‹ Journal des inspecteurs de M. de SartinesChapitre 4 sur 27 · IG · texte numérisé non relu

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figure. Ce projet fut exécuté ; le sieur Lany, maître des ballets à l'Opéra , à qui sa sœur la fit voir, la trouvant à son goût, s’en chargea, et lui ayant trouvé des dispositions pour la danse , la mit à même de pouvoir débuter cet hiver dans les ballets à l’Opéra, et comme elle désirait y paraître avec éclat, de concert avec le sieur Lany, qui n’aime point la charge et dont tous les cadeaux consistent en cabriolles , il a été question de se mettre à portée de trouver un entreteneur; en conséquence elle s’est placée chez la dame Perolle, coiffeuse et logeuse en garni, rue de Grenelle-Saint-Honoré, où le sieur Lany paie umc modique pension. C'est là où M. Mercier l’a découverte; il lui offre 25 louis par mois et des meubles ; ce marché certainement aura lieu si mondit sieur Mercier veut avoir un peu de patience. Cette demoiselle n’a pourtant fait aujourd’hui quelques difficultés que pour avoir le temps de purifier sa santé que le sieur Lany a quelque peu altérée. Cette jeune femme est d’une très-jolie figure, grande, bien faite, et n’a tout au plus que vingt ans; son mari est mort ou est à présent aux lies.

La demoiselle Dascher, native de Normandie, connue à Paris sous le nom de la belle Cauchoise , dont j’ai donné les premières aventures le 1 5 février 1760 et dont j’ai ensuite parlé dans mes notes, comme étant aux appointements de M. le marquis de Voyer d’Argenson (1), a reçu de l’armée, do ce seigneur, sa lettre de congé ; il faut croire qu’il a été instruit que pendant son absence, elle vivait’avec le nommé Neveu, mar-

(1) Marc-Réné, marquis de Voyer, lieutenant-général, inspecteur de cavalerie et gouverneur de Vincennes, marié depuis 1747 à une fille du comte de Mai]! y d’Haucourt. C’était le fils du chancelier et le neveu de l’auteur des Mévioires. Officier distingué, il avait pris une part active à toutes les campagnes précédentes. Klc&Bé en 1756 devant Crcvelt, il contribuait à la victoire de Corbach, presqu’an même temps où il donnait congé à sa maîtresse (Juillet 1760.)

chand de vin sur le boulevard, au Cadran Bleu, et qu’en outre elle avait pour guerluchon le sieur Larrivée, chanteur et acteur à l’Opéra. Mais comme ces deux connaissances ne lui sont pas fort avantageuses et qu’elle se trouve fort embarrassée , sa mère a été l’autre jour à la Bastille l'offrir à M. le comte de Jumillac (1) , en lui disant : « Monsieur, vous avez connu autrefois ma fille ; elle n’a personne aujourd’hui ; vous êtes plus à votre aise que jamais, il faut vous en charger. » Le comte a fort mal reçu sa proposition, et lui a répondu que, s’il a connu ci-devant sa fille, il l’avait très-bien payée, qu’il était très-fâché de leur situation, mais qu'il n’était point d’humeur d’avoir de maîtresse et qu’il l’a priait de se retirer; ce qu’elle a fait. M. le comte de Jumillac aurait été moins revêche à la proposition s’il ne rendait pas de temps en temps quelques visites à la demoiselle Danozanges, figurante aujourd’hui à l'Opéra , pour qui l’on sait qu’il conserve toujours des bontés. Enfin , quoi qu’il en soit, cette mère Dascher a conté ses chagrins à la Braisée, qui a procuré à sa fille une passade avec M. Puhol, riche banquier de Bordeaux, depuis quelque temps à Paris, qui lui a valu 15 louis d'or avec lesquels on prend patience.

La demoiselle Siam, figurante à l’Opéra, dont j’ai parlé dans mes notes du 19 septembre 1 76Ô , étant pour lors aux appointements du prince Sulkosky et de M. Boula de Quincy (2),

(1) Le comte de Jumillac-Cubjac avait eu le gouvernement de la Bastille en mai 1761. 11 avait épousé une sœur de l’ancien contrôleur général Bertin. Jamais homme n’eut un caractère moins analogue à son affreux emploi ; il l’avait accepté parce qu’il le fixait à Paris avec 60 mille livres de rente. C’était un aucicn militaire et un homme de plaisir; il était bon, sensible et poli. 11 entretenait ses prisonniers de romans et leur contait toutes les anecdotes des tilles de Paris. DumouriCz, dans scs Mémoires, témoigne beaucoup de reconnaissance des bons traitements qu’il en reçut.

(2) Boula de Quincy, maître des requêtes depuis 1739, intendant du com-

maître des requêtes, depuis qu'elle a perdu ce prince polonais, reçoit habituellement les visites de M. le marquis de Paolucci, ministre de la cour de Modène, dans le carrosse duquel on la voit très-souvent, — ce qui ne l’empêche pas aussi d’accepter tous les cadeaux que lui fait M. Roussel, fils du fermier général de ce nom , qui est trop heureux de prendre les moments que lui laissent M. de Paolucci et M. de Quincy. Aussi cette demoiselle dit-elle qu'elle est très-contente de la position de ses affaires.

M. de Chaleaurenard a pris sur le pied de 15 louis par mois la demoiselle Dornay, figurante à l’Opéra, délaissée depuis peu par le baron de Wangen, en lui laissant cependant la liberté de recevoir qui bon lui semblerait, pourvu toutefois que ce soit sur le ton do l’entretenir. — Le temps est aujourd’hui si misérable qu’une femme de spectacle ne peut se tirer d'affaires que par le moyen de plusieurs hommes.

Les Demoiselles LtMiïiuti, Ciiavhakd, Neissel, Desjaedims, Baronne De l'E AQUE VILLE, Coi'STOU.

J'ai anuoncé dans mes notes ^ruières du 14 de ce mois que M. de liauche, conseiller honoraire, voyait secrètement la demoiselle Lcmierro , actrice à l’Opéra. Celte intrigue ne fait plus un mystère ; on sait même que M. de Bauche est convenu

mercc. La Normandie, la Bretagne, l’Orléanais, le Bcrri, le Bourbonnais et les manufactures de bonneteries étaient comprises dans son département.

Le nom de Quincy n’était alors porté que par un enseigne à la seconde compagnie de mousquetaires. Cbnrlcs de Ni» gu, marquis de Vavenncs.

Il» —

de lui donner au louis par mois et de lui mouler une maison. Cette demoiselle a eu l'esprit aussi de se ménager 4,000 livres de rente de M. le prince de Conti, dont elle a eu l'honneur de contenter le caprice, sous la condition cependant de venir chanter à son concert toutes les fois qu'il l'ordonnera. Ces arrangements vont procurer à cette demoiselle un ton d’opulence dont tout le monde est charmé, tant pour elle que pour M. de Gauche, que l’on voyait disposé à se marier avec M"” de Villcumont; ce qui inquiétait fort tous ses amis. On assure aussi que Mllc Lemierre, en faveur de celle bonne fortune, a renoncé à toute espèce de guéri uchou nage et qu’elle veut se bien conduire et se faire un sort,

M. de Villemur, en philosophe voluptueux qui ne ménage rien pour se contenter, profite habilement de l’absence de M. le comte de IJoudetot (I) , officier de gendarmerie qui entretient la demoiselle Chaumard , ci-devant danseuse dans les ballets de l'Opéra. Il lui a fait exactement sa cour, et on l’a vu plusieurs fois entrer mystérieusement chez elle ; cette demoiselle a confié à un ami particulier la convoitise de notre financier, mais elle se propose de lui faire payer bien cher les complaisances qu’il exige d’elle ; il n’obtiendra rien à ce qu’elle assure, à moins qu'il ne lui donne 12,000 livres, qu’elle veut placer sur l'ordre du cordon bleu (2) , et certainement elle les

(1) CI. Constance César, comte de Tloudetot, né le 5 mai 1721, capitaine lieutenant des gendarmes de Bercy. 11 avait épousé en 17-18 Françoise de la Live, si connue depuis par l’amour que conçut pour elle J. J. Rousseau. — Madame d’Epinay annonce ainsi ce mariage, dans le tome 1 de scs Mémoires : 11 Mi mi sc marie; c’est une chose décidée. Elle épouse M. le comte d’IIoudetot, jeune homme de qualité, mais sans fortune, joueur de profession, laid comme le diable et peu avancé dans le service; en un mot, ignoré et selon toute apparence, fait pour l'étre." L’avenir ne devait pas justifier ce jugement un peu sévère. Celui qui en était l’objet mourut en laissant la réputation d’un officier général distingué.

(2) 11 semble qu’alors déjà les particuliers pouvaient avoir des rentes as-

aura , si elle tient bon , rien n’étant capable de l'arrêter pour se satisfaire. Tout le monde sait les bonnes plumes que la demoiselle Marquise, aujourd'hui à M. le duc d'Orléans , en a tiré, lorsqu’elle n’appartenait encore qu’à M. le marquis de Villeroy. Malgré ses cheveux gris, c’est l'homme que je connais le plus dangereux pour un petit ménage : — il a de l’argent.

La demoiselle Neissel, actrice à l'Opéra-Comique (I), native de Provence, est secrètement défrayée parM. de la Popelinière (2) ; mais comme les plaisirs de ce vieux paillard se réduisent à se faire vigoureusement fouetter et qu’il peut rarement autre chose, elle se contente d'en tirer tout ce qu’elle peut, et se dédoramagede l’ennui de ses vacationsavec lesieurCorby (3), l’un

Bises sur les revenus de l’ordre du Saint-Esprit. En nouvel emprunt fut ratifié par une ordonnance de 1776. C’est le seul dont nous ayons pu trouver trace.

(1) " On devrait s’applaudir, dit un contemporain, de l'acquisition de Mlle Neissel, si sa voix voilée suffisait au lieu oh elle chante. Elle a des grâces, du naturel, du goût, du sentiment-, mais scs sons trop affaiblis quand ils parviennent à l’oreille, ne produisent plus qu’une demi-sensation * Si imparfaits qu’eussent été ses débuts à la Comédie italienne, elle n’en excita pas moins la jalousie de Mme Favart, qui lui fit quitter la scène au printemps de 1762 pour passer au service du prince de Conti. Favart tui-mème déclarait que la petite Neissel faisait, à Versailles, l'admiration de tous les spectateurs par sa façon de chanter.

(2) Le riche de la Popelinière, fermier général, bel esprit. Scs richesses, scs réceptions splendides, scs comédies et ses opéras qu’il faisait représenter dans son superbe château de Passy, lui valurent le triple surnom de Plutus, Mécène, Apollon.

« Il tenait toujours table ouverte; se3 commensaux étaient principalement des musiciens, des artistes et des auteurs. On prétend que ces derniers l’ont beaucoup aidé dans les productions de son esprit. De même une foule de petits agréables lui ont prêté, & ce qu’on assure, des secours beaucoup plus solides pour perpétuer sa postérité, ce qui a donné lieu à son épitaphe que je rapporte ici :

Ci-gtl gui pour rimer paya toujours très-bien.

C'est la coutume.

L’outrage seul qui ne lui coûta rien.

C’est son posthume. „ (Favart, t. Il, p. 46.)

3) Corby fut un de ceux qui poussèrent le plus â la réunion de l’Opéra-Co-

des directeurs du susdit spectacle , qui lui a procuré le désagrément, le mois dernier, d'avoir recours à la Faculté, — pour se débarrasser d’une galanterie dont il lui avait fait cadeau et qu'il avait excroquéo à la petite présidente , connue pour avoir demeuré ci-devant chez la demoiselle Montigny, — à laquelle il rendait de fréquentes visites , surtout depuis qu'elle est en chambre garnie, et qu’il ne payait que par l’espérance dont il la flattait de faire sa fortune si elle voulait entrer à l’Opéra- Comique.

La demoiselle Desjardins, connue pour avoir appartenu à feu M. le duc de Montmorency , sous le nom do la baronne de Fraqueville, après avoir été abandonnée assez durement par ce seigneur lors de son départ pour l’armée, s’est vue réduite pour subsister, d'entrer à l'Opéra-Comique, sur le pied de figurante dans les ballets. Elle s’y est maintenue jusqu’à présent sur un ton décent, c'est-à-dire en ne s’abandonnant point aux acteurs, et ne voulant point se prêter à des parties de soupers. Aussi cette conduite lui a-t-elle procuré une assez bonne occasion. M. le baron du Bouchay, gentilhomme normand , connu pour avoir été déjà secoué par la demoiselle Raye , de l’Opéra, et la demoiselle Lacroix, de Sainte-Pélagie, à qui cependant il reste encore beaucoup de ressources, s’est pris pour cette demoiselle Desjardius, malgré qu’elle ne soit point jolie, d’un goût assez vif. Il lui a fait présent d’une très-belle boite d’or et de plusieurs autres bons effets. Il faudra incessamment qu’elle recommence sur nouveaux frais , le baron étant obligé de retourner dans sa province sous six semaines au plus tard ; en attendant, elle doit faire tous ses efforts pour lui tirer des meubles.

mique et de la Comédie italicunc. Dccrottcur, puis laquais, puis homme de confiance et créature du ministre Choiseul, il gagna six mille livres de rentes à un changement dont ses associés profitèrent beaucoup moins.

La dame Coustou, sœur de la mère do la demoiselle Valentin, figurante à l'Opéra, après s’ètre brouillée avec sa nièce chez laquelle elle vivait, s’est imaginée de retirer une jeune fille qu'elle avait depuis sept ans dans un couvent en Provenco et qu'on ne voulait point lui rendre, l’ayant toujours connue d’une très-mauvaise conduite, et sa famillo craignant qu’elle n’en voulut faire un mauvais commerce. Mais, comme la misère ordinairement fait tenter l’impossible pour s’en tirer, on prétend que cette femme a trouvé le moyen d’intéresser différentes personnes auprès du ministre pour être autorisée à retirer sa fille du couvent. D’autres disent que par le moyen d’un certain monsieur, nommé Desandré, elle a fait une somme d’argent, qu’elle a confié à un fils qu’elle a de retour de l'armée, où il était occupé dans les fourrages, et qu’il a été en Provence, dans le lieu où était sa sœur au couvent, et qu’ayant cherché l’occasion de lui parler et de gagner la confiance do la supérieure, il y était parvenu et en avait abusé pour l’enlever et l’amener à Paris ; — qu’à Paris, elle était demeurée quelques jours chez ceM. Desandré, pour lui donner le temps de lui trouver un couvent.

Effectivement, elle est présentement aux Ursulines de la rue Saint-Jacques, et la dame sa mère remue toutes ses connaissances pour lui trouver un entreteneur. Elle s’est adressée à notre ami Brissault, qui a ôté dimanche dernier à son couvent pour voir si la marchandise était de débit. Il l’a trouvée réellement jolie, Agée de 15 ans et demi, de beaux yeux, de belles dents, la gorge admirable et bien faite; il lui a pris mesure d’un corps, afin de ne se point rendre suspect; mais il désespère de réussir, par le prix que la mère en exige pour le présent. Cependant, comme celte mère est en quelque façon dans la misère, il se flatte qu’elle en rabattra et qu’elle tombera dans ses filets.

Les Demoiselles Marie-Jeanne Fiat, Dalbiony.

La demoiselle Marie-Jeanne Fiat, native de Suzannecourt(l), près Joinville en Champagne, figée de 17 ans, orpheline de père et do mère, vignerons audit lieu, est venue à Paris, il y a environ un an, pour chercher condition. Ayant été coucher le jour de son arrivée à Sainte-Catherine (2), la dame Lavalette, sage-femme rue Ilourg-l'Abbé, connue pour être très-commode, la prit le lendemain à son service, dans l'intention, la trouvant jolie, de la procurer aux paillards de sa connaissance; ce qu’elle effectua quelques jours après, en l’enfermant avec une de ses meilleures pratiques dont j’ignore le nom, mais qui demeurait alors rue Baillif, et qui, malgré les cris do la jeune enfant, trouva moyen de lui dérober sa première fleur, dont il récompensa la dame Lavalette généreusement.

Mais cette petite fille, voyant que cette matrone la prostituait journellement sans lui donner aucune douceur, la quitta au bout de quinze jours et fut s'installer chez la Héquet, cul-desac Saint-Fiacre, qui en eut un soin particulier, lui trouvant une taille et une figure capable de relever la réputation de son sérail. En conséquence, elle fut nommée l’Étoile, et annoncée à tous les ribauds comme un nouvel astre. Ils s'empressèrent d’y venir sacrifier, et la jeune personne recevait

(1) Suzannccourt, petit village du canton de Joinville (Ilautc-Marnc).

(2) Couvent tenu par des religieuses de l’ordre de Saint-Augustin. On y logeait et nourrissait les femmes qui cherchaient à entrer en condition, mais pendant trois jours seulement. L’hospice Sainte-Catherine était situé rue Saint-Denis, entre Saint-Leu et le charnier des Innocents.

leurs offrandes avec tant de reconnaissance, que son goût pour les plaisirs commença à faire du bruit. L’étranger même, sur cette renommée, fut jaloux de la connaître, et c'est la raison qui a procuré à la Héquet , les visites du prince Repnin (1), ambassadeur de l’impératrice des Russies pour l’Espagne, demeurant rue des Petits-Augustins, à l’hôtel d'Orléans, qui s’est pris pour cette demoiselle l’Étoile du goût le plus vif. Depuis huit jours, il vient la voir assidûment, en cachant cependant son nom avec un soin extrême et ayant beaucoup de ménagements à garder à cause de madame son épouse, qui est avec lui à Paris. Gomme il craint d'être enfin reconuu chez la Héquet, il a déterminé hier cette demoiselle à louer un appartement garni de six louis par mois, rue Jacob, à l’hôtel du Port-Mahon, où il doit venir la voir et prendre des arrangements avec elle, pour lui faire du bien. Et, comme elle ne lui a pas dit qu’elle devait à la Héquet, cette dernière lui a donné un de ses domestiques pour la servir, afin d’être instruite quand il lui donnera de l’argent, et pouvoir se procurer son paiement. La Héquet le dit très-généreux et nôtre à Paris que pour peu de temps. Il a été très-recommandé à la demoiselle l’Étoile de faire tout au monde pour lui tirer l’impossible ; elle a promis d'être obéissante. — Par le moyen du domestique qui est auprès d’elle, je serai instruit de tout et j’en rendrai compte.

(1) L’un îles hommes d'Etat les plus remarquables de la Russie. 1) venait de combattre comme volontaire dans les rangs de l’armée française, avec laquelle il lit presque toutes les campagnes de la guerre de sept ans, et il était venu plus d'une fois déjà prendre ses quartiers d'hiver & Paris. Neveu du comte Panin, ministre de Catherine, Nicolas Wasilicwitsch, prince Repnin, fut le levier dont il se servit pour amener le partage de la Pologne. A la fois général et diplomate, il lit la guerre avec de brillants succès, et fut, jusqu'en 1798, le premier négociateur de la Russie. — L'illuminisme compta Repnin au nombre de scs plus fervents adeptes-, un club de martinistes avait été fondé par scs soins à Moscou.

11 est souvent question du prince Repnin et de sa liaison avec une princesse Ciartoriska dans les Mémoires de Laveun.

La demoiselle Dalbigny, dont j’ai donné la première aventure le 28 mai 1760, en la faisant connaître pour une fille très-ordinaire, alors en discussion avec un nommé M. Paparel, mousquetaire gris, Américain, à l'occasion d’un billet de 6,000 livres qu’elle lui avait fait faire postdaté à sa majorité, et qu’il se fit rendre chez le sieur commissaire Chenon, — et comme ayant été servante-fille, chez la Paris, rue de Bagneux, sous le nom de Rozette, — et pour avoir été entretenue pour la première et seule fois, par le sieur abbé Mangin.

L’année dernière, elle vivait avec l’abbé Rémond, arrête chez elle en débauche. Actuellement, elle vitavec plus de précaution, avec le sieur abbé de Brilhac, logé rue Saint-Andrédes-Arts, à l’hôtel de Bretagne, abbé commanditaire de Saint- Jean-des-Prés (évêché de Saint-Malo). Cet ecclésiastique va chez elle très-rarement, encore a-t-il soin de se travestir, mais tous les jours il lui donne des rendez-vous, soit chez lui, à la k promenade, et quelquefois môme dans les églises; celle de Saint-.Ioseph (1) ^souvent été le théâtre de leurs doux entretiens. Depuis six mois qu’il la connaît, il lui a fait beaucoup de bien ; il a payé toutes ses dettes qui ne laissaient point d’être considérables, lui a augmenté de beaucoup son mobilier, lui a * donné de quoi défrayer sa maison, et lui entretient en outre uncarrossede remise. Malgré tous ces bienfaits, elle no néglige pas la passade, lorsqu’elle se présente, même à fort bon compte. Il est vrai que, de ce côté-là, elle se rend justice.

Elle est au moins âgée de 36 ans, porte une petite mine furibonde, a fait nombre d’enfants, est jureuse, menteuse et méchante à l’excès, insultant journellement dans les promenades les autres femmes, qui effectivement la méprisent, à cause de son mauvais ton.

(I) Saint-Joseph était une petite chapelle de ln rue Montmartre, proche le passage du Saumon.

L'a il née deruiero, elle eut l'indécence du se piéseuter, Monsieur, à voire audience et de vous donner un mémoire par lequel elle exposait que je voulais la noircir dans votre esprit et que sa maison n était point de ces cloaques dont la vertu n’osait approcher, et qu’elle vous priait de faire informer de sa conduite, — qu'on vous rendrait compte qu’elle avait toujours été estimée et considérée. Ce mémoire, par bonheur pour elle, tomba au sieur Reculé, qui n’est pas à portée de connaître ces sortes de femmes. Car, s’il m’était revenu , je crois que je l’aurais fait repentir d'avoir eu l'audace de vous imposer si fortement. Elle demeure présentement rue Montmartre, au coin du Boulevard.

M. Incard, ci-devant intendant de M. d’Argcnson, a donné hier à dîner, à Neuillv, à M. Baron (I), notaire, à un nommé Dubois et à un noveu de M. de Montmartcl (3). Ils avaient pour demoiselles Saint-Géran et Dangeville.

M. le marquis de Beguinvilliers, que M. Mercier, fermiergénéral, a fait connaître depuis quelque temps à Brissault, s’enmourache de plus en plus de la demoiselle Dangeville. Toutes les fois qu’il la voit, il la paie généreusement; il lui doit porter aujourd’hui une belle robe do mousseline et veut absolument l’entretenir. Brissault, qui trouve cette demoiselle d’un bon produit, l’en éloigne autant qu’il peut. Et il y a lieu de croire qu’il réussira à la persuader, d’autant mieux qu’il serait Iflché de la perdre à cause du retour des officiers.

M. de Yillemur et M. de Neuville ont soupe le 2 de ce mois à la petite maison de Brissault avec la demoiselle Lacoste et la demoiscllo Devau. Il en est parlé dans le travail général des femmes.

(1) J. Baron, notaire au Chitelet de Tari» depuis 1756, rue Saint— Martin, vis-à-vis la rue aux Ours-

(2j Paris de Montmartcl, l’ancien banquier de la cour, pire du marquis de Brunoi.

Dll 11 SEPTEMBRE 1761.

Les Demoiselles Hisse , DzsciiAMrs , Si AM , LuCII.

Personne n’ignore, à ce que je crois, l’aventure de M. Berlin, trésorier des parties casuelles avec la demoiselle llusse, actrice à la Comédie-Française ; mais comme elle a élé rendue différemment, la voici telle que je la tiens de M. Blagnv, son frère.

M. Berlin, soupçonnant depuis longtemps M11' llusse de lui manquer avec différents particuliers, et voulant absolument s’en éclaircir, prétexta avec un air de vérité, il y a eu mercredi huit jours, étant avec elle à sa petite maison de Passv, d’être obligé d’aller en campagne pour deux jours. Celte demoiselle, qui désirait une semblable absence, donna toute entière dans la bosse. Effectivement, après le souper, M. Bertin partit pour Paris, dans l’intention de disposer tout, à ce qu’il lui dit, pour son voyage du lendemain, mais non pas sans avoir pris l’attention de donner dès ordres à un domestique affidé de l’observer scrupuleusement. A deux heures du malin, il fut instruit qu’elle était couchée avec le fils du maître des eaux de Passy.

Il s’y rendit sur les cinq heures de la même matinée, avec un de ses amis et plusieurs domestiques. Ayant frappé à sa porte, on ne voulut pas lui ouvrir. 11 envoya chercher un serrurier et lui ordonna de jeter la porte dedans. Cet ouvrier fit son devoir. Alors, il entendit une voix qui lui dit qu’il passerait son épée au travers du corps du premier qui se présenterait. M. Bertin , qui reconnut la voix , lut répondit sanss’é-

mouvoir : « 11 est tout naturel que je puisse rentrer chez mo; à l’heure qu’il me plaît. Mllc Husse est assez jolie femme pour que l’on cherche à coucher avec elle. Vous pouvez vous retirer sans crainte. »

Alors, la porte s'ouvrit et notre jeune homme sortit l’épée nue à la main. M. Berlin monta à l’appartement de la demoiselle Husse et lui dit avec beaucoup de sangfroid : « Mademoiselle, après la preuve que je viens d’acquérir, vous pensez bien que votre présence est ici de trop... Habillez-vous, faites des paquets de votre garderobe, de vos bijoux, de tout ce qui vous appartient. Vous trouverez à huit heures à la porte une charrette, pour les emporter et un fiacre pour vous, ma voiture n’étant plus faite pour vous conduire. »

La demoiselle Husse a beaucoup larmoyé, mais il lui a tourné le dos et a été se promener tranquillement dans le jardin. Sur les neuf heures, cette demoiselle s’est retirée; traversant le village, elle a été huée do tous les paysans. Tout le monde blâme cette demoiselle, et M. Bertin est généralement applaudi. Il est certain qu'il y a déjà plusieurs années qu’il aurait dû prendre ce parti, car cette demoiselle ne le ménageait point trop. Elle se trouve être aujourd’hui enceinte de près de trois mois. M. Bertin, pour se consoler de son infidèle, s’est tout à fait chargé de la demoiselle Camille (1), actrice et danseuse à la Comédie italienne, qu'il voyait depuis plusieurs

(I ) " Camille, actrice et danseuse à la Comédie Italienne, fut une de celle» qui m'attachèrent le plu» par les agrément» qui »e trouvaient réunis chez elle dans une jolie petite maison qu’elle occupait à la barrière Blanche avec le comte d’Aigrcville. 11 était frère du marquis de Gamachc et de la comtesse du Romain, beau garçon, fort doux et assez riche. Il n’était jamais si content que quand il voyait beaucoup de monde chez sa mailresse ; goût singulier que l’on rencontre rarement, mais goût fort commode et qui annonce un caractère confiant et peu jaloux. Camille n’aimait que lui : chose rare dans une actrice femme galante; mais remplie d’esprit et ayant beaucoup de savoir-faire, elle ne désespérait personne de ceux qui avaient du goût pour elle... "

(Mémoires de Casauoro, éd, 1813, p. 41(1, t. H.)

mois. Celte demoiselle est sœur de Coraline, et est connue pour avoir vécu avec M. le comte d’Egreville très-sagement pendant plusieurs années. M. Berlin n’y gagnera pas du côté des charmes; car Mllc Husse est certainement plus jolie, et Camille a le défaut de sentir mauvais, et d’ôlre un peu sourde, mais on la dit spirituelle et fort amusante. On assure aussi qu’elle est grosse de deux mois des faits de M. Berlin. Tout le monde est charmé qu'elle ait rencontré cette bonne aubaine pour se remplumer un peu du temps que son cœur lui a fait passer assez inutilement avecM. le comte d’Egreville.

Madame Deschamps est amoureuse folle de M. de Rupièrc, gendre de feu M. Jauelle, prévôt de la maréchaussée de la généralité de Paris.

C'est un jeune homme fort aimable et connu du peuple galant, pour servir vigoureusement une maîtresse. Je ne doute point que celte qualité ne lui ait valu la préférence sur ses rivaux dans le cœur de cette demoiselle. Car elle est connue pour être sur cet article là de grand appétit. Aussi ne le quitte-t-elle point, pour ainsi dire, de vue, et pour mieux dire, elle l’obsède. Cependant, M. de Rupièrc assure à tous ses amis qu’il ne l'aime point, mais, en homme adroit, il contente sa petite vanité et profite de son faible pour lui, pour arranger ses affaires qui étaient un peu délabrées par toutes ses coquetteries passées. Elle lui a prêté cette semaine cinq mille livres, avec lesquelles il a satisfait plusieurs créanciers.

Le comte de Limbourg, prince étranger , a depuis quelque temps la demoiselle Siam, figurante à l’Opéra, à ses appointements. La semaine prochaine, je serai informé du bien qu'il lui fait et j'en rendrai compte.

Le comte de Soltikoff (1), grand seigneur de Russie, à Paris avec Madame son épouse, a infecté, à ce que tout le monde assure, de la maladie vénérienne, la pauvre petite Lucie, actrice à l'Opéra-Comique. Le prince de Belosinski m'en a fait à moiméme la confidence. — Jamais, à ce qu’on dit, on n'a vu le venin faire en aussi peu de temps d’aussi grands progrès, et on a peine à croire qu’elle puisse supporter l’effet des remèdes. C’est, en vérité, pour un homme de nom avoir bien peu d humanité. — 11 est vrai que rarement cette qualité est annexée aux gens de son pays.

M. le prince de Repnin, ambassadeur de Russie pour la cour d’Espagne, qui s’est chargé de la demoiselle l’Étoile, l’une des pensionnaires de la lléquet, et qui lavait logée à 1 hôtel du Port-Mahon, rue Saint-Benoît, ainsi que je l'ai annoncé dans mes notes du 5 de ce mois, s'était fait informer des personnes qui logeaient dans cet hôtel, et ayant appris que le comte de Sergadi, Italien, qui fréquente chez lui, y logeait, et craignant

(Il Voltaire faisait, à un autre point de vue, il est vrai, plus de cas de M. de Soltikoff :

« Mon estime pour le jeune M. de Soltikoff, écrit-il le 11 novembre 1 j 59, à M. de Schowalow, augmente à mesure quej’ai l'honneur de le voir. Il est bien digne de vos bienfaits. Son goût pour s’instruire, son assiduité à l’ctude, son esprit qui est au-dessus de son âge, justifient tout ce que votre générosité

fait pour lui. " t .

I,e 22 novembre suivant, il dit encore : * Je peux assurer V. E. que rien ne lni fera plus d’honneur que d’avoir développé ce mérite naissant. Il se formera très-vite aux affaires et vous aurez en lui un jour un homme capable de vous seconder dans tontes vos vues, de rendre votre patrie aussi supérieure par les arts qu’elle l’est par les armes. "

Le mois suivant, il écrit encore au comte Algarotti : * J’ai chei moi, an moment que je vous écris, un jeune Soltikoff, neveu de celui (le feld-maréchal comte Soltikoffl qui a battu le roi de Prusse; il a l’âme d’un Anglais et l'esprit d’un Italien. "

Pendant tout le cours de l’année 1760, Voltaire ne cesse de rendre de nouveaux témoignages de son assiduité au travail. Une dernière lettre du 4 juin 1762 nous apprend que M. de Soltikoff est reparti pour la Russie, « instruit dans presque toutes les langues de l’Europe. "

qu'il ne commit quelque indiscrétion en présence de sou épouse, il a fait déloger très-promptement cette demoiselle et l’a placée même rue, à I hôtel d’Ansbacq, où il la tient enfermée sous la clef, et ne lui laisse qu’un domestique affidé, pour avoir soin de lui donner à manger. Cette demoiselle a pourtant trouvé le secret de faire savoir à la Héquet qu'elle s’ennuyait beaucoup de cette vie. Ce môme comte de Sergadi est très-bien traité de Madame la duchesse de Modène, laquelle est actuellement au Luxembourg. Ils ont eu mardi dernier une crise très-vive ensemble, à cause de l’abbé Contry, secrétaire do feu Madame la duchesse de Modène, dont le comte de Sergadi est extrêmement jaloux, sachant que cet abbé est en intrigue depuis trois ans avec cette dame de Poly (I):

M. Maurice, notaire, continue toujours de fournir à la dépense de la maison de la demoiselle Raye, figurante à l’Opéra. Il lui a fait présent dernièrement d'un très-beau bracelet de diamants, que Lemoine, bijoutier, lui a vendu, et lui a retiré en outre de gage deux cornes de diamants, une boite à mouches d'or et quelques autres bijoux, dont M. de Courchamps avait fait présent à cette demoiselle lorsqu'il l’entretenait.

Les Demoiselles L’Étoile, Dornay, Vauvigxolïs,Biauvoisiî», Dubois, Deschaxps.

Le prince de Repnin, ambassadeur de Russie, pour la cour d’Espagne, dont j’ai parlé dans mes notes précédentes comme s’étant chargé de la demoiselle L’Étoile , l'uno dés pension-

(1) Nous avons reproduit tel quel ce paragraphe peu intelligible. Il y a sans doute une omission dans notre texte.

nairesde la Héquel, qu'il a logée rue Jacob, à l'hôtel d'Ansbaeq, voit encore avec le plus grand mystère la demoiselle Rossignol, demeurant rue de Cléry avec sa mère. Il lui a donné à la première entrevue, trente louis d'or, et continue de lui donner beaucoup d'argent, puisque tous les jours elle achète de bons effets au comptant. Cette demoiselle est d’une figure très-décente, fort aimable et peut être âgée de 24 ans. J'en ai parlé souvent dans le travail de Brissault, chez qui elle allait journellement faire des passades; mais depuis cette intrigue, elle n’y met plus les pieds et observe le plus profond secret sur le nom de son amant. J'ai été obligé, pour en être instruit, de poser une mouche pendant plusieurs jours sur sa maison.

M. de Prelle, homme riche, demeurant rue du Chantier, connu pour avoir fait beaucoup de bien à la demoiselle Dorothée, dont elle n'a pas profité, vient de prendre à ses appointements la demoiselle Dornay , figurante dans les ballets de l'Opéra. Il traite aussi cette intrigue avec mystère, et pour mieux l’observer, il permet à cette demoiselle de recevoir chez elle compagnie et de s'annoncer comme si elle n’avait jamais personne. Jusqu’ici il ne parait point qu'elle abuse de la permission, car elle a refusé tout net M. Berlin de Blagnv, qui lui a offert jusqu a 15 louis pour faire une passade avec elle ; peutêtre aussi, comme elle ne manque pas, a-t-elle des vues plus intéressées.

Le sieur Collet fils, intéressé pendant la dernière guerre dans les fourrages de l’armée, où il a gagné beaucoup de bien et dont il a mangé toujours le revenu avec de jolies femmes, notamment avec la demoiselle Lenoir, sœur de la demoiselle Rosalie, de l'Opéra-Comique, morte entre ses bras, et dernièrement avec la demoiselle Vauvignoles, demeurant rue Saint- Claude, avec la dame sa mère, pour laquelle il a au moins dépensé dix mille livres pour la mettre dans ses meubles,

et lui monter une garderobe, vient de s'embarquer avec la demoiselle Beauvoisin (1), jeune personne très-aimable, de-

(I) Extrait des Mémoires secrets , 22 novembre 1784 :

" 11 est mort il y a. peu de temps, une courtisauc du vieux sérail, nommée Mlle de Beauvoisin. Obligée de donner à jouer pour se tirer d’affaire, elle avait par scs charmes usés, eu l’art de captiver en dernier lieu M. Baudard de Sainte-James, trésorier des dépenses du département de la marine. Ce magnifique seigneur, ayant plus d’argent que de goût, avait fait des dépenses énormes pour elle. On estime qu’il faut qu’il lui ait donné, en bijoux seuls et autres effets, environ quinze à dix-huit cent mille francs, outre vingt mille écus de fixe par an. Sa vente est aujourd’hui l’objet de la curiosité, non-seulement d,es filles élégantes, mais encore des femmes de qualité. On y compte deux cents bagues plus superbes l’une que l’autre; on y voit des diamants sur papier, comme chez les lapidaires, c’est-à-dire non montés-, ses belles robes montent à quatre-vingts ; on parle de draps de trente-deux aunes, tels que la Heine n’en a point. Enfin, depuis la vente de la fameuse Deschamps, on n’en connaît point en ce genre qui ait fait autant de bruit. "

Cinq années auparavant, une feuille d’annonces satiriques s’exprimait ainsi sur le compte de la même personne :

rente de tableaux , etc.

" Modèle d’antique d’après Mlle Beauvoisin. Cette figure a pu représenter autrefois une assez jolie nymphe; mais les outrages du temps et des plâtres l’ont presque entièrement défigurée. u

Nous trouvons l’annonce de cette vente dans le N. 318 des Petites JJfickes ou Journal général de France, du samedi 13 novembre 178*1. Les détails qu’elle contient peuvent être reproduits comme curieux & plus d’un titre ;

" VENTE DE MEUBLES ET JtfFETS.

F.Jfets de feu Mlle Villemont de Beauvoisin,

1. Le 15, batterie de cuisine et d’oftice, jarres, fontaines, chaudières, mortiers de marbre et vanne garnie de 2 fortes barres de fer et d’une bonne vis pour la faire monter et descendre.

2. Le 16, vins de Bourgogne, de Champagne, de Bordeaux, de Grave, du Rhiu et de Malaga.

3* Le 17, lits de domestiques et meubles communs.

4. Le 18 , livres de belles- lettres et d’histoire, dont les œuvres de J. J. Rousseau, Voltaire, Lesage et Prévost (40 vol. in-4.). Encyclopédie , Collée lion académique. Recueil des arts et métiers, etc.

5. Le 19 et le 20, boucles d’oreilles, boucles de ceintures, chàtons et bagues de brillants, joncs de rubis et d’émeraudes, montres avec chaînes, glandset cordons garnis de brillants, montre et chaîne d’or émaillées. Imites et bonbonnières garnies de brillants, flacons, tabatières, étuis, couteaux, croix d’or, nécessaire, boucles et autres bijoux, belles porcelaines de Sèvres et autres,

mourant rue Saint-Honoré, bureau des coches de Saint-Germain, que j'ai annoncée pour avoir été chambrée etètre entretenue par le sieur Dubarri. Le sieur Collet n’a qu’à se bien tenir, car comme elle voit toujours secrètement Dubarri, les conseils ne lui manqueront point pour le faire aller grand train du côté do la monnaie (I).

M. de Vougny, mousquetaire gris, et fort riche, a quitté la demoisello Dubois l'alnée, actrice aux Comédiens-Français, qu'il avait enlevée au comte de Sarsallc. Il est amoureux fol de la demoiselle Pouponne, danseuse à l'Opéra, et lui fait les propositions les plus avantageuses pour l'engagera renoncer a M. de Braucas, qui est présentement à l’armée; mais jusqu’à ce jour il n’a rien gagné. Elle serait désespérée, à ce qu'elle dit, d’avoir aucun reproche à se faire ; elle a même menacé sa

flambeaux et vases d'albâtre et de porcelaine céladon, montés en bronze dore, d’or moulu sur des colonnes de marbre, figures et groupes de marbre, du terre cuite et de biscuit de Sèvres, baromètres, thermomètres, seaux, verrières, plateaux de dessert montés, dessins sous verre et autres objets précieux.

6. Du 22 novembre jusqu’au 4 décembre, beau linge, belles robes de 6ntin gros de Tours, Pékin et autres, peignoirs, camisoles, corsets, déshabillés et chemises de mousseline des Indes garnies de dentelles, appartements complets, coiffures et garnitures de dentelles, pièces et coupons de mousseline des Indes, toiles de coton, basin, fntaine, blondes, gazes et dentelles, bas de soie, mouchoirs, mantelets, toilettes, éventails, sacs il ouvrage, bonnets et chapeaux garnis de plumes et de fleurs.

Le tout de rclev. rue Feydeau. "

il) Bien n'était mieux établi que la réputation de Dubarri sur cet article, et, en 1774, àl’époque oit il dut s'exiler au fond de la Suisse, on se plut à faire circuler sous son nom une lettre :

" Voilà mon rêve fini, mon cher ami, et après m’étre endormi en France, je suis tout étonné de nie réveiller en Suisse; je me vois dans la capitale du pays de Vaud et dans une ville ou l’industrie qui m'c6t propre trouvera difficilement à s’exercer...

" J’étais à Paris» la tête d’une milice brillante, et les filles n'oublieront jamais combien mon crédit a fait fleurir leur empire. La saison était favorable pour faire fructifier mes talents; et leur reconnaissance devrait m'élever des trophées dans la place du Palais-Royal, etc., etc.

tante, avec laquelle elle demeure et qui la sollicite sans cesse eu faveur de M. de Vougny, de se séparer d'avec elle et d’en écrire àM. de Brancas. Tant de sentiments dans une jeune persoune étaient inconnus jusqu’alors à l'Opéra.

M. de Rupière, gendre de feu M. Janelle, prévôt de la maréchaussée, a couché celte nuit avec la demoiselle Deschamps, à la petite maison de Brissault. Peut-étro ignore-t-elle où elle est, et je ne doute pas que M. de Rupière no lui ait fait entendre que cette maison appartenait à un de ses amis; enfin, quoiqu'il en soit, cet arrangement ne s’est pris de la part de la Deschamps que pour cacher à M. de Salis, officier suisse, qui a dépensé avec elle beaucoup d'argent, avant de partir pour son pays, d’où il est de retour depuis quelques jours, sa passion pour ce M. de Rupière, d’autant mieux que M. de Salis est connu pour être fort jaloux et d’un caractère très-vif et quelle craint qu’il n'arrive une scène entre ces messieurs; mais je crois qu’elle se troqipe, car malgré les sacrifices qu’elle fait journellement à M. de Rupière, il ne l'aime point, et au contraire, il est fort attaché à la demoiselle Dangeville , pensionnaire chez Brissault, et certainement il ne serait point d'humeur à se faire une affaire [tour elle.

M. le marquis de Sourdis (I) etM. le marquis de Flavacourt (2) ont soupe, le 23 de ce mois , chez Brissault avec la demoiselle Dangeville, qui a eu de l'humeur comme un petit dogue, parce qu’elle n’avait pas vu ce jour-là son bon ami

(1) Antoine-Alexandre Colbert, marquis de Sourdis, né le 29 décembre 1707 brigadier de cavalerie depuis 1716.

(2) François-Marie de Fouilleuse, marquis de Flavacourt, maréchal de camp de 1744. 11 était né eu 1708 et marié depuis 1739 avec une Mailly-Nesle. Le comte de Flavacourt son fils, colonel au régiment de la reine, cavalerie, devait mourir l’année suivante de blessures reçues & l’armée.

M; de Rupière. M. de Flavacourt en a élë très-mécontent, et lui a dit très-sérieusemept que s’ils étaient plus jeunes, ils la jetteraient par la fenêtre. Cependant, cela n'a pas préjudicié à Brissault; il a été payé à l’ordinaire.

M. de Curis (I) s’étant rencontré la semaine dernière avec M. le comte de Jumillac, gouverneur de la Bastille , lui a demandé à faire avec lui quelques soupers de filles. M. le comte lui répondit : — Cela n’est plus possible ; je n'en fais plus qu’avec M. de Sartines.— Eh bien, lui répartit M. de Curis, il faut m’en mettre. — Il n’y a pas moyen, mon ami, lui dit M. le comte, et la conversation en resta là. 11 y a lieu de croire que M. de Jumillac ne s'est servi de ce propos que pour éloigner M. de Curis, ou il faudrait que ce magistrat (2) fut bien mystérieux dans sa conduite pour que je n’en fusse pas instruit.

Les demoiselles Vesian, Chaumard et Beaufort, sont présentement à la campagne, au château de Chenevières (3), avec M. le comte de Sarsalle, le baron Wangen, le marquis d’Etrehan et M. de Villemur.

(1) Bay de Curis, intendant des menus plaisirs, qui ayant, dans un prologue, tourné en ridicule les gentilshommes de la chambre, fut obligé de quitter sa charge. Quelque temps après (en 1759', il fit cette parodie de Cinna pour laquelle fut persécuté Marmontel, à qui on l'attribua; — parodie dont le duc d’Aumont, d' Argentai et * Lckain étaient les interlocuteurs. ,

(2) Ces lignes donnent à penser que tous ces rapports ne sont pas adressés à M* de Sartines , autrement l'inspecteur ne s’exprimerait pas ainsi. Peut-être agissait -il ici pour le compte de la police particulière de Louis XV.

(3) Chenevières, près JouarsPontchartrain (Seinc-et-Oisc).

Les Demoiselles Montées ier, Di-bois, Leclerc, Rate, Hisse, Keissel.

J'ai annoncé dans mus notes du 18 septembre dernier, que M. de Cramayel, fermier général, avait fait une passade avec la demoiselle Montensier, dont il s’était très-bien trouvé, et qu'il avait pavé trente louis d'or. Effectivement, il a rompu entièrement avec la demoiselle Dumirey, figurante à l'Opéra, qu’il entretenait depuis nombre d'années à gros frais, malgré toutes ses infidélités, et s’est chargé entièrement de la Montensier. La Dumirey, pour se consoler decette perte, guerluchonne avec M. de Bontems, et laisse M. de Yougnv, mousquetaire gris, s'épuiser en beaux raisonnements. Elle veut, à ce qu’elle dit, pour acquiescer à ses instances, qu'il débute avec elle par lui faire des rentes, afin de n ôtre pas sa dupe comme la Dubois, qui se trouve aujourd’hui être accablée de dettes de quartier, pour les soupers somptueux qu'elle donnait chez elle à ses amis et dont elle répondait aux marchands fournisseurs. Ce même M. de Vougnv s’était d'abord retourné, en quittant la Dubois, du côté de la demoiselle Pouponne, mais elle l'a refusé authentiquement, voulant se conserver pour M.'ide Brancas, et lui a renvoyé exactement plusieurs cadeaux préliminaires, qu’il lui avait envoyés pour la solliciter en sa faveur et que sa tante avait reçus à son insu. La Dumirey n'en a pas agi de môme avec M. Roulié d’Orfeuil qui, toujours dupe à son ordinaire, lui a donné 50 louis d'or la semaine dernière, en lui promettant qu'elle coucherait avec lui, et qu’elle a trèsbien gardés, sans lui tenir aucune parole. Elle s’est seulement

coiiteutée de lui dire qu’il devait se trouver trop heureux d'avoir pu obliger une jolie femme, et qu'elle lui promettait de les lui rendre. M. d'Orfeuil est furieux; il lui a promis de s'en venger, et est venu tout bouillant de colère conter à Brissault son aventure, en lui demandant conseil. Cet homme l’a laissé pester tant qu'il a voulu , et a fini par lui promettre ses soins pour lui trouver une maltresse capable de lui faire oublier l’ingrate. M. d'Orfeuil s’est calmé, et pour engager Brissault à lui tenir promptement parole, il lui a fait présent d’une très-jolie tabatière de chasse.

M. Sainson, mousquetaire gris, jeune homme fort aimable, connu pour avoir d’abord entretenu la demoiselle Leclerc, figurante à l’Opéra, qu’il a ensuite guerluchonné, lorsqu’elle fut passée aux appointements du baron de Warseberg, et qu’il a quittée lotalementdepuis que M. le comtede Benlheim s'en est chargé, vit présentement avec la demoiselle Laforest, figurante à l'Opéra, qui s’est fait une gloire de l’enlever à la dame Deschamps, dont il était le piqueur avant M. de Rupière, ainsi que je l’ai annoncé dans mes notes du 27 septembre dernier.

M. le marquis de Vierville, attaché à M. le duc d’Orléans, vient de prendre des arrangements avec la demoiselle Lavaux, dont j’ai si souvent parlé précédemment, dans le travail do Brissault, et comme entretenue par le nommé Gopire, orfèvrebijoutier. Il lui donne dix louis et paie son maître de danse, elle doit entrer à l'Opéra cet hiver. Cette demoiselle est grande, parfaitement bien faite, et d’une jolie figure; elle demeure ruo Saint-Martin, vis-à-vis la rue Grenier-Saint-Lazare, chez un parfumeur, et est très-proprement meublée.

M. Lemaître, qu’on dit parent de M. de Monlmartel, et être intéressé dans la finance, a fait une passade lundi dernier

avec la demoiselle Raye, qu’on dit être estimée cinquante louis d’or. M.Isnard, ci-devant intendant de M.d'Argenson, estaussi en courant d’arrangement avec cette demoiselle; mais j'ai peine à croire qu’il s’accomplisse par ses vues trop ambitieuses. Elle demande 6,000 livres comptant, et 30 louis par mois. Cette demoiselle aura beaucoup de peine à trouver un honnête homme; elle est trop connue pour se prêter à l’aventure, et la dépense de cette maison est effrayante.

M. Berlin, trésorier des parties casuelles, continue de donner à la demoiselle Russe cinquante louis' par mois, jusqu’à ce qu’elle soit accouchée. Il vit eu apparence avec la demoiselle Camille, actrice aux Italiens, mais il ne l’aime point, et il doit incessamment faire paraître avec éclat une autre maîtresse, qu’il voit secrètement. Je tiens ce propos de M. de Cromot (I), l’un des premiers commis du contrôle général, que j’ai été voir hier et de chez qui M. Bertin sortait à l’instant. M. de Cromot m’a dit que M. Bertin devait incessamment lui donner à souper avec cette nouvelle maîtresse; mais qu’il ne voulait pasencore lui nommer. Il m’a promis de m’en instruire, aussitôt qu’il l’aura vue, et j’aurai l’honneur d'en rendre compte.

M. de la Borde (2), fermier général, voudrait bien entretenir la demoiselle Neissel, actrice à l’Opéra-Comique, et en conséquence il lui a offert 30 louis par mois et une augmentation de

(1) Cromot devait rester plus fidèle à Camille, qui mourut entre ses bras.

(3) Jean-François de Laborde, né à Bayonne. 11 eut de son mariage avec la fille d’un ingénieur de la marine, nommé Levasseur, quinze enfants, dont dix moururent en bas âge. " Le père de cette nombreuse famille n’était pas riche, mais étant né avec des talents, et ayant étudie la science économique qui depuis a fait tant de progrès parmi nous, il fut employé par le gouvernement dans plusieurs traités de commerce, et le roi le gratifia en 1739 d*une place de fermier général. " Voltaire, auquel nous empruntons ces détails, aurait pu ajouter que la protection de Mme de Pompadour n’y fut pas non plus étrangère.

bijoux ; mais celle demoiselle lui a répondu qu’elle ne se déterminerait à renoncer aux complaisances qu'elle avait pour M. de la Popelinière, fermier général (1), qui lui faisait quelque bien, qu'autant qu'il lui assurât 1,200 livres de rente. Cette réponse l'a un peu refroidi, mais cependant ne l'a pas fait démordre tout à fait. 11 espère en tirer une meilleure composition, et effectivement, je suis assuré que si M. de la Borde lui faisait seulement G00 livres de rente, elle se rendrait à discrétion.

Les Demoiselles Tison, Poitonnk, Eossionoi., Desciiamps, Lacovh.

La demoiselle Tison, âgée de 28 ans, d'une très-jolie figure, très-blanche de peau, petite de taille, mais bien fuite, native de Paris, fille d'un tailleur, qui demeurait rue de l’ Arbre-Sec, et qui est mort insolvable, après s'être épuisé, pour donuer do l’éducation à trois enfants qui lui étaient restés, savoir : une fille, dont il est question, et deux garçons connus pour être très-mauvais sujets, et singulièrement celui qui a traité de la charge de robe courte du sieur de la Jannière, aujourd'hui inspecteur de police. La demoiselle Tison, à la mort de son père, resta attachée à la demoiselle sa mère et vécut avec elle pendant plusieurs années de ménage, c'est-à-dire en vendant

(1) Voici le portrait un peu flatté que Mme de G enl is traçait de lui en 1759 : 11 M. de la Popeliniére était un vieillard d’une santé robuste, d’une figure douce, agréable et spirituelle-, il n’avait pas l’uir d’avoir plus de 50 ans. On a pu donner quelques ridicules à cet homme, célèbre par son faste et su bienfaisance. 11 eût été impossible de lui trouver un tort ou un vice. . Mariant et dotant tous les ans six pauvres filles, il faisait en outre un bien infini ù Paâsy."

pièce à pièce, dans l'espérance qu'il se présenterait un honnête homme pour le mariage, qui réparerait les torts de la fortune. Mais la réputation de ses frères lui a toujours fait du tort, et elle s’est trouvée enfin réduite de céder à la nécessité et d’accepter les offres qui lui furent faites par M'. do Parceval, fils du fermier général , d’être son amant. Comme elle ne l’aimait point, sa propre mère, qui s'ennuyait fort de la misère à laquelle elle était réduite, se mit de la partie avec ce jeune homme, pour vaincre sa répugnance. Ils ont vécu ensemble près de cinq ans , se contentant purement du nécessaire, car ce fut le sieur de la Jannière (<) qui trouva moyen de s’insinuer dans son cœur, qui lui fit apercevoir qu’elle passait inutilement ses beaux jours sans songer à sa fortune. Elle profila de ses conseils, et témoigna tant d’intérêt à M. de Parceval, qu’il l'abandonna. Le sieur de la Jannière se trouva à son tour chargé du fardeau de la dépense, et pour s’en débarrasser, il chercha à prostituer sa maîtresse , en priant à mon insu Brissault de lui trouver promptement un entreteneur, qui pût la défrayer. J'en fus instruit, et cet homme ne fit rien ; mon cher cou frère- a lors, pour remplacer le vide que cette intrigue avait mis dans ses finances, fit entendre au sieur Tison, son beaufrère, qu’il lui vendrait, s’il voulait, sa charge de robe courte, que cet emploi avait toutes sortes de prérogatives. En conséquence, Tison rempli de confiance, comme tous les imbéciles, par le moyen du sieur Grenier , riche joaillier, qui entretenait alors la femme qu’il a épousée depuis , traita avec la Jannière à un prix excessif. Tison cependant, ne tarda pa9 à s'apercevoir qu’il était dupe, et cette connaissance procura entre lui et M. de la Jannieredes propos fort désagréables, qui obligèrent absolument ce dernier à déguerpir de chez la demoiselle Tison. Depuis ce temps, cette demoiselle a eu différentes aventures de

(1) De la Jannière, lieutenant de la compagnie du lieutenant criminel de robe-courte au Châtelet de Paris. 11 demeurait an carré Sainte-Geneviève.

passage, qui lui ont été procurées parsa more et ses deux frères. Mais depuis peu elle a trouvé moyen de fixer en sa faveur le sieur Levy, banquier juif, qui demeure rue Pavée-Saint-Sauveur, qui lui fournit abondamment tout ce qui lui est nécessaire, et qui, pour ne pas être inquiété dans ses amours, lui a mis en télé de quitter sa mère, qui a toujours demeuré avec elle; celte séparation doit se faire ces jours-ci, parce qu’elle doit profiter de l’absence de cette mère, qui est pour le présent à la campagne. Je ne doute point, Monsieur, qu’à son retour, vous ne soyez importuné à ce sujet.

La demoiselle Pouponne, figurante à l’Opéra, qui jusqu’à ce jour avait résisté avec tant de fermeté à toutes les attaques qui lui avaient été portées, pour manquer à M. de Brancas, a enfin cédé au torrent. C'est aujourd’hui M. de Vouguy qui jouit de ses jeunes appas, et ce n’était que pour parvenir à ses fins qu'il paraissait attaché à la demoiselle Dumirey, de l’Opéra. On assure que cette dernière a été bien récompensée de ses soins ; M. de Vougny paraît enivré de son bonheur, tandis que la demoiselle Dubois, de la Comédie-Française, qu'il entretenait auparavant, se désole de l’avoir perdu. Différentes personnes s’entremettent pour renouer cette Dubois avec M. le comte de Sarsalle, qu’elle a ci-devant connu. Je serai informé du succès de leurs soins et j’en rendrai compte.

La demoisello Rossignol, dont j’ai parlé dans mes notes dernières, comme se présentant à la passade avec le prince de Repnin, ambassadeur de Russie pour l’Espagne, vient de rencontrer une très-bonne fortune, par la connaissance qu’elle vient de faire de M. Case, fermier général. Ce financier lui fait quitter l’appartement qu’elle occupait rue de Cléry, même maison que la demoiselle Rousse, entretenue par le marquis d’Aubigny, pour lui en faire prendre un très-beau, quartier

Saint-Honoré, au coin de la rue du Pélican, qu'on meuble superbement. Cette demoiselle est d’un maintien très-décent, et sans être absolument jolie, peut être regardée comme fort aimable. On ne lui connaît point d’autre guerluchon, pour le moment, que le nommé Lacroix, friseur de femmes , qui est d’une très-jolie figure.

La dame Deschamps, ne se contentant pas d'avoir mangé au sieur Bazin, écuyer de M. le comte de Clermont, au moins 20,000 livres, depuis six semaines qu’il la connaît, et qu’il est revenu de l’Amérique, où il était allé aide de camp de M. de Lally, emploi dans lequel on assure qu’il a gagné 250,000 livres, et voulant lui tirer une botte de longueur, pria la semaine dernière M. de Rupière, aujourd'hui son piqueur, de lui prêter une bague que le sieur Bazin connaissait lui appartenir. Effectivement, l’ayant mise à son doigt, Bazin lui en fit des reproches. Elle lui répondit tranquillement, que s’élant trouvée la veille avec M. de Rupière, elle lui avait témoigné trouver sa bague jolie, qu'il l’avait aussitôt pressée de 1’acceipter sans croire lui déplaire, mais que, puisqu’elle s’apercevait que cela l'inquiétait, elle allait dans l’instant la lui renvoyer, ce qu’elle effectua sur-le-champ. Bazin a été si transporté de ce prétendu sacrifice, qu’il s’est porté le même jour à la place Dauphine, pour faire emplette d’un très-beau bracelet de diamants, dont il lui a fait présent. La Deschamps, qui connaît à présentie faible de son amant, a juré, à ce qu'on dit, qu'avant peu, elle ne lui laisserait que les yeux pour pleurer.

La demoiselle Lacour, figurante à l’Opéra, depuis son veuvage occasionné par le départ du prince de Belosinski, son amant, pour l’Angleterre, a écrit, à ce qu’on dit, cinq lettres à M. le duc de la Vallière, pour revivre avec lui : mais ou assure que ce seigneur ne veut point en entendre parler.

Gomme mon projet n'a jamais été de charger personne mal à propos dans mes anecdotes, et qu'il convient de rendre justice à la vérité, je conviens que j'ai été trompé lorsque j’ai avancé précédemment que M. Maurice, notaire, entrait pour beaucoup dans la dépense de la demoiselle Raye. 11 n'a aucune espèce de liaison avec cette fille. Ce qui est cause de l’erreur, c’est que celte demoiselle , depuis quelque temps, vit avec M. Claye, maître clerc de M. Guérin, notaire, rue Saint-Martin, dont elle a tiré tous les cadeaux, qui ont été mis sur le compte de M. Maurice. Il faut croire que ce M. Claye ressemble à M. Maurice.

Les Demoiselles Fr.Eaii.Hi, Pocfosne, Saeon, Aekoclt.

La demoiselle Ferrière, femme de Serre, figurante à l’Opéra, dont j'ai donné les aventures le 30 octobre 1760, en la faisant connaître pour être entretenue par M. de Bréget , doyen des conseillersau grand conseil (1), et qu'elle conserve pourluiêtre utile, lorsqu'elle n'a personne, vient depuis peu de rencontrer une très-bonne fortune, par la tendresse que M. le comte de Voulgremont a prise pour elle. Ce seigneur, qui est connu pour être plus que ménagé, est si fort dominé par sa passion, qu'il ne regarde nullement à la dépense avec elle. Il lui a donné un carrosse très-propre, et lui a donné nombre de cadeaux de distinction, sans compter la dépense de la maison,

(1) M. de Brcgct avait alors 08 ans. Né le 24 août 1695, entré an grand con- §eil en 1717, il était veuf depuis 1736. 11 demeurait rue Saint-Victor, près l'Abbaye.

qu'il soutient sur un ton très-brillant. Il y a lieu de croire que cette demoiselle, qui a l’air par elle-même très-impudent, est cependant dans le particulier d’une grande complaisance, car on a remarqué qu'elle a toujours réussi avec de vieux personnages, et elle est enfin parvenue, sans être jolie, à avoir une maison très-bien montée, beaucoup de diamants et de bonnes rentes. Son mari continue de faire le plongeon, et est très-content, pourvu qu'elle lui fournisse de quoi être bien vêtu, ce qu’elle fait môme avec attention, et qu’elle ne lui laisse pas manquer d’argent dans sa poche. De son côté, il a des maîtresses, et est pour le présent le guerluchon de là demoiselle Bourbon, entretenue, ainsi que je l’ai annoncé, par M. d’Elpech, beau-père de M. Berlin, trésorier des parties casuelles.

M. de Vougny, mousquetaire gris, se conduit assez mal, avec la demoiselle Pouponne, de l'Opéra, qu'il a enfin subjuguée par ses cadeaux et par ses promesses encore plus brillantes.-Ce monsieur ne se presse pas d'en effectuer aucune; aussi Pouponne lui a-t-elle refusé absolument sa porte et lui a juré qu'il ne mettrait pas les pieds chez elle, qu'il n’eût accompli de lui donner tout ce qu'il lui a promis. Comme il est question de diamants assez considérables, il a cherché à renouer avec la demoiselle Dubois, de la Comédie-Française, qui ne lui a jamais témoigné être intéressée, parce qu'elle l'aimait véritablement, et qu'il a très-mal quittée, puisqu'il l'a laissée avec beaucoup de dettes. Cette demoiselle lui a fait la môme réponse que la demoiselle Pouponne, et lui a signifié qu’elle ne se raccommoderait jamais avec lui, à moins qu'il ne paie toutes ses dettes, et qu'il ne lui donne 8,000 livres pour achever ses fonds à la Comédie, ainsi qu’il lui avait promis.

Le sieur Lecomte, marchand de fourrages et propriétaire de la salle de la comédie à Versailles a, dimanche dernier, fait es-

sayer à uno des dames du Parc-aux-Cerfs, pour qui le roi a des bontés, un habit fait à la turque, appartenant à la demoiselle Desglands, actrice à la Comédie italienne. On assure que l'intention de cette dame est de surprendre Sa Majesté dans un habillement pareil , qu'elle veut se faire faire, et s’y faire peindre aussi. J’ignore le nom de cette dame; tout ce que je sais, c’est qu'elle est la plus ancienne et qu’elle a déjà fait plusieurs enfants. Je sais aussi qu’elle a monté samedi dernier au château, et qu’elle y était encore mardi matin.

M. de Yillemur, le baron de Wangen etM. dcCuris, ont soupé le 9 à la Barrière-Blanche, à la petite maison de Brissault. Ils avaient pour demoiselles la Dubuisson, figurante à la Comédie italienne, entretenue par M. d'Harmomont, et la demoiselle de Neslc. M. le comte de Jumillac avait promis d’ètre de ce souper, mais il a manqué de parole, et a môme gardé le carrosse do M. de Curis, qu’il lui avait envoyé pour l’amener.

Le 10, M. de Flavacourt père et M. de Sourdis ont soupé chez Brissault, avec les demoiselles Dubuisson et d’Hericourt. M. de Sourdis s’était pris pour cette demoiselle de belle passion, à laquelle il a offert dans ce souper 25 louis comptant et 200 livres par mois pour donner à un tapissier, pour lui fournir des meubles, car elle est encore en chambre garnie. Mais elle a tout refusé, parce qu'elle est singulièrement attachée à un petit garçon chirurgien, qui n'a pas un sol. C’est ce qui a été cause des arrangements que M. de Sourdis a pris avec Mlle Saron.

Du 14, M. le baron de Wangen a donné à souper à sa maison de Chenevière , à M. le marquis d’Etrehan et à la demoiselle Yesian (1), au marquis de Sourdis et à la demoiselle Saron,

(t) Le premier tome des Mémoire s de Casanova (édit. 1843) nous donne de

au marquis d’Aubigny et à la demoiselle Rousse, au marquis de Chimène et à la demoiselle Dubois des Français, à M. de Champeron et à la demoiselle Raymond, au marquis de Vier-

curieux renseignements sur les débuts de cette Vesian et de son frère, dont ce Journal doit répéter encore plus d’une fois les noms :

" Vers le même temps (1751), Mlle Vesian arriva à Paris avec son frère. Elle était toute jeune, bien élevée, novice, belle et aimable au possible. Son père, ancien officier au service de France, était mort à Parme, sa ville natale. Restée orpheline sans aucun moyen d’existence, elle suivit le conseil qu’on lui donna de vendre tout ce que son père avait laissé dç meubles et d’effets et de se rendre à Versailles pour tâcher d’y obtenir de la justice et de la bonté du roi une petite pension pour la faire vivre. En descendant de la diligence, elle prit un fiacre et se fit conduire dans un hôtel garni le plus voisin du théâtre Italien Le hasard voulut qu’elle vint descendre à l’hôtel de Bourgogne où je logeais.

" Le matin on me dit que dans une chambre voisine de la mienne, il y avait deux jeunes Italiens, frère et sœur, nouvellement arrivés, fort jolis l’un et l’autre, mais qu'ils étaient mincement montés. Italiens, jeunes, pauvres et nouveaux débarqués, c’était la bien des motifs pour exciter ma curiosité. Je vais à leur porte, je frappe, et voilà un jeune homme en chemise qui vient m’ouvrir :

" — Monsieur, me dit-il, je vous fais excuse si je viens vous ouvrir en cet état.

" — C’est à moi à vous faire les miennes. Je viens, en ma double qualité de voisin et de compatriote, vous offrir mes services.

11 Un matelas par terre annonçait le lit qu’avait occupé le jeune homme; un lit dans une alcôve, caché par des rideaux, me fit découvrir la sœur. Je la priai de m’excuser d’étre venu l’interrompre sans m’informer si elle était levée. Elle me répond sans me voir que fatiguée du voyage, elle avait dormi un peu plus qu’à l’ordinaire; mais qu’elle allait se lever si je voulais lui en donner le temps.

11 — Je vais dans ma chambre, mademoiselle, et j’aurai l’honneur de revenir dès que vous me ferez appeler. Je suis à telle chambre.

11 Un quart d’heure après, au lieu de me faire appeler, je vois une jeune et belle personne qui me fait avec grâce une révérence modeste, en me disant qu’elle venait me rendre ma visite et que son frère allait venir à l’instant. Je la remercie en l’invitant à s’asseoir et je lui exprime tout l’intérêt qu’elle m’inspire. Sa reconnaissance se montre encore plus dans son ton de voix que dans ses expressions, et captivant déjà sa confiance, elle me conte avec naïveté, mais non sans une sorte de dignité, sa courte histoire| et clic achève en disant : 11 faut que je me procure dans la journée un logement moins cher, car il ne me reste plus que six francs.

"Je lui demande si elle a des lettres de recommandation, et elle tire de sa

ville et à la demoiselle Martigni et à M. de Villemur. Ce souper s'est passé dans la plus grando gaîté, on peut mémo dire la plus chaude.

Je ne parlerai point des arrangements que M. Berlin (1), trésorier des parties casuelles, a pris avec la demoiselle Arnoult, de l’Opéra, parce que je crois être assuré que le magistrat en est pour le moins aussi bien instruit que moi-môme ; co qui n’est simplement que pour faire connaître qu'ils ne me sont point échappés.

poche un paquet de papiers contenant sept à huit certificats de bonnes mœurs, d’indigence et un passe-port .

*• — Voilà donc tout ce que vous avez, ma chère compatriote ?

« — Oui. Je me présenterai avec mou frère au ministre de la guerre, et j’espère qu’il aura pitié de moi.

" — Vous ne connaissez personne?

#/ — Personne, monsieur; vous êtes le premier homme en France auquel j 'ai dit mon histoire.

« — Je suis votre compatriote et vous m’êtes recommandée par votre situation autant que par votre âge. Je veux être votre conseil, si vous le voulez.

" — Ah ! monsieur, que vous ne devrai-je pas?

" — Rien. Donnez-moi vos papiers, je verrai ce que je puis en faire. Ne dites votre histoire à personne. Que l’on ignore complètement votre état et ne sortez pas de cet hôtel. Voilà deux louis que je vous prête jusqu’à ce que vous soyez en état de me les rendre.

11 Elle les accepta, pénétrée de reconnaissance.

" Son frère vint sur ces entrefaites. C’était un joli garçon de dix-huit ans, bien fait mais sans ton, parlant peu et n’annonçant rien sur sa physionomie.

" Baletti lui donna quelques leçons, elle fut reçue à l’Opéra ; mais elle n’y figura que deux ou trois mois. Elle n’admit plus de Narbonne (ce seigneur en avait abusé de la façon la plus indélicate), et elle accueillit à la fin un seigneur différent de tous les autres, puisqu’il commença par lui faire quitter le théâtre; ce qu’un autre n’aurait pas fait, car c’était le bon ton du temps. C’était M. le comte de Trcssan ou Tréan, car je ne me rappelle pas bien son nom. Elle sc comporta fort bien et resta avec lui jusqu’à sa mort. Il n’est plus question d’elle quoiqu’elle vive fort à son aise ; mais elle a cinquante-six ans, et à cet âge une femme est à Taris comme si elle n’existait plus. "

(1; Nous trouvons un.commentairc fort détaillé de cette nouvelle et malheureuse liaison de M. Bertin dans une lettre de Favart, datée du 8 novembre 1761:

" L’infidélité de Mlle Husse a piqué l’amour-propre de M. Bertin, qui s’est

I)U 23 OCTOBRE 17GJ.

Les Demoiselles Lacour, Du mire y, Dubois, Latorest, la Marquise DE PlERRECOURT, FaNGOR, DENESLE.

Le prince de Belosinski est arrivé d’Angleterre en cette ville, le 20 de ce. mois, à onze heures du soir. Le lendemain, à six

offert pnr désespoir et pnr vengeance à Mlle Arnould ; et comme le dépit est toujours généreux, ledit M. Bertin a proposé des avantages si considérables à cette princesse lyrique, qu’elle Ta trouvé beaucoup plus aimable que son cher M. de Lauraguais, à qui elle a écrit sur le champ une lettre très-polie dont voici la substance à peu près :

" Monsieur, mon cher ami,

" Vous avez fait une fort belle tragédie, qui est si belle que je u’y comprends rien non plus qu'à votre procédé; vous êtes parti pour Genève, afin de recevoir une couronne de lauriers de Parnasse de la main de M. de Voltaire; mais vous m’avez laissée seule et abandonnée à moi-môme-, j’use de ma liberté, de cette liberté si précieuse aux philosophes pour me passer de vous. Ne le trouvez pas mauvais, je suis lasse de vivre avec un fou qui a disséqué son cocher, et qui a voulu être mon accoucheur, dans l’intention sans doute de me disséquer moi-môme. Permettez donc que je me mette à l’abri de votre histoire encyclopédique.

11 J’ai Phonneur d’ôtre, etc. "

" A la lecture de cette lettre, M. de Lauraguais s’écria, en frappant sur l'épaule de son valet de chambre : " Fabian, soutiens-moi, ce coup de foudre est trop grand! " 11 ordonne des chevaux de poste; il part dans le dessein d’immoler la perfide, mais elle avait eu la prudence de se mettre sous la protection du ministre. L’amant outragé vomit feu et flamme, et sa fureur s’exhale en vers froids et glacés, qui heureusement ne vous parviendront point, line maison richement meublée est déjà préparée par M. Bertin pour sa nouvelle sultane. Rien ne lui coûte, pour la payer du sacrifice qu’elle lui fait d’un amant illustre par ses talents et par sa naissance... "

Néanmoins, cela devait durer deux mois à peine, car le 1er janvier 1702^ Bachaumont écrivait à propos du môme M. Bertin : " 11 n’a rien épargné pour mériter la bienveillance de sa nouvelle maîtresse : tout a été prodigué, mais l’excès de sa générosité n’a pu triompher d’une passion mal éteinte; l’amant tyrannique régnait au fond du cœur, scs écarts ont disparu, on a oublié ses

heures du soir, il a élé voir la demoiselle Lacour, sa maîtresse. Cependant, je suis informé que pour calmer l'esprit de la princesse son épouse, il fait courir le bruit qu'il ne la voit plus. 11 est vrai qu'il se comporte avec un peu plus de ménagements, c'est-à-dire qu'il n'y va plus en équipage, mais les attentions sont toujours les mômes. Il lui a fait présent de nombre dé cadeaux, qu’il a rapportés d’Angleterre, et on est sûr, tous les jours, lorsque la brume survient, de le voir arriver chez cette demoiselle à pied et en redingote, ou bien en chaise à porteurs.

On est informé présentement des raisons que M. de Cramayel a eues de quitter Mllc Dumirey, figurante à l'Opéra, son

crimes : l’amour a réuni deux amants qui, plus épris que jamais l’un et l’autre> présentent au public un événement qui fait l’entretien de tout Paris. L’infortuné Bertin, aussi honteux de sa tendresse que piqué du changement de sa perfide est, dit-on, dans le plus cruel désespoir...

" ... 11 parait cependant que tout le monde n’est pas d’accord pour admirer le retour de Mlle Arnould à M. le comte de Lauraguais... M Bertin avait payé les dettes de la belle fugitive; il a marié sa sœur; il a fait des dépenses considérables, qu’on évalue à plus de 20,000 écus. Pour conserver l’héroïsme, il e h t fallu que l’amant en faveur cftt remboursé à l’amant disgracié les frais immenses que lui avait occasionnés sa nouvelle conquête.... C’est avec douleur que nous sommes obligés de renvoyer Mlle Arnould dans la foule des femmes d’oii nous l'avions tirée... „

Treize ans plus tard (1774), VStfUm anglais (t. I, p. 274) donnait ce portrait de M. Bertin :

Le trésorier des parties casuelles a une charge unique : le vrai titre est " Receveur général des revenus casuels et deniers extraordinaires de S. M.„ 11 a un premier commis admirable pour l’invention (le sieur I.eJcunc); un génie fiscal si jamais il en fut, qui lui a fourni des moyens de toute espèce de pressurer les Français et de varier à l’infini les tortures politiques. Quant au titulaire (Bertin), il ne se mêle que de manger ses gros revenus. 11 a des prétentions à l’esprit; il est membre de l’Aendémie des belles-lettres. Ou lui attribue quelques petites pièces données aux Italiens (entre autres Vile îles I’oiix), à la faveur de prête-nom soudoyé, pour lui servir de plastron aux mauvaises plaisanteries du public. Mais sa grande réputation est du cêté des filles. Trahi par l’une, abandonné par l’autre, il a pris le parti d’épouser une demoiselle de qualité et de terminer par l'hymen le cours de ses débauches.

ancienne maîtresse, après avoir eu la patience de l'observer lui-niôine depuis sept heures du soir jusqu'à cinq heures du matin. Il eu vit sortir M. de Monville, grand-maître des eaux et forêts. On prétend aussi que c’est la Montansier qui lui a donné cet avis, et que par reconnaissance, ce financier avait pris cette demoiselle pour maîtresse. M. de Monville, de son cûlé, s’est chargé de la demoiselle Dumirey, à qui on assuïe qu’il a fait un sort brillant. La Montansier triomphe, et se p^ pose bien de profiler de la bonuc fortune que son infidélité à son amie lui a fait rencontrer.

C’est aujourd'hui M. le comte de Sarsalle qui défraie la maison de M,le Dubois, actrice des Français, qu’il a eu anciennement pour maltresse, que M. de Vougny lui avait enlevée, et que ce dernier lui a ensuite abandonnée, pour le goût qu’il avait pris pour Pouponne. On imagine cependant que M. de Vougny renouera avec la demoiselle Dubois, d'autant mieux que Pouponne ne veut plus entendre parler de lui.

La demoiselle Laforest, de l'Opéra, est toujours entretenue parle baron de Warseberg. Quoiqu'il soit absent, elle dispose toujours de sa maison à la barrière Sainte-Anne, et il lui envoie de l’argent. Mais comme les absents ont toujours tort avec ces femmes-la, elle a profité habilement depuis huit jours du passage de M. de Rembort, officier de marine, qui a été anciennement son amant a Bordeaux, fl lui a donné dans ce peu de temps au moins 200 louis. Heureusement pour lui, il est parti mercredi dernier pour se rendre à Toulon.

Mn" la marquise de I’ierrecourt, demeurant rue des Marais, faubourg Saint-Germain, âgée d'environ 32 ans, et connue pour avoir été anciennement liée très-étroitement avec feu le

maréchal de Lcewendal (I), a soupe et couché le 10 de ce mois à la barrière Blanche, à la petite maison de Brissault, avec M. Dupré, fils d’un riche marchand, dont le père était autrefois élabli rue des Bourdonnais. Cette dame estarrivéeavecM. Dupré enfermée dans un fiacre, et a exigé qu'aucun domestique ne la en conséquence on leur a servi un ambigu propre. A ■luit, ils sont montés se coucher, et la femme Brissault a eu soin le lendemain de faire trouver un fiacre à la porte à sept heures, avec lequel ils se sont retirés à huit. C'est la femme Brissault qui les a toujours servis. M. Dupré espère se trouver encore plusieurs fois avec cette dame dans la même maison.

La demoiselle Fangor, native de Slilbourique (?) en Zélande, âgée de dix-huit ans, depuis deux ans à Paris, après avoir circulé quelque temps dans les maisons de débauche, a fait connaissance d'un nommé M. Perault, major-général des milices du Canada, qui lui a donné des meubles fort proprement, rue Saint-Honoré, chez, une marchande de modes, à l'enseigne du Dauphin , et qui lui donne en outre 25 louis par mois pour sa nourriture et son entretien. Mais loin que cette demoiselle profite de son sort, elle mange tout ce qu’elle a avec M. de Belcourt, officier du régiment de Guyenne, connu à la vérité pour un brave officier, mais pour un très-mauvais sujet sur le pavé de Paris. C’est le même qui a été mis au fort l’Évêque pour avoir assommé chez elle la demoiselle Maillard.

M. Aiguillon, capitaine de vaisseau marchand, prisonnier des Anglais sur sa parole, s’écrase ici avec la demoiselle Denesle, dont j’ai parlé dans mes notes précédentes, comme ayant été entretenue par M. Pelletier, fermier général, qui lui a fait quelques rentes. Elle tire de ce marin l’impossible tant en ar-

(1) Le maréchal de Lœwendal était mort en 1755. C’est le vainqueur de Fontenoy et de Berg-op-Zoom.

gent qu'en bons effets. Cette fille est vraiment jolie, mais elle est très-libertine; cependant on la sait très-attachée à un jeune officier, nommé M. Dains, fils de l’avocat de ce nom.

Les anecdotes galantes deviennent rares de plus en plus, et les femmes ont absolument besoin que les troupes prennent des quartiers d’hiver afin de revoir ici les officiers de distinction.

Les Demoiselles Thierry, Frédérique dite Sonville, Koirterre, Hvot limonadière, Laeorkst, Dorville, Laeont, Rozetti.

La demoiselle Thierry, native de Paris, fille d'un ferblantier, rue du lloi do Sicile, est âgée d’environ vingt-quatre ans, grande et parfaitement bien faite , les plus beaux yeux du monde, et pourrait passer pour être belle, si la petite vérole ne lui avait pas grossi un peu les traits ; mais au reste l'on prétend que c'est le plus beau corps de femme que l’on puisse voir. Dès l'âge de quinze ans , elle donna dans la galanterie. Ce fut un ouvrier de son père qui cueillit sa première (leur. Mais bientôt après, elle fit la conquête d’im certain gendarme, qui l'emmena dans son pays, où elle resta quelques mois ; au bout de ce temps, elle revint à Paris, très-peu étoffée ; pour se soutenir, elle fut obligée de circuler dans les maisons de débauche, et Iirissault en a disposé plus de six mois. 11 avait coutume de la procurer, il y a quatre ans, à M. de Paulmy d'Argenton, et j’en ai rendu compte. Ensuite on l'a vue chercher dans les promenades, par un détail particulier, de quoi subit.

sisfer. Enfin, il y a dix-huit mois ou environ, qu étant dans le jardin du Palais-Royal, ù l'heure do la bruue, elle accosta M. Leclerc de Lesseville, ci-devant président de la cinquième des enquêtes, demeurant rue Mauconseil. Ce robin lui proposa de la reconduire chez elle, petite rue de Beauvais, près le Louvre, dans une petite chambre garnie ; elle accepta de bon cœur la proposition et fit si bien par ses complaisances qu elle captiva en entier le cœur du président; après lui avoir rendu plusieurs visites, dont il se trouva toujours très-satisfait, il se détermina à s’en charger totalement. En conséquence, il lui fit louer un très-bel appartement rue d’Orléans, à la porte Suint-Denis, môme maison que le baron de Wangen, qu’on lui a meublé superbement; il lui a donné une garde-robe bien montée et même quelques diamants. Elle a pour la servir deux laquais; au ton de cette maison, on peut juger qu’il en coûte au président au moins cent pistoles par mois, et n’imaginerailon point qu’après tant do bienfaits, cette demoiselle devrait passer sa vie à témoigner sa reconnaissance à M. Leclerc de Lesseville, qui l’a tirée avec tant de profusion de la misère dans laquelle elle était plongée ? Mais il n’est rien de cela ; les femmes de cette espèce, en général, sont toutes ingrates ; pour le récompenser de tout ce qu'il a fait pour elle , à peine est-il sorti de chez elle, le soir, sur les onze heures, qu’on voit mystérieusement monseigneur le prince de Conti se glisser chez elle; il y reste ordinairement jusqu’à trois heures du matin, qu’il se retire pour aller joindre un fiacre que son grison lui garde à la porte Saint-Denis. Tout le monde ignore cette intrigue ; le baron de Wangen même n’a pu la découvrir, malgré les ordres qu’il avait donnés à son portier à ce sujet, et je n’ai pu y parvenir qu’après m’être donné des peines infinies; et voici encore comment. M’étant aperçu , après avoir observé moi-même pendant plusieurs nuits la demoiselle Thierry, qu’un fiacre qui était sur la place, à la porte Saint-Denis, ne

voulait point marcher, malgré qu'il se fut présenté différents bourgeois pour le prendre, je me suis avisé moi-même, à une heure du malin , de vouloir le prendre p<jur mon usage. Le cocher , qui était renfermé dedans avec le grison en redingote grise, me répondit qu'il ne marcherait pas, qu'il était loué; coiîrtne il était sur la place, ses chevaux débridés et mangeant du foin , je lui dis que je le ferais marcher absolument et quo j'allais le faire punir en le conduisant moi-même chez un commissaire. Comme il me vit me mettre en devoir de brider ses chevaux, le grison alors me dit qu'il allait me dire à qui il appartenait, et ayant ouvert sa redingote , il me fit connaître la livrée du prince en me disant qu'il l’attendait lui-même. Je fis alors des reproches à ce domestique d'être resté sur la place; ce qui était cause que je l'avais forcé à compromettre le secret de son maître, et je l'engageai ensuite à s’ôter do dessus la place ; ce qu'il fit. A trois heures du malin, le prince sortit de chez la demoiselle Thierry. Comme j'étais embusqué avec un de mes gens , je le vis rentrer dans le fiacre , et alors je mo retirai.

La demoiselle Frédérique, connue aujourd’hui sous le nom de Sonville, et dont j’ai parlé dans mes anecdotes précédentes, comme étant entretenue par M. de Vouvray , ci-devant mailro des requêtes, et qui, malgré l'indigence pour ainsi dire où il se trouve réduit , a dépensé pour elle au moins 10,000 livres en meubles et en robes, est passée depuis un mois aux appointements de M. de lioisgelain, que l’on dit appartenir à M. le duc de Berry, dans une qualité supérieure. Ce monsieur l'a fait déloger de la rue de la Truanderie, où M. de Vouvray l’avait logée, et lui a fait prendre un joli appartement rue de Richelieu. Il lui fournit abondamment tout ce dont elle a besoin et lui fait un sort fort heureux ; toutes les fois qu'il est à Paris il couche livec elle.

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