‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 22 sur 120 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Le général en chef espagnol Vives, qui devait, disait-il, dans ses proclamations \ tous ses grades et sa réputation aux nombreux succès qu'il avait remportés sur les Français, regardait comme une proie heureuse et facile à saisir ce qu'il appelait par dérision le socorro. Les gazetiers espagnols, faisant allusion à l'affaire qui allait avoir lieu, et la comparant, suivant Tusage de cette nation, à une course de taureaux, annonçaient dans leurs feuilles une seconde Corrida, dans laquelle il signor Reding serait le matador ^. En effet, la circonstance était favorable, et la fortune n'en offre pas souvent de pareilles ; mais aussi quelquefois elle se joue des projets des hommes, même les mieux conçus, et c'est ce qu'elle fit le 1 6 décembre, à l'avantage du septième corps d'armée.

A la pointe du jour, le général en chef l'avait formé en une seule colonne ; car c'était dans cet ordre qu'il voulait combattre. On n'avait pas fait cent pas, que la fusillade des somatènes commença sur les flancs, et un quart d'heure après, le canon se fit entendre sur la tête de la colonne,

* Voir pièces justificatives, n*d9.

< Ils répétaient la mauvaise plaisanterie qu*i1s avaient faite quelques mois avant, ;\ l'occasion de la bataille de Baylen,

composée des troupes de la division Pino. Ce général envoya un aide de camp au général en chef pour lui demander ses ordres, et s'informer s'il n'y avait pas de changement à faire dans les dispositions pour le combat. <( Répétez au général Pino, répondit le général en chef, que le corps d'armée doit combattre dans l'ordre oti il se trouve, et comme je l'ai formé ce matin; nous n'avons ni le temps, ni les moyens de faire des dispositions pour battre les Espagnols plus ou moins; le pays est si couvert, si boisé qu'il nous faudrait au moins trois heures pour bien reconnaître les positions de l'ennemi; avant deux, le marquis de Lazan peut être ici, et nous attaquer en queue, dans le moment oti nous serions assaillis sur notre gauche par la division Milans, que nous avons combattue hier, et qui est restée trèsprès de nous, à l'entrée de la nuit. Nous n'avons pas une minute à perdre : il faut passer sur le ventre au corps de troupes qui est en face de nous, quel que soit son nombre, c'est la seule et unique chance de succès, dans la position oix nous nous trouvons ; nous sommes sans pain et presque sans munitions ; nous n'avons que nos épées et nos baïonnettes; ce sont les seules armes à notre

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