CHAPITRE SECOND
le bétail qu'ils avaient amené dans les bois : mais la compagnie d'élite des dragons Napoléon , à la nouvelle du danger de son général, saisit ses carabines, et ne laissant que ce qui était nécessaire pour la garde des chevaux, escalada la montagne, malgré ses grosses bottes, avec la rapidité de réclair : les somatènes, la voyant si bien déterminée, prirent le seul parti qui leur restât, celui delà fuite. II y eut toute la nuit, dans Hostalrich, des alertes causées par quelques-uns de nos traîneurs qui s'égaraient et s'en approchaient de
trop près.
Le 15, au point du jour, le septième corps se mit en route en suivant le sentier découvert la veille : les chevaux purent aussi y passer, démontés et conduits par la bride dans les endroits les plus difficiles. A peine le septième corps avait dépassé la forteresse, et commençait à cheminer sur la route de Barcelonne, qu'il se vit attaqué en queue; on craignit d'abord que ce ne fût déjà l'avanlrgarde de Lazan, mais on ne tarda pas à être rassuré par la certitude que ce 'n'était que la garnison de la place et des somatènes. Aussitôt après que cette attaque fut repoussée, on vit les hauteurs environnantes couvertes de ces mêmes
somatènes qui faisaient sur nos flancs un feu continu de mousqueterie, d*abord peu incommode, parce qu'ils tiraient de loin, mais plus meurtrier ensuite, parce que nous voyant obligés de poursuivre notre marche, et de ne riposter que par quelques flanqueurs, ils nous crurent intimidés, et peu à peu s'avancèrent davantage : beaucoup môme furent assez hardis pour venir se faire tuer sur la route ; leur bravoure , à la vérité , était encore excitée par l'approche de leur armée.
Claros nous ayant vus déboucher de la Bisbal, le 12 au matin, avait de suite expédié un courrier au général Vives qui, déjà prévenu par le marquis de Lazan, avait mis ses troupes en route dans la nuit. Si les généraux espagnols n'avaient pas été trompés par quelque circonstance que l'on ignore, Vives avec toute son armée, moins quelques bataillons de miquelets et de somatènes, laissés autour de Barcelonne, pouvait arriver assez tôt pour prendre position sur la Tordera en même temps que les Français, qui avaient à dos le général Lazan et Claros dont la division trop peu battue le 12, au col de la Grange, avait pu si aisément se réunir à lui, grossie encore des somatènes des environs.