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Les Demoiselles Layobest, Lyonnais, Mari ion y, Dl-riy, Noyan et Duuirxï.
Dimanche dernier, le bal ne fui pas brillant aux Tuileries. A peine y pouvait-on compter six femmes comme il faut; mais en revanche, il abondait en filles, et la demoiselle Laforest y fut très-humiliée. Voici le fait : M. le chevalier de Bezons a vécu quelque temps avec celle fille, et pour reconnaître les services qu’il lui a rendus, elle lui a procuré une galanterie des plus chaudes. Le chevalier en a conservé un vif ressentiment et a cherché toutes les occasions de s’en venger en publiant partout le présent qu’elle lui avait fait, et dernièrement l'avant trouvée au bal, il lui attacha dans la foule sur le dos do son domino une polissonnerie vulgairement appelée redingote anglaise. La demoisello Laforest fit plusieurs tours dans le bal sans s’en apercevoir et occasionna beaucoup de mauvaises plaisanteries. Enfin, une de ses amies eut la bonté de lui détacher ce nœud d’épaule de nouvelle fabrique. Alors ce fut une huée de tout le bal qui ne fut point à l’avantago de cette demoiselle; elle s’est retirée très-confuse et le chevalier de Bezons très-satisfait.
M. de Vaudreuil (1), jeune homme fort aimable, est aujourd’hui en possession du cœur de Mme de Nantouillet de Marly,
(1) C’est le fils aind du marquis de Vaudreuil, qui commandait à Saint — Domingue. Il mourut en 1817 pair de France et gouverneur du Louvre, après avoir eu bien des succès il la cour de Louis XVI.
femme du fermier général. Celle dame, ci-devant avait eu un caprice pour le chevalier de Méra, officier aux gardes françaises ; mais ses anciens engagements avec M“>* de Fleury lui ont fait du tort dans l’esprit de la financière. M. de Vaudreuil est officier de gendarmerie.
M. de Bonbelle, aide major des gardes françaises, entretient très-décemment la demoiselle Lyonnais, danseuse à l'Opéra. Celte demoiselle n’est plus de la première jeunesse, mais elle se soutient très-bien et mérite à tous égards de l’emporter sur ses compagnes.
M. de Fitzmorice, jeune Anglais, demeurant rue Croix des Petits-Champs, a pris la demoiselle Marligny, figurante dans les ballets de l’Opéra, moyennant HO louis par mois. Depuis longtemps cette demoiselle vivait de ménage, et avait grand besoin d’une pareille aubaine. Elle passe pour savoir tirer parti d’un bomme, et pour peu que M. l’Anglais ait des dispositions, elle le mènera loin. Celte demoiselle demeure rue du Hasard.
Il faut croire que le nom de Deschamps est pour une fille qui débute dans le monde et qui a de l’ambition , un présage heureux, car je connais nombre de demoiselles qui ont adopté ce nom. Pour moi , je crois au contraire qu’il commence à s'user; mais n’importe, la demoiselle Durey, native de Chartres, a cru devoir en faire usage. Cette fille est arrivée à Paris, il y a dix-huit mois, âgée de 20 ans ; elle a été très-bien élevée par une tante nommée M1"* de Lenoncourt, femme du subdélégué de Champlit, près Langres, qui l’a mise au couvent, et lui a laissé en mourant une somme de 2,000 livres; mais la mère de cette demoiselle, veuve d’un perruquier, a fort mal usé do cet argent, et après l'avoir dissipé, apercevant dans sa
tille des charmes qui promettaient, elle est venue à Paris avec elle, chercher fortune. Effectivement, jusqu’à présent, cela leur a réussi. M. de Mariguy, ancien chevalier de Saint-Louis, s’est amouraché de la fille, et lui a donné, il y a un an, des petits meubles et de quoi paraître honorablement; mais la parure ayant fait connaître a cette demoiselle ce qu'elle valait, l’ambition s’en est mélée. En conséquence, on s’est montrée au spectacle, dans l’intention de faire une connaissance avantageuse, et M. de Lavalonne (1), commissaire dos guerres, s’est pris au trébuchet ; il a offert 20 louis par mois et trois robes de saison : il a été accepté. Cependant ils sont tombés d’accord que pendant quelque temps, on ménagerait encore BI. de Marigny, qui doit sous un mois s’en aller en province et faire un présent avant de partir. Cette demoiselle est connue aujourd'hui sous le nom de Deschamps.
La demoiselle Noyan, que M. le marquis de Duras avait prise à sa petite maison à la barrière de Neuilly, s’en est échappée, parce qu’elle s’est aperçue qu’elle servait de couverture à la passion que ce jeune seigneur conserve toujours pour la demoiselle Beauvoisin, entretenue par M. Douet de la Saulaye, maître des requêtes, et qu’en outre elle mourait pour ainsi dire de faim dans cette maison. La demoiselle Noyan assure que la demoiselle Beauvoisin vient très-fréquemment à cette petite maison et que toutes les ressources d'argent que ce marquis peut faire sont pour elle ; qu’ils s'aiment toujours à la fureur, et qu’ils n'attendent qu’un temps plus heureux pour se voir sans contrainte.
Le baron de Saint -Crix, officier aux gardes françaises, grand, jeune, et l’officier le mieux fait qui soit dans tout le re-
(1) Il avait été attache h l'ancien maréchal de Nangis.