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bonnes nippes et de bons effets, et quelle a perdu lors de scs couches, il y a six mois, a eu le bonheur de réparer cette perte depuis quelque temps, par la connaissance qu'elle a faite de M. le comte de Raugrave, lieutenant général des armées du roi (1). Ce seigneur lui donne exactement quinze louis par mois, et lui fait nombre de cadeaux très-avantageux. Il vient la voir tous les jours, et reste avec elle depuis deux heures après-midi jusqu'à dix heures du soir; il n’y couche jamais. Celte conduite ne déplait point au guerluchon, et tout jusqu a présent se passe le mieux du monde.
La demoiselle Clairon est inconsolable de la mort de la princesse Galitzin (2) ; elle en est môme tombée malade et il faut convenir que cette perte est cruelle pour elle. Cette princesse faisait un cas particulier de ses talents et la comblait d’honnêtetés et de présents, sans compter un doigt d’estime que difficilement elle réparera. Peut-être aussi, lorsqu’elle aura pris le dessus y gaguera-t-elle un peu d'embonpoint.
Voltaire, qui l’appelait son magnanime pair de France. Son fils portait le titre (le comte (le Crussol. L’hûtel d’Uzès, l’un des plus beaux de Paris, se trouvait à la Porte Montmartre.
(Ij Promotion de lTô'J.
i2j “ Cette pauvre princesse n’est plus; elle est morte la semaine dernière. Les mauvais plaisants disent à ce sujet que Mlle Clairon est veuve. L’amitié dont la princesse Phonorait avait fourni matière à nos épigrammatistes. J’ai conuu beaucoup Mme de Galitzin ; elle avait la bonté de lue donner accès auprès d’elle, et je puis lui rendre justice. C’était une femme respectable qui fuyait le monde, mais qui aimait les arts et les protégeait; sa morale était pure autant que ses mœurs. Nos Français veulent toujours que le sentiment ou les sensations d’une femme soient occupés ; comme celle-ci n’avait point d’intrigue, on lui supposait des raisons secrètes pour n’en point avoir. Pauvre siècle! pauvre peuple! ,, (Favart, Mémoires, 1. 1, p. 201.}
— (il —
Les Demoiselles Rossignol, Lacroix, Dlbois, Desjardins dite baronne de Fraqueville, Bai.ignï, Leblanc, Dangeville.
M. de Caze continue toujours de voir la demoiselle Rossignol, qu'il entretient des plus belles promesses sans en effectuer aucune. Elle a, au contraire, le chagrin de ne pouvoir s'acquitter avec aucun de ses créanciers, et incessamment on la verra retourner à la discrétion de Brissault. M™' de Caze, de son côté, prend patience avec le jeune duc de Coigny, qu’elle traite avec une bonté toute particulière. 11 paraît môme que son mari en est flatté, car loin de s'en formaliser, on a remarqué que lorsqu’il est au spectacle avec elle, il engage ce jeune seigneur, avec une complaisance marquée, de prendre place auprès de madame. C'est, en vérité, le meilleur des maris.
M. Ferrand, ci-devant fermier général, est rempli de bonne volonté pour Mllc Lacroix, connue pour avoir resté quelque temps à Sainte-Pélagie. C'est lui qui soutient aujourd'hui son ménage jusqu'à ce qu’elle ait trouvé quelqu'un de plus opulent. Mais son aventure avec M. d'Harnoncourl (1) lui a donné un vernis quelle a peine à effacer. Elle a beau se produire de tous côtés, personne ne mord à l'hameçon, et je crois qu'elle aura le temps de manger les louis qu’elle a pris au bonhomme, pourvu toutefois qu'ils ne soient point montés eu croupe avec Merval.
(1) Durcy d'Hurnoncourt, homme fort riche, püre de M. de Morzan, l’auteur du Commentaire sur les outrages de la llenriudc, et de lime de Sauvigiiy.
On prétend que SI. de Vougny commence déjà à se repentir de son mariage avec Mlle de la Borde, et que cette jeune personne, fiêre de ia protection de Mme de I’ompadour, ne tardera pas a vouloir le mener sans qu'il ose en murmurer. Ses amis regardent ce mariage comme un frein qu’il s’est donné sans s’en apercevoir. Effectivement, du moment qu’il a été célébré, M. le comte de Sarsallc s’est imaginé n’avoir plus rien à redouter de M. de Vougny , et. en conséquence il s’est chargé de la demoiselle Dubois, actrice à la Comédie-Française ; c’est sur lui que roule aujourd'hui toute la dépense; il ne l’appelle que sa fille, et comme cette demoiselle a la poitrine fort délicate, il se tient à ce sujet un fort bon propos. Lorsque M. de Sarsalle se plaint d’ètre incommodé, ses amis lui disent avec complaisance : « Va te reposer et prendre du bouillon blanc chez ta fille. »
M. le marquis de Vicrville est fort attaché à la demoiselle Desjardins, veuve de M. le duc de Montmorency et délaissée de M. le baron de lloulay. Cette demoiselle était connue cidevant sous le nom de baronne de Fraqueville, et depuis son veuvage elle augmente le nombre des danseuses de l'Opéra- Comiquc. On ne conçoit pas M. de Vierville de s’ôtre pris de goût pour une aussi laide créature, à moins que ce ne soit pour se délasser de toutes les jolies personnes avec lesquelles il a toujours vécu jusqu’à présent.
La demoiselle Baligny, connue pour avoir vécu pendant plusieurs années avec M. le marquis de Monlmorin, avant son dernier mariage dont il lui reste une petite fille, qu’elle fait élever, et qui depuis six mois est entretenue par M. le marquis de Genlis (1), qui l'a emmenée dans une de ses terres proche
(1) Voici le portrait que nous a laisse de lui Mme de GcnliSj il date de
Amiens, est venue avec lui passer quelques jours à l’aris, pour y faire quelques emplettes; mais comme il la connaît d’un très-facile accès et qu'il craignait qu’elle ne rendit visite à Brissault, il l'a accompagnée partout. Cependant, comme elle s'est trouvée incommodée, et qu’elle a eu besoin d'ôlre soignée et purgée, après l’avoir vue prendre, il l’a laissée libre et a été vaquer à quelques affaires. Elle a profité de cet instant pour aller trouver un nommé Minot, commis à la capitation, son ancien guerluchon, qui, sans égard pour le séné, lui a fait
1764 - 11 Le marquis de Geulis, alors âgé de trente et un ans, avait une belle taille..., et je n’ai jamais vu de tournure plus noble, plus leste et plus élégante Il avait déjà perdu presque tous ses cheveux; on disait qu’il avait eu des dents aussi parfaites que celles de son frcre; mais elles étaient déjà toutes gâtées ; d’ailleurs, tous ses traits étaient beaux et l’ensemble de sa figure trèsagréable. Jamais homme n’a moins profité des avantages les plus brillants de la nature et de la fortune. Il se trouva, à quinze ans, possesseur de la terre de Geulis, l’une des plus belles du royaume et libre de toute hypothèque, avec la certitude d’avoir un jour celle de Sillery. M. de Puitieux, son tuteur et trèsaimé du roi, le fit faire colonel à l’âge de quinze ans... Mais à dix-sept ans, il montra déjà la passion du jeu et une extrême licence de mœurs. 11 fit des dettes, des extravagances; on gronda, on paya, ou pardonna. 11 ne se corrigea nullement. Enfin, à vingt ans, il perdit au jeu, dans une nuit, cinq cent mille francs contre le baron de Vioménil; il devait d’ailleurs environ cent mille francs. La colère de M. de Puitieux fut extrême et l’emporta trop loin : il obtint une lettre de cachet, et fit enfermer au château de Saumur sou pupille; il l’y laissa cinq ans. Sa carrière militaire fut perdue par cette rigueur; ayaut été obligé de quitter le service, il n’y rentra plus. Quand il sortit de Saumur, on avait déjà payé la moitié de scs dettes ; M. de Puitieux alors le fit interdire et exiler à Genlis. Cette terre valait à peu près soixante et quinze mille francs de revenu. On fit à mon beau-frère une pension de quinze mille francs ; le surplus de ses revenus fut employé à payer le reste de ses dettes. Son exil dura deux ans; ensuite il eut la liberté d’aller à Pari9, où il passait seulement trois mois d’hiver; mais M. de Puitieux déclara qu’il ne lèverait l’interdiction que lorsqu’il ferait un bon mariage. Telle était encore la situation du marquis de Geulis quand j’arrivai dans son château. Malgré ses disgrâces et ses malheurs, il était d’une extrême gaieté. Rien n’annonçait en lui le goût de la licence; il avait le ton le plus décent et le plus parfait; ses plaisanteries étaient toujours fines, mesuré^ et délicates ; on a beaucoup loué la politesse
et la grâce de ses manières ; ellffétaient en effet très-distin§uées
Le château dont parle Mminie Genlis est le môme que celui où sou beaufrère renfermait si bien la demoiselle Baligny.
cinq politesses; après quoi elle est remontée en chaise à porteurs et a été se remettre au lit. Sa médecine a fait un effet admirable, et quatre jours ensuite elle est partie fraîche comme une nonne avec M. de Genlis pour sa terre.
La demoiselle Leblanc, connue aujourd'hui sous le nom de Prémarais, est encore depuis peu de retour de Bordeaux. Il parait qu’elle a fait main basse sur les négociants de cette ville, car elle est revenue en très-bon ordre. On peut estimer sa pacotille au moins GO, 000 livres , consistant en robes de toutes espèces, beaucoup de linge et de dentelles très-belles. Tout ce que l’on peut imaginer pour petite oie, argenterie et plusieurs bijoux en diamants et en or très-propres. Son intention est de se fixer présentement à Taris, si elle peut rencontrer quelqu'un d’humeur à soutenir son étalage. En attendant, elle fait l'essai de ses charmes sur M. de Monverdun, officier aux gardes françaises, qui en parait fort épris ; il lui donnait la main au dernier bal de l’Opéra.
La demoiselle Dangeville, connue depuis plus de six mois pour être le plastron de chez Brissault, est enfin dans ses meubles, rue Pavée-Saint-Sauveur. C'est Brissault qui a pris les engagements avec le tapissier et qui a loué l’appartement en son nom, afin de la tenir toujours à sa discrétion. Le marquis de Beguinvilliers va la voir et lui fait quelque bien. Elle espère entrer incessamment dans les ballets aux Italiens. Cette jeune fille est venue dernièrement chez moi toute en larmes, me demander conseil, en m’apprenant que Brissault était amoureux d’elle, et qu’il exigeait des faveurs qui la réduisaient au désespoir; que, crainte d’être mise à la porte sans rien, elle avait même déjà été obligée d’y succomber deux fois; que cet homme lui fd%ait horreur, qu’il élpt aussi dégoûtant qu’il était laid. Effectivement, il n’est pas beau ; je me suis trouvé
assez embarrassé pour lui répondre. Tout ce que j'ai pu lui
dire, a été de l’engager à prendre patience et à redoubler d’attention, pour tâcher de s'approprier ne serait-ce qu'une bergame (1), pour se retirer des griffes de cet usurier de débauche.
Elle a promis de faire l’impossible pour cela.
Le 13 de ce mois, M. le baron de Wangen, M. de Villemur et M. l’envoyé de Modéne, ont soupé à la petite maison de Brissault, avec la demoiselle Saint-Martin, de l’Opéra, et la demoiselle Dangeville. M. le comte de Jumilhac devait en être, mais il n’y est point venu.
Le 19, M. le duc de Grammont (2) a dîné à sa petite maison du Pont-aux-Choux avec la demoiselle Dangeville.
Le 22, M. de la Tour du Pin a couché avec la demoiselle Denesle dans son appartement, au Palais-Royal.
(1) C’est-à-dire un meuble recouvert de bergamc. La bergame était une tapisserie grossière de fil ou de laine, faite sur le métier, et ne représentant aucune figure. On l’appelait aussi tafisaerie de Rouen.
(21 Antoine Antonin de Grammont, souveraiu de Bidache, gouverneur de Kavarre, né le 19 avril 1722. 11 n’y avait pas longtemps qu’il avait contracté avec Mme de Choiscul nu mariage apprécié ainsi par Lauzun { Mémoires , p. fi): " Elle jeta les yeux sur M. le duc de Grammont, homme saus caractère, sans moyen de rien faire, interdit depuis quelques années et passant sa vie dans une petite maison près Paris, avec des musiciens et des filles publiques les moins recherchées. „
Les Demoiselles I’revii, le, Dornaï, Siam, Lacroix, Villon.
La dame Préville, dont j'ai rendu compte depuis plusieurs années dans mon travail des femmes tenant maison publique, rebutée des événements qu’on court dans cet état, vient de faire retraite en profitant de la faiblesse, ou pour mieux dire, de l'imbécillité de M. Ogier, auditeur des comptes, rue Ncuve- Saint-Paul, qui s’est pris pour elle de la plus forte passion, il y a déjà plus de deux ans, sans que l’on puisse en dire la raison, car cette femme n’est point du tout jolie : au contraire, elle peut passer pour laide. C’est une grosse coche d’environ trente-cinq ans, do poil roux, et dont le visage tout couturé do la petite vérole, a quelque chose de dégoûtant. Mariée en outre au nommé Duplessis, marchand de chevaux, avec lequel elle fait mauvais ménage depuis plusieurs années et qui est par luimême un très-mauvais sujet, elle joint encore à toutes ces belles qualités un tempérament désordonné, qui no lui permet pas de refuser qui que ce soit; mais n’importe, telle que la voilà dépeinte au vrai, elle plait à M. Ogier qui , pour lui témoigner sa tendresse, lui a fait présent, il y a un an, de 8,000 livres comptant , dans l’espérance qu'avec cet argent, elle louerait une boutique de marchande de modes, et quitterait l’état de fille publique. Mais elle a consommé les fonds et a continué son métier de débauche jusqu’au dernier voyage de Fontainebleau, dont elle s'est fait chasser par le scandale qu'ont occasionné les filles qu'elle y avait menées. Cette conduite n’a point éloigné M. Ogier; cependant, comme elle ne lui plaisait point, pour l’en retirer tout à fait, il a jugé à propos
de faire un dernier effort en sa faveur et, pour cet effet, il a pris le parti de lui confier pour six mois un remboursement de GO, 000 livres, que doit lui faire le sieur Desplaces, notaire, place des Barnabites, vis-à-vis le Palais ; elle en a déjà touché