(1) Le mari de l'auteur des Mémoires.

connaissance chez Brissault, qui avait dessein de la lui procurer, mais s’étant aperçu qu'on lui tenait la dragée trop haute, il trouva le moyen, à l’insu de cet homme, de demander à la mère de celte demoiselle, qui était présente, son adresse, et dès le lendemain il envoya chez elle son grison pour les engager de venir le trouver à Montrouge. Ce qui fut exécuté selon ses désirs. Depuis ce temps-là , la jeune demoiselle n'a pas manqué de se rendre deux fois par semaine audit Montrouge. Cependant,’ on dit qu'il y a depuis peu du refroidissement de la part de M. le duc ,’ occasionné par l’intérêt de la mère, qui effectivement a les plus mauvais procédés pour sa fille, la maltraitant souvent et s’appropriant tout ce qu’on lui donne. Cette intrigue aurait pu rester encore longtemps secrète, si M. le duc avait continué de venir faire de temps à autre quelque passade chez Brissault. Mais ne le voyant pas du tout, cela ma fait soupçonner que M. le duc de la Vallière avait le cœur occupé. J’ai cherché à l’approfondir, et effectivement je ne me suis point trompé.

Le sieur Bronod , notaire, demeurant rue Saint-Avoie, entretient, à très-gros frais, la dame Tisson, dont le mari a acheté la charge de lieutenant de robe courte du sieur Lajannière, aujourd’hui mon coufrère. Cette femme coûte des sommes immenses à ce tabellion; elle demeure au Marais, vis-à-vis M. Chardon , lieutenant particulier; elle a aussi une maison de campagne délicieuse proche Vincennes et où il se rassemble très-bonne compagnie. Le sieur Bernard de Coubert est souvent de leurs parties, ainsi que la demoiselle Viringue, sa maîtresse. Cette femme Tisson est par elle-même fille d’une revendeuse; elle a été entretenue ci-devant par un nommé Grenier, bijoutier, qui l’a mariée avec le susdit Tisson et qui lui a prêté de l’argent pour acquérir la charge du sieur Lajannière. Il’ ne lui a pas fait là un fort grand présent.

La demoiselle d'Albiguy , après avoir élé entretenue par l'abbé Mongin, l'abbé Raymond et par l’abbé deBriac, dont elle a su tirer au moins 2,000 livres de rente sans compter un mobilier fort honnête , car ell#est fort parfaitement meublée, nippée et en diamants dans un appartement très-élégant quelle occupe rue Saint-Honoré, au premier étage, au Café Militaire, vient encore de trouver le secret de fixer en sa faveur, malgré qu’elle soit âgée pour le moins de trente-cinq ans sonnés, le sieur d’Esclaux, négociant de Bordeaux, logé à l’hôtel de Toulouse, rue Gilles-le-Cœur, qui se trouve à Paris présentement pour solliciter le payement de 700,000 livres que lui doit la marine. Ce négociant est une espèce d'imbécile qui croit aveuglément que la d’Albigny est la femme du monde la plus fidèle. Cependant, il est bien avéré qu’elle ne néglige pas de gagner deux louis avec le premier venu lorsque l’occasion s’en présente ; mais n’importe , cela n’empôche pas qu'il lui donne 25 louis par mois et qu’il ne lui fasse nombre de cadeaux très-distingués. J’ai connu cette fille, il y a dixhuit ans, servante chez un petit marchand sous les Charniers des Innocents, et aujourd'hui elle se fait très-bien servir.

M. le comte de Matuskine, Polonais d’origine, entretient, depuis le 25 de ce mois, la nommée Catherine Sallée, dite Damour; il lui donne 200 livres par mois pour ses menus plaisirs; elle demeure chez lui, rue des Fossoyeurs, vis-à-vis la rue du Canivet, derrière Saint-Sulpice, et il doit lui fournir en outre de sa nourriture tout ce dont elle aura besoin. Cette demoiselle est très-bien de figure, native d’Abbeville, et peut être âgée environ de dix-sept ans: elle sort présentement de chez la Dcslongrais, qui a su très-bien se faire payer son courtage.

M. Bauclers , Anglais , après avoir passé sa fantaisie avec la demoiselle Verdault, dite Lebon, et ce par l’entremise de Bris-

sault, moyennant 30 louis qu’il lui en a coûté, a prié le susdit Brissault de lui en procurer une autre. Comme cet homme a toujours en main des pièces de rechange, il lui a dans l'instant proposé la demoiselle Frontea#, dite Saint-Lo, demeurant rue Saint-Honoré, au coin de la rue Jean-et-l)enis, chez l'armurier, au deuxième étage. Cette tille est blonde, grande, bien faite et d’une figure très-intéressante; aussi a-t-elle été acceptée dans l’instant de notre Anglais. Il lui donne 30 louis par mois et doit lui augmenter considérablement ses meubles. J'ai donné l’histoire de cette demoiselle en la faisant connaître pour avoir été débauchée par M. de Roquemont, commandant du guet, chez son père, sellier, rue Meslé, ensuite pour avoir été entretenue par M. Farges de Polisy , maître des requêtes, gucrluchonnée alors par le sieur llupière, gendre de feu M. Jannel, prévôt de la conuestablerie , et pour avoir appartenu aussi à M. le comte de Rochefort après sa première brouille avec la demoiselle Dubois, de la Comédie Française. Aujourd’hui, malgré M. l’Anglais, elle continuera d'étre guerluchonnée par le sieur Sabalhier, fils d’un négociant de Lyon.

SOUPERS

Le 21 de ce mois, M. le duc de Fronsac a donné à souper, à sa petite maison de Pineourt, à M. le duc de Coigny et a deux autres seigneurs dont on ignore les noms, avec les demoiselles Rosan et Durfé.

Le 26 de ce mois, M. le comte de Thiart et le duc de Coigny ont soupe à la pelile maison de Brissault avec la demoiselle Fleurier.

Le» Dames de Warseberg, Pater et Lf.verc.er. — Les Demoiselles Parmentier, Yeemandois, Leblanc, Courcï.

Monseigneur le comte de la Marche , à qui j’ai eu l'honneur de parler ce soir à l'Opéra, m’a dit qu’il espérait demain réduire Mme de Warseberg. La demoiselle Lebrun, femme de chambre de ladite dame , est convenue avec le prince que demain, à sept heures du soir, elle l’introduirait dans l'appartement de sa maltresse. Son Altesse, en conséquence, doit se travestir en abbé. Il m'a ajouté qu’il aurait soin d'être muni de deux bons pistolets, crainte des rencontres fâcheuses; car sans cela , m'a-t-il dit, je pourrais bien être pris comme un sot.

Mme Pater est encore à Paris et demeure toujours rue de Tournon, à l'hôtel d’Entragues. Nos plus grands seigneurs lui font la cour, et M. le prince de Soubise est un des plus empressés. Le roi même n’ignore point cette intrigue; il semblerait au contraire qu’il veut la favoriser, caron prétend qu’il a dit à M. de Vintimille, en donnant l’ordre le soir du dernier bal de l’ambassadeur d'Espagne : Je suis persuadé que vous n’êtes point si jeune que le prince de Soubise et que vous irez vous coucher au lieu daller comme lui au bal. M. de Vintimille , en enrageant de tout son cœur , car il courtise de près ladite dame Pater , assura Sa Majesté qu’elle ne se trompait point. Il fut en effet se coucher, etM. le prince de Soubise passa toute la nuit au bal sans quitter d’un seul moment le bras de Mm« Pater.

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M. le comte de la Marche est excédé de tous les délais que

lui fait éprouver Mm* de Warsebergqui, au fond, si on en peut juger par la conduite qu’elle tient avec ce prince, est une franche coquette. Car, pourquoi, si elle n'a point envie de le satisfaire, recevoir ses lettres et souffrir que sa femme de chambre y fasse des réponses en son nom , qui lui donnent de l’espérance? Elle est même convenue avec lui qu’il n’enverra plus ses grisons chez elle, parce qu’ils commençaient d’y être suspects, et qu'on choisirait un lieu de dépôt où il ferait porter ses lettres, que sa femme de chambre irait chercher, et où elle laisserait ses réponses. Ce lieu a été indiqué rue Neuve-d'Orléans, à la porte Saint-Denis, chez une sevreuse d'enfants nommée (îrugelin; les lettres vont toujours leur train, mais rien n'avance, et la demoiselle Lebrun, femme de chambre, en attendant la conclusion, reçoit toujours l’or à pleines mains du prince et paraît prendre patience. Cette fille m'a l'air bien futée et je crois qu’elle fait courir le prince d'autant mieux, qu elle a envie de se marier avec le cuisinier du baron de Warseberg, et que cela ne nuit pointa sa dot. J'ai pris la liberté d’en instruire Monseigneur. 11 s'en aperçoit bien, mais il veut, à ce qu'il dit, en venir à son honneur. Pour moi, je doute très-fort qu'il réussisse.

M. de Périgny, maître des requêtes, demeurant rue de Richelieu, n’est plus, à ce qu’on dit, attaché à Mme Le Voyer d’Argenson. C’est aujourd'hui Mmt de Landry, femme du receveur général des finances de Riom, demeurant rue Gaillon, qui possède toutes ses affections.

M. Bauclers, Anglais, depuis qu'il a quitté la demoiselle Dubois, de la Comédie Française, a bien de la peine de se fixer. 11 vient d'abandonner aussi la demoiselle Yerdault, à laquelle il dounail 30 louis par mois, pour prendre la demoiselle Parmen-

tier, plus élégante, à la vérité, et bien meublée, avec laquelle il est arrangé moyennant 40 louis par mois et des boucles d'oreilles de 2,400 livres. Si cette intrigue dure, elle me mettra au fait de tous les Anglais, car M. Bauclcrs se propose d’y donner souvent à souper à ses amis, et cette demoiselle est exactement à ma dévotion.

Le fils de M. le duc de Bedford, arrivé depuis quelques jours à Paris, témoigne avoir beaucoup de penchant pour nos Françaises. C'est la demoiselle Vermandois. qui, jusqu'à présent, possède ses bonnes grâces. 11 est vrai que du côté de la figure, elle est fort aimable, mais elle est d’un très-mauvais caractère et a toujours eu des polissons à ses trousses. C’est aujourd’hui un nommé Saint-Léger, garde du roi, qui est son guerlucbon, et jamais elle n’a été si bien fuufilléc. Elle ne fait point l'éloge delà générosité de \1. de Bedford fils; il fait cependant uno grande dépense en promesses.

M. de Valence, logé au Palais-Royal , qui entretient depuis quelque temps la demoiselle Leblanc, demeurant rueBeaurepaire, est dans la plus grande inquiétude sur sa santé, à cause d’une lettrequi lui a été écrite par M. de Molivos, capitaine aux gardes françaises, par laquelle il lui marque que le sachant lié avec cette demoiselle, il est obligé, comme son ami, de l’avertir qu’ayant couché avec elle, elle lui a fait présent d’une galanterie des plus cuisantes. Cette lettre, écrite dans le vrai, a fait tout 1 effet qu’il en espérait. M. de Valence a rompu tout net avec cette fille.

M. le marquis de Duras entretient, comme il peut, la demoiselle Courcy, demeurant en chambre garnie à la porte Saint- Idartin. Il lui fait présentement passer les remèdes et lui a fait présentée quatre robes provenant d'une affaire qu’il a faite

chez M. Lhomme, marchand de soie, rue Saint-Denis. Cela ne l'empêche pas de courir tous les lieux de débauche et de s’amuser avec les filles. Il s'est présenté plusieurs fois chez Brissault, mais il ne veut point de sa pratique. Il le regarde comme de trop mauvaise compagnie. Effectivement, si on ne le connaissait pas, de la façon dont il est mis, on le prendrait pour le dernier des polissons.

Mmc de Villaumont a épousé depuis quelques jours, en troisième noces, M. le marquis de Peyre. Le sieur Judde de Grainville, grand-maltre des eaux et forêts, qui possédait depuis longtemps les bonnes grâces de cette dame, n'a pas pu cacher le chagrin que ce mariage lui cause et, pour s’en consoler, il cherche à prendre une petite fille connue sous le nom de Petit.

Les Dames DEBtifAiN, de Chateac-Moran, de Montbrcn, Pilion, de Ligne, de Montsauge.

Mrae la duchesse De Rumain, de la maison de Gamaches (1), demeurant rue des Saints-Pères, a pour M. de Roquelaure, évêque de Sentis (2), l’attachement le plus tendre, et ce prélat a pour les charmes de cette dame une dévotion qui va jusqu’à l’idolâtrie. Plût à Dieu que les intérêts de son diocèse lui fus-

(1) Nous ne voyons que Gabrielledc Gamaches qui puisse être désignée ici. Elle avait été mariée dès 1740 au vicomte et non au duc de Rumain, maréchal de camp.

(2) Promu l’épiscopat en 1761. — 11 n’était pas de la maison de l’ancien maréchal. Son nom était Bessuejouls-Roquelaure.

sent aussi chers. J'espère, dans la feuille prochaine, fournira ce sujet des détails fort intéressants.

M1”' de Chûteau-Moran, fille du président de Champeron, demeurant rue Payenne, à l’hôtel d’Erbouville , vit avec M. le commandeur de Soudeille (1) ; ils demeurent ensemble. M. de Soudeille a toujours eu un attachement singulier pour cette famille, car on prétend qu’il possédait aussi les bonnes grâces de feu M"1' de Champel-on.

Mœ* de Montbrun (2), femme d’un conseiller au grand conseil. séparée d’avec son mari, fille et sœur de MM. Bizot, maîtres des comptes, demeurant rue Courteau-Vilain, vivait trèstranquillement avec M. de Castelas, comte de Lyon. Mais cette dame étant devenue enceinte, elle a fait une fausse couche au bout de six mois de deux enfants. Ce qui a fait un éclat si considérable, qu’ils ont été obligés de se séparer totalement. Cette dame n’est point encore eutièrement rétablie et craint très-fort que son mari, qui a été instruit de sa fécondité, ne la contraigne de vivre dans un couvent. Pour M. le comte de Castelas, il cherche à pousser sa pointe vis-à-vis d’une jeune beauté, qui demeure rue des Bons-Enfants et qu’on dit être allemande. J’aurai soin d’approfondir cette nouvelle intrigue et j’en rendrai compte.

Mme Pillon, femme d’un homme ci-devant sous-fermier, demeurant rue de Berry, au Marais, entretient fort honnêtement M. Bouchette, mousquetaire noir; et pour vivre plus commodément dans ses amours, ce mousquetaire a l’air d’être en pension chez elle. Le mari est un bonhomme qui trouve tout bon. La paix subsiste dans le ménage; ainsi tout va bien.

(1) I.cs Soudeille étaient de Limousin et portaient les armes de Ventadour,

(2) Jtuuault de Montbrun, conseiller de 1741, à Sainte-Croix de la Bretonneric.

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