CHAPITRE SECOND
disposition, les seules dont on doive se servir aujourd'hui. L*ennemi a une artillerie bien attelée qui lui procurera probablement un avantage d'autant plus grand qu'elle tirera long-temps avec sécurité, puisque nous n'en avons pas pour lui riposter; c'est pour vous une nécessité de plus de mettre de la rapidité dans votre attaque. Rappelez au général Pino d'éviter le plus léger tâtonnement; je défends qu'on déploie un seul bataillon. Malgré la forte position de l'ennemi, il faut l'aborder en colonne, couper sa ligne par le centra, écraser ce point par la réunion de tous nos moyens, de tous nos efforts, et cela avec une célérité telle qu'il n'ait pas le temps de parer à cette attaque ; le culbuter, ne point changer Tordre dans lequel nous sommes, même pour faire des prisonniers en assez grand nombre; notre but principal et unique étant d'arriver ce soir le plus prè^ possible de Barcelonne, et d'annoncer, par les feux de nos bivouacs, notre arrivée pour en faire lever le siège. » ( Voir lesplans^ tf III.)
L'attaque commença immédiatement; mais au lieu d'aborder en colonne, comme il était ordonné, la brigade Mazuchelli, qui était en tête de la division italienne, se déploya à gauche de la route, en
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se prolongeant, et abordant la gauche du corps commandé par Reding , que les Espagnols nommaient division de Grenade, ^t la droite de celui oix se tenait plus particulièrement le général Vives. Le général en chef vit avec beaucoup de peine ce changement dans ses dispositions, qui allait en nécessiter d'autres, l'obliger à plusieurs attaques au lieu d'une seule, par conséquent l'affaiblir, diminuer ses chances de succès, et enfin faire perdre du tempsy et engager un feu de mousqueterie si vif, que nous ne pourrions le soutenir plus d'un instant faute de cartouches. Pour remédier à ce grave inconvénient qui changeait tout le projet du général en chef, il fit de nouveau dire au général Pino de ne pas déployer sa deuxième brigade, et de la laisser marcher sur la route. En même temps, il fit changer la direction de la division Souham, qui suivait immédiatement celle de Pino, et la fit diriger de suite , par un mouvement à gauche, sur la droite du général Reding, qui appuyait au ruisseau Mogent ; parce que la brigade italienne qui s'était déployée se trouvait vivement pressée, surtout sur son flanc gauche, par les troupes de ce général qui lui faisaient déjà perdre du terrain, lorsque la division française aborda en
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colonnes la droite de celle de Grenade, l'enfonça, et l'empêcha de se rallier ; dans le même moment, la deuxième brigade du général Pino attaqua l'ennemi en colonnes, et aussi franchement, sur la route de Barcelonne^ pendantqu'une fausse attaque sur la gauche des Espagnols, exécutée par deux bataillons de Fontane, attirait son attention et masquait ce mouvement décisif.
Par l'effet de cette manœuvre, et grâce à la vivacité du choc, à la décision des chefs, à la bravoure des troupes, l'armée ennemie eut, sur-lechamp, sa ligne de bataille enfoncée, elle fut coupée de toutes parts, sabrée, mise dans une déroute complète, et s'enfuit à toutes jambes et dans toutes les directions, laissant entre nos mains toute l'artillerie et les munitions qu'elle avait amenées, et dont nous avions un si grand besoin ; deux mille prisonniers, dont huit cents blessés, le brigadier général Gamboa, plusieurs officiers supérieurs, un grand nombre d'autres et deux drapeaux. Le général en chef Vives fut lui-même coupé de son armée, et réduit à traverser à pied les montagnes pour se jeter dans une petite barque vers Matarô, d'où les Anglais le transportèrent à son armée
derrière le Llobrégat; son chef d'état-major fut
n CAMPAQNB BE CATALOONE.
aassi séparé de lui et des troupes, et ne le rejoignit qu'à Tarragone oii il débarqua. Reding luimême fut serré de si près qu'il faillit être pria et ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Il se retira par la route de Barcelonne, rallia, vers Monmalô, une partie des fuyards qu'il conduisit, par San Gugat, à Molino del Rey, oh il effectua sa jonction avec les troupes de Caldaguès.
Notre perte, dans cette affaire, ne fut pas considérable relativement à son importance, car si Taetion fut très-vive» elle fut aussi d'une très-courte durée. 11 n'^y a que celles conduites avec mollesse, indécision et tâtonnement qui soient meurtrières pour le vainqueur , par la longueur du temps qu'elles nécessitent. Notre perte tomba, pour la plus grande partie, sur la brigade Mazuchelli, et fut occasionnée par son inutile déploiement. Elle ne s'éleva cependant pas à plus de six cents hommes hors de combat. «
Le général Chabot ne put prendre part à cette affaire; il était resté à quelque distance en arrière, pour couvrir les chevaux des équipages, ambulances, etc., et faire d'abord face au général Lazan, que l'on s'était attendu à voir arriver d'un moment à l'autre. Il n'avait toujours avec lui que ses deux
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bfttailloaa napolitains et un fragment de bataillon CraBçais, nommé chasseurs des montagnes, dont roiganisation était roanquée. C'était un noyau de miquelets du Roussillon qu'on s'obstinait, contre leur inelinatioUi à organiser en troupe réglée.
Cette heureuse affaire, dont les dispositions, y compris l'attaque, ne durèrent pas une heure, tira le septième corps de la plus fâcheuse position où il se soit trouvé dans cette pénible campagne. Il continua sa marche sur Barcelonne : la divisioa Pino campa ce même soir sur le Ripollet, alluma des feux , comme il avait été ordonné , pour annoncer notre victoire au général Duhesnie , qui était déjà prévenu de notre marche par une lettre du 7\ et de notre approche par la canonnade du matin, le vent portant dans sa direction. La division Souham bivouaqua et prit position sur le Caldas, et le quartier général fut établit à Mollet •.
Le septième corps aurait pu rester sur le champ
de bataille où il aurait probablement ramassé un millier de prisonniers de plus, entre autres tous les blossés, et attendre l'arrivée de Milans et du
t ?oir pièees jiiaiittcativeg, ii* 20.
t Voir pièceft jualiBctUfea, n* iS.
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marquis de Lazan, pour les combattre : après ce qui venait de se passer, on pouvait croire qu'ils eussent été défaits aussi; jnais il fallait avoir quelque certitude, ou au moins quelque espérance que le marquis de Lazan s'engagerait assez, et tout ce que Ton avait pu voir et penser de ce général autorisait à supposer qu'il n'avait rien dans le caractère de décidé, ni d'entreprenant; en un mot, il paraissait timide \ et les généraux de cette trempe sont toujours très- difficiles à battre : on ne peut jamais le faire complètement. Il eût fallu le tromper sur le résultat de la bataille, et cela semblait impossible, puisque les troupes espagnoles avaient fui dans toutes les directions ; on devait présumer qu'il serait promptement instruit de l'événement par celles qui se retiraient sur lui, et qu'il ne s'engagerait pas. En effet, Milans arriva peu après Paffaire, sur le champ de bataille oîi des blessés lui donnèrent tous les détails de la déroute de leur armée : il n'osa nous suivre plus] loin , et le marquis de Lazan prit le parti de retourner vers Gironne
< On ignorait alors les ordres qu*il avait reçus de n*attaqaer les Français qa*après qu'ils auraient été battus par le général Vives. Voir pièces justificatives, n* 18 bi$.