‹ Journal des inspecteurs de M. de SartinesChapitre 6 sur 27 · CIRCULATION · texte numérisé non relu

CIRCULATION

Le baron de Warseberg, malgré qu’il entretenait la demoiselle Laforest, voyait encore des filles de Lavarenne; il puisa dans le flanc de la demoiselle Derville ce poison destructeur qu'il procura à la demoiselle Laforest, qui de son côté en fit présent à M. Saimson , mousquetaire , avec qui elle guerluchonnait, lequel parla même voie en fit cadeau à la demoiselle Lafont, de la Comédie italienne, qui sans façon la voitura à M. de la Ferté, intendant des menus plaisirs, qui de môme, par inadvertance, en gratifia la demoiselle Itozetti qui, de môme, la souffla à M. de Fontagnieux, qui, moins généreux que les ci-devant nommés, a jugé à propos de lui faire couper racine par le sieur Kcyser, fameux pour ces sortes de maladies.

Les Demoiselles La cor b, Dihibeï, Dksfossés dite d’Argencocrt, Arnould, Ditin, Clairon.

La demoiselle Lacour, figurante à l'Opéra, vient depuis huit jours de remplir avec une exactitude marquée les devoirs de son état. Elle en a môme reçu des compliments de ses compagnes. Cependant l'objet en est simple; le prince de Iielosinski , son amant, en très-peu de temps a dépensé pour elle au moins 80,000 livres. Aujourd'hui il se trouve sans argent et encore moins de crédit. Elle lui a donné son congé absolu.

11 n’v a pas un mot à répliquer à cela. Sa conduite est dans lu règle. J'ai vu cette semaine ce prince pour savoir au juste à quoi m’eu tenir et comment il trouvait les manières françaises. Il m'a paru qu’il prenait son parti en brave. « Je serais charmé, m'a-t-il dit, qu’elle prît un autre amant; je ne suis pas fait pour vivre toujours avec elle; je le lui ai conseillé moi-môme, et pour lui en faciliter les moyens, je no vais plus la voir que très-rarement. » La demoiselle Lacour , de son côté, dit beaucoup de bien du prince, et dit qu’il s’entend parfaitement à nipper une femme. Effectivement, cette demoiselle a des robes magnifiques pour toute sa vie et est magnifiquement meublée. Son intention maintenant est de tomber sur un seigneur français et d’attraper des renies.

La demoiselle Dumirey, figurante à l'Opéra, se trouve aujourd'hui être à louer. M. de Monvjlle, grand maître des eaux et forets, après lui avoir fait perdre par ses assiduités M. de Cramavcl, dont elle a reçu des bienfaits considérables, au bout d'un mois l’a quittée. Elle se trouve actuellement réduite au seul M. Bontemps, qui certainement ne lui fait pas Je fortune, et aux plaisirs singuliers que lui procure la demoiselle Valentin, connue pour une des premières tribades du siècle et pour avoir avancée conjointement avec la Dumirey, les jours de la demoiselle Riquet.

Le 3 de ce mois, M. le comte de Sarsalle, le baron de Wangen et M. de Villemur, ont soupé à la petite maison de Brissault avec la demoiselle Saint-Martin, de l'Opéra, et la demoiselle Dubuisson, des Italiens. Pendant ce souper il n’a été question que des moyens que M. de Sarsalle doit mettre en usage pour souiller à M. de Bauche la demoiselle Lemière. MM. de Wangen et Villemur ont promis d’y donner tous leurs soins. Brissault a promis toute son intelligence, et M. de Sarsalle de ne rien épargner pour en venir à bout.

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M. Afftel, élranger, demeurant rue Neuve-Saint-Eustache, vis-à-vis l'hôtel de Strasbourg, a couché le 29 et le 30 du mois dernier avec la demoiselle Saint-Gérand ; il lui a donné 2o louis, et se serait déterminé à lui faire du bien si elle avait voulu quitter un certain M. de Brea, par qui elle est entretenue depuis près de deux ans.

M. Prud'homme, secrétaire de confiance de M. le duc de Choiseul, s’est coiffé assez mal à propos de la demoiselle Desfossés, dite d’Argent-Court, demeurant rue des Fossés-Montmartre, au-dessus des Boucheries. Cette fille est connue pour un très-mauvais sujet et va journellement chez les filles publiques, faire des parties. Cependant, M. Prud'homme s'intéresse particulièrement à elle et ne la laisse pas manquer du nécessaire.

On commence à parler assez mal de Mlle Arnould. Le bien que lui a fait depuis peu M. le comte de Lauraguais a transpiré, et on la blâme hautement d'avoir écouté les propositions de M. Berlin qui, de son côté, a abusé de la confiance de M. de Lauraguais, qui l'avait prié, comme son ami, de venir voir en son absence cette demoiselle. Tout le monde applaudirait à une vivacité qu'aurait pour lui M. de Lauraguais, et on 11e regarde point cette intrigue comme finie. M. Berlin a beau aller à petit bruit, on le devine et on n'ignore pas la destination de certain carrosse qu’il a acheté chez Antéchrist, sellier.

La demoiselle Dupin, que j’ai fait connaître ci-devant pour être entretenue par M. le duc d'Uzès (1), duquel elle a tiré de

(1) Le duc d'Uzès était né le 11 janvier 1707. Il fut nommé brigadier en 1734, après la bataille de l’arme, où deux coups de feu lui avaient crevé l’œil droit et cassé l'épaule gauche. Reçu duc et pair en 1740, il devait mourir en 1702. — Grand seigneur philosophe, il ealretenait commerce de lettres avec

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