TH
gimeut, en attendant quclqu’avenlure brillante, s’amuse avec la demoiselle Lafond, danseuse aux italiens, qui est entretenue par M. Sainson, lieutenant des Cent-Suisses, son ami.
M. de Marville, receveur général des finances d'Amiens, depuis la mort de M. son père, s'est chargé totalement de la dépense de la demoiselle Dumirey, danseuse à l'Opéra, et on peut dire qu'il ne lui laisse rien à désirer. M. Godeau, lieutenant criminel de robe courte, aurait grande envie de la guerluchonner et fonde de grandes espérances sur le logement qu'il va occuper eu face de chez elle, rue Neuvc-Saint-Euslache. On m'a dit que malgré son indignation pour la demoiselle Saron, il continuait de la fréquenter et qu'on l’a vu dernièrement à ses genoux, apparemment pour lui demander pardon des plaintes qu’il vous avait portées contre elle. Ce serait bien employé si elle lui faisait faire une bonne école.
SOUPERS
Le 7 de ce mois, M. d'Épinay, ci-devant fermier général, le président de Salaberry etM. de Francueil (1), demeurant à la chaussée d'Antin, ont soupe à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Dubuisson, Maisonville et Duplessis.
(1) Receveur général (les finances, fils du fermier général Dupin, auteur des Observations sur V Esprit des Lois, bien connu des lecteurs des Mémoires de Mme d’Kpinay, qui en trace le portrait suivant :
" 11 a une politesse si aisée, de la grâce à tout ce qu’il fait, une complaisance, une douceur charmante ; sa figure prévient eu sa faveur et sa conversation a tant d’intérét qu’on ne peut sc défendre d’en prendre beaucoup à lui. Auprès de qui ne réussirait-il pas? 11 peint d merveille ; il est grand compositeur en musique; il a toutes sortes de connaissances et une gaîté précieuse pour moi. „
11 est vrai que plus tard Mme d’Kpinay y ajoutait ces lignes :
" Francueil! Francueil!... Tu as abusé de l’empire que tu t’es reconnu sur moi. Comment t’aurais-je résisté à toi que j’adore encore malgré ta séduction... Oui, tu seras à jamais l’objet de toute ma tendresse. „
Et pendant co temps le mari et l’amant soupaient chez Brissault.
Le 8, M. de Vierville et M. de Molinos, capitaine aux gardes françaises, ont soupé chez Drissault avec la demoiselle Maisonville et la demoiselle Deschamps. Ce n’est pas la même dont il a été parlé.
Le 12, milord Tavislock, M. de Saint-Jean et milord Robinson ont soupé chez Brissault avec les demoiselles Dubuisson, Deschamps et Luzi, qui demeure rue de Condé.
Les Demoiselles Allabd, Maisonneuve, Saint-Juuen, Noïan et Alkxandhine.
M. le duc de Mazarin, depuis son accident (1), s'est montré hier pour la première fois à la Comédie Italienne. La demoiselle Allard, sa maîtresse, l’avait prévenu de quelques instants. Elle était mise avec le goût le plus élégant et jamais elle n’a paru plus aimable. Elle était placée à la sixième loge du côté de la reine et paraissait un peu inquiète. Mais aussitôt que le duc a paru à la porte de l’amphithéâtre, on lui a vu prendre un air riant et tourner sur lui des regards où toute la volupté était
(I) L’accident en question avait intrigue tout Paris pendant plusieurs jours. Un beau matin, on avait trouvé le duc de Mazarin étendu et le corps à moitié rompu au bas de l'escalier de sa maîtresse, Mme Allard. La cause de ces contusions, qu’on essaya d’ubord de mettre sur le compte d’une chute involontaire, finit cependant par éclater. On sut qu’un rival s’était trouvé là juste à point pour faire essuyer au malheureux duc un traitement peu digne d’une personne aussi qualifiée.
La fermentation que cet événement avait causée dans le public et les propos méchants de ses camarades (jalouses d’ailleurs de la protection que M. de Mazarin lui accordait depuis longtemps) avaient décidé Mme Allard à demander sa retraite.
peinte. Le duc lui a répondu d’un air plein de langueur , et il m’a semblé que le public goûtait assez l'énergie de cette scène muette. Reste à savoir si elle était bien naturelle.
On prétend que M. Bertin, trésorier des parties casuelles, en attendant son mariage avec Mllc de Jumilhac, fille du gouverneur de la Bastille, s’amuse à défricher la demoiselle Mai-, sonneuve, jeune actrice débutante aux Français dans les rôles d’amoureuse. Cette demoiselle n’est pas jolie ; elle n’a pour elle que sa grande jeunesse et l’air naturel avec lequel elle joue; mais depuis longtemps M. Berlin est connu pour aimer à monter des gardes, et en vérité, on peut dire qu’il a trouve de quoi exercer son goût, car celle jeune personne paraît en avoir grand besoin, et tout le monde sait qu’elle est fille de la demoiselle Mille, receveuse des billets du parterre et femme de chambre de la demoiselle Gaussin.
M. le chevalier de Coigny a pris depuis quelque temps des arrangements avec M"'* de Saint-Julien, épouse du receveur général du clergé, et cette dame, pour faciliter celte intrigue, a trouvé le moyen , par une mauvaise querelle , de renvoyer son cocher et de prendre celui du chevalier de Coigny, qui s’est venu présenter à son mari comme sortant d’une autre maison, mais suivant tonte apparence dont le maître est à la dévotion de M. de Coigny. Il a été accepté. Il faut avouer que ces pauvres maris sont bien faits pour être dupés.
M. le marquis de Rochechouart s’est chargé de la demoiselle Noyan, ci-devant demeurant à la petite maison de M. le marquis de Duras; il lui donne 15 louis par mois sans prétendre la gêner. On voit aujourd'hui beaucoup de ces sortes d'entretiens. Cela veut dire en bon français : « Vous me plaisez un peu mieux qu’une autre et je ne veux pas moins dépenser que
celle somme pour les passades que je fuis, ce qui pourrait monter à une somme beaucoup plus forte si j'étais obligé de passer parles mains des appareillcuscs ; » en même temps cela constate la misère du temps.
La demoiselle Alexandrine, qui est certainement d une trèsjolie figure et de la taille la plus élégante, mais elle a le malheur de tomber quelquefois du haut-mai, ce qui lui provient, à ce que je crois, des frayeurs épouvantables que lui a faites souvent le sieur de Bellegarde, qu'elle a aimé beaucoup. C’est le même qui a été détenu du Criminel au fort l’Évêque, pour avoir coupé le bras à un domestique. Peu de personnes, à la vérité, sont instruites que cette demoiselle est affligée de cette maladie. M. le comte de Genlis vient de la prendre sur le même pied que M. de Rochechouarl.
Milord Robinson a couché le 17 de ce mois avec la demoiselle Dubuisson, entretenue par lo vieux d’Harnoncourt, et s’en étant bien trouvé, il lui donne 20 louis par mois. Cette fille est figurante dans les ballets des Italiens.
SOUPERS
Le 12, M. de Vintimille, le comte d’Escars et le chevalier de Coigny ont soupe à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Senneterre et Deschamps.