U 18 MARS
Les Dames de Bbionne ,dk Lisjioke, de Daucï; — Ica Demoiselles Camille, Lacboix, Veedault.
M. le prince Louis, de la maison de llolian, coadjuteur de Strasbourg, est tout à fait hors de danger. On assure qu'il doit aller passer sa convalescence à Rochefort (i), chez M. le prince de Montauban avecMme de Brionne qui, suivant la chronique, prend un intérêt bien tendre à la santé de M. l’abbé. Si cela est, il faut convenir que nos prélats ont le goût fin, et qu'avec un tel morceau on peut bien finir son carême.
Le prince Constantin, de la même maison, trouve dans les entretiens qu’il a avec Mmc de Lismore, un charme infini. Rien longtemps avant lui, Mgr l’archevêque de Cambrai en a éprouvé
(1) C'est de Rcclicfort-cn-Yveline qu’il est ici question. Le prince de Rolmn- Montauban était père du prince Louis et frère du prince Constantin.
"Je soupais souvent aussi, écrit Mme de Genlis dans ses Mémoires, avec le prince Louis de Rolian. 11 n’était pas un prêtre édifiant, mais il avait la figure la plus agréable, de la gaieté, de la grAcc; il causait d’une manière amusante, et toujours avec tant de légèreté et de frivolité, qu’il était fort difficile de juger de son esprit. Tout ce qu’on en savait, c’est qu’il est impossible d’être borné avec tant d'agrément. "
la douceur (4). Milord Talon dit fort plaisamment à ce sujet, à ceux qui veulent le blâmer sur la vie qu'il mène, que sa conduite est édifiante puisqu'il ne vit que des bienfaits de l’Église.
M. de Noé, évêque de Lescar (2), s’occupe fort peu du soin de son diocèse. M">e de Daucy, femme d’un conseiller au parlement de Pau, logée rue des Moulins, butte Saint-Roch, lui fait éprouver qu’il y a dans ce monde des béatitudes qui font prendre patience sur celles du ciel. 4
M. l’évêque d’Autun, premier aumônier du roi, sympathise très-bien avec M,ue de Surgère, demeurant au Marais, veuve d’un lieutenant-général mort, il y a un an ou deux. Cette dame, à ce que je crois, est fille de M,ne de Morville, et est encore fort aimable. On dit que ce prélat met dans tout ce qu’il fait avec cette dame une onction qui caractérise l’union la plus tendre.
Je me suis trompé dans mon travail du 4 de ce mois, lorsque j’ai avancé que c’était M. le duc de Caumont qui entretenait la demoiselle Camille, des Italiens. Il n’y en a plus do cette maison. C’est M. de Cromol (3), premier commis du contrôle
(1) Le 17 février 1762, l’avocat Marchand reprochait déjà cette liaison à M. de Cambrai dans le couplet suivant :
Cambrai, ce prêtre méprisé,
La boute de l’Église
Aux pieds de sa vieille beauté
Cherchant ce qu’il doit dire,
11 immole la vérité A l’amoureux délire.
(2) Promu à l’cpiscopat cette même année.
• S) “ Le ces laborieux sybarites, dit Marmontel à propos des premiers commis, le plus vif, le plus séduisant, le plus voluptueux était ce Croniot qu’on a vu depuis si brillant sous tant de ministres. La facilité, l’agrément, la prestesse de sou travail et surtout sa dextérité les captivaient eu dépit d’euxmêmes. i,
généra!, qui fait du bien à cette demoiselle et qui lui en fait même beaucoup. Ces deux noms, qui sont un peu analogues ensemble, avaient causé l’erreur dans laquelle un de mes correspondants m'avait fait tomber.
La demoiselle Lacroix, danseuse à la Comédie Italienne, pour remercier M. de Persennat, son amant, de lui avoir fait faire ses couches avec toutes sortes d’attentions, vient de le quitter, et elle a pris M. Bauclers, Anglais, qui lui donne 30 louis par mois.
M. le chevalier d’Harcourt s’est arrangé avec la demoiselle Verdault, sans prétendre la captiver, moyennant 12 louis par mois. Aussi use-t-elle bien de la permission, car, pour être plus à portée de la passade, elle a pris un appartement même maison que Brissault.
Le 8 de ce mois, M. le procureur du Roi, avec huit autres de ses amis, tous robins, ont soupe à la petite maison de la Hé— quet. Ils ont eux-mêmes fait faire la soupe. Ils avaient pour filles les demoiselles Melite et Laborde, qui logent rue des Saints-Pères.
Les Demoiselles Lavii.ard, Diîïlez, Verdavlt, Dibfort.
La demoiselle Lafilard, depuis la mort de M. son père, qui élait premier commis du Dépôt de la marine, menait une vie fort triste au couvent de Trenelle, où elle avait été obligée de
se retirer pour éviter les duretés de Mme sa mère, qui n'approuvait point du tout ses liaisons trop intimes avec M. de Chatulé, capitaine aux gardes françaises. Enfin, une heureuse apoplexie les a débarrassés de cette mère importune. 11 y a de cela environ trois mois, et Mlle Lafilard est sortie de son couvent. Aussitôt elle a pris un appartement fort honnête, rue Neuve des Petits-Champs. M. de Chatulé vient la voir tous les jours. On prétend que cette demoiselle jouit au moins de 6,000 livres de rente et que M. de Chatulé ne lardera pas à l'épouser.
M. le marquis de Saint-Herem, fils de M. de Montmorin, vient de prendre à ses appointements une jeune personne nommée Dupiez, qui demeure rue Beaurepaire. Il lui donne 300 livres par mois. Le marquis, en 1761, avait connu cette demoiselle, mais la guerre l’ayant obligé de se rendre à son régiment, il l'avait abandonnée. Elle a été obligée, pour se soutenir en son absence, de se prêter à la passade, même de demeurer quelque temps chez la Montigny. Enfin, elle regarde aujourd'hui ses malheurs comme finis, l’amour du marquis lui faisant envisager l’avenir le plus heureux.
M. le marquis de Clermont, colonel du régiment de Penthièvre, s'est arrangé avec la demoiselle Verdault, moyennant 10 louis par mois. Cette demoiselle est très-aimable, mais elle ne tardera pas à passer. Elle se prodigue trop chez Brissault.
Le major de la Treille, Anglais, a fait emplette d’une trèsjolie maîtresse, nommée M11' Durfort. Elle est ûgée de quinze ans et demi, native de Metz, et appartient à de très-honnêtes gens. Cette demoiselle est arrivée à Paris il y a environ trois semaines; elle a débarqué chez sa sœur, qui est mariée à un
commis et qui demeure rue Dauphine, au Magasin de Montpellier. Son intention était d’entrer chez une marchande do modes, mais les propositions brillantes de l'Anglais ont ébloui la sœur et le beau-frère. Ils ont consenti à cette intrigue moyennant que l’Anglais lui monterait une garde-robe, qu’il lui donnerait 600 livres par mois et qu’il consentirait à ce qu’elle restât chez lui à demeure. Toutes ces conditions ont été acceptées et exécutées.
Il parait que M. Duvivier, commissaire des guerres, commence à se lasser des charmes de Mme de Hoquemont, épouse du commandant du Guet. Il est vrai que depuis plusieurs années il cultive les appas de cette dame, et rien au monde ne s’use si vite que l’amour. Enfin, soit dégoût, ou pour se remettre en appétit, il vient présentement rendre quelques visites à Brissaulf.
I)U 1er AVRIL 1663.
Les Demoiselles Michelet, Collette, Latorest, Dcrancv, Lavavlt.
M. le prévôt des marchands(1)apour maîtresse une nommée M1" Michelet, fille déjà d’un certain ûgc, que le peuple galant semblait avoir abandonnée. Il lui fait beaucoup de bien. Elle demeure faubourg Saint-Germain, rue Saint-Benoît. Le chevalier Dugas, officier aux gardes françaises, prend soin de lui donner des conseils, et en revanche, elle lui donne au moins la dlme des bienfaits que lui fait M. de Viannes.
(1) 1. B. Camus de Pontcarré, 6eigueur de Viannes, rue de Varennes.
M. le chevalier de Launay, officier aux gardes françaises, partage avec M. le prince de Marsan les faveurs de M,n' Milon deSenneville. J'ai déjà annoncé, dans mes feuillesprécédentes, que ce chevalier a à discrétion M"14 de Perusse.
M. do la Roche-Montbrun , officier aux gardes françaises, vit avec une nommée M"14 Destouches, femme d'un vitrier fort riche, demeurant rue du Gros-Chenet. 11 en tire beaucoup d'argent et il dit à ses amis qu'il ne la quittera que lorsqu’elle sera entièrement ruinée. Celte femme, cependant, est fort aimable, et sans passer pour commettre un crime, on pourrait bien l'aimer pour elle-même.
M. le marquis de Lignerac a pris la demoiselle Collette, de la Comédie Italienne, à raison de 20 louis par mois. Cette demoiselle vivait ci-devant avec le sieur Rozclti, mais depuis qu'il a su qu elle lui avait fait des infidélités avec M. de Sabran, il l'a abandonnée.
On assure que M. le chevalier de Bezons vit avec la demoiselle Laforest et que, comme cette demoiselle a beaucoup de créanciers et qu i! n'a pas beaucoup d’argent à lui donner pour le présent, il s'est engagé à payer partie de ses dettes dans quelque temps d’ici.
La demoiselle Durancy a accouché le 18 du mois de mars d'une petite fille. Comme cette demoiselle est très-jolie, plusieurs personnes s'empressent de lui fournir des secours pendant le temps de ses couches, afin de pouvoir .avoir l etrenne aux relcvaillcs, entre autres M. Mercier, fermier général, M. d’Épernon, député du commerce de Lyon, M. de Valence et le marquis de Palisse. M. le duc de Grammont s'en mêle aussi, et en cela il parait un peu mieux fondé que les autres,
car il y a lieu de croire que la petite fille provient de ses œuvres.
M. le marquis de Beguinvilliers a pris la demoiselle Lavault sans prétendre la gêner, moyennant 15 louis par mois. Elle espère, par le canal de Brissault, attraper un bon Anglais, mais ces messicurs-là ne veulent point entretenir, et toutes nos femmes de commerce commencent à y renoncer. Elles sont désespérées et humiliées de toutes les avances qu'elles leur ont faites. Le seul Bauclers a l’air d'entretenir, encore ne les garde-t-il toutau plus qu’un mois.
Les Demoiselles Dupin, Dornaï, Raïk, Sennuterjie, Ysbdault.
M. le marquis de Bezons, demeurant à la Grange-Batelière, va rendre de fréquentes visites à la demoiselle Dupin, demeurant rue Montorgueil, ci-devant entretenue par M. le comte de Rangrave. M. de Bezons en a fait connaissance chez une nommée Taffin, rue Montmartre, au Café d'Arborat, et si on doit s’en rapportera cette femme, il lui donne 15 louis par mois. Cette demoiselle est présentement guerluchonnée par un jeune homme nommé Daudé, qui couche tous les jours avec elle. M. l’abbé Darty lui fait aussi quelque bien, sans compter ce qu’elle fait chez Brissault.
M. de Saint-Jean, Anglais fort aimable, s étant trouvé un des jours de cette semaine à souper chez M. le baron de Wangen, à la porte Saint-Denis, fut chargé de reconduire la
demoiselle Dornay, figurante dans les ballets de l'Opéra, entretenue aujourd'hui par M. de Fontanieu. Chemin faisant, il lui fit connaître tout simplement l'envie qu’il avait de coucher avec elle. Cette demoiselle, avec la même franchise, lui demanda cent louis. L’Anglais offrit tout ce qu’il avait dans sa bourse. Dornay l’ayant soulevée, jugea apparemment par le poids, que ce qui était dedans devait approcher de son compte; elle la mit dans sa poche et M. de Saint-Jean fut coucher avec elle. Le lendemain il s'est retiré de bonne heure, plein de satisfaction, croyant avoir attrapé Dornay, parce qu'il prétend qu’il n’y availdans sa bourse que42 louis. Pour moi, je pense, au contraire, que cette demoiselle voudrait bien qu’on lui jouât tous les jours de pareilles espiègleries.
La demoiselle Raye a dû aussi avoir hier au soir une becquée de 50 louis de M. Bauclers, Anglais. On attend incessamment à Paris beaucoup de particuliers de cette nation fort riches, et nos demoiselles espèrent avec le temps les mettre sur le pied français, c’est-à-dire dans le goût de se ruiner pour elles. Je ne. sais pas môme si elles ne sont pas convenues entre elles d’un prix pour la première qui coulera à fond entièrement un Anglais.
M. de Senac, fermier général, sans avoir l’air d’entretenir la demoiselle Senneterre, ne laisse pas que de lui faire beaucoup de bien; il soupe avec elle deux à trois fois par semaine et chaque fois il lui donne une pincée de louis. Cette demoiselle s'accommode très-bien de cet arrangement, qui ne la gène point. Tous les jours elle couche avec Saint-Léger, garde du roi, qui est bien un des plus beaux cavaliers qu’on puisse voir.
SOUPERS
M. Sluart, le colonel, et un de ses parents nommé aussi Stuart, ont soupe le 7 de ce mois à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Verdault et Seuneterre.
Le 11, M. Stuart, colonel, a soupe au mémo lieu avec la demoiselle Verdault.
Le» Demoiselle» Coraux», dk Fuxkï et Vzrdallt.
La demoiselle Coraline a tout le temps aujourd’hui de se repentir de l’attachement qu’elle a eu pour M. de Letorière, officier aux gardes françaises. Avant la longue détention qu'il vient d’essuver dans les prisons de l'Abbaye, elle lui avait confié une montre enrichie de diamants, pour y faire faire quelques réparations; elle lui avait prôlé aussi, dans des moments urgents, sept à huit mille livres. Présentement qu'il a sa liberté, il ne veut lui rendre ni sa montre ni son argent; il ne veut pas même lui en faire un billet. Coraline est outrée, d’autant mieux qu'elle a appris qu’il avait mis sa montre en gage. De Letorière, au contraire , joue l’homme piqué, et dit qu’il est affreux à elle de l’avoir abandonné pendant sa prison et d’avoir fait choix du sieur de Saint-Crix , officier dans son même régiment; que sans celte conduite, son premier soin aurait été de la satisfaire, mais qu’il veut la punir de son infidélité. Coraline est assez embarrassée; elle ne voudrait point
faire un éclat, qui pourrait revenir à M. le comte de la Marche, qu’elle est toujours bien aise de conserver. Il en sera toujours ceci c’est que malgré les soins do leurs amis communs qui s'entremêlent pour les accorder, si de Letorière tiem bon, il ne restituera rien (1).
M. le prince de Rohan est toujours occupé de M’"' de Fleury, ci-devant Mllc Dufresne. Il y a quelques jours que ce prince, qui est dans ses terres pour l’arrangement de ses affaires, est venu à Paris; il l’a assurée que tout ce qu’elle devait serait incessamment payé, qu’il avait vendu deux terres 1,400.000 livres, qu’il faisait faire une coupe de bois qui rendrait plus de 500,000 livres ; qu’avec ce produit, il payerait toutes ses dettes, et n’en serait pas moins riche, parce que, par le renouvellement des baux de scs autres biens, qui arriverait positivement dans ce moment-ci, et qui étaient portés beaucoup plus haut, il se trouverait toujours avoir le même revenu; ainsi qu’elle pouvait compter qu’il agirait toujours de même avec elle. M1110 de Fleury, qui connaît son faible, fait fond sur cette espérance. Ce prince est retourné dans ses terres, et en attendant son retour et l’accomplissement de ses promesses, elle s’en fait donner par un assez vilain homme, nommé Huet, marchand d’argent, dont le sieur Dupuis, mon confrère, doit avoir souci) Cet abus de confiance, digne d’un souteneur de bus étage, dépoétise un peu le type que le roman de Sue a rendu si charmant de nos jours.
Le récit qu’il a fait de sa fin est plus véridique, si nous en jugeons par ces deux passages des Mémoires secrets :
h j,c 24 mai 1774. M. le marquis de Letorière, un des plus beaux hommes de Paris, la coqueluche des femmes et renommé par scs bonnes fortunes, ayant été trop fréquemment à Versailles pendant la maladie du feu Roi, y a vraisemblablement gagné la petite vérole et en est très-mal. C’est une grande désolation parmi les femmes galantes de Paris, car il y a au moins à parier qu’il y perdra sa charmante figure.
" Le 26 mai. Le marquis de Letorière est mort et toutes les filles gémissent sur la perte de ce miroir d putains. C’est ainsi qu’elles l’appelaient. "
vent parlé. Si c’est le besoin qui engage cette demoiselle à avoir ces complaisances, c’est en vérité payer un furieux intérêt.
M. Stuart, le colonel, a pris la demoiselle Verdault, sur le pied de 20 louis par mois. Il lui fait en outre nombre de cadeaux, comme robes, dentelles, et a grand soin de lui fournir sa cave de bon vin. Cela n'empêche pas cette tille de se prêter à la passade chez Brissault.
Lus Demoiselles Sokin, de la Geaizikkk et Tektart.
Depuis près de deux ans, ildemcure rue des Saints-Pères une Anglaise, nommée Ml,e Sorin, grande, bien faite, et Agée d'environ 30 ans, d’une jolie figure, laquelle, à ce qu’on assure, reçoit tous les mois, par les mains de M Wau Eyck (1), envoyé de Bavière, une pension d'Espagne de 200 livres. Elle monte souvent à cheval en homme, et toutes les fois qu’elle prend cet amusement, c'est M. de Bernage, ci-devant prévôt des marchands, qui lui prête un cheval et qui la fait accompagner par un de ses gens. M. de Lalive, conseiller au Parlement, lui rend aussi de fréquentes visites. Cependant, elle se trouve aujourd'hui fort embarrassée, car elle a écrit à Brissault de lui venir parler, et lui a dit qu’elle venait de perdre un procès qui la gênait fort, qu'elle lui serait très-obligée s’il pouvait lui
(1) M. le comte Wan Eyck, envoyé de l’Électeur de Bavière, rue Saint- Antoine, à l’hôtel de Beauvais.
trouver quelqu’un qui l'obligeât de 25 louis, qu'elle aurait eu échange toutes les complaisances qu'un galant homme pouvait désirer, mais surtout qu'il fallait tenir cela fort secret, afin que M. de Sartines n on fut point instruit, parce qu'elle en était fort connue et que cela pourrait lui préjudicier pour les affaires qu’elle avait à Taris.
M. d’Ogny (I), trésorier des étals de bourgogne, a doublé les honoraires qu’il donnait à M,,ie de la Glaizière, depuis plusieurs années sa maltresse. Il lui donne présentement 50 louis pur mois et lui a fait présent de beaucoup d'argenterie. Il a la complaisance aussi de lui souffrir pour guerluchon un jouue homme, gendarme, fils d'un tapissier de la rue Coquillière, et cette dame, pour ne point se brouiller avec sa famille, couche presque tous les jours avec son beau-frère, grand prévôt d’Orléans. Elle demeure toujours rue des Bons-Enfants, dans uq appariement que M. d’Ogny lui a fait meubler magnifiquement, car auparavant cet état brillant, quoique veuve d’un gendarme de la garde et appartenant à une famille très-honnête, elleélait sous la magistrature de M. Berlin, totalement à la discrétion do Brissault, chez qui elle a fait la connaissance deM. d'Ogny.
M. le comte de Bentheim a été cette semaine rendre visite à la demoiselle Testart, qui vit avec M. deSormany; il lui a fait entendre qu'aussitôt qu'elle serait accouchée, il la prendrait à ses appointements et quitterait la demoiselle Leclerc, aujourd'hui sa maîtresse. En attendant, il lui a donné une pincée de louis; je crois que Sormany ne sera pas fâché d’en être débarrassé.
(1) M. Rigoley d'Ogny.
as.
SOUPERS
Le 21, M. de Vinlimillo et M. de Montigny ont soupe ii la petite maison de la Hoquet avec les demoiselles Lucour, Fontenay et Julie.
Le 23, M. de Saint-Jean, M. Stuart et un de lours amis, aussi Anglais, ont soupe à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Lavault, Harroirc et Verdault.
Le 24, les deux MM. Cassenau frères, milord Ponthieu et trois autres Anglais ont soupe avec les demoiselles Lavault, Harroirc, Senneterre, Duplessis et Maisonville, à la petite maison de Brissault.
Les Dames ut Soltikoïb et u’Escobai lle. — Les Demoiselles l'tjuu tnt, S.MNT-Lo et IlAKROIBt.
Il se passe ici une intrigue que tout le monde ignore et dont je crois devoir rendre compte. Mlue de Soltikoff, épouse du ministre de Russie, peut sans contredit passer (>our une trèsaimable femme, et d'autant plus intéressante, que depuis longtemps elle a peu d’estime pour son mari, dont elle craint même les approches. Cependant elle conserve avec lui, aux yeux du public, des dehors d'honnôleté, et cache avec grand soin sa conduite, parce que M. de SollikofT, quoique peu attentif à ses charmes, témoigne néanmoins en être fort jaloux, et c’est assez l’usage des maris qui ne se rendent point justice. Mais sa femme, malgré tous ses espions, trouve parfaitement le moyen de prendre sa revanche, et presque tous les jours elle a
le plaisir de voir son amant, il est vrai que la crainte où elle est continuellement d’être surprise, fait qu’elle est peu à son aise pour prendre ses ébats; mais la vengeance a pour les dames tant d'attraits, qu'elles ne regardent point de si près. En outre, celui qu’elle a choisi est peu sur les façons. C’est un ancien gendarme de la garde, âgé d’environ 45 ans, nommé M. d’Aymard de Villemare, bon gentilhomme et portant une figure à la Saxe, qui demeure à Taris, rue d’Enfer, chez Mrae la marquise d’Escoraille. Comme c’est un garçon à argent, je crois que les anciennes dettes de M. de Soltikoff lui ont donné accès chez lui et ont commencé la liaison qui est entre celte dame et lui. Cependant, il faut croire que par la suite il s’est rendu suspect au mari, car il ne va plus chez ce ministre; mais comme M™* de Soltikoff est sûre de la fidélité de son cocher et de ses laquais, elle lui donne des rendez-vous dans son carrosse, et c’est ordinairement rue Saint-Martin, au coin de la rue Montmorency ou de celle Transnonain, toujours sur la brune. Alors le sieur d’Aymard jouit comme il peut de la dame, non pas sans inquiétude, car on m’a instruit qu’il portait toujours sur lui des pistolets de poche. Ceci doit paraître fabuleux, mais j’espère, le travail prochain, en fournir la preuve complète et avoir en main une lettre de celte dame écrite à notre gendarme, et comme ledit sieur d’Aymard sollicite un de ses amis de lui prêter sa maison pour être plus commodément avec celle dame, et qu’on est disposé à le satisfaire, ce même ami, qui est à ma dévotion, m’a offert, voyant mes doutes à ce sujet (car en semblable matière, il faut toujours avoir l’air de douter de tout pour mieux s’assurer des faits) de me faire entendre d’une chambre voisine toute leur conversation. Voyant combien il paraissait ferme dans son dire, je lui ai dit que je me contenterais d’une lettre de celte dame.
La demoiselle Ferrière, ci-devant figurante dans les ballets
de l'Opéra, est certainement d’un éclat très-brillant. Tous les jours on la voit au spectacle, couverte de diamants, et bien des gens ignorent, car elle n’est point jolie, d'où elle emprunte. Pour moi, je suis un peu mieux informé que le vulgaire; je n'en suis point étonné. Cette fille, ou pour mieux dire cette femme, car elle est mariée au nommé Desert , ci-devant ganimède du prince Galitzin, est d'un intérêt sordide et a toujours sacrifié ses plaisirs à l’augmentation de sa fortune. La conduite qu’elle tient aujourd'hui en est bien une preuve. Tout à la fois elle reçoit les offrandes de M. de llreget (1), doyen des conseillers du grand conseil, de M. de Vaulgrenant (2), qui a été ambassadeur en Espagne, et de M. de Malezicux d’Estournelle, ancien secrétaire des Suisses et Grisons. Ces trois vieux paillards s'empressent à l’envi l’un do l’autre pour la combler, et elle, pleine de reconnaissance, a pour ce triumvirat toutes les complaisances imaginables; ils sont contents tous trois, parce qu'ils ne lui voient point à ses trousses de jeunes gens et qu’elle ne fréquente aucune femme. Elle ne sort jamais qu’avec une femme de chambre.
M. de Saint-Jean, Anglais, a pris MUc Saint-Lo à raison de 25 louis par mois, et crainte d’ôtre trompé, il lui a dit qu’il ne prétendait point la gêner et qu’il voulait qu’elle ne le regardât que comme un guerluchon. Cette demoiselle trouva ces arrangements très-fort de son goût.
Milord Ponlhieu, duc écossais, logé à Paris, rue Neuve des Petits-Champs, à l'hôtel d'Orléans, s'est chargé de la demoiselle Harroirc, moyennant 50 louis par mois. Cet Anglais n’a
( I ) M. de Bregct, conseiller depuis 1717, rue Saint-Victor, né eu 1695. — Il avait donc 68 ans.
(2) Dès 1734, le comte de Vaulgrenant avait l’ambassade de Sardaigne, qu’il quitta plus tard pour celles de Madrid et de Saint-Pétersbourg.
pas l’air fort séduisant, car il porte toujours des lunettes. Cependant il est encore jeune et passe pour être fort riche. Cette qualité répare bien des défauts. Cette demoiselle Harroire est la même qui fut mise à l'hôpital pour avoir jeté dans la rue un ordre du roi, que je lui avais notifié pour s’en retourner dans son pays, et qui avait vécu avec M. Maynaud fils, conseiller au Parlement. La présence de cette fille à Paris ne laisse point que d'inquiéter M. Maynaud père, car on m’a dit que, dernièrement, il avait trouvé son fils chez elle, malgré que ce jeune homme entretient la demoiselle Paillon, ci-devant figurante aux Italiens.
SOUPERS
Le 29 avril, la Héquet a envoyé souper a lu petite maison de M. le marquis de Duras, rue de Neuilly, faubourg Saint-Antoine, les demoiselles Fontenay et Lucile. Le frère de M. de Duras était ù ce souper avec deux de leurs amis.
Le 30, milord Tavistock, un de ses neveux, et M. de Saint- Jean, Anglais, ont soupe à la petite maison de Hrissault avec les demoiselles Muisonville, Duplessis et Bellecourt.
Le 2 mai, M. de Saulteux (1 ), commissaire des guerres, attaché à M. le maréchal d’Estrée, et deux Anglais dont on ignore les noms, ontsoupé chez Brissault avec les demoiselles Dubuisson, Lavault et Sennelerre.
Le i, M. Pagnier, banquier, RL Chavanne, M. Cassenau, Hollandais, et trois autres étrangers, ont soupé chez Brissault avec les demoiselles Dubuisson, Lavault et Duplessis.
Le 5 mai, M. le marquis de Beguinvilliers et un de ses amis ont dîné chez Brissault avec les demoiselles Maisonville et Fanchon, négresse.
(I) Son vrai nom est Dezoteux.