CHAPITRE PREMIER
des villages environnants qui, à l'approche de nos troupes» avaient fai emmenant avec eux leurs effets et leur bétail. Il y eut dans cette journée un engagement assez vif, oii de part et d'autre on perdit du monde ; mais notre feu étant plus concentré, et celni de nos adversaires plus divergent, leur perte fut plus considérable, malgré l'artillerie de la place, celle d'un vaisseau, d'une frégate et de quelques canonnières anglaises qui occupaient la rade, et qui les protégèrent en prenant part à l'action.
Le lendemain, la plus grande partie des habi*tants s'embarqua pour s'éloigner des pays que nous occupions ; la pluie continua : les torrents et les ruisseaux débordèrent, au point d'empêcher tout transport d'artillerie, ou autres, devant Roses. On fut obligé de cantonner les troupes pour éviter les maladies.
Le 9, la division Souham quitta la Junquera pour aller prendre position entre Figuières et la Fluvia, couvrir les opérations du siège de Roses, et observer le corps espagnol, qui se rassemblait à Gi* renne sous les ordres du marquis de Lazan, arrivant de Sarragosse, et détaché du corps de réserve commandé par Palafox.
46 CAMPAGNB DB CATALOOlfE.
Le iOt le général Chabot prit, avec les deux ba* taillons napolitains, position à la Junquera, et le 1 1 à EspoIIa et à Rabôs, afin de couvrir les derrières du général Reille, car dans cette guère, oti Ton était sans cesse entouré d'ennemis, il ne suffisait pas des dispositions usitées dans les guerres ordinaires : il fallait, pour jouir de quelque tran** quillité, des précautions bien autrement étendues» parce que ce n'était pas seulement à l'armée, mais à toute la population espagnole qu'on avait affaire.
En attendant le général Chabot, le général Reille avait envoyé un bataillon italien pour éclairer ses derrières dans les directions de Selva de Mar et de Llanza; un grand brouillard survenu pendant sa marche Tempêcha de remplir sa mis* sion et de rentrer à sa division. Le général Reille en conçutdes inquiétudes etenvoya à sa rencontre, sous les ordres du général Fontane, trois bataillions qui le joignirent à temps pour le dégager des miquelets, des somatènes et des Anglais qui l'en*touraient, en les culbutant et les forçant à s'em* barquer à Selva, où ils abandonnèrent les dix pièces de canon qu'ils avaient voulu enlever» et un bon nombre de tués et de blessés. L'ennemi^ qui avait compté sur la diversion de Selva, fit avec eo*
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virondeux mille hommes, soutenus par rartillerie de la place et de la marine anglaise, sur la gauche de la division Pino, commandée par Mazuchelli, une sortie qui fut repoussée jusque dans la ville après avoir essuyé une grande perte. Le 12, avec les mêmes forces et le même appui, il en tenta une seconde dont le résultat fut le même.
Pendant le brouillard, le bataillon italien dont nous venons de parler avait eu deux compagnies séparées de lui; ces deux compagnies, commandées par un officier peu intelligent, s'en étant trop éloignées, furent enveloppées et prises sans qu'il eût entendu tirer un seul coup de fusil. Gomme elles avaient été trompées par les habitants de Llanza, Rabos, Espolla, Saint-Quirch et Vilamanisde, qui les avaient égarées et livrées, on s'empara d'un nombre d'habitants égal à celui auquel s'élevaient les deux compagnies, et on les envoya prisonniers en France, jusqu'à leur échange, préférant ce mode à celui d'incendier leurs villages, rigueurs employées jusqu'alors. Ce petit événement, malgré la perte de deux compagnies qu'il nous causa, nous fut cependant encore avantageux en ce qu'il inspira, pour quelque tempsy aux Italiens, une salutaire défiance, et fit
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cesser les intelligences que les Catalans entretenaient parmi eux, et dont ils avaient si bien profité, que le général Pino avait conçu et manifesté, à plusieurs reprises, au général en chef, les inquiétudes les plus vives sur les progrès de la désertion qui semblait menacer sa division d'une destruction totale.
La continuation des pluies faisait un lac de la plaine du Lampourdan; les chemins s'étaient transformés en ruisseaux, et les ruisseaux en de véritables rivières. Les hommes de garde devant Roses étaient dans la boue jusqu'aux genoux, et les chefs de corps voyaient avec anxiété la perte prochaine de la chaussure dont on était si peu pourvu. On avait^ par une faute grave, défendu aux troupes d'Italie d'emmener leurs masses, et la Catalogne n'offre en cuirs que des ressources peu considérables, parce que le peuple de cette province ne se sert pas de souliers, mais seulement d'une espèce de sandales nommées espardilles^ dont le soldat français, malgré la nécessité la plus absolue et l'exemple de ses chefs, a toujours montré une grande répugnance à se servir.
Le 13^ le sixième riment italien arriva à Tannée et rejoignit la divi^^on Pino. Il avait été