‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 15 sur 120 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

plos il nous devenait facile d'en établir une sur le rivage, pour gêner la communication des assiégés avec l'escadre anglaise. Gomme la place souffrait extrêmement de nos mortiers, de nos batteries de ricochets en d'enfilade, on la fit sommer de se rendre ; mais elle refusa, et on s'occupa de la batterie de brèche et de celle de la mer.

Le général Sanson, commandant du génie, qui avait déjà fait le dernier siège du fort de la Trinité, et qui par cette raison devait d'autant mieux le connaître, ayant déclaré que la brèche en était praticable, on commanda, le 30 novembre, un capitaine et cinquante grenadiers italiens pour monter à l'assaut et s'en emparer. Ce capitaine, qui avait été au service d'Espagne et en garnison au fort de la Trinité, fit observer que le trou qu'on y apercevait n'était point une brèche, et ne pouvait y donner entrée; que cependant si, malgré ses observations, on exigeait qu'il y allât, il irait, mais par obéissance, certain qu'il était de n'y pouvoir pénétrer, et d'y périr, lui et les hommes destinés à le suivre. Le génie et l'artillerie avaient décidé qu'il y avait brèche praticable : le malheureux officier, quoique sûr du contraire, dut

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obéir et mourut victime de son devoir, peut-être aussi de la négligence d'autrui. Il faut observer qu'on n'avait approché du fort aucun boyau de tranchée, de sorte que les assaillants avaient, en outre, une assez grande distance à parcourir à découvert, avant d'arriver au pied de la brèche : deux de ses malheureux compagnons, revenus, déclarèrent qu'ils étaient entrés par un trou où ils n'avaient trouvé aucune issue, et qu'ils s'étaient échappés pendant que les Anglais, qui auraient pu les tuer, hissaient sur la plate-forme où ils étaient, deux de leurs camarades, par le moyen d'une corde dont ils leur avaient jeté un bout en leur disant de s'y attacher.

Les généraux Ruty et Kirgener, l'un destiné à commander le génie et l'autre l'artillerie au septième corps, arrivèrent en ce moment. C'était un peu tard à la vérité, mais encore assez à temps pour rendre de grands services au siège de Roses.

Le général Souham avait fait, le 29, une reconnaissance sur la ligne de la Fluvia. Le général en chef lui avait bien recommandé de s'assurer s'il n'était point arrivé de nouvelles troupes étrangères au corps de Lazan, et venues des environs de Barcelonne ; car la destinée du septième corps

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en Catalogne dépendait de ce qui pouvait se passer sur la Fluvia.

L'armée espagnole, moins ce qui était nécessaire pour contenir Barcelonne, arriverait-elle d*ici à huit jours, ou n*arriverai^-elle point? Tout était là. Si elle arrivait» après bien des pertes et des fatigues le siège de Roses était levé; le septième corps, qui ne pouvait opposer en ligne que vingl--6ix bataillons aux cent dont Tarrnée espagnole pouvait disposer pour cette expédition ^ s'il résistait était détruit ; le Roussillon se voyait envahi, et les deux places de Catalogne» occupées par les Français, tombaient, faute de vivres, an pouvoir des ennemis ; de plus, les places du département des Pyrénées n'étaient pas mieux a^ provisionnées en vivres et en munitions, et Napoléon n'eût pu envoyer assez tôt à leur secours. Duis l'hypothèse contraire, la place de Roses était prise» la position du septième corps restait toujours très-pénible, mais n'était plus désespérée ; les Espagnols avaient encore la possibilité de s'emparer de Barcelonne, mais on pouvait espérer de conserver intacte la frontière^de France.

Le résultat de la reconnaissance faite par le général Soufaaœ , fut de nous assurer que Tannée

ennemie n'arrivait pas. Cette faute de son général nous remplit d'espérance pour l'avenir.

La place de Roses ayant, comme on l'a dit plus haut, refusé de se rendre à la sommation qu'on lui avait faite, on établit les batteries de brèche qui démasquèrent et commencèrent leur feu le 4 décembre au matin. Le soir, le bastion était déjà ébranlé ; dans la nuit, la garnison fit une vigoureuse sortie sur nos ouvrages, et nous tua quatorze hommes; elle fut repoussée et laissa quatre-vingts morts sur la place. C'était le dernier effort qu'elle voulait faire. Le lendemain 5, la brèche était ouverte ; la garnison qui avait mis son espoir dans la fusillade continuelle qu'elle entendait depuis huit jours sur les rives de la Fluvia, et dans les secours promis par les Anglais, fut obligée de demander à capituler, contre l'avis de ces alliés, qui, du haut de leurs vaisseaux mouillés à la portée du canon de Roses, ne croyaient pas que cette place eût fait ce que le devoir et l'honneur exigeaient et dût penser à capituler. Ces conseils étaient bons et faciles à donner à bord d'un vaisseau en rade ; mais on peut assurer que, si les Espagnols les avaient suivis, ils auraient subi, dès le jour suivant, le sort de ceux qui avaient défendu la ville.

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Il aurait été possible aux Anglais, en plein jour, et surtout facile durant la nuit, d'embarquer la garnison et de la transporter, en quelques heures, sur la rive droite de la Fluvia, en laissant seulement un faible détachement pour remettre la forteresse ; comme cela s'était pratiqué en février 1795, quand une escadre espagnole occupait la baie.

Nous n'avions jamais espéré prendre, à la vue et sous le canon de Tescadre, une garnison forte encore d'environ 3000 hommes.

Le 6 décembre, elle sortit de la place avec les honneurs de la guerre, pour se rendre prisonnière en France.

Les Espagnols furent très-étonnés, au moment où ils défilaient sur le bord de la mer, de se trouver en butte à un feu très-vif des vaisseaux anglais. Ils s'obstinèrent toujours à repousser l'idée que cela pût être l'effet d'une méprise.

Le général Reille trouva dans la forteresse soixante canons de bronze.

Les Anglais, qui défendaient le fort de la Trinité, firent sauter les magasins à poudre, incendièrent les bâtiments et abandonnèrent ensuite , à notre rande satis /"action, le golfe de Roses.

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