‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 114 sur 120 · REPRÉSENTATIONS · texte numérisé non relu

REPRÉSENTATIONS

DE LA JUNTE DE GOUVERNEMENT DE GIRONNE A LÀ JUHTI SUPERIEURE DE LA PROVINCE, SUR L'eTAT DE CETTE FLAa AUX PREMIERS JOURS DE SEPTEMBRE 1809.

Excellence, c'est par M. Jnan Oninart, membre de U Junte supërieure/que nous avons reçu la copie de la représentation que Votre Excellence voulut bien remettre, sous la date du 16 août dernier, à Sa Majesté. NoasoSroiis à Votre Excellence nos plus vifs remerciments pour ie zèle et l'énergie avec lesquels elle a sollicité des secours pour la délivrance de cette place qui, après quatre mois de siège et un horrible bombardement, supporte avec une constance héroïque, toutes les privations, toutes les calamités, toutes les douleurs imaginables.

Le 1*' du courant, il est heureusement entré dans la ville un convoi envoyé par le général en chef, sous l'escorte de la division d'infanterie commandée par le maréchal de camp don Jayme Garcia Coude ; après deux jours de repos, cette même division est repartie le 4 au matin, nous laissant deux mille neuf cents hommes d'infimterie pour renforcer la garnison.

C'est Tunique secours que nous ayons reçu jusqu'à ce moment; mais les ressources qu'il nous apporte se bornant à quelques objets de subsistances , seront bientôt consommées, d'autant plus qu'il a fallu les partager avec

ces généreux habitants qai en avaient donné l'exemple en partageant tout ce qu'ils possédaient avec le soldat : il n'est pas pennis de les exposer aujourd'hui à mourir eux-mêmes de faim.

La place n'a vu depuis longtemps arriver aucun secours du trésor; elle a épuisé tous les moyens pour se procurer des fonds : le ministre des finances, dans sa dépêche du 3, rend pleinement justice à l'inaltérable dévouement des habitants de Oironne, qui n'en restent pas moins livrés à toutes les horreurs d'un siège, avec trois brèches ouvertes, des milliers de malades, soit militaires, soit bourgeois, sans vivres, sans médicaments, sans argent, et plus exposés que jamais aux horreurs de la famine, à la misère et à la fureur de l'ennemi ; comme il en a été rendu compte à S. Exe. le général en chef dans la journée d'hier. La junte renouvelle ses doléances auprès de Votre Excellence, et la conjure de redoubler d'efforts pour délivrer cette place importante qu'elle doit justement regarder, ainsi que la junte le dit elle-même dans sa représentation d'hier, comme dans une mortelle agonie. Votre Excellence peut élever jusqu'à Sa Majesté les soupirs et les cris de douleur d'une loyale et malheureuse ville qui va bientôt succomber à tant de maux.

Dieu garde Votre Excellence longues années.

Signé : Julien Bolivar, Carlos de Abiellier, Ignacio de Ros.

Gironnc, le 7 septembre 4809.

RAPPORT De don Mariano Alvarez à la Junte supérieure de Cataiogne.

Excellence, il serait superflu de vous raconter les événements qui ont eu lieu progressivement, pendant la longue durée du siège qu'éprouve cette place. Votre l»enveiUance est trop active, en tout ce qui peut intéresser le bien de la patrie, pour les avoir ignorés. Je suis en outre fondé à croire que vous avez les yeux constamment fixés sur Gironne, au sort de laquelle sont en partie attachés le bonheur ou le malheur de la province confiée à vos soins.

Les dernières afiaires, c'est-à-dire, celles qui onteo lieu depuis le 1**^ septembre, sont les seules dont il serait probable que Votre Excellence n'eût pas bien connu la nature, soit à cause de la complication des faits, soit par l'extrême rigueur avec laquelle les passages sont interceptés. Quoique pour tout ce qui concerne la partie militaire, j'aie exposé complètement notre situation au capitaine-général , dans mes derniers rapports, je crois néanmoins devoir vous faire connaître l'état de la ville, tant en ma qualité de chef supérieur de l'arrondissement que comme président d'une junte dont la loyauté et le sèle méritent votre considération.

Les magasins du roi étaient déjà vides ; tous les moyens de subsistances, épuisés ; tous les fonds et les approvisionnements des particuliers, dont il s'était fait une niasse

commane, avaient été distribués avec une rigoureuse égalité entre les habitants et la troupe, qui ne formaient qu'une seule famille ; il est survenu une foule de besoins, conséquences inévitables d'un siège aussi obstiné. La va* leur ne pouvait suffire à tout. En faisant connaître ces besoins au capitaine-général, nous crames en avoir obtenu l'adoucissement, d'après ses promesses formelles et ses offres réitérées. L'introduction du convoi du !•' du courant ne nous empêche pas d'être dans une situation plus critique que jamais ; quoique nous eussions compté làdessus pour arriver au terme de nos soufiErances. Les divisions du colonel Rovira et du lieutenant-colonol Claros, qui attaquèrent l'ennemi depuis Costa Rossa jusqu'à Tayalà, l'avaient en un moment cbassé de toutes les hauteurs, môme des batteries den Rocca> et rejeté dans la plaine et le village de Sarria. La division du général Gonde l'avait culbuté dans celle de Sait, et ouvert un passage an convoi qui entra dans la ville sans perdre un seul mulet de charge ; l'ennemi confus aurait éprouvé le même sort sur tous les points, s'il eût été poussé : l'incertitude de ses mouvements laisse peu de doutes à cet égard. Mais cette expédition n'eut pas d'autre résultat, tandis que toute la province, comme nous-mêmes, s'attendait à l'entière délivrance de la ville. Un ordre du capitaine-général, que le général Coude me montra, dans lequel le premier s'offrait à fournir à celui-ci les troupes nécessaires, et à protéger l'entrée du convoi; voilà tout ce que nous obtînmes dans cette journée. J avais à la vérité bien prévu

5d2 PIÈGES

que l'augmentation de la garnison diminuerait nos subsistances ; mais conmie je supposais qu'une action générale ne tarderait pas à avoir lieu, je ne balançai pas à garder environ trois mille hommes pour assurer la défense de la place, dont les brèches étaient ouvertes, et pour favoriser aussi d'autres combinaisons militaires. Qu'A est affligeant pour moi de voir les jours se passer, le moment s'avancer où toutes les ressources seront consommées ! Le soldat et le bourgeois sont déjà réduits à une ration de fèves remplies de vers, et à une faible quantité de pain de mauvaise qualité, qu'il est encore difficile de se procorer. Quel doit être l'effet de cette misérable existence, au bout de tant de fatigues, si ce n'est de produire un grand nombre de malades pour le service desquels il n'y a pas même de médicaments? La connaissance du sort qui les attend dans les hôpitaux, ne doit-elle pas influer sur le moral des soldats ? 11 n'y a qu'une constance héroïque qui soit capable de ne pas s'en laisser abattre.

TeUe est, Excellence, la situation de cette ville, que vous pouvez vous enorgueillir de compter au nombre de celles confiées à votre surveillance, et que je ne puis cesser de recommander à votre protection sans me rendre coupable; j'ose donc vous déclarer que si la province entière, soit en organisant de nouvelles troupes, soit par une levée en masse, dans le cas où les forces du capitaine-général ne seraient pas suffisantes, ne vient promptement faire lever le siège, Gironne ne sera bientôt plos qu'un tas de glorieux cadavres couchés sur les ruines de

ses édifices et de ses remparts , et dont la mémoire douloureuse affligera la postérité.

Dieu garde, etc.

Signé : Mariano Alvabsz.

GiroDne, le 9 seplemlire 1809.

DÉPÊCHE De la Junte de Gironne au général Biake,

Excellence, le premier de ce mois, il est heureusement entré dans la ville un convoi que vous nons avez envoyé, sons l'escorte d'une division d'infanterie et de cavalerie, conmiandée par le maréchal de camp don Jayme Garcia Conde, laquelle division, après deux jours de repos, est repartie le 4, en nous laissant un renfort de deux mille neuf cents hommes.

Cette junte vous témoigne sa vive reconnaissance pour le secours qu'elle a reçu ; mais elle ne peut s'empêcher de vous faire observer que l'avantage obtenu momentanément, et borné à l'arrivée de quelques articles de subsistances, s'évanouit d'un moment à l'autre. L'administration avait alors calculé que la garnison, y compris les deux nulle neuf cents hommes de renfort, en tirerait à peu près des vivres pour huit jours. Mais il est impossible de ne pas comprendre dans ce calcul les habitants , qui déjà nous avaient donné un généreux exemple en partageant

avec la garnison presque tout ce qu'ils possédaient de subsistances ; fallait-il les condamner, a présent, à mourir de faim, surtout dans une circonstance où il n'y a pins de troupes en position hors de la place qui puissent faciliter l'entrée de quelques comestibles venant des villages voisins ? Ainsi, la disette est telle, qu'aujourd'hui à peine a-til été possible de donner Tétape en fèves par le manque absolu de tout autre légume.

Ni par le dernier convoi, ni d'aucune manière, il n'est arrivé ici la moindre remise d'argent ; tous les moyens sont épuisés; le ministre directeur de l'administration reconnaît que le dévouement et le patriotisme ont hit tout ce qu'il était possible d'en attendre K En un mot, Gironne se trouve toujours dans le môme état de siège, avec trois brèches ouvertes^ sans vivres, sans argent, sans ressources, et dans un danger plus imminent encore, d'être en proie à la fanune, à là misère et à la fureur de l'ennemi.

Cette Junte se rejette de nouveau dans le sein de Votre Excellence; elle implore votre protection; elle croit que, convaincu de cette triste vérité, vous volerez avec votre armée au secours de Gironne, pour la délivrer des maux

I Le 5 septembre 1809, le minisire des finances de Giroaaef don Beramendi, expose au gouverneur don Alvarez la pénorie extrême dans laquelle se trouvent sesfinances,lul dénooure fait n'a rien reçu du Trésor depuis le 13 juin, pas même par le coaioi du l*% et que toutes les ressources de la ville sont épuisées.

Inexprimables dont elle est accaUëe depuis quatre nuNs, et qu'elle supporte avec un courage héroïque. Elle ne peut aller loin ; dans trois ou quatre jours, la faim livrera à Tennerai un triomphe qu'il n'a pu obtenir par la force des armes.

Dieu garde Votre Excellence longues années.

La Junte du Gouvernement de Gironne.

Gironne, le 4C septembre 4809.

Nota. On peut voir ce rapport page 569 du quatrième Tolume de l'ouvrage intitulé : Bareêfona Cauliva, du P. Ferrer.

XLIH

LETTRE no g£n£ral verdier au g£n£ral godvion saint-cyr.

Sarrii, le 48 septembre 4809.

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence les rapports du génie et de l'artillerie sur le résultat de leur reconnaissance de ce matin, des brèches faites aux murs de la vîUe de Gironne. Votre Excellence remarquera que les deux chefs des armes du génie et de l'artillerie disent que les brèches existantes sont praticables; cependant, j'ai cru nécessaire d'employer toute la journée d'<i^jour-

d'huî à bien écrôter les brèches, à les polir el à tes ëlaN gir autant que faire se pourra.

Demain, à la pointe du jour, on eommencera à contrebattre tous les feux de flancs et de revers qui restent à détruire, tels que le Calvaire, d'où pourrait partir eneoie un coup de canon ; malgré que ce fort, déjà rainé, ne tin plus depuis longtemps, et qu'il n'ait que trente hommes de garnison, logés dans les décombres que l'ennemi a cherché à relever autant que possible ; la tour de la (Sionelle et quelques pièces intérieures placées sur la place Saint-Pierre que nous voyons. Ce contre-battage que je ferai même continuer pendant que les troupes marcherool aux brèches, chose qui m'est possible, vu que je tirerai de points hauts, sur des points élevés, tandis que les troupes marcheront par la vallée du Galligan et autres parties basses ; ce contre-battage, dis-je, se contînuen jusqu'à deux heures après midi, moment que j'ai choisi pour mettre les troupes en mouvement pour l'assaut, si Votre Excellence m'en donne l'ordre, ainsi que j'ai eo l'honneur de le lui demander.

Pour l'exécution de tout ceci, il serait nécessaire, je croîs, que Votre Excellence voulût bien faire remplacer demain, à la pointe du jour, les troupes que j*ai dans )« plaine de Sait; celles qui sont au couvent de Saint-Pons, près le mamelon Verd ; celles qui sont sur la côte de San- Madir, Montagut, Costa Rossa, la chapelle San-Mîgnei, el au-dessus de Campdura, ainsi que Votre Excellence Ta promis, afin que retirant ces troupes des positions qu'eOes

occupent , je puisse de bonne heure les placer à leurs débouchés pour Tassant, et que les chefs qui les conduiront aient le temps de bien reconnaître le terrain par lequel elles devront opérer.

Ayant reçu de Figuières tout ce que je pouvais en attendre en vivres et en munitions d'ici à quatre ou cinq jours, je fais arriver le général GuiUot, avec une partie de sa brigade. Figuières et Bascara seuls, resteront bien gardés; {e compte toujours que Votre Excellence m'enverra le bataillon qu'elle m'a promis pour le Monjuieh : avec ce secours je pourrai présenter à l'ennemi quatre mille cinq cents honunes de troupes passables, avec lesquels je pourrais me promettre quelque succès, si cette troupe était moins harassée, et qu'eUe manquât moins d'ofliciers, l'Ame de ces corps. Demain enfin, mon général, nous ferons tout ce qui sera en nous pour conduire la chose à bon terme ; notre bonne étoile nous protégera peut-être ; dans le cas contraire, nous aurons usé tous nos moyens, et ce sera à elle à faire le reste.

J'ai l'honneur de prier Votre Excellence de me dire ce soir ce qu'elle compte faire, afin que je puisse prendre mes dispositions en conséquence et donner à chacun les instructions nécessaires.

Je prie Votre Excellence, etc.

Signé : J.-A. Verdibr.

5â8 Piiccs

Page 1